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autrichiens, et attachèrent le râble sur lequel lo pont devait s’appuyer. Quinze pontons suffirent v la largeur de l'eau n’étant sur ce point que de 5-4 toises; et en trois heures la communication fut établie. Immédiatement après le général Lasalle passa sur la rive gauche avec quatre régiments de cavalerie, et il fut suivi par les voltigeurs des division» Molitor et lloudet.
Le pont franchi, ou trouvait un petit bois qui s'étendait de gauche à droite, et venait aboutir aux deux cotés du rentrant formé par le fleuve. On fouilla ce bois, et on en chassa quelques détachements autrichiens qui l’occupaient.
Au delà du bois le terrain s’élargissait, et on rencontrait à gauche le vil» lago d’Aspcrn, à droite oelui d'Essling, lieux immortels dans l’histoire des # hommes, qui rappellent sans doute pour l'humanité des souvenirs lugubres , mais qui rappellent aussi pour les deux nations française et autrichienne des souvenirs à jamais glorieux. Une sorte de fossé peu profond , rempli d'eau seulement quand le fleuve déborde, s'étendait de l'un à l’autre de ces deux villages. La cavalerie pouvait le traverser, car c'était plutôt une dé» pression du terrain qu’un fossé véritable. I*e général Lasalle le franchit au galop avec sa cavalerie , dispersa les avant-postes ennemis et balaya celte plaine dite le Marchfcld, qui, par une pente douce de deux à trois lieues, s’élève insensiblement jusqu’à des hauteurs portant d'autres noms immortels, ceux de Neusiedel et de Wagram.
Par cette journée de printemps, chaude et pure, mais tirant sur sa fin , on ne pouvait apercevoir dans l’obscurité qu’une forte avant-garde de cavalerie. Cette avant-garde fit mine de se jeter sur le général Lasalle, qui se retira , repassa l'espèce de fossé que nous venons de décrire, et évita ainsi un engagement inutile. Quelques centaines de nos voltigeurs embusqués dans le pli du terrain reçurent la cavalerie autrichienne par un feu à bout portant, couvrirent le sol de ses blessés, et l’obligèrent àse retirer. Ainsi commença le 20 mai au soir la sanglante bataille d'Essling !
Le Danube était franchi, et si les Autrichiens dont on avait vu les avantgardes se présentaient le lendemain , on avait, à moins de mécomptes imprévuSj la certitude de déboucher et de se déployer, avant qu’ils pussent faire effort pour culbuter l’armée française dans le fleuve. Un accident toutefois n'était pas impossible. En effet, dans celte après-midi du 20, pendant qu’on passait le petit bras devant l’ennemi, le grand pont établi sur les deux bras principaux venait d’étre rompu par l’enlèvement de quelques bateaux , qui attachés non à dès ancres , mais à de grands poids , avaient cédé à la violence du conrant. Due crue subite de trois pieds, provenant de la fonte précoce des neiges dans les Alpes , avait produit cet accident, et pouvait le produire encore. La cavalerie légère du général Mandas à était vue coupée en deux par la rupture dit pont. Une portion était parvenue jusque dans l’île de Lobau , tandis que l’autre était restée à Ébersdorf. Heureusement les généraux Bertrand et- Pernetti s’étant mis à
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l'ouvrage avec une extrême activité , le grand pont fut rétabli dans la nuit.
Sans être bien résolu à livrer bataille, avec des moyens de passage aussi incertains que ceux dont il disposait, Napoléon cependant ne voulait pas abandonner le résultat de l'opération commencée, et il était décidé à garder cette importante communication , sauf à la perfectionner plus tard , à la rendre plus sure et moins intermittente. On avait dans le rentrant que formait le petit bras, et qu'une forte artillerie de droite et de gauche couvrait de ses feux, un terrain excellent pour déboucher. Iæs deux villages d'Aspern à gauche, d'Essling à droite, liés par une sorte de fossé, étaient de précieux appuis pour le déploiement de l'armée, line telle position valait' donc la peine d’être conservée, que la bataille fût ou ne fut pas différée. En conséquence la division Molitor alla coucher à Aspern , la division Boudet à Essling. La cavalerie du général Lasalle bivouaqua entre les deux villages en avant du petit bois. Napoléon avec un détachement de sa garde s’établit au même lieu, et, suivant sa coutume, dormit tranquillement et tout babillé. Plusieurs officiers envoyés en reconnaissance pendant la nuit rapportèrent des renseignements contradictoires. Les uns prétendaient que les Autrichiens étaient dans le Marchfcld tout prêts à combattre, les autres soutenaient qu’on n’avait pas devant soi d’armée ennemie, et que ce qui s'apercevait équivalait tout au plus à une forte avant-garde de cavalerie. Au milieu de ces assertions si diverses, on attendit le lendemain, tout étant préparé pour la bataille si l’armée parvenait à passer, ou pour la retraite dans l'ile de Lobau , si on ne pouvait franchir le Danube avec des forces suffisantes.
Le grand pont ayant été réparé dans la nuit, la cavalerie du général Mandai, les cuirassiers du général Espagne, la division d’infanterie Legrand, et une partie de l’artillerie, purent passer le 21 au matin. Mais l’existence d’un seul pont, tant sur le grand bras que sur le petit, la largeur de l’ile de Lobau qu'il fallait traverser tout entière, rendaient le défilé très-lent. Vers midi le major général Berthier étant monté sur le clocher d'Essling, discerna clairement l’armée du prince Charles descendant la plaine inclinée du Marchféid, et décrivant autour d’ Aspern et d’Essling un vaste demicercle. Le major général Berthier était l’homme de son temps qui appréciait le mieux k l'œil l'étendue d’un terrain, et le nombre d’hommes qui le couvraient. Il évalua à 90 mille hommes environ l'armée autrichienne, et vit bien qu elle venait pour accabler l'armée française au moment du passage. L'archiduc Charles, en effet, averti le 19 de l’apparition des Français dans l'ile de Lobau, n’avait songé à les reconnaître que le lendemain 20 à la tète de sa cavalerie, et convaincu de leur intention après les avoir observés de près, il n’avait ébranlé ses troupes que le matin du 21 , de manière à être en ligne dans l’après-midi do même jour. S'il eût paru le 20 au
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soir, ou le matin du 21, entre Aspern et Essling, la portion de l'armée française déjà transportée au delà du fleuve se secait trouvée dans un immense péril.
Le major général adressa sur-le-champ son rapport à l’Empereur, qui ne vit dans ce qu'on lui apprenait que ce qu'il avait souhaité lui-même , c'est-à-dire l'occasion de battre une fois de plus l’armée autrichienne et d'en finir avec elle. Mais tout à coup on vint lui annoncer une nouvelle rupture du grand pont, produite par la crue des eaux qui augmentait d'heure en heure. Le Danube, qui s'était élevé de trois pieds depuis la veille, venait encore de s'élever de quatre. Toutes les amarres cédaient au courant. Napoléon, en ce moment (après-midi du 21), n'avait avec lui que les trois divisions d’infanterie Molitor, Boudet , Legrand , les divisions de cavalerie légère Lasalie et Marulaz, la division de cuirassiers du général Espagne , et une partie de l’artillerie, ce qui représentait une force d'environ 22 à 23 mille hommes ', consistant, il est vrai, en troupes excellentes, mais trop peu nombreuses pour qu'il fut possible avec elles de livrer bataille à une armée de 90 mille hommes. Il donna donc l'ordre d'abandonner Aspern et Essling, de repasser le pont du petit bras, sans toutefois le
1 J’ai fait pour évaluer les forces employées dans ces deux grandes journées du 21 et du 22 mai, et qu’on appelle bataille cFEssling en France, bataille d’ Aspern en Allemagne, des efforts consciencieux, ainsi que pour toutes les autres grandes journées de cette époque. On possède à leur sujet, comme documents, des ouvrages imprimés tant en France qu’à l'étranger, et qui contiennent les assertions les plus exagérées dans un sens comme dans l'antre. On possède en outre les états du dépôt de la guerre, qui sont rédigés trop loin des faits, puisqu'on les dressait à Paris, pour qu’ils puissent être exacts : on possède enfin les propres livrets de l'Empereur, dressés & l’état-major général par les boréaux de Bertliier, et qui par ce motif sont plus rapprochés de la vérité. Toutefois ces derniers enx-mémes sont constitués en erreur par les assertions des généraux qui ne s'attribuent pas toujours dans leurs récits les nombres de combattants que leur attribuaient les bureaux de Bertfaier. En comparant ces documents on voit que les Autrichiens ont supposé que toute l'armée française avait passé lé Danube, et se sont donné 70 mille hommes, contre 80 ou 100. Les historiens français, au contraire, ont parlé de 40 mille Français luttant deux jours contre 100 mille Autrichiens. La vérité est entre ces extrêmes. La voici, reproduite aussi exactement que possible.
Les forces passées le 20 et dans la matinée du 21 furent :
La division Molitor
La division Boudet. ...........
La division Legrand
Les divisions de cavalerie légère Marulaz et Lasalie. . Les cuirassiers Espagne. .