‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 154 sur 186 · homme · texte numérisé non relu

homme

22,50;) hommes,

C'est-à-dire 22 ou 23 mille hommes. Les états donnent des chiffres plus élevés, mais tes chiffres sont évidemment inexacts.

Dans la soirée du 21 il passa :

La division Carra Saint-Cjrr .% . . 6,000 hommes.

Les cuirassiers Saint-Cermain 1,500

7,500 hommes.

toki iv. 48

détruire, car il était facile, grâce au rentrant du fleuve, de le protéger contre l'ennemi par une masse formidable d’artillerie. On pouvait attendre là, sous la protection d’un cours d’eau de 60 toises, devenu très-rapide et très-profond, que la consolidation du grand pont et la baisse des eaux permissent de préparer une opération sure et décisive. Cet ordre commençait à s’exécuter, lorsque les généraux de division élevèrent des objections fort naturelles contre l’abandon de points tels qu’Essling et Aspern. Le général Molitor fit observer à l'Empereur que le village d’Aspem, dans lequel sa division avait couché, avait une importance immense, que pour le reprendre il en coûterait des torrents de sang, qu’au contraire une force peu considérable suffirait à le défendre longtemps contre de grands etforts, et qu’il fallait y bien réfléchir avant de se résoudre à un tel sacrifice*. La chose était tout aussi vraie pour Essling. Si on abandonnait ces deux points , on devait renoncer à passer par cet endroit pourtant si favorable, ajourner pour on ne sait combien de temps l’opération si urgente du passage, délaisser les travaux exécutés, s’exposer en un mot aux plus graves inconvénients. Tandis que Napoléon pesait ces observations, on vint lui apprendre que le grand pont était définitivement rétabli, que les eaux baissaient, que lés convois d’artillerie chargés de munitions commençaient à défiler, qu’il pouvait donc se regarder comme assuré d’avoir en quelques heures toutes ses ressources. Pourvu qu’il eut une vingtaine de mille hommes de plus, notamment les cuirassiers , et surtout scs caissons bien approvisionnés en munitions, Napoléon ne craignait rien , et il ressaisit avec joie l'occasion , qu’il avait vue hii échapper un moment, de joindre et d’accabler la grande armée autrichienne. En conséquence , il ordonna au général Boudet , qui n’avait pas quitté Essling, de le défendre énergiquement (voir la carte

Ce qui porte les forces pour le premier jour à un total de 22, 500 passas le matin du 21.

7,500 passés le soir du 21.

30,000 hommes.

Le lendemain 22 il passa :

Les dcua divisions Oudinot. If ou 12,000 hommes.

La division Saint-Hilaire ' 8,000

La garde. . . . ' 6 ou 7,000

La division Dcmont. . , . . . . . 3,000

Total . 60,000 homme*.

Ainsi,' en réalité, la première journée d’Essling, celle du 21, commença avec 22 ou 23 mille lasnmes, et s’acheva avec 30 mille. La seconde, et la plus terrible, celle du 22 , fut livrée avec 60 mille hommes contre environ 90 mille. Mais, comme on le verra plus tard, re ne furent pas les forces qui manquèrent, ce furent les muni lion*. Avec ces 60 mille hommes àiapoléon aurait gagné la bataille, si les convois d’artillerie avaient pu lui arriver.

1 Je liens ces détails de la bouche même de M- la maréchal Molitor, sous la dictée duquel je les ai écrits le jour où il me les donnait, puur ne pas en perdre le souicuir.

n° t'J); il autorisa le général Molitor, dont la division avait déjà quitté Aspmi, d'y rentrer de vive force, avant que l'ennemi eût le temps de s'y établir. Le maréchal Latines, quoique son corps n'eût point encore franchi le Danube, voulut être là même où ses soldats n'étaient pas encore, et il prit le commandement de l'aile droite, c'est-à-dire d'Essling et des troupes qui devaient y arriver successivement. La cavalerie fut placée sous scs ordres , ce qui lui subordonnait le maréchal Bessières, qui la commandait. Masséna fut chargé de la gauche, c'est-à-dire d'Aspern, que la division Molitor allait rèoeruper. La division Legrand dut être placée en arrière d'Aspern, avec la cavalerie légère de Marulas. La division de cavalerie légère de Lasalle et la division des cuirassiers Espagne remplirent l'espace entre Aspern et Essling. Tout ce qu'on avait d'artillerie fut disposé dans les in tervalles. I ne nuée de tirailleurs fut répandue dans cette espèce de fossé dont il a été parlé, et qui était le lit desséché d'un bras d'eau coulant autrefois d'Aspern à Essling. Ces tirailleurs attendaient l'arme chargée que les Autrichiens fussent à portée de fusil. Ainsi 22 à 23 mille hommes allaient en combattre environ 90 mille.

L'archiduc Charles avait divisé son armée en cinq colonnes. La première, sous le général Hiller, devait s'avancer le long du Danube par Stadlau, attaquer Aspern, et tâcher de l'enlever de concert avec la seconde colonne. Celle-ci, commandée parle lieutenant général Ilcllcgarde, devait marcher par Kagran et Hirschstalten sur ce même village d'Aspern , qui , appuyé au Danube, semblait couvrir le pont de l'armée française. La troisième, commandée par Hohenzollcrn , marchant par Brcilenlée sur le même point, devait l'attaquer aussi pour plus de certitude de l'emporter. Les quatrième et cinquième colonnes, formées du corps de Rosenberg, devaient compléter le demi-cercle tracé autour de l'armée française, et attaquer l’une Essling, l'autre la petite ville d'Enzersdorf, située au delà d'Essling. Comme Ensersdorf, faiblement occupé par les Français, ne paraissait pas offrir de grands obstacles à vaincre, les deux colonnes avaient ordre de réunir leur effort sur Essling. Pour lier ses trois colonnes de droite avec ses deux colonnes de gauche, l'archiduc avait placé en bataille entre ces deux masses la réserve de cavalerie du prince de Liechtenstein. Beaucoup plus en arrière, à Breitenlée, se trouvaient comme seconde réserve les grenadiers d'élite. Les restes du corps de l'archiduc Louis, fort affaibli par les détachements laissés sur le Haut-Danube, étaient eu observation vers Stamersdorf, vis-à-vis de Vienne. Le corps de Kollovrath, ainsi qu’on l'a vu, était à Lintz. Les cinq colonnes agissantes, avec la cavalerie de Liechtenstein et les grenadiers, pouvaient présenter environ 90 mille combattants 1 , et près de 300 bouches à feu.

1 II est encore plus difficile d'approcher de la vérité pour l'évaluation des forces auiri-

Bien que l'archiduc eût réuni de grandes forces contre Aspem, qui était le point essentiel à emporter, puisqu'il couvrait le petit pont, néanmoins le demi-cercle tracé autour d’Aspern, d’Essling, et d’Enzersdorf, était faible dans le milieu, et pouvait être brisé par une charge de nos cuirassiers. I/armée autrichienne, coupée alors en deux, aurait vu tourner contre elle la chance d'abord si menaçante pour nous. Napoléon s’en aperçut au premier coup d’œil , et résolut d’en profiter dès que ses principales forces auraient franchi le Danube. Pour le moment, il ne songea qu'à bien garder son débouché, en défendant vigoureusement Aspem à sa gauche, Essling à sa droite, et en protégeant l’espace entre deux, au moyen de sa cavalerie.

A peine Napoléon avait-il autorisé le général Molitor à réoccuper Asperu, le général Boudet à conserver Essling, que la lutte s'engagea vers trois heures de l'après-midi avec une extrême violence. L’avant-garde de Hiller, sous les ordres du général Nordmann, avait marché sur Aspern, et, profi-

chienncs que pour l’évaluation dos force» française». Pourtant un récit d’Ëssling, fourni par l'archiduc Charles, donne en bataillon» et escadrons, pour

Hiller, l"* colonne. ... 19 bataillons, 22 escadrons.

Bcllcgarde, 2e colonne. . . 20 — 16 —

Hohcnzollem, 3e colonne. , 22 — 8 —

Rosenberg , 4e colonne. . . 13 — 8 —

Rosenberg , 5e colonne. . . 13 — 16 —

Grenadiers. ...... 16 — » —

Réserve de cavalerie. . . » — 78 —

Total. . . 103 bataillons, 148 escadrons.

La difficulté consiste à évaluer la force des bataillons , force qu’on ignorait probablement & l'rlnt-major autrichien le jour de la bataille, qui était de 1,000 ou 1,200 homme* à l’ouverture de la campagne, et qui devait être au moins de 6 ou 700 hommes les 21 et 22 mai. En supposant 650 hommes par bataillon, 120 à 130 par escadron, on obtient environ 65 mille hommes d’infanterie, 20 mille de cavalerie, et en en supposant 5 mille d’artillerie pour 288 bouches à feu, évaluation fort modérée, on arrive h environ 90 mille hommes. Les bulletins français relatent une force plus considérable, mais ils sont évidemment inexacts. Quatre-vingt-dix mille hommes me semblent l’assertion la plus vraisemblable. La vérité absolue en ce genre est impossible à obtenir, comme je l'ài dit bien des fois. Il faut exiger de l’historien qu’il s’en approche le plus possible, et ne pas lui demander ce que ne savaient pas même les chefs des armées combattantes. Mais deux ou trois mille hommes importent peu , et ne changent pas le caractère de l’événement. Aucun gouvernement, même le mieux servi, celui qui a la meilleure comptabilité, ne sait, quand il paye cent mille hommes, qui sont vraiment dons le rang, combien il y en a qui servent utilement le jour d’une bataille, car il y a les détachés, les malades de la route, les malades de la veille, ceux du matin, ceux du soir. L’histoire ne peut donc prétendre en savoir plus que les gouvernements eux-mêmes, qai payent les armées. L’important est de conserver le caractère de ccs grands événements, et c’ést s quoi ou arrive en s’efforçant de se tenir, pour les nombres, le» distances, le» durées, les circonstances de détail, le plus près possible de la vérité. J’ai la conscience de n’avoir rien négligé à cet égard, et je crois avoir réuni plus de documents, plus travaillé sur ccs documents, qu’on ne l'avait fait avant moi. Je ne suis jamais en repos, je l’affirme, quand il reste quelque part un document que je u’ai pas possédé, et je ne roc tiens pour satisfait que lorsque j’ai pu le consulter. -* ...

Ur AC RAM.

tant du mouvement de retraite de la division Molitor, y avait pénétré Ce qui était plus grave, elle avait pénétré aussi dans une prairie boisée, à gauche d' Aspern, laquelle s’étendait de ce village au Danube, et, entourée d'un petit bras du fleuve, présentait une espèce d'ilot. (Voir la carte n“ ti>. ) En s'emparant de cet îlot, l'ennemi pouvait passer entre Aspern et le Danube, tourner notre gauche, et courir au petit pont, seule issue que nous eussions pour déboucher ou nous retirer. Le général Molitor, à la tête des 16* et 67* de ligne, régiments accomplis, commandés par deux des meilleurs colonels de l'armée, Marin et Petit, entra au pas de charge dans la rue qui formait le milieu d' Aspern afin d'en déloger les Autrichiens. Ces deux régiments pénétrèrent baïonnette baissée dans cette rue fort large, car les villages d’Autriche sont vastes et construits très-solidement : ils repoussèrent tout ce qui s’opposait à eux, se portèrent au delà, et firent évacuer les environs de l'église, située à l’extrémité de la rne. Le général Molitor plaça ensuite ses deux régiments derrière un gros épaulement en terre qui entourait Aspern, et attendit la colonne de Hillcr, qui venait au secours de son avant-garde. Il la laissa approcher, puis commença de trèsprès un feu meurtrier, qui abattit dans ses rangs un nombre d'hommes considérable. Après avoir entretenu ce feu quelque temps, le brave général Molitor fit sortir ses soldats de l'épaulement qui les couvrait, les lança à la baïonnette sur la colonne autrichienne, et la culbuta au loin. En un instant le terrain fut évacué, et la première attaque chaudement repoussée. Cet acte de vigueur exécuté, le général Molitor, employant habilement les deux autres régiments de sa division, dirigea le 37* à gauche sur l'ilôt dont il vient d'étre parlé, le reprit, et, profitant do tous les accidents de terrain, s'étudia à le rendre inaccessible. Il plaça le 2* à droite de l’entrée du village, afin d'empécher qu’on ne fût tourné. Masséna, assistant à ces dispositions, avait rangé à droite et en arrière d’ Aspern la division Legrand, pour la lancer quand il serait nécessaire. La cavalerie du général Marulaz , composée de quatre régiments français et de deux allemands , formait la liaison avec la cavalerie des généraux Lasalle et Espagne vers Essling. Du côté d’Essling, la division Boudet n'avait encore affaire qu’aux avant-gardes de Rosenberg, qui étaient en marche vers Enxersdorf.

Mais ce n'était là que le prélude do cette effroyable journée. Hiller repoussé revint bientôt à la charge, appuyé de la colonne de Bellegarde. Celle-ci, arrivée en ligne, se serra à la colonne de Hiller, et toutes deux abordèrent en masse le village d’Aspern , par le côté voisin du Daouhc et par le centre. I,cs 16* et 67* de ligne placés en avant d’Aspern , faisant à très-petite distance un feu non interrompu, immolèrent au pied de l’épaulement des milliers d'ennemis. Mais les colonnes autrichiennes, réparant sans cesse leurs pertes, avancèrent jusqu'à cet épaulement, et s’y élancèrent malgré les deux régiments du général Molitor qu'elles obligèrent à se

ors

replier dans l'intérieur du village. I.c général Vacquant parvint même à s’emparer de l'eilrémité de la grande rue où se trouvait située l'église. A ect aspect l'intrépide Molitor, avec le 2* qui était en réserve, te précipite sur le général Vacquant. Une horrible mêlée s'engage. Un flux et reflux s'établit entre les Autrichiens et les Français, qui, tantôt vaincus, tantôt vainqueurs , vont et viennent d'un bout à l'autre de la longue rue d'Aspcrn. De nouvelles troupes s'approchent au debon, car les colonnes de Hitler et Hellegarde comptent à elles deux au moins 3fi mille hommes, contre lesquels la division Molitor lutte avec 7 mille. Masséna, pour les tenir à distance , jette sur elles les six régiments de cavalerie légère du général Mandat. Celui-ci était l'un des plus vaillants et des plus habiles officiers de cavalerie formés par nos longues guerres. Il s'élance au galop sur les lignes de l'infanterie autrichienne qui se rangent en carrés pour le recevoir. Il enfonce plusieurs de ces carrés , mais il est arrêté par des masses profondes qui se trouvent au delà. Obligé de revenir, il ramène quelques pièces de canon qu'il a prises, et quoiqu'il ne puisse pas faire évacuer le terrain , il le dispute cependant à l'ennemi qu’il empêche de porter toutes ses forces sur Aspern. A l'intérieur du village le général Molitor, barricadé dans les maisons avec trois de ses régiments , te sert pour résister de tous les objets qui tombent sous sa main, voitures, charrues, instruments de labourage, et défend lo poste qui lui est confié avec une fureur égale à celle que les Autrichiens mettent à l'assaillir.

Pendant ce combat acharné soit au dedans, soit au dehors d'Aspern,

I sûmes, à Kssling, prenait les plus habiles dispositions pour conserver ce village, qui, d'abord moins fortement attaqué, avait fini par l'être violemment aussi, lorsque les quatrième et cinquième colonnes, composées du corps de Rosenberg, étaient parvenues à se réunir. La cinquième, formant l'extrême gauche des Autrichiens , et faisant face à notre extrême droite vers Enzersdorf, après avoir enlevé ce poste peu défendu, en avait débouché pour se jeter sur Kssling. Alors la quatrième s’élait mise en mouvement , el toutes deux avaient commencé leur attaque contre notre second point d'appui. Lannes les avait reçues comme on l’avait fait à Aspern, en se couvrant d'un épaulement en terre dont Essling était entouré, et en criblant de mousqueterie et de mitraille les assaillants, qui s'étaient arrêtés au pied de cet obstacle sans oser le franchir.

Mais le combat allait devenir plus terrible, parce que la colonne de llohentoUern, qui était la troisième, et constituait le milieu de la ligne autrichienne, entrait enfin en action, soutenue par la réserve de cavalerie du prince Jean de Liechtenstein. Elle marchait sur notre centre, et pouvait en perçant entre Aspern et Essling, isoler ces deux points l'un de l'autre, assurer leur conquête , el rendre notre perte infaillible. A celle vue Lannes, qui était en dehors d’Essling, observant les mouvements de

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