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dans cet étal de confiance imprudente qu'inspire souvent la victofre.
Les deux généraux autrichiens avaient encore, en comprenant dans leur effectif les restes de la réserve de kienmayer et la division Jellachich, environ 50 mille hommes. Le général Jellachich était vers Munich, avec ordre de se retirer sur Sâlzboarg. Privés de son concours, et rejoints par un régiment de Mi trou ski et quelques hussards de Stipsicz, ils devaient posséder de 38 à 10 mille soldats. Marchant sur le maréchal Bessières qui eu avait à peine 13 ou 14, et qui s'avançait avec une extrême témérité, ils pouvaient l'accabler. En effet, le 24 au malin, avant que l'arcbiduc Charles eût définitivement opéré son mouvement de retraite vers la Bohême, et pendant que le maréchal Bessières pénétrait au delà de l'Isar, ayant la cavalerie légère de Marulaz en tôle de sa colonne, les Bavarois du général de IVrède au centre, l’infanterie de Môlitor à l’arrière-garde, les deux généraux autrichiens se reportèrent en avant, avec l'intention de rejeter L'avant-garde des Français dans les marécages de la Roth , près de Neumarkt. lisse présentèrent en trois colonnes , et rencontrèrent d’abord la cavalerie de Marulaz, qui les chargea plusieurs fois avec une rare bravoure, mais qui ne pouvait obtenir de succès sérieux contre une masse de 30 mille hommes marchant résolument. La cavalerie de Marulaz refoulée, le général de Wrèdc eut son tour, et dut résister avec six ou sept mille hommes d’infanterie à plus de trente mille. Les Bavarois n’étaient pas indignes de se mesurer avec les Autrichiens, quoiqu'ils leur fussent inférieurs, et ils se montraient assez animés dans cette guerre. Mais il leur était impossible de tenir contre la masse qui allait les presser, en tète et sur les flancs. Ils n'avaient pour unique retraite, à travers le pays humide et boisé qui borde la petite rivière de la Roth, qu'un pont de chevalets faible et tremblant, incapable de portei* les fortes masses qui le traversaient à pas précipités. Derrière était située la ville de Xeumarkt, où Bessières était à table, pendant que son ^vant-garde ,. refoulée sur son centre, courait le danger d'étre culbutée. Heureusement le général Mulitor, officier d'infanterie formé à l’école du Rhin et le premier des lieutenants généraux de ce temps, arrivait suivi de sa division. 11 avait reconnu le danger et en avait fait part au maréchal Bessières, qui, voyant là une affaire d'infanterie, eut la sage modestie de le laisser agir. Le général Molitor passa sur-lecliamp le pont de la Roth avec ses quatre régiments, et apercevant sur la gauche une hauteur boisée d'où l'on pouvait protéger la retraite, il se bâta de l'occuper avec le 2' de ligne, en précipitant du haut en bas une troupe autrichienne qui la défendait. Puis il rangea à droite les 16*. et 37* régir menls dans une position avantageuse pour se servir de leur feu. En ce moment, la cavalerie légère refoulée repassait la Roth après avoir essuyé des pertes, et le général bavarois de \l rède était aux prises avec l’ennemi acharné à détruire un de ses bataillons. Mais tout à coup l'attilode de la
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division Molitor calma l'ardeur des Autrichiens. Les feux roulants et bien ajustés des IG* et 37* de ligne, la forte position du 2', les arrêtèrent, et bon gré , mai gré , ils laissèrent les Bavarois repasser tranquillement la Roth. Les IG" et 37' régiments défilèrent ensuite, protégés par le 2*, qui eut avec les Autrichiens un engagement terrible. Ce brave régiment était si obstiné à lutter que le général Alolitor eut grand'peine à lu ramener en arrière. Avant de repasser le pont, il chargea plusieurs fois à la baïonnette, et força ainsi les Autrichiens à lui laisser opérer sa retraite , qu'il exécuta le dernier avec un aplomb admiré des ennemis eux-mêmes.
Cette affaire coula quelques centaines d'hommes aux Bavarois, et quelques chevaux au général Marulax. Elle eût pu devenir fâcheuse pour l'avantgarde tout entière , sans la prévoyance de Napoléon, qui avait ménagé au maréchal Bessières l'appui du général Alolitor. Toutefois bien qu’arrêtés sur les bords de la Roth , le général Hiller et l’archiduc Louis n’auraient pas renoncé à leur mouvement' olfensif, s’ils n’avaient appris dans la nuit toute l’étendue des désastres du généralissime, ainsi que sa retraite eu Bohême, et s’ils n'avaient reconnu la nécessité de se retirer de leur côté, car Napoléon ne pouvait manquer de fondre bientôt sur eux avec des masses écrasantes. Ils résolurent donc de se replier sur l’Iun , et de l’Iun sur la Traun, qu’ils avaient l'espérance de défendre mieux que l’Inn, parce qu’ils devaient avoir plus de temps pour s’y asseoir, et qne d’ailleurs ils avaient quelque chance d’y trouver l’un des archiducs, ou Charles ou Jean.
Napoléon arriva sur ces entrefaites, suivi de la gar de et des cuirassiers, -précédé par Lannos avec les troupes des généraux Saint-Hilaire, Deinont, Oudinot. Il reporta en avant le maréchal Bessières, et imprima à la poursuite la vigueur d’un torrent qui a rompu ses digues. Tout le inonde de la droite à la gauche marcha sur l lnn (voir la carte nQ 14), les Bavarois se dirigeant par Alunich et AVasserbourg snr Salzbourg, le maréchal Lannçs ' par Albhldorf sur Burghausen, le maréchal Bessières par Neumarlïl sur Braunau. Appuyant ce mouvement le long du Danube, le maréchal Masséna pénétrait dans Passau, qu’il enlevait brusquement aux Autrichiens, lesquels n’avaient pas en plus que les Bavarois la prévoyance de s'y établir solidement. . , , '
Le 28 et le 29 avril, dix jours après les premières hostilités, on était parvenu sur tous les points à la ligne de l’fnn, et on était occupé sur chaque route ù rétablir les pouls, que les Autrichiens avaient détruits oit brûlés jusqu'au niveau des eaux , quand ils en avaient en le temps. Napoléon entré le 28 à Burghausen fut obligé d’y attendre pendant deux jours le rétablissement du pont qui était d’une grande importance, et qui avait été complètement incendié. Ayant reçu la lettre pacifique de l'archiduc Charles,
A la renvoya A M. de Champagny, qui suivait le quartier général, et lui ordonna de n’y pas répondre. Plein de confiance dan? le résultat de la toux iv. Ai
campagne, ne prévoyant pas toutes les difficultés qu'il pourrait rencontrer plus tard, il croyait tenir dans ses mains le destin de la maison d'Autriche, et ne voulait pas se laisser arrêter dans scs ambitieuses pensées par un mouvement de générosité irréfléchie. Il prescrivit donc le silence, du moins pour le moment, se réservant de répondre plus tard suivant les circonstances.
Le maréchal Masséna étant entré à Passau , et le maréchal Davout le suivant de près, tandis que l'armée entière était sur l'Inn de Braunau X Salzbourg, il fallait marcher sur la Traun sans retard. C'était la ligne essentielle à conquérir, car elle correspondait avec le débouché de Lintz, par lequel l'archiduc Charles pouvait rejoindre le général Hiller et l'archidtic laniis. Cette ligne conquise avant que le généralissime autrichien y fût arrivé, il restait à celui-ci une seconde et dernière chance de jonction en avant de Vienne, c'était d’atteindre h temps le pont de Krems, et de venir se placer k Saint-Pollen pour couvrir la capitale. Napoléon résolut de lui enlever tout de suite la première de ces deux chances, en se portant sur Lintz d’une manière impétueuse. Étant parvenu avec tous ses corps sur l'Inn , et en ayant rétabli les ponls le 30 avril , il ordonna le mouvement général pour le 1" mai. 11 prescrivit à Masséna de marcher rapidement de Passau sur Efferding, d'Eflerding sur Lintz, arrivé là de s'emparer d'abord de la ville de Lintz, puis du pont sur le Danube s'il n'était pas détruit, et, Lintz occupé, d'aller droit à la Traun qui coule à deux lieues audessous. La Traun, qui est pour les Autrichiens l'une des lignes les plus importantes à défendre quand ils veulent arrêter une armée en marche sur Vienne, descend des Alpes \oriques comme I’Ens, et va tomber dans le Danube un peu après Lintz. Elle longe le pied d’un plateau qui s'étend jusqu'au Danube, cl sur lequel une armée peut se poster avantageusement, pour s'opposer aux progrès d’une invasion. Aussi le pont sur le Danube , celui qui servait de communication militaire entre la Bohême et la Haute- Autriche, était-il placé non pas à Lintz même, mais au-dessous du confluent de la Traun dans le Danube, c'est-à-dire à Mauthausen. Il était ainsi couvert par la Traun, et par le plateau dont nous venons de parler, au sommet duquel s'apercevaient la ville et le château d'Ébersbérg.
Masséna eut donc le 1” mai l'ordre de se porter vivement de Passau & Lintz, de Lintz à Ëbersberg. Mais comme la difficulté pouvait être grande si ]es 36 mille hommes restant aux deux généraux autrichiens venaient se poster à Ëbersberg, Napoléon voulait aborder la Traun sur plusieurs points à la fois, à Ëbersberg, à Wcls et à Laïuhach. En conséquence, il dirigea toutes ses colonnes de l'Inn sur la Traun, de manière à y arriver le 3 mai au matin. Le général de U'rèdc, ayant avec sa division traversé Salzbourg, devait, après y avoir été remplacé par le reste des Bavarois, s’acheminer par Strasualcheu sur Lamhtth au bord de la Traun. (Voir la carte n* 14.)
Le maréchal Lanncs avec les troupes des généraux Oudinot, Saint-Hilaire, Demont devait se rendre à U'els, pour y passer la Traun, immédiatement au-dessus d'Ebersberg. Enfin le maréchal Bessières avec la garde, les cuirassiers et la cavalerie légère, devait, ou passer à U'els, ou se rabattre sur Ébersberg, si on entendait sur ce point une canonnade qui fit supposer une sérieuse résistance. Le major général Berthier eut ordre de faire savoir, et fit savoir en effet à Masséna, que si les obstacles étaient trop grands de son côté, il trouverait dans le passage de la Traun opéré au-dessus de lui; sait à U'els, soit à Lambach, un secours pour l'aider à les vaincre. 11 lui Bit toutefois recommandé dans ces nouveaux ordres comme dans les précédents, de ne rien négliger pour enlever promptement, non-seulement la ville de Lintz et le pont qu’elle avait sur le Danube, mais encore le pont de Mauthausen, placé, comme nous venons de le dire, au confluent de la Traun, sous la protection du château d'Ebersberg1.
Nos colonnes s'avancèrent dans l'ordre indiqué. Elles étaient toutes le 1" mai au delà de l'Inn , après en avoir rétabli les ponts, Masséna se dirigeant de Passau sur Effcrding, Lannes et Bessières de Burghausen et Braunau sur Ried. Ils recueillirent sur les routes un nombre considérable de voitures et environ deux à trois mille prisonniers. Masséna qui marchait la gauche au Danube rencontra partout sur son chemin l'arrière-garde des corps de Hiller et de l’àrchiduc Louis, et put apercevoir, de l'autre côté du fleuve , les troupes de l'archiduc Charles, qui venaient à travers les dé» filés de la Bohème occuper ou détruire le pont de Lintz. Il sentait donc à chaque pas ('importance de devancer le généralissime soit à Lintz, soit à Ebersberg, bien moins pour conquérir ces points de passage que pour les enlever à l'ennemi, et pour empêcher derrière la Traun la réunion dp toutes les forces de la monarchie autrichienne. (Voir la carte n’ 14.)
Le 2 mai au soir Masséna échangea en avant d’Efferding quelques coups de fusil avec l'arrière-garde du général Hiller, fit des prisonniers, et s’apprêta à tnarchér le lendemain sur Lintz. Le 3 au matin il partit, précédé par la cavalerie légère de Marulaz, et suivi de la division Claparède du corps d'Oudinot. Il pariit devant Lintz à la pointe du jour. Y entrer, culbuter quelques postes qui se' retiraient en hâte, s'emparer de la ville, ne fut que l'affaire d'un instant. Les détachements de Klcnau et de Stntterheim, dépêchés par l'archiduc Charles pour occuper le passage, n'avaient pu que détruire le pont de Lintz et en amener les bateaux à la rive gauche. Massèna en possession de Lintz était donc assuré que ce pont du Danube ne
* J'analyse ici fidèlement 1rs lettres de Napoléon et du prince Berthier air maréchal 1! asséna , pour qn'on puisse bien apprécier à quel point était motivé le combat d'iV liersberg , l'un des plus terribles de nos longues guerres , et qui tout en faisant ressortir la prodigieuse énergie de Slasséua, lui fut cependant reproché comme une inutile effusion de aang. ' ‘ * * ■' r
pouvait plus servir h la jonction des archiducs. Mais le pont véritablement propre à la jonction était celui de Mauthauscu, situé à deux lieues audessous , et couvert, comme nous l'avons dit* par la Traun. Tant qu’on n’était pas muitre de celui-là, il était possible que l'archiduc Charles s'eu servit pour se réunir au général Hitler et à l'archiduc Louis, et on ne savait pas en effet si les détachements qu'on apercevait au delà du Danube étaient les avant-gardes de la grande armée autrichienne, ou de simples détachements sans soutien. 11 était dix heures du matin. M assena n’hésita pas, traversa Linlz au pas de course, et se porta sur la Traun, c'est-à-dire devant Ébersberg. La position s'offrit tout à coup avec de formidables apparences.
On voyait devant soi la Traun coulant de droite à gauche pour se jeter à travers des lies boisées dans l'immense lit du Danube. On apercevait sur celte rivière uu pont d'une longueur de plus de 200 toises, puis au delà un plateau escarpé, au-dessus duquel s’élevait la petite ville d'Ébersberg, plus haut encore le château fort d’Ebersberg , hérissé d'artillerie , et enfin soit en avant du pont, soit sur l'escarpement du plateau, une masse de troupes qu'on poüvait évaluer de 30 à 40 mille hommes. 11 y avait là de quoi modérer tout autre caractère que celui de Masséua et lui inspiror l’idée d'attendre, surtout s'il faisait la réflexion fort simple qu’à quelques lieues au-dessus d'Ébersberg plusieurs colonnes françaises devaient, dans la journée ou le lendemain, opérer leur passage, et tourner la position. Mais celte certitude n’empêchait pas que peut-être dans la journée les archiducs ne se réunissent pur le pont de Mautliauscn, si on le laissait en leur pouvoir. 11 y avait donc un intérêt véritable à le leur enlever sur-lechamp, en emportant la ville et le château d'Ébersberg. Du reste, c'est avec son caractère, encore plus qu'avec sa raison, qu'on se décide à la guérre, et Masséua rencontrant l'ennemi qu’il n’avait pas eu encore l'occasion de saisir corps à corps dans cette campagne, n'éprouva qu'un désir, celui de se jeter sur lui, pour s'emparer d'une position jugée décisive. Par ces motifs il ordonna l'attaque sur-le-champ.
lin avant du pont dTibersberg, se trouvaient autour du village de Klcin- Munchcn des tirailleurs autrichiens, et quelques postes de cavalerie légère. Le. général Marulaz fit charger, et disperser à coups de sabre, lus uns et les autres. Les cavaliers repassèrent le pont, les tirailleurs se logèrent daus les jardins et les maisons de klein-Munchen. La première brigade de Clapai'èdo, commandée par l'intrépide Cohoin , marchait à la suite de la cavalerie légère de Marulaz. Le général Cohorn, dont nous avons eu occasion déparier déjà, descendant du célèbre ingénieur hollandais Cohorn, renfermait dans un corps grêle et petit l'une des âmes les plus fougueuses lit les plue énergiques que Dieu ait jamais donnée à un homme de guerre. 11 était digne d'être l'exécuteur des impétueuses volontés dé Masséua. A
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peine arrivé sur les lieux il court à la tête des voltigeurs de sa brigade sur le village de Klein-Munchen , s'empare d'abord des jardins , puis se jette dans les maisons, prend ou passe par les armes tout ce qui les occupait, pousse au delà du village, se porte à l'entrée du pont, qui était long, avons-nous dit, de deux cents toises au moins, chargé de fascines incendiaires, et criblé des feux de l’ennemi. Tout autre que le général Coliorn se serait arrêté, pour attendre les ordres du maréchal Massèna ; mais l’audacieux général, l'épée à la main, s'engage le premier sur Je pont, le traverse au pas de course, fait tuer ou prendro ceux qui essaient de Iui.cn disputer le passage, laisse, il est vrai, sur les planches du pont, beaucoup des siens, morts on mourants, mais avance toujours, et, le défilé franchi, lance ses oolqnnes d'attaque Sur le plateau, qui était couvert dos masses de l'infanterie autrichienne. Cohorn, sous unp grêle de balles, gravit avec le même emportement la rampe escarpée qui conduit à Ëhorsberg, pénètre dans la ville, débouche sur une graudo place que le château domine, et oblige enfin les Autrichiens à se replier sur les hauteurs en arrière. Malheureusement ils conservent le château et font pleuvoir du haut de sos murs un (bu destructeur sur la petite ville devenue notre conquête.
Pendant celle suite d'actes téméraires; Massèna, resté au pied de la position, prend ses mesures pour appuyer Coliorn, que n'avait eu affaire jusqu'ici qu'à l'avant-garde des Autrichiens, et qui bientôt devait les avoir tous sur les bras. Ponr tenir tête à la formidable artillerie du plateau, il amène les bouches à feu de tout la corps d'armée, et les poste le plus avantageusement possible. Nos officiers d'artillerie loujouri aussi intelligents qu'intrépides, essaient de compenser par la justesse du tir ot le bon clioii des emplacements le désavantage de la position, line effroyable canonnade s'engage ainsi d'uno rive à l'autre de la Traun. Cela fait, Massèna lance à travers la long défilé du pont les deux autres brigades do Claparède, celles do Lesuiro et de Ficatier , leur ordonnant de gravir le plateau pour aller dans Fbersberg au secours du général Coliorn. Puis il dépêcha une foule d'aides de camp, afin de bâter l'arrivée des divisions Legrand, Carra Salnt-Cyr ei Boudet, dont on a grand besoin pour sortir de cette redoutable aventure. Lui-même il se tient au milieu des balles et des boulets pour donner ses ordres ni pourvoir à tout.
' Les deux brigades Lesujre et Ficatier arrivaient à propos, car le général Hilter remarrhànt en avant, s’était jeté avec des forces considérables sur Cohorn, et l’avait obligé de rentrer dans Fbersberg, puis d’évacuer la grande place. lais Français la reprennent, en chassent les Autrichiens do nouveau, et (entent de s'emparer du château, dont ils approchent sans pouvoir y pénétrer. Mais les Autrichiens qui sentaient l'importance du postç reviennent pins nombreux, ce qui leur était facile, puisqu'ils étaient trente-six mille contre sept ou huit mille, tondent en masse sur le château,
en éloignent les Français, s'introduisent dans la ville, la traversent, et débouchent encore une fois sur la grande place. Le brave Claparède avec ses lieutenants se réfugie alors dans les maisons qui la bordent de trois côtés, s’y établit, et des fenêtres fait pleuvoir sur l'ennemi une grêle de balles. On se dispute ces maisons avec fureur, sous l'artillerie du château, qui tire sur les Autrichiens comme sur les Français. Des obus mettent le feu à cette malheureuse petite ville, qui bientôt devient si brûlante qu’on a peine à y respirer.
Cet affreux massacre continue, et la fureur ayant égalisé les courages, l’avantage va rester au nombre. Les Français vont être précipités dans la Traun, et punis de leur audace, quand par bonheur la division Legrand commence à paraître, précédée de son intrépide général. Celui-ci, toujours calme et fier dans le danger, et portant sur sa belle et mêle figure l'expression de ses qualités guerrières, arrive à la tête de deux vieux régiments, le 2(i* d'infanterie légère et le 18* de ligne. Il s’engage sur lo pont encombré de morts et de blessés. Pour y passer, il faut jeter dans la Traun une foule de cadavres , peut-être des blessés respirant encore. Enfin on le traverse, et au delà on rencontre un nouvel encombrement de combattants refoulés qui se retirent , ou de blessés qu'on emporte, lin officier cherchant à expliquer la position au général Legrand, celui-ci l'interrompt brusquement - Je n'ai pas besoin de conseils, lui dit-il, mais de place pour ma division. — On se range, et il s'avance, l'un de ses régiments à droite, pour déborder les Autrichiens qui avaient enveloppé Ebersberg extérieurement, un autre au centre, par la grande rue de la ville. Tandis que plusieurs de scs bataillons, formés en colonnes d'attaque, refoulent les Autrichiens qui entourent la ville, les autres la traversant par le milieu, parviennent à déboucher sur la grande place, la font évacuer avec leurs baïonnettes , et dégagent ainsi Claparède qui n'en pouvait plus. Legrand s’attaque ensuite au château , et y monte sous un feu meurtrier. Les portes étant fermées , il les fait abattre à coups de hache par ses sapeurs, pénètre dans l'intérieur, et passe par les armes tout co qu’on y trouve. Dès ce moment Ebersberg est à nous, mais c'est un monceau de ruines fumantes, d'où s'échappe une odeur insupportable, celle des cadavres consumés par les flammes. On se hâte de dépasser ce lieu aussi affreux à voir que difficile à conquérir. On marche aux Autrichiens établis en bataille sur une ligne de hauteurs en arrière. Ceux-ci, voyant de loin dans la plaine, entre Lintx et Ebersberg, arriver les longues files des divisions Carra Saint-Cyr et lloudet, voyant de plus à leur gauche une masse de cavalerie française qui avait franchi la Traun à IVels, De crurent pas devoir prolonger cette -lutte furieuse, et se retirèrent, nous abandonnant ainsi le confluent de la Traun, et le débouché important de Maulhauscn. Du reste le pont établi en cet endroit avait disparu comme à Lintz , les coureurs de l'archiduc
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Charles Tayaut détruit, et en ayant envoyé les bateaux sur Krems.
Cette cavalerie qu’on avait aperçue était un millier de, chevaux, que Cannes, après avoir passé la Traun à Wels sans difficulté , avait dépêchés , sous le général Durosnel , pour déborder la position des Autrichiens. Il est donc certain que si Masséna avait pu deviner que l'archiduc Charles no serait point à Mauthausen avec son armée, et qu'un peu au-dessus des passages déjà exécutés feraient tomber aussi vite la position d’Ébersberg, il aurait dû épargner le sang versé dans cette terrible attaque. Le champ de carnage était affreux, et la ville d’Éhersberg tellement en flammes, qu'on ne pouvait en retirer les blessés. Il avait même fallu , pour empêcher l'incendie de gagner le pont, enlever la partie du tablier qui était aux deux extrémités, de sorte que la communication se trouva interrompue pendant- quelques heures, entre les troupes qui avaient passé la Traun et celles qui arrivaient à leur secours. Celle échauflourée nous coûta 17 cents hommes tués, noyés, brûlés ou blessés. Les Autrichiens perdirent 3 mille hommes mis hors de combat, \ mille prisonniers, beaucoup de drapeaux et de caüons. Ils s'en allèrent terrifiés par tant d'audace. Nous avions donc de grands dédommagements de cette cruelle journée, et l’effet moral en devait égaler l'effet matériel.
Xapoléonéfait accouru au galop, attiré par la violence de la canonnade. Quoique fort habitué aux horreurs-de la guerre, tous ses sens furent révoltés à la fois par cet abominable spectacle, que ne justifiait point assex la nécessité de combattre, et sans l'admiration qu'il avait pour le génie guerrier de Masséna, sans le cas qu'il faisait toujours de l’énergie, il aurait peut-être exprimé iin blême contre ce qui venait de se passer. Il n'en fit rien, mais ne voulut point séjourner dans Ébersbcrg, et s'établit en dehors au milieu de sa garde.
L'archiduc Charles, malgré le projet fort arrêté de se réunir à ses frères, derrière la Traun, par Lintz ou Mauthausen, n'avait ni marché assez vite, ni assez bien calculé ses mouvements, pour arriver. à Lintz en temps utile. Il n'était qu'à fludweis en Bohême (voir la carte n’ 14), quand Masséna dépassait si impétueusement Lintz et Ébersbcrg, et il qe lui restait plus que le débouché de Krems auquel il pût atteindre. Le général Hiller et l'archidnc Louis allaient s’y rendre par Enns, Amstetten, Saint- Pollen , en continuant de détruire tous les ponts sur les rivières qui coulent des Alpes Noriques dans le Danube. Quant à l’archiduc Jean , fl était encore moins probable qu’il pût arriver assez tôt, qu'il osrtl mémo s’engager dans-les Alpes, en laissant à sa gauche le prince Eugène, et en s'exposant à rencontrer à sa droite la grande armée de Napoléon , dans laquelle il serait tombé comme dans un ahime. Il ne fallait donc guère compter sur lui. Mais il suffisait pour ramener quelque chance heureuse, que l'archiduc Charles donnât la main par Krems au général Hiller et à l'archiduc Louis,
qui opéraient leur retraite le long do Danube, car après avoir employé beau (‘ou p de temps à rallier des traînards, à ramasser des landwelir^ à incorporer les troisièmes bataillons des régiments gnlliciens, il arrivait avec plus de 80 mille hommes, et pouvait, réuni à ses deux lieutenants qui en avaient au moins 30 mille, se trouver avec 110 mille combattants à Saint-Pollen. Il était alors possible d'y disputer la victoire à Napoléon r et, si on la gagnait, l’empire français, au lieu d’étre renversé en 1814, l’eut été en 1809.
Xapoléon, enchanté d’avoir enlevé aux archiducs la principale chance do réunion en occupant Lints et Mautliausen, se hâta de marcher sur Krems, pour leur ôter colte’dernière ressource, et atteindre Vienne, avant qu’aucun obstacle pût lui en interdire l’entrée.
Après la Tiaun s’offrait l’Ens, qui coule parallèlement à cette rivière, baignant dans son cours l’autre côté du plateau qu’on venait de franchir. Mais tous les ponts étaient radicalement détruits sur l'Ens, et il ne fallait pas mojns de vingt-quatre ou de quarante-huit heures pour les rétablir. C’était une contrariété fâcheuse, mais inévitable. Quoique le 4 mai au matin Lannes se trouvât à Steyer sur l’Ens avec les divisions Demont et Sajnt- Hilaire, que Bessières occupât la ville d’Enns avec la cavalerie légère, le corps d'Oudinot et une division de Masséna, il fallut attendre toute la journée du 5, forcé qu’on était de reconstruire les ponts brûlés jusqu’à fleur d’eau. On ne put traverser l’Ens que le G au matin, pour se porter sur Amstetten. Bcssièrcs, avec la cavalerie et l’infanterie d'Oudinot, passa le premier, bientôt suivi de Masséna, et rejoint par Lannes qui vint se fondre avec la colonne principale, une seule route restant désormais à l’armée entre le pied jdes Alpes et le Danube. On entra le soir dans Ainstetten sans coup férir. Le lendemain l’armée coptinua sa marche sur Môlk , belle position sur le Danube, que couronpe la magnifique abbaye de Môlk. Napoléon y établit son quartier général. Il ne restait plus qu’une journée pour arriver à Krems, où se trouve le pont de Mautern , le dernier par lequel l’archiduc Charles pût se réunir au général Miller et à l’archiduc Louis. On était déjà certain d’y parvenir sans obstacle, car rien n’annonçait la présence d’une grando armée devant soi. Le 8 notre avant-gardo sc porta à Saint-Pollen, position importante et très-connue sur les flancs du kablènberg, qui est un contre-fort dos .Alpes, projeté jusqu'au Danube, et derrière iequel est située Vienne. (Voir les cartes n°‘ 14 et 32.) C’est là qu’aurait dû se former le grand rassemblement des Autrichiens, si les archiducs avaient eu le temps de se rejoindre, car à Saint-Pollen se trouvent, à l’abri d’une excellente position militaire, la réunion des routes de Bohème, d'Italie, de Haute et Basse-Autriche, et enfin le débouché sur Vienne, qui passe à travers les gorges du kahlcnberg, .Mais ôn ^'apercevait que des arrièj'e-gardes en retraite, les unes à notre gauche se repliait vers le pont
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de K rems pour se mettre à couvert derrière le Danube, !e« autre» devant nous se repliant à travers le Kahlenberg sur Vienne. Il était donc évident qu’on ne. rencontrerait pas une grande bataille à livrer en avant de la capitale, et qu'on n'aurait plus qu'à braver les difficultés d'une attaque de vive force, si Vienne était défendue. Ces difficultés pouvaient à la vérité devenir fort embarrassantes , si l'archiduc Charles continuant à descendre le Danube par la rive gauche, arrivait avant nous à la hauteur de Vienne, et y franchissait le Danube par le pont du Thabor, et venait nous offrir la bataille adossé à cette -grande ville. Heureusement ce qui s'était passé ne le faisait guère craindre. < >
.En effet l’archiduc Charles ayant perdu au moins deux jours à Chain , quelques autres jours encore sur la roule de Cbam à Budweis, par le désir, il est vrai, de rallier l'armée et de la renforcer, n'avait atteint que le .1 mai au matin les environs de Budweis, au moment même oit Masséna enlevait Éhorsberg. Dans l'espoir vague d'une jonction à Lintz qui était cependant peu présumable, il s’étàit avancé de Budweis sur Freystadj près du Danube (voir la carte n° 32) au lieu de marcher droitsur Krems, ce qui lui aurait épargné un nouveau détour et une nouvelle perte de iemps. En s'approchant du Danube il avait appris l'oécupafion de Linlz et de la Traun, reconnu dès lors l'impossibilité de faire sa jonction par ce débouché, et avait repris la roule de l'Intérieur de la Bohême par Zwoettel , en conservant encore la fausse espérance d'arriver à Krems et à Saint-Pollen avant nous. Prévoyant toutefois le cas oii il h'y arriverait pas, il avait autorisé les deux généraux qui défendaient la rive droite à repasser sur la rive gauche quand ils se sentiraient trop pressés, sauf à détacher sur Vienne les forces nécessaires pour mettre cette capitale à l'abri d’un coup de main. C'est effectivement ce que venaient d'exécuter le général Hiller ot l'archiduc Louis parvenus à Saint-Pollen. Craignant d'élre attaqués par des forces supérieures avant d'avoir atteint Vienno, et d'essuyer un nouvef échec semblable à celui d’Ehersbcrg, ils avaient comme en 1 806 repassé le Danube au pont de Krems, détruit çe pont, replié tons les bateaux sur la rive gauche , et envoyé seulement par lg route directe de Saint-Pollen un fort détachement sur Vienne, afin de concourir àaa défense avec la population et quelques dépota. , . . , . . , ,
Telles avaient été jes' résolutions des généraux autrichiens ,. que lé simple aspect des choses suffisait pour révéler, car, ainsi que nous venons de le dire, on voyait jt gauche de grosses masses de troupes achever le passage du Danube vers Krems, et devant soi des colonnes s'enfoncer dans les gorges du Kabbmberg pour prendre la route de Vienne. tyapnléon, conséquent dans son plan d'élre sous les murs de Vienne avant les archiducs , et d'ajouter k l'effet moral de son ontréo dans cette capitale l'effet matériel de l'occupation de ce grand dépôt, arrêta toutes les dispositions néces-
saires pour y arriver immédiatement. De l'abbaye de Molk où se trouvait son quartier général , il ordonna les mesures suivantes.
Ce n'était pas aver de la cavalerie qu’on pouvait prendre Vienne, cl il fallait par conséquent y amener de l'infanterie. Le maréchal Lannes dut y marcher dés le 9 mai avec l’infanterie des généraux Oudinot et Detnonf. Le maréchal Masséna dut les suivre immédiatement , tandis que le gros do la cavalerie longerait le Danube, pour en observer les bords, déjouer toute tentative de passage de la part de l'ennemi , et se garder enfin contre la masse de troupes réunie sur l'autre rive. La cavalerie légère fut répandue entre Maulcrn, Tullu, Klostcrneuhourg, conformément aux sinuosités du ' fleuve autour du pied du Kalilenherg. Les cuirassiers furent cantonnés en arriére entre Saint-Poltcrr et Siegbardskirçhen. Ces précautions prises à notre gauche, le général Bruyère à notée droite dut avec sa cavalerie légère, et un millier d'hommes de l'infanterie allemande, remonter par Lilienfeld sur la route d’Italie, pour désarmer les montagnes de la Styrie, et veiller sur les mouvements de l'archiduc Jean. Napoléon suivit Lannes et Masséna, avec la garde et une partie des cuirassiers. lai maréchal Davout, déjà rendu de Passau à Lintz, eut ordre de se transporter de Linlrà Molk, de Mülk à Saint-Pollen, afin.de résister devant Krenis aux tentatives de passage qui pourraient être essayées sur nos derrières , ou bien de marcher sur Vienne, si nous avions une grande bataille à livrer sous les murs de cette, capitale. Pourtant comme Passau et Lintz importaient presque autant que Krems, le général Dupas dut rester à Passau, en attendant l'arrivée du maréchal Rernadotte, et le général Vandamme, avec les U urtembergeois, fut chargé de garder Lintz. Napoléon prit en même temps les plus grands soins pour l'arrivée de ses convois par le Danube, 11. leur ménagea partout, sur la rive que nous occupions, des ports pour s'y reposer, s’y abriter, y prendre langue. Ces convois, composés des bateaux recueillis sur le Danube et ses affluents, portaient du biscuit, des munitions, des hommes fatigués. Outre les points de Passau, de Lintz, déjà militairement occupés, Napoléon fit établir des postes fortifiés à tps, Waldsée, Molk et Mautern. Là ses convois devaient reprendre la route de terre par Saint- Polten, parce qu’elle était la plus courte et la seule sure, le Danube au delà coulant trop près des Autrichiens et trop loin des Français. Enfin ne pensant pas qu’il suffit, pour se garder, d'interdire le passage du Danube, mais jugeant au contraire que le meilleur moyen d'assurer scs derrières c'était d'avoir la faculté de passer le fleuve, afin de donner à l'ennemi les inquiétudes que nous avions pour nous-mêmes, et de l’obliger ainsi à disséminer Ses forces, Napoléon prescrivit l'établissement de deux ponts do bateaux, l'un à Lintz, l’autre à Krems, avec les matériaux qu'on parviendrait à se procurer.
Après avoir vaqué à ces soins, Napoléon, acrivé le 8 à Saint-Polten, fit
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marcher le 9 sur Vienne par Sieghardskirchen et Schcenbrunn. Lannes et Bessièrea s'avancaient en première ligne, Masscna en seconde, la garde et les cuirassiers en troisième. Le maréchal Davout venait après eux, laissant derrière lui les postes que nous avons indiqués & gauche snr le Danube, è droite sur les routes d’Italie.
Le 9 au soir le général Oudinot coucha à Sieghardskirchën. Le 10 mai au matin la brigade Gonroux du corps d'Oudinot déboucha par la roule de Schœnbrunn devant le faubourg de Maria-Hilf, un mois juste après l'ouverture des hostilités. Cette marche offensive, à la fois si savante, et si rapide, était digne de celle de 1805 dans les mêmes lieux , de celle de 1 806 à travers la Prusse, et n'avait rien dans l'histoire qui lui fût supérieur. Il était dix heures du matin. Napoléon était accouru à cheval pour diriger lui-mème les opérations contre la capitale de l'Autriche, qu'il .voulait prendre tout de suite, mais prendre sans la détruire. Ici comme à Madrid, il avait mille raisons de se faire ouvrir les portes de la ville, sans les enfoncer par le fer et la flamme.
L'archiduc Charles ayant perdu dû temps en détours inutiles, n'était pas le 10 au matin & portée de secourir Vienne. Néanmoins cette capitale pouvait être défendue. Nous avons déerit ailleurs sa forme et scs. fortifications. Nous ne ferons que les rappeler ici. Le centre de Vienne , c’est-àdire l'ancienne ville, est revêtu d’une belle et régulière fortification, celle qni en 1683 résista aux Turcs. Depuis, l'augmentation non interrompue de la population a donné naissance à plusieurs magnifiques faubourgs, dont chacun est aussi grand que la ville principale. Ces faubourgs sont couverts eux-mêmes par un mur terrassé, de peu de relief, en zigzag, dépourvu d'ouvrages avancés, mais capable de tenir plusieurs jours. Enfin il y avait à Vienne ce que Napoléon avait toujours considéré comme le moyen Je plus puissant de défense, des bois, que les Alpes et le Danube y versent en prodigieuse quantité. On pouvait donc s'y retrancher, et avec un peuple fort anime contre l'étranger, comme les Viennois l'étaient’ dans le moment, trouver facilement- de nombreux travailleurs. L'arsenal do Vienne contenait 500'bouehcs à feu. La Hongrie pouvait y faire refluer des quantités immenses de vivres, et grâce à cet ensemble de moyens , il était possible de rendre la résisfance assez longue pour que les archiducs arrivassent avant la reddition. On ne comprend donc pas qu’ayant affaire à Napoléon, ce conquérant de capitales si redoutable, les Autrichiens n'eussent pas songé à défendre Vienne.
On a beaucoup parlé des fautes de l'archiduc Charles dans cette campagne. Celle de n’avoir pas mis Vienne en état de défense est certainement la plus grave. Le général Hitler et l'archiduc Louis, enfermés dans l'enceinte de cette capitale, derrière tous les ouvrages qu’on eût pu réparer ou élever, auraient rendu Vienne imprenable. Les armées d'Italie et de Bo~
est
héme, ralliée! ensuite sous ses murs, n'y auraient pas été faciles à battre. Gagner en rase campagne une grande bataille contre Napoléon était sans doute une prétention téméraire, surtout s'il fallait arrirer à cette action décisive par de hardies et savantes manœuvres. Mais accepter à la léte de toutes les forces de la monarchie autrichienne, et adossé atii murs de la capitale, une bataille défensive, c'était préparer h Napoléon le seul échec contre lequel put échouer alors sa fortune toute-puissante.
Au lieu de cela, on n’avait rien préparé à Vienne pour s’y défendre, soit imprévoyance, soit répugnance de recourir k de telles précautions, ou crainte de convertir la capitale en un champ de bataille. On n'avait pas songé à garantir les faubourgs au moyen de la muraille terrassée qui les environne , et on s’était contenté d'armer de ses canons la vieille place forte, qui ne pouvait s'en servir qu’en tirant sur les faubourgs. Pour tous défenseurs on avait ameuté quelques gens du bas peuple, aux mains desquels on avait mis des fusils, et qui ajoutaient tout au plus deux è trois mille forcenés à la garnison. Celle-ci commandée par l’archiduc Maximilien se composait de quelques bataillons de landvehr, de quelques dépôts , d’un détachement du corps de Hillor, faisant ensemble 11 ou 12 mille hommes. Le jeune chef de cette garnison , ardent mais inexpérimenté , n’avait point étudié les côtés forts ou faibles du poste important qu’il avait , à garder, et tout son patriotisme s’était épuisé en proclamations aussi violentes que stériles. >
A peine la cavalerie de Colbert et l’infanterio du général Conroux (division Tharreau) eurent-elles paru à la porte du faubourg de Maria-Hilf, fermée par une grille, qu'une sorte de tumulte populaire éclata dans les rues environnantes. (Voir la carte n* 4b.) On avait trompé cette population en lui disant que les Français étaient battus , que l’archidue Charles était vainqueur, qne si ce dernier se trouvait encore eu Bohème , c’était par suite de manœuvres habiles; que sans doute Napoléon pourrait détacher une division sur Vienne pour menacer la capitale, mais que cette division serait bientôt accablée, par le retour de l’archiduc Charles victorieux, qu’il fallait donc résister à une tentative de ce genre, si elle avait lieu, car elle ne pourrait être qu'une témérité et une insolence de l’ennemi. Aussi la populace se mit-elle à courir les mes eu poussant des cris de fureur, plus ~ effrayants du reste pour les habitants paisibles que pour les Français euxmémes. Les maisons, les boutiques furent fermées immédiatement. Cil parlementaire ayant été envoyé & l'état- major dé la place, il fut assailli cl blessé, bon cheval fut pris, et employé à promener en triomphe un garçon boucher, qui avait commis cette violation du droit des gens. Pendant ce temps, la colonne du général Tharreau était arrêtée aux grilles du feubourg, attendant qu'on les ouvrit. Tout à coup un officier français, le car pitaine Hoidot, escalade la grille, et le sabre & la main oblige le gardien à
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livrer les clefs. Nos colonnes entrent alors, la cavalerie Colbert au galop , l'infanterie de Conroux au pas de charge. On arrive ainsi en refoulant la garnison jusqu'à la vieille ville, dont l'enceinte est retranchée et armée, A peine est-on parvenu à l'esplanade qui sépare lés faubourgs de la ville , que l'artillerie des remparts vomit la mitraille. Quelques-uns de nos hommes sont blessés, et parmi eux le général Tharrcau. Oti investit la place sur tous les points, on la somme, et pour unique réponse on reçoit une grêle de boulets qui ne causent de dommages qu'aux belles habitations des faubourgs. • -
Cependant Napoléon voyant que, même en brusquant l’attaque, on n'en finirait pas en un jour, alla s'établir à Schcenbrunn, pour y attendre l’arrivée du gros de l’armée. Il nomma gouverneur de Vienne le général Andréossy, qui avait été son ambassadeur en Autriche, et qui connaissait cette capitale autant qu'il en était connu. Napoléon voulait indiquer par là que son intention n'était pas de recourir à la rigueur, car on n'aurait pas elioisi pour ce rùlc un homme qui avait vécu plusieurs années au milieu du la population viennoise. Napoléon ajouta à cette nomination une proclamation rassurante, pour rappeler l’excellente conduite de l'armée française en 1805, et promettre d'aussi bons Irai tements si on se conduisait envers les Français do manière à les mériter.
Sur-le-champ le général Andréossy se transporta dans les faubourgs, organisa dans chacun d’eux des municipalités composées des principaux habitants, forma une garde bourgeoise chargée de maintenir l'ordre, et chercha à établir des communications avec la vieille ville, dans l'intention de mettre un terme à une défense qui ne pouvait être désastreuse que pour les Viennois eux-mêmes. Le feu ayaut continué et causé quelques dommages, une députation des faubourgs proposa de se rendre auprès de l'archiduc Maximilien, pour réclamer la cessation d'une résistance imprudente. Avant de tenter une pareille démarche, cette députation alla voir Napoléon , et recueillir de sa bouche les paroles rassurantes qu’il importait de faire parvenir aux habitants de la ville fortifiée. Elle pénétra ensuite dans l'intérieur de V ienne le 11 mai au matin. La réponse à cette démarché conciliante fut une nouvelle canonnade. Napoléon ne se contenant plus , résolut d’employer le fer et le feu, de façon toutefois à épargner autant que possible aux malheureux faubourgs les suites d'un combat qui allait se passer entre l’ancienne et la nouvelle ville. - ,
Nos troupes étaient arrivées par Sicghardskirchen et Schcenbrunn devant le faubuurg de Maria-Hilf. (Voir les caries n“ 18 et lit.) Napoléon chercha un autre point d'attaque, il fit à cheval avec Masséna le tour de la place, par le midi, et se porta du çùté de l’est à (^endroit où elle se joint au Dauube. Là un bras secondaire, détaché du grand bras du fleuve, la longe en fournissant de l'eau à scs fossés , et la sépare de la fameuse pro-
menadc du Prater. De ce coté on pouvait établir des batteries qui , en^ accablant la ville fortifiée, ne devaient attirer le feu que sur des habitations trés-clair-semées, et sur les îles du fleuve. De plus, en opérant le passage de ce bras , on s’emparait du Prater, et en remontant un peu au nord-est (voir plus particulièrement la carte n° 49), on isolait Vienne'du grand pont du Thabor, qui conduit k la rive gauche. On la séparait ainsi de tout secours extérieur; on enlevait à l'archiduc Charles la possibilité d’y rentrer; on ôtait enfin à ses défenseurs le courage de s’y renfermer, car ils avaient la certitude d’y être pris jusqu’au dernier. L’archiduc Maximilien en particulier ne pouvait se résigner à y rester, étant sur de devenir notre prisonnier sous quarante-huit heures.
Napoléon ordonna sur-le-champ à des nageurs dé la division Boudet de sc jeter dans le bras du Danube qu’il s’agissait de franchir, et d’aller chercher qoelques nacelles à la rive gauche. Ilà le firent sous la conduite d'un brave aide de camp du général Boudet, le nommé Sigaldi , qui fut des premiers à se précipiter dans le fleuve. Ils ramenèrent ces nacelles sous les coups de fusil des avant-postes ennemis, et fournirent ainsi à deux compagnies de voltigeurs le moyen de se transporter sur l’autre rive. Elles s'emparèrent du petit pavillon de Lusthaus, situé. dans le Prater, et dont on pouvait se servir comme d’un poste retranché* Elles en chassèrent les grenadiers autrichiens, et s’y établirent, de façon que ce pavillon devint la tête du pont qu’on se hâta de jeter avec des bateaux recueillis dans les environs. En même temps Napoléon fit mettre en batterie sur le bord que nous occupions quinze bouches à feu, qui battaient la rive opposée , et prenaient en écharpe l’avenue par laquelle on aboutissait au pavillon de Lusthaus. On avait ainsi le moyen de secourir les deux compagnies de voltigeurs, en attendant que le pont achevé permit à des forces plus nombreuses d’aller les rejoindre. On construisit aussi , et simultanément, une batterie de vingt ohusiers, à l’extrémité du faubourg de Landstrass, près du bras que l’on venait de franchir. (Voir encore- la carte n°49.)
A neuf heures du soir, après une nouvelle sommation, et tandis que le travail du passage continuait, on commença sur la ville fortifiée un feu dévastateur. En quelques heures 1,800 obus furent lancés sur cette malheureuse ville. Les rues y sont étroites, les maisons hautes, la population accumulée, comme dans toutes les enceintes fortifiées où l’espace manque, et bientôt l’incendie éclata de toutes parts. Le bas peuple vociférait dans les rues; la classe aisée et paisible, partagée entre deux terreurs, celle de l’étranger et celle de fa multitude, ne savait que désirer. Au même instant oh apprenait à l’état-major de la place le passage commencé du petit bras du Danube. Il fallait empêcher cette tentative, dont le succès rendait tout secours impossible, et condamnait k devenir prisonniers tous ceux qui dé^ feock aient Vienne. Deux bataillons de grenadiers furent pendant la nuit
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dirigés sur le pavillon de l.nsthaus , pour enlever ce point d'appui au pont préparé par les Français. Mais les voltigeurs de Boudet se tenaient sur leurs gardes. Établis dans ce pavillon de Lustliaus, couverts par des ahatis, ils attendirent les deux bataillons, et les accueillirent par des décharges meurtrières exécutées à bout portant. En même temps l’artillerie , placée -sur la rive que nous occupions, ouvrit un feu de mitraille Sur le flanc de ces deux bataillons, et les mit en déroute, lis rebroussèrent chemin vers le haut du Pratcr.
Dès ce moment le passage du bras et l'investissement de Vienne étaient assurés. L’archiduc Maximilien, effrayé par la perspective de devenir prisonnier, sortit le 12 au matin de celte capitale si maladroitement compromise. Il emmena en se retirant la meilleure partie de la garnison, et ne laissa au général Orcilly, chargé de le remplacer, qu'un ramassis de mauvaises troupes, avec quelques gens du peuple qu'on avait eu l'imprudence d'armer. Après avoir passé le Danube il détruisit le pont du Thabor. Le général Orcilly n’avait plus qu'une conduite à tenir, s’il ne voulait pas faire inutilement incendier la ville, c'était de capituler. Dans la matinée du 12, il demanda la suspension du feu, qui fut accordée, et il signa la reddition^ qui garantissait pour les personnes et les propriétés un respect qne Napoléon se piquait d'observer et dont il ne se fût point écarté, la ville n’eùlcllc fait aucune condition. Il fut convenu que le lendemain Kl mai les Français entreraient dans Vienne. Ils y entrèrent effectivement au milieu de la soumission générale , et des derniers frémissements d'un peuple qu'on avait vainement agité, sans prendre les moyens véritables d'utiliser son patriotisme.
Ainsi en trente-trois jours, Napoléon, surpris par des hostilités soudaines, avait d'un premier coup de sa redoutable épée coupé en deux la masse des armées autrichiennes à Ratisbonnc, et enfoncé d'un second coup les portes de Vienne, I| était établi maintenant au sein de cette capitale, maître des principales ressources de la monarchie. Mais tout n’était pas fini, il s'en fallait, ni en Autriche ni en Allemagne, et il avait encore k déployer beaucoup de vigueur et de génie pour écraser le» ennemis de tout genre qu'il avait suscités contre lui. Sans doute les archiducs ne pouvaient plus lui présenter à la tète de 140 mille hommes une bataille défensive sous Vienne, et c'était certainement un important résultat que d’avoir empêché une telle concentration de forces sur un tel point d'appui Mais il restait une grande et décisive difficulté à vaincre, l'une des plus grandes qui se puissent rencontrer à la guerre, c'était de passer un fleuve immense devant l'ennemi, et de livrer bataille ce fleuve & dos. Cette difficulté, Napoléon n'avait pu la prévenir, et elle résultait forcément de la nature des choses. Il avait dû prendre, en effet, en quittant Ratisbonne, la route qui était la plus courte, qui tenait les -archiducs isolés les uns des autres, et qui le rapprochait lui-
osa
mime du prince Eugène en cas de nouveaux malheurs en Italie. Il avait dû par conséquent suivre la rive droite du Danube (voir la carte n" I 4) en abandonnant la rive gauche aux Autrichiens, sauf à leur ôter, pour se les assurer à lui-mème, les moyens de passer d'un bord à l’autre. Maintenant parvenu à Vienne, en descendant ce fleuve, il allait avoir devant lui l'archiduc Charles , renforcé des restes du général Hillcr et de l'archiduc Louis, muis affaibli par la nécessité de laisser des forces sur ses derrières, et pouvant néanmoins présenter 100 mille hommes en ligne lorsqu'on traverserait le Danube pour aller le combattre. Eu 1805, les Autrichiens, par suite des événements d’t'lin, n'étaient arrivés & Vienne qu'avec des débris, et ils avaient à 01 mu U la grande armée russe. Il était dès lors naturel qu'ils s'éloignassent, et qu’ils allassent à quarante lieues de la capitale se réunir à l’armée russe, pour tenter à Austerlitz la fortune des armes. Mais cette fois ayant vis-à-vis de Vienne le gros de leurs forces, sans aucun secours à espérer plus loin, ils n'avaient qu'une conduite à tenir, c'était de constituer Napoléon eh violation des règles de la guerre, en le réduisant à passer le Danube devant eux, et à livrer bataille ce fleuve à dos. Ce n'était plus à Austerlitz, c'était là, vis-à-vis de Vienne, sur la ritic gauche du Danube, entré Esslipg, Aspern, U agram, noms à jamais immortels, que devait se décider le destin de l'une des plus grandes guerres des temps modernes. On vurra plus tard tout ce que lit Napoléon pour conjurer les difficultés de cette opération gigantesque, car les règles qu’il s'agissait de violer avaient été posées à des époques où l'on avait eu à franchir des fleuves de 100 ou 150 toises, avec des armées de 30 à -10 mille hommes. Celte fois il s'agissait d'un cours d'eau de 500 toises, et d'armées de 150 mille hommes chacune, passant avec 5 ou 600 bouches à feu , devant des forces pareillus qui les attendaient pour les précipiter dans un abime. Mais le gènio qui avait vaincu les Alpes, savait comment vaincre le Danube, quelque large et impétueux que fut ce fleuve: Cependant, avant de s'occuper d'une pareille opération, il avait beaucoup de soins préalables à prendre, et non moins urgents que celui d'aller sur l’autre rive du Danube achever la destruction do ses ennemis.
”l)'abord il fallait s'établir solidement à Vienne, s'y établir de manière à profiter des grandes ressources de cette capitale, de manière à n’avoir pas d’inquiétude pour scs communications, de manière surtout à rallier le prince Engène, en empêchant l'archiduc Jean de rejoindre l'archiduc Charles. 11 importait en effet que les deux armées belligérantes d’ilulie étant amenées sous Vienne par le mouvement imprimé aux opérations, la jonction de l'une fût ménagée à Napoléon, sans procurer la jonction dç l'autre à l'archiduc Charles. C'était là uu difficile problème qui fut admirablement résolu, après des alternatives dont bientôt on verra la suite sanglaute. - .
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Napoléon était entré à Vienne avec les troupes des généraux Saint-Hilaire, Demont et Oudinot, sous le maréchal Lannes, avec les quatre divisions lloudet, Carra Saint-Cyr, Molitor, Legrand, sous le maréchal AI asséna , avec la garde et la réserve de cavalerie. Obligé de faire face à l'ennemi, soit devant Vienne, au moment où il faudrait passer le Danube, soit plus haut, à krems par exemple, si l'archiduc s'y présentait pour essayer une tentative sur nos derrières (voir la carte n° 14), il disposa le corps du maréchal Davout de façon que celui-ci put en une journée se porter tout entier ou sur Krems, ou sur Vienne. Dans ce but, il lui assigna Saint-Pollen pour quartier général, une division devant être répandue de Ma utero & Molk, les deux autres concentrées à Saint-Pollen même. Les 30 mille hommes du maréchal Davout pouvaient ainsi , en se réunissant sur le Danube vers Maulcru ou Molk, résister à quelque tentative de passage que ce fut, et si cette tentative était faite avec des moyens considérables, donner le temps k l'armée de revenir de Vienne sur le point menacé. Ils pouvaient également, rendus en une journée à Vienne, porter l'armée principale à 90 mille hommes au moins, force suffisante pour livrer à l'archiduc Charles une bataille décisive au delà du Danube.
Cependant il était possible que le danger se présenté! plus loin en arrière, c'est-à-dire à Lintz et même à Passau. Quoiqu'il fût moins probable de voir l’archiduc Charles s’y diriger, à cause de la distance, Napoléon laissa le général Vandamme à Lintz, avec 10 milje Wurtembcrgois, en lui donnant la mission de rétablir le pont de cette ville, d'y créer des têtes dé pont, et de faire de continuelles reconnaissances en Bohême. Il plaça en outre au point si important de Passau lo maréchal Bernadette, qui arrivait avec les Saxons. Ce maréchal , devenu prince de Poute-Corvo, à titre de parent de l'Empereur (il avait épousé une sœur de la reine d’Espagne), étajt pourtant mécontent de son sort, ne se trouvait pas à la tête des Saxons placé d'une manière digne de lui, et envoyait sur ces troupes des renseignements extrêmement défavorables, même injustes, car si elles ne valaient pas des troupes françaises, et si elles éprouvaient, surtout les sentiments qui travaillaient déjà le cœur des Allemands , il n'en était pas moins vrai que devant des Autrichiens elles pouvaient se tenir en bataille, et remplir leur devoir aussi bien que les Bavarois et leB Wurtembcrgois. Avec quelques Français pour les soutenir et leur donner l'exemple, elles devaient presque valoir ces Français eux-mêmes. Aussi pour satisfaire le prince Bernadotte, dont les plaintes l'importunaient, Napoléon fit-il deux parts de la division Dupas, et laissant les troupes allemandes des petits princes à Katisbonne sous le général Rouyer, il dirigea sur Passau la brigade française sous le général Dupas lui-même. Le maréchal Bernadotte avait donc sur ce point 4 mille Français, 15 à 16 mille Saxons, ce qui lui composait un corps excellent de 20 mille hommes environ. Ainsi avec tous iv. 42
t> mille Allemands à Ratishonne, 20 mille Saxons el Français à Passau , 10 mille 11 urlembergeois à Linta, el 30 mille Français, vieux soldais, à Saint-Pollen, \apol6on était gardé d’une manière infaillible sur ses derrières, en conservant les moyens de livrer bataille sur son front. (Voir la carte n* 14.).
Il n'entendait pas du reste consacrer toujours autant de troupes à la garde de ses communications, el il se proposait, lorsque les Bavarois auraient soumis lo T y roi , et que les Autrichiens auraient évacué l’Italie, d’amener encore plus de forces au point décisif, c'est-à-dire sous Vienne. C’est par ce motif qu'il prescrivit à Katisbonne, à Passau, à Linlt, à klôlk, à l'abbaye de Gottucit près Mautern, des travaux immenses, et tels qu'un très-faible corps avec beaucoup d'artillerie put s'y défendre plusieurs jours de suite. A Hatisbonne il y avait peu à faire, puisqu'il existait un pont de pierre, et qu'il suffisait de rendre la muraille qui enveloppait la place de meilleure défense. Uais à Passau, situé au confluent du Danube etdel'Inn, il ordonna des travaux fort importants, qui devaient être lè commencement de ceux qu’il Voulait exiger plus tard de la Bavière, afin qu'elle eût en ret endroit une place de pi entier ordre contre l'Autriche. Il décida qu'on y construirait des ponts sur le Danube et sur l'Inn, avec double tète de pont aur l’un el l'autre (louve, avec un camp retranché poui DO mille hommes, avec des fours pour 1UO mille rations par jour, avec nn approvisionnement considérable de grains et de munitions, et des hôpitaux fort vastes. Ce surcroît de précautions autour de Passau avait pour objet do procurer, en eas de mouvement rétrograde, un appui solide à l’armée, derrière les deux lignes du Danube et de l’Inn, car ce capitaine , qui , dans la politique, avait l'imprudence de ne jamais supposer la mauvaise fortune, la supposait toujours à la guerre, et se précautionnait admirablement contre elle. ALinla, autre débouché de la Bohême, il ordonna également un pont arec double tète de pont , des fours , des amas de vivres, des hôpitaux. A la belle abbaye de .Mulk, qui n'était pas l'un des débouchés de la Bohème, mais qui dominait avantageusement le Danube, el contenait de vastes batiments, il prescrivit de construire, avec dn bois et des ouvrages en terre, une petite place armée de seixe bouches à feu, et que 1,200 hommes pouvaient très-^ien défendre. Flic devait aussi contenir un hôpital pour plusieurs milliers de malades. 11 décida l’établissement d’un semblable poste à l'abbaye de Goltweit, vis-â-eis de Krems, dans nne position élevée, (Poil l'on découvrait tout ce qui sé passait à plusieurs lieues sur Pnne et l’autre rive du Danube. Enfin k Krems même, un pont dut être établi au moyen de bateaux ramassés le long dn fleuve, avec double tête de pont, de façon à pouvoir interdire le passage à l'ennemi en le conservant libre pour notre propre usage. Par ce système de savantes précautions, Napoléon avait tous les bonis dn Dannbc gardés de
la meilleur»; manière, puisqu'ils l'étaient à la fols défensivement et offensivement, puisqu'on interdisant à l'ennemi de passer on pouvait passer soi-mètne, et le tenir ainsi dans de continuelles inquiétudes. De plus on avait, en cas de retraite, une suite d’échelons, sur une route jalonnée, de magasins et d'hôpitaux, vers lesquels auraient été dirigés d'avance les blessés et les malades. On avait enfin une suite de ports pour les convois par eau, et un ensemble d'ouvrages sur la ligne de communication, que peu d'hommes suffisaient à défendre, ce qui permettait d'amener de sa queue à sa tête, ou de sa tète à sa queue, une rapide concentration poulies jours de grandes batailles. Voilà ce que peut la vigilance du génie pour assurer les opérations les plus difficiles et les plus délicates.
Il fallait à ces précautions sur le fleuve, c’est-à-dire à gauche, ajuuler quelques précautions dans les montagnes, c'est-à-dire à droite, contre l'agitation qui s’étendait depuis le Tyrol jusqu'à la Slyrie. (Voir la carte n" 31.) Napoléon avait d'abord chargé le maréchal Lefebvre de soumettre le Tyrol avec 2V mille bavarois, après en avoir laissé fi mille à Munich. Celte œuvre terminée, les Bavarois devaient se porter à I’assau, et y remplacer les Saxons „ qui pourraient dis lors se rendre à Vienne. Plus près de lui en Styrie , Napoléon avait déjà envoyé le général Bruyère avec un millier de chevaux sur la route d'Italie, par Lilienfeld. Il confia la mission d'observer cette roéto à son aide do camp Lauriston , eu lui donnant , outre ces mille chevaux du général Bruyère, deux à trois mille fantassins hadois, bons soldats, lesquels parlant allemand, étaient propres à persuader le pays autant qu'à l’intimider, e( à le ramener au calme par la promesse de bons traitements. I* général Lauriston devait remonter jusqu’à Mariaiell, et regagner Vienne par Neasladl.
Un autre avantage de ce mouvement était d'éclairer les roules d'Italie par lesquelles il fallait s'attendre à voir bientôt paraître l'archiduc Jean. Ce prince n’étant venu se réunir à V archiduc Charles, ni à l,inlz, ni t krems, ne pouvait le rejoindre qu'aux environs de Vienne, à travers la Carinlhie, la Slyrie et la Hongrie, par klagenfurth, Cnit* el Oldenbourg. (Voir la oarte n" 31.) Napoléon avait deux choses à faire à son égard : la première, de l'empècher de tomber à l' improviste sur Vienne, en débouchant brusquement par la roule de Léoben et Neustadt (voir la carte n* 32); la seconde, de le contraindre à décrire le plus grand détour possible pour se réunir à l'archiduc Charles, de l' obliger, par exemple, à passer par Güns, Raab et komoru, plutôt que par Utsdcubourg el Près bon rg, car plus le cercle qu'il parcourrait serait grand, plus Napoléon aurait de chances de rallier à lui son armée d'Italie, et d’empécher l’archiduc Charles de rallier la sienne, le jour de la bataille décisive. C’est eu étendant habilement ses postes autour de lui , au moyen de sa nombreuse cavalerie, que Napoléon atteignit ce double but.
Ainsi tandis que le général Lauriston devait venir par Mariazell s’établir àXeustadt, route directe d’Italie, le général Montbrun, enlevé au maréchal Davout qui n’en avait plus besoin, fut placé en reconnaissance avec deux brigades de cavalerie légère à Bruck , plusieurs marches au delà de Neustadt, sur la même route. (Voir la carte n° 32.) I«e général Colbert, avec des troupes de la même arme, fut cantonné de'Neustadt à OEdenbourg, le général Marulaz le long du Danube jusqu’à Presbourg et au-dessous, les uns et les autres ayant ordre d’être toujours en reconnaissance autour du lac deXeusiedel, pour s’éclairer du côté de la Hongrie. Derrière eux la grosse cavalerie fut cantonnée depuis Haimbourg jusqu’à Baaden , avec ordre de les soutenir au besoin. Grâce à ce réseau si bien tendu, rien ne pouvait paraître sans qu’on en fut immédiatement averti, et en même temps l'archiduc Jean était forcé de décrire un très-grand cercle, et de joindre le Danube plutôt à Komorn qu’à Presbourg, ce qui diminuait ses chances- de coopérer à la grande bataille préparée sous les murs de Vienne.
Pendant que Napoléon, impatient de la livrer, disposait tout pour en assurer le succès, les armées qui, en Italie et en Pologne, devaient de près ou de loin concourir à ses combinaisons, étaient, comme lui, occupées à marcher et à combattre. Les Autrichiens arrivés si fièrement, quoique si lentement, jusqu’à l’Adige, s’étaient arrêtés devant cette limite, n’osant pas l'attaquer, d’abord à cause de sa force naturelle, puis à cause de l’armée d’Italie qui s’était réorganisée et renforcée, et enfin à cause de l’incertitude qui régnait à cette époque sur les événements d’Allemagne. Il était tout simple qu'avant d’essayer au delà de l’Adige une opération extrêmement hasardeuse , 1’archiduc Jean voulut savoir si son frère le généralissime avait été heureux ou malheureux sur le Danube. Le prince Eugène , inspiré par le général Macdonald, avait profité de ce retard pour reprendre 4)816106, et pour familiariser avec la vue de l’ennemi , non pas ses soldats, qui n'en avaient pas besoin, mais lui-même et ses lieutenants , intimidés par la défaite de Sacilc. Il s’était appliqué, dans ce but, à faire sur le haut Adige de fréquentes reconnaissances , qui avaient souvent tourné en véritables combats. Ce prince commençait effectivement à se remettre, lorsque le 1er mai, dans l’une de ces reconnaissances, le général Macdonald aperçut à l’horizon une immense quantité de charrois paraissant rétrograder vers le Frioul. A cette date on ne savait rien encore au quartier général du prince Eugène des événements de Hatisbonne, et on était inquiet pour l’Allemagne autant que pour l’Italie. Mais le général Macdonald ne pouvant attribuer un pareil mouvement qu’à des défaites que les Autrichiens auraient essuyées en Bavière , poussa son cheval au galop vers le prince Eugène, et lui prenant la main : Victoire en Allemagne, loi dit-il, c’est le moment de marcher en avant! — Le prince , charmé, lui serra la main à
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son tour. Tous deux coururent aux avant-postes , reconnurent de leurs yeux, et apprirent bientôt par tous Jes rapports que les Autrichiens battaient eu retraite. Ainsi se faisait sentir à distance la puissante impulsion de Napoléon. Sa marche victorieuse en Bavière obligeait l’archiduc Jean à rebrousser chemin, et à retourner en -Frioul. Le prince autrichien aurait bien voulu traverser les Alpes, pour porter secours à ses frères, en se rendant sur le Danube, mais 1 il n’osa point tenter une telle hardiesse, car s'il pouvait à la vérité tomber dans le flanc de Napoléon , ce qui eut été an grand avantage dans le cas où tous les archiducs auraient convergé vers le même point, il s’exposait aussi à tomber seul dans ses mains, et à y être étouffé. Dans cette situation, l’archiduc Jean se hâta de rétrograder, avec la pensée tout au plus de paraître à temps sous les murs deVienne, et pbis probablement avec celle de rejoindre son frère au-dessous de cette capitale, par la Styric et la Hongrie. Quoi qu’il en soit, l’armée autrichienne battit en retraite à partir du 1er mai, et le prince Eugène, qui n’avait pas autre chose à faire qu’à la suivre, se mit aussitôt à ses trousses, pour lui causer le plus de mal possible. Mais à l’instant même le moral des Autrichiens allait perdre tout ce qu’allait gagner celui des Français. Les Autrichiens n’ayaut désormais d’autre but en définitive que d’évacuer le pays,' devaient le disputer avec peu d’énergie, et les Français, voulant se venger de leurs échecs, devaient au contraire attaquer avec plus de hardiesse et de vivacité. Dès les premières marches, en effet, on vit ceux-ci se battre mieux que ceux-là, et chaque soir de nombreux prisonniers, des bagages considérables étaient amenés dans les lignes des Français, tandis qu’on n’en amenait aucuns dans celles des Autrichiens. ,
Le prince Eugène, conservant l’organisation que nous avons déjà décrite, en trois corps et une réserve, marcha, Macdpnald à droite dans la plaine, Grenier au centre sur la grande route du Frioul, Baragueyd’Hilliers à gauche le long des montagnes, la réserve en arrière, le tout formant environ 60 mille hommes. Les dragons de Grouchy et de Pully galopaient en tête, pour prendre les détachements ou les convois mal gardés. Les routes étaient encore mauvaises, les ponts détruits, et la marche moins rapide qu’on ne l'aurait désiré.
1 Le général Mayer, attaché à l'état-major de l’archiduc Jean , dévoué comme de juste à *a gloire, et beaucoup moins à celle de l’archiduc Charles, a prétendu, dan* un récit dont nous avons déjà parlé, que l’archiduc Jean voulait passer à travers les Alpes et se jeter en Bavière , mais qu'il eil fut empêche par la précipitation du général Chastrler à abandonner le Tyrol italien. D'après cc récit, le général Chastrler, se hâtant trop de courir dans le Tyrol allemand pour y tenir tête aux Bavarois, aurait livré à l’armée française d'Italie la route des Alpes, et rendu impossible le mouvement de l’archiduc Jeari vers l'archiduc Charles. Je dois dire que rien ne justifie cette assertion, inspirer par le scie d'un lieutenant pour la renommée de son chef, et que tout prouve au contraire que l’archiduc Jean, en apprenant les événements de Ratisbonne, ne songea qu'à se retirer vers la Hongrie, pour n'étre pas débordé par le mouvement de Napoléon sur Vienne.
On s'avança sur le revers méridional des Alpes (voir la carte n° 31) r de l'Adige à la Brenta, de la Brenta à la Piave, comme Napoléon sur le revers septentrional, de Plsar à l'Inn , de l'inn à la Traun, et a peu prés dans le mégie temps. Le 7 mai au soir, on était au bord de la Piave, dont l’ennemi avait coupé tous les ponts. On résolut de la traverser à gué, et de se précipiter sur les Autrichiens, qui semblaient faire une balle, apparemment pour donner à leurs bagages le temps de défiler. ]<e lendemain, les dragons de fîrouchy et de Piilly passèrent avec uhc avant-garde d’infanterie, et fondirent sur les Autrichiens. Ceux-ci furent d'abord repoussés, mais, comme ils avaient leurs bagages à défendre, ils résolurent de résister, et se reportèrent en masse sur l’avant-garde du prince Eugène, qui, se trouvant de sa personne aux avant-postes, vit bientôt avec etfroi sa cavalerie et son infanterie refoulées en désordre sur la Piave. L’armée n’avait pas efrcore franchi la rivière, et celles de nos troupes qui avaient passé les premières pouvaient essuyer un grave échec. Heureusement la droite, sous te général Macdonald , arrivait en toute hâte. G*lui-ci la fit entrer hardiment dans le fleuve, et prendre position au delà. Puis vint le général Grenier, et on marcha tous ensemble sur les Autrichiens, qui furent promptement culbuté», et laissèrent dans nos mains beaucoup de canons, de bagages, 2,500 morts ou blessés, plus un nombre à peu près égal de prisonniers. On en avait déjà ramassé 2 mille de l’Adige à la Piave. C’était donc près de 7 mille soldats enlevés eu quelques jours à l’archiduc Jean.
Le 0 mai on entra dans ConeglUno; le 10 on arriva devant le Tagliamento, qu'on franchit au gué de Valvassone. La cavalerie fut envoyée à droite vers l’dine pour débloquer Palma-Nova ; le gros de l’armée marcha à gauche, en remontant le Tagliamento vers San-Daniele et Osopo. Les Autrichiens parvenus aux gorges des Alpes Camiqnes, par lesquelles ils avaient débouché, furent contraints de disputer encore le terrain pour sauver leurs bagages, et tirent une nouvelle perte de 1,500 hommes tués, blessés ou prisonniers. Les 11 et 12 mai, au moment où Napoléon occupait Vienne, il ne restait plus d’ennemis en Italie. L’archiduc Jean, qui avait pénétré dans cette contrée avec environ 48 mille hommes, en sortait avec .10 mille tout au plus. La confiance qu'il avait éprouvée en débutant l’avait abandonné, pour passer tout entière au cœur de son jeune adversaire.
Le prince autrichien, rejeté au delà des Alpes, fit une nouvelle répartition de scs forces. Il détacha de Villach sur Laybacb, par la route transversale qui va de* la Carinlbie à la Carniole, Je ban de Croatie, Ignace (üulay , avec quelques bataillons de ligne, dix-huit escadrons, plusieurs batteries, en lui donnant mission du lever l'insurrection croate, d'appuyer ensuite le général Stoichevicb, qui était opposé nu général Marmont, et
de couvrir ainsi Laybach contre les armées françaises d'Italie et de Dalmatie. Ce détachement fait, l’archiduc Jean ne conservait qu'environ SU mille hommes. Sa résolution était ou de se porter par Villach sur Lilienfeld et Saint-Pollen , afin de coopérer à la jonction tant projetée des nrchiducs, ou, s'il n'en était plus temps, de rallier h lui les généraux Chastcler cl Jellarhich par I.éoben, de se diriger avec eus de Léoben sur (■rats, pour se réunir en Hongrie à la grande armée autrichienne, et concourir à la défense de la monarchie, suivant des vues qu'il devait concerter avec le généralissime. Mais il était vivement poursuivi par le prince Eugène victorieux, et il allait rencontrer le réseau de cavalerie tendu par Napoléon de Uruck h Presbourg.
La marcbe de l'archiduc Jean commandait en quelque sorte Celle du prince Eugène. Celui-ci était obligé de veiller é la fois sur les mouvements de l'archiduc Jean et sur ceux du ban de Croatie , pour que lo premier se joignit le pins tard possible et avec le moins de forces à l'archiduc Charles, pour que le second n’empéchél pas la jonction du général Marmont avec l'armée française d’Italie. Il était difficile de pourvoir aux diverses exigences de celle situation, si on continuait de marcher en une seule massé, car, quelque vite et bien qu'on manœuvrât, il se pouvait que, si l'on se dirigeait immédiatement sur Vienne pour renforcer Napoléon, l'archiduc Jean et Giulay réunis accablassent le général Marmont, et que si, au contraire, on faisait un délourvers Layhach pour appuyer le général Marmont, l’archiduc Jean libre de courir sur Presbourg, vint jeter dans la balance le poids décisif de l’armée autrichienne d’Italie. Bans ce doute, le prince Eugène prit un parti ntoyen qui convenait asset aux circonstances. Il donna au général Macdonald 15 on 1 U mille hommes de troupes excellentes, qui devaient suivre la route de Laybach , débloquer Palma-Nova , occuper Trieste, rallier le généra) Marmont, fermer avec celui-ci 26 à 27 mille hommes, et avec cette force très-respectable rejoindre par Grfits l’armée d'Italie sur la route de Vienne. Quant à lui, il s’en réserva 30 & 32 mille, et prit la route qui devail conduire le plus directement vers Napoléon. Ce plan offrait néanmoins des inconvénients, car l'archiduc Jean, s'il eût été un vrai général, aurait pu, en manœuvrant entre ces divers corps, les battre les uns après les autres. Mais ce prince spirituel concevait à la guerre une foule d'idées, el n'en suivait aucune résoldment. De plus, il avait des troupes démoralisées, et peu capables de ces mouvements rapides, qui supposent de la part des soldats autant de confiance dans le général , que de dévouement à ses desseins. Le plan du prince Eugène tie présentait donc pas les inconvénients qu'il aurait pu avoir en face d'art autre adversaire. Ces deux portions de l’armée d'Italie se séparèrent le 14 mai , pnnr nc pins se revoir que dans les plaines de U’ngratn.
Dans ce moment, le général Marmont, avec 10 ou 11 mille hommes de
vieilles troupes, envoyées en Illyrie après Austerlitz, traversait les pays montueux de la Croatie , pour se rendre par la Carniole dans la Styrie , et rejoindre la grande armée d’Allemagne. Il conduisait entre ses colonnes un convoi de vivres porté sur des chevaux du pays, qui devaient se charger de ses malades et de ses blessés, quand ils se seraient déchargés des grains consommés par l’armée. Après avoir dispersé les bandes du général Stoichevich , il s’avançait prudemment & travers une sorte d'obscurité, ne sachant quelle rencontre il allait faire entre les armées françaises et autrichiennes, qui pouvaient les unes et les autres s'offrir à lui à l’improviste, en amies ou ennemies, et en nombre bien supérieur. Il se comportait dans cette marche difficile avec sagesse et fermeté, cherchant à avoir des nouvelles du général Macdonald, qui de son coté cherchait b avoir des siennes, sans qu'ils parvinssent ni l’un ni l'autre à s’en procurer.
Ces événements survenus en Italie en avaient amené de semblables dans le Tyrol. Le général Chasteler, attiré du Tyrol italien dans le Tyrol allemand par le danger des Autrichiens sur le Danube, avait couru à Inspruck, et d’inspruck à Kufstein. Il avait poussé quelques avant-postes sur la route de Salzbourg par I*ofen et Reichenlhal. Un autre corps autrichien, celui du général Jellachich , qu’on a vu au début de la campagne marcher latéralement au corps de Hiller, avait suivi, en se retirant comme en avançant, la route qui longe le pied des montagnes. Il s’était replié sur Salzbourg, de Salzbourg sur Léoben, après avoir défendu contre la division de ll ràde les 'postes de Luegpass et d’Obtenau. Les troupes réunies de Jellachich et de Chasteler s’élevaient de IG à 17 mille hommes sans les Tyroliens, et, bien commandées, résolues à s'enfermer dans les montagnes, elles auraient pu créer sur notre droite et sur nos derrières une fâcheuse diversion. Mais elles avaient reçu pour instruction de se joindre aux masses agissantes ; elles étaient divisées en plusieurs corps indépendants les uns des autres, s'entendaient mal avec les Tyroliens, et ne pouvaient pas dès lors se rendre fort redoutables. Ias maréchal Lefebvre, après avoir refoulé dans la vallée de l’Ens supérieur (voir la carte n" 31) le corps de Jellachich , en lui opposant la division de Wrède, ramena cette division à lui, revint sur le fort do Kufstein qui était bien défendu par une garnison bavaroise, le débloqua, et, faisant remonter de Rosenhcim sur Kufstein la division Deroy, s'enfonça avec ces deux divisions dans le Tyrol allemand, qu’il avait jnission de soumettre. Ce vieil officier, peu capable de conduire une grande opération’, était excellent pour livrer avec vigueur et intelligence une suite de petits combats. Il repoussa partout les avant-postes autrichiens, et enfin, le 13 mai, rencontra le général Chasteler dans la position de Uorgel. Celui-ci s'était retranché sur des hauteurs, ayant derrière .des ouvrages les troupes autrichiennes, et au loin sur ses ailes les Tyroliens insurgés, qui , tiraillaient avec une grande justesse, et roulaient d’énormes rochers. 1*0
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vieux Lefebvre, après avoir essayé vers ses deux ailes d’un combat de tirailleurs désavantageux pour ses troupes, aborda de front l'cpnemi, enleva sous un feu terrible les positions de Chasteler, prit environ trois mille hommes, dispersa la nuée des insurgés, et mit les Autrichiens dans une déroute complète. Puis bridant quelques villages tyroliens, sur son passage, il se porta sous Inspruck , qu'on offrit de lui livrer moyennant certaines conditions. Il parvint à y entrer sans rien accorder,. grâce au désaccord des Tyroliens, qui voulaient, les uns se rendre, les autres résister à outrance. Maître d’Lnspruck, il pouvait se croire assuré de la soumission du Tyrol. Mais l’aubergiste Hofer et le major Teimer se retirèrent vers les cimes inaccessibles qui séparent le Tyrol allemand du Tyrol italien, prêts à en descendre de nouveau si l’occasion redevenait favorable. Le général Cbasteler avec sa troupe fort réduite, le général Jellachich avec la sienne, fort réduite aussi , se mirent en marche pour se retirer furtivement vers la Hongrie, en coupant transversalement la roule qui mène du Frioul à Vienne, exposés À rencontrer dans ce périlleux trajet ou la tête ou la queue de l’armée du prince Eugène.
Ainsi, après un premier revers en Italie et une vive commotion en Tyrol, tout réussissait au gré du conquérant, dont la fortune, un moment ébranlée, se relevait par la puissance de son génie. La situation ne s’était pas moins améliorée en Pologne. Le prince Joseph Poniatowski venait de tenir dans ces contrées une conduite aussi habile qu'beureuse. Ayant livré avec Varsovie la rive gauche de la Vistulc aux Autrichiens, il s’était promis de leur faire expier cet avantage dès qu’ils voudraient passer sur la rive droite, dont il s’était réservé la possession. Quelques corps autrichiens ayadt en effet voulu franchir la Vistule, il les avait surpris et détruits. Puis, tandis que l’archiduc Ferdinand, pressé de recueillir des triomphes faciles, continuait à descendre la gauche de la Vistule, de Varsovie à Thorn, et sommait inutilement cette dernière place, le prince Poniatowski remontait la droite du fleuve, se portait sur Cracovie pour conquérir cette vieille métropole de la nationalité polonaise , et venait lever en Gallicie l’étendard de l’insurrection. Là aussi les cœurs battaient secrètement pour l’indépendance de la Pologne, et une vive émotion avait éclaté à l’aspect du héros polonais. Si les Russes, plua zélés ou plus expéditifs, avaient secondé la brave Poniatowski, en traversant la Vistule à Sandomir ou à Cracovie, ils auraient coupé la retraite à l'archiduc Ferdinand, et Celui-ci n'eût jamais repassé la frontière, qu’il avait si témérairement franchie.
Tels étaient en Italie, en Autriche, en Pologne, les événements jusqu’au 15 on 18 mai. inoccupation de Vienne, à la suite des foudroyantes opérations de Ratisbonnc, avait rendu à la fortune de Napoléon tout son ascendant. L'Allemagne, quoique en secret frémissante, se contenait mieux qu’au début de la guerre : le major Schill , obligé d'abandonner le haut Elbe et
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de se réfugier vers le littoral de la Baltique , trouvait partout des cœurs amis, mais nulle part des bras prêts à le seconder : la Prusse, intimidée parles nouvelles du Danube, d’abord niées, puis admises, faisait courir après le major Scliill, et adressait au cabinet français des protestations d’amitié et de dévouement. Xapoléon ayant bien assuré son établissement à Vienne, habilement jalonné sa route par la présence des Allemands des petits princes à Ratisbonnc, des Saxons à Passau, des llurtembergeois à Lintz, du corps de Davout à Saint-Pollen, voulait en finir en passant le Danube pour se jeter sur l'archiduc Charles , qui était venu se placer en face de lui avec sa principale armée. Pouvant s’adjoindre le maréchal Davout, et se procurer ainsi 90 mille combattants, il avait le moyen de terminer la rquerre, sans attendre ni le prince Eugène, ni le général Macdonald, ni le général Marmont. L'archiduc Charles renforcé de quelques bataillons recueillis à travers la Bohème, des restes du général Hiller et de l'archiduc Louis, ne pouvait pas lui opposer plus de 100 mille hommes. Il n'y nvait pas là de quoi l'intimider. Franchir le Danulie devant ccttc armée était donc toujours la difficulté à vaincre pour terminer la guerre.
Mais comment franchir un tel fleuve, en pareille saison, avec de si grandes masses, et contre d'autres niasses non moins considérables? C’est sur quoi Xapoléon méditait sans cesse. D'abord fallait-il passer sous Vienne? Cette première question était résolue dans son esprit. (Voir la carte n" 32.) Revenir en arrière, à Rrems par exemple, pour dérolwr à l'ennemi l’opération du passage, était impossible, car Vienne, frémissante et dévouée A la maison impériale, eut appelé à l’instant l’archiduc Charles, à moins d’être contenue par une force qiii aurait manqué le jour de la bataille décisive. Xapoléon eut donc couru la chance de perdre à la fois la capitale, les ressources qu'elle contenait, ses moyens de communication avec le prince Eugène, et l'ascendant moral des armes. Descendre plus bas était moins praticable encore, car au danger de s'absenter do Vienne s’en serait joint un plus grave, celui d’allonger sa ligne d’opération, de se créer par Conséquent un point de plus à garder, et de se priver de 25 à 30 mille hommes, indispensables pour livrer bataille. Vienne était donc le point forcé du passage. Les deux adversaires y étaient attachés, Xapoléon parles raisons que nous venons de dire, l’archiduc Charles par la présence de Xapoléon.
Mais on pouvait passer une lieue au-dessus, ou une lieue au-dessous, sans manquer aux graves considérations qui précèdent. Les officiers du génie, avaient reconnu le Danube depuis Rlostemeubourg, point où ce fleuve sort des montagnes pour s'épancher dans la magnifique plaine de Vienne, jusqu’aux environs de Presbourg. (Voir les cartes n4* 32 et 48.) Ils avaient constaté une grande diversité dans les difficultés du passage. Devant Vienne et un peu au-deasous le Danube s'étendait, se divisait en une
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multitude de bras, devenait dés lors plus large, mais moins rapide et moins profond. Plus bas qu’Khersdorf, en approchant de Presbourg, il s'encaissait de nouveau, devenait moins large, moins coupé, mais plus profond et plus rapide, et bordé de rives escarpées, ce qui était un sérieux inconvénient pour rétablissement des ponts.
Napoléon choisit pour son opération la partie du Danube la plus voisine de Vienne, aimant mieux rencontrer le fleuve large que rapide et profond, et surtout le rencontrer partagé en plusieurs bras et semé d'iles , car il trouvait ainsi la difficulté amoindrie, comme il arrive d’un fardeau qu’on rend maniable en le divisant. Napoléon songea particuliérement à se servir des îles qui forment la séparation des bras, pour s’aider à passer. Si, par exemple, il s’en présentait une assez considérable pour contenir une nombreuse armée, dans laquelle on pourrait descendre en sûreté à l’abri des regards et des boulets des Autrichiens, et après laquelle il n’y aurait plus qu’un faible bras à traverser pour déboucher devant l’ennemi, la difficulté du passage devait en être fort diminuée. Fallût-il pour y aborder franchir la plus forle masse des eaux du Danube, ce qui était inévitable, si on voulait n’avoir plus qu’un faible bras à passer devant l’ennemi, 11 valait la peine de le tenter, puisque la partie la plus périlleuse de l’opération s'exécuterait sous la protection de cette ile, de ses bois et de sa profondeur. Il y en avait deux dans ces conditions, celle de Schwarze-Laken , vis-à-vis de Nussdorf, au-dessus de Vienne, et relie de Lobau, à deux lieues, audessous, vis-à-vis d’fînzersdorf. (Voir la carte n" 48.) Napoléon jeta les yeux sur l’une el l’autre, et voulut doubler ses chances, en essayant de se servir de toutes les deux. Mais la tentative faite sur la première, pin lot à litre de démonstration que d’entreprise sérieuse, échoua, parce qu’elle fut exécutée avec trop peu de moyens et trop peu de vigilance. Le général Saint-Hilaire y envoya 500 hommes* et un chef de bataillon , sans avoir pris garde à une jelée qui liait celle ile de Schwarze-Laken avec la rive gauche qu’occupaient les Autrichiens. Nos 500 hommes, trarisportés à l’aide de barques, et se Croyant couverts par le petit bras qui restai! à Iraverser, tinrent bon Contre la fusillade et la canonnade , mais furent bientôt assaillis inopinément par plusieurs bataillons qui avaient passé sur la petite jetée. Après une résistance héroïque, ne pouvant repasser le grand bras, ils furent tués ou pris. Il y avait à cet échec une compensation , détail d'attirer l’attention de l’ennemi sur le point de Nussdorf, et de l’éloigner de l’ile de Lobau, par laquelle Napoléon était résolu de faire sa principale tentative de passage.
L’ile de Lobau dont il s’agit, île à jamais célèbre parles événements prodigieux dont elle devint le théâtre, était on ne peut pas plus heureusement conformée pour h»s projets de Napoléon. (Voir les cartes n"* 48 et 49.) Klle était en partie boisée, et présentait dans sa longueur un rideau eon-
tinu de beaux arbres entre l’ennemi et nous. Elle était fort vaste, car elle avait une lieue de longueur et une lieue et demie de largeur, d’où il résultait que, même en se trouvant dans le milieu, on était garanti des boulets autrichiens. Une fols arrivé dans l'ile de Lobau, on n'avait plus à franchir qu’un bras de GO toises, difficulté grande encore, qui ne dépassait pas toutefois les proportions ordinaires. Mais il fallait se transporter dans cette île avec une nombreuse armée, et pour cela traverser le grand Danube, composé de deux bras immenses, l’un de 240 toises, l’autre de 120, séparés par un banc de sable. Un pont à jeter sur une telle masse d’eau courante était une opération des plus difficiles ; mais comme on devait l’entreprendre à l'improviste , avant que les Autrichiens pussent s’en, apercevoir, en faisant avec des barques une brusque invasion dans l'ile de Lobau, l'établissement de ce pont devenait praticable, puisqu'il ne devait pas avoir lieu devant l’ennemi. Il ne s’agissait de construire devant l’ennemi que le deinier pont, sur le bras de GO toises, qui séparait la I*obau de la rive gauebe. L’opération ainsi divisée avait chance de réussir. Il restait une seule difficulté vraiment grave, celle de la réunion des matériaux. 11 fallait en effet soixante-dix à quatre-vingts bateaux de forte dimension , plusieurs milliers de madriers, et surtout de puissantes amarres, pour retenir le pont contre un courant extrêmement rapide. Or les Autrichiens auxquels il était facile de prévoir que le passage du Danube serait l'opération importante de la guerre, n’avaient en quittant Vienne montré de la prévoyance que relativement à cet objet. Ils avaient brûlé ou coulé & fond la plupart des gros bateaux, et fait descendre sur Presbourg ceux qu’ils n’avaient pas détruits. Les bois abondaient, mais les gros cordages étaient rares. En un mot, on manquait presque absolument des moyens de s'amarrer. Les ponts qui existaient auparavant devant Vienne, étaient des poufs de pilotis, et n'avaient par conséquent jamais exigé d’amarres, comme les ponts de bateaux. 11 eut fallu ou planter des pilotis pour y attacher les bateaux, ce qui aurait été long, et ce que l’ennemi aurait aperçu, ou se procurer de fortes ancres. Or sur cette partie du Danube les fortes ancres n’étaient pas à l’usage de la navigation , et on ne pouvait en obtenir que lrés-difticilement. Ce n’était qu’à Presbourg ou Komorn qu’on en aurait trouvé un nombre suffisant. Néanmoins Napoléon s’efforça de suppléer par divers moyens au matériel qui lui manquait, et fut fort aidé dans ses efforts par les généraux Dcriratid et Pernetti, l'un du génie, l’autre de l'artillerie.
Quant aux bateaux, on en découvrit quelques-uns' dans Vienne, car ceux qui descendaient le Danube en convois étaient en général d'un échantillon qui ne convenait pas, ou bien Avaient été retenus pour les ponts de Passau, de Lintz et de krems. On en retira un certain nombre de dessous l’eau, qu'on eut soin de relever et de réparer. On s’en procura de cette manière environ quatre-vingt-dix, les uns destinés à porter le pont, les
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autres à conduire les matériaux jusqu'au lieu où ils devaient être employés. A force de recherches dans cette grande ville, on découvrit des cordages , car la navigation d’un fleuve comme le Danube devait toujours en exiger un approvisionnement assez considérable. On se procura des madriers par le sciage des bois, dont la contrée abondait. Enfin quant aux ancres on aurait pu en faire fabriquer dans les forges de Styrie, non loin de Vienne ; mais cette fabrication eut entraîné une assez grande perte de temps, et Napoléon croyant avoir sous la main les forces nécessaires pour battre l'archiduc Charles, voulait en finir aussi vite que la prudence le permettrait. En conséquence il imagina de suppléer aux ancres en jetant dans le fleuve des poids très-lourds, comme des canons de gros calibre trouvés dans l’arsenal de Vienne, ou bien des caisses remplies de boulets. Si le fleuve ne venait pas à croître subitement, ainsi qu’il arrive quand les chaleurs sont précoces, ce moyen pouvait suffire. On s’y fia, et on disposa à l’avance les poids qui devaient remplacer les ancres pour n’avoir plus au dernier moment que la peine de les jeter dans le fleuve.
Tout étant prêt vers les 16 et 17 mai à Vienne, on fit descendre les matériaux à la hauteur de l'ile de Lobau vis-à-vis d’Ebersdorf. (Voir les cartes n“* 48 et 49.) En même temps les ordres de concentration furent donnés aux troupes qui allaient combattre au delà du Danube. Toute la cavalerie , sauf une division de chasseurs laissée en observation sur la frontière de Hongrie, fut ramenée de Presbourg et d’OEdenbourg sur Vienne. Dans le nombre des régiments rappelés se trouvaient les quatorze régiments de cuirassiers. Le maréchal Davout, qui devait d'abord venir avec son corps tout entier sur Vienne, reçut ordre d’y conduire deux divisions seulement , celles de Friant et Gudin, et de répartir la division Morand entre Molli , Mautern et Saint-Polten , pour s’opposer aux tentatives du corps.de Kollowrath que Parchiduc Charles avait placé à Lintz. Avec les corps de Lannes et de Masséna, avec la garde, la réserve de cavalerie, et les deux tiers du corps du maréchal Davout, Napoléon pouvait mettre environ 80 mille hommes en ligne contre les Autrichiens, et c'était assez, car l’archiduc Charles était hors d’état d'en réunir plus de 90 mille.
Le matériel de passage et les troupes destinées à combattre furent amenés du 18 au 19 mai vers la petite ville d'Ébersdorf. Le corps de Masséna avait été acheminé le premier sur ce point, et notamment la meilleure de ses divisions, celle de Molitor. Dès le 18 l'opération commença sous les yeux de Napoléon, qui avait quitté Scbœnbrtinn pour établir son quartier général à Ebersdorf. La division Molitor fut placée dans des barques, et transportée successivement à travers les deux grands bras du Danube dans l'ile de Lobau. (Voir la carte n° 49.) Quelques avant-postes autrichiens en occupaient la partie qui fait face à Ebersdorf. Le général Molitor les refoula, et ne dépassa point le milieu de l’ile, afin de ne pas donner à l’en-
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lierai l'idée d'une entreprise sérieuse- Il se contenta de disposer ses troupes derrière un petit canal*, large à peine de douze à quinze toises, facile à passer à gué , et qui ne coule à travers l’ile de I«ohau que dans le cas de très-hautes eaux. Pendant qu’il opérait ainsi, le général d'artillerie Pernelti travaillait à l'établissement du grand pont. On y employa près de soixante-dix bateaux de fort échantillon, pour franchir les deux grands bras, qui, sur ce point, forment la presque totalité du ileuve. U fallut s'y prendre à plusieurs fois pour amarrer les bateaux que le courant entraînait sans cesse. Malheureusement ce courant devenait à chaque instant plus rapide , par suite d'une crue dont les progrès étaient menaçants. Enfin à force de plonger, à défaut d’ancres, d énormes poids dans le fleuve, on finit par fixer les bateaux, et on put établir avec des madriers le tablier du pont. Toute la journée du 19 et la moitié de celle du 20 furent employé*» à terminer ce vaste ouvrage. Cela fait, le passage dans Pile de Lobau était assuré, à moins d’accidents extraordinaires. On se hâta de jeter un pont de chevalets sur le petit canal de douze ou quinze toises qui traverse par le milieu la grande ile de lA>bau, et qui, bien qu’il fut habituellement à sec, se remplissait déjà sous l’ influence de la croc des eaux. La division lkmdet, l’une des quatre de Masséna, passa sur-le-champ, et alla rejoindre celle de Molitor. Puis vinrent la division de cavalerie légère de Lasalle, et plusieurs trains d’artillerie. C’était assez pour balayer l’ile de Lobau, ce que le général Molitor exécuta promptement. H ramassa quelques prisonniers. On traversa Pile dans toute sa largeur, et on arriva au dernier bras, qui avait 60 toises, à peu près comme la Seine sous Paris en temps ordinaire. Ce n'était plus dès lors qu’une opération praticable, même en face dcPennemi, si toutefois il ne se jetait pas en niasse sur les troupes qui l'exécuteraient. Mais évidemment l’archiduc Charles n'était pas encore prévenu, et jusqu’ici on n'avait affaire qu’à une avant-garde. Le général Molitor avait trouvé un point des plus favorables au passage, et le signala à l’Empereur, qui en Approuva complètement le choix : c’était un rentrant qne formait vers nous le bras à traverser (voir la carte n* 49) , de manière qu'en plaçant de l'artillerie à droite et à gauche, on pouvait couvrir de tant de mitraille le terrain sur lequel on devait descendre, que l’ennemi serait dans l’impossibilité d’y rester. C’est ce qui fut fait sur-le-champ, et ce qui d'ailleurs n’était pas même nécessaire, car il n’y avait sur le rentrant, dont on allait se servir polir déboucher, que quelques tirailleurs. I.e lieutenant-colonel Aubry, appartenant à l' artillerie, fut chargé d'entreprendre dans cette après-midi du 20 rétablissement du dernier pont. Pour celui-ci on avait réservé l'équipage de pontons pris A Landshut, et transporté sur des haquets. Un aide de camp du maréchal Masséna, M. de Sainte-Croix, un aide de eamp du maréchal Dessières, M. Batidru, te jetèrent dans des barques avec deux cents voltigeurs, refoulèrent les tirailleurs