IV A G RAM
gées comme elles devaient l'être , el par-dessus tout, il prît des mesures vigoureuses afin (le réparer cet échec apparent ou réel, afln d'en tirer même dans un avenir prochain des résultats inattendus et décisifs.
I.e premier danger aui|uel il fallait pourvoir, c’était une tentative de l’archiduc Charles pour passer le petit bras du Danube, et envahir l’ile de Lobau, Napoléon ne le craignait guère, moyennant que les quarante-cinq mille hommes demeurés sous Masséna dans celte ile immense eussent des vivres, des munitions, des effets de pansement. Son premier soin, comme on vient de le voir, fut de leur en envoyer dans la nuit même du 22 et dans la journée qui suivit. Ce qui restait de bateaux du grand pont détruit fat employé 4 cet usage, el en trente-six heures Masséna eut assez de gargousses et de cartouches pour arrêter tout essai de passage,: assez do biscuit pour préserver scs soldats de la faim. 1 .es cerfs et les chevreuils, qui existaient abondamment dans l’ile de Lobau, devaient fournir ‘la viande h celte troupe de quarante-cinq mille chasseurs. Ainsi , grâce au dévouement des pontonniers, qui, malgré la crue extraordinaire du Danube, malgré les énormes corps flottants dont il fallait braver le choc, ne cessèrent d’opérer au milieu des plus grands périls un trajet extrêmement pénible , l’armée eut le nécessaire pour se. défendre et pour vivre.
Le second danger dont on devait s’occuper sur-le-champ, c’était la possibilité d’un passage vers Presbourg, le seul auquel Napoléon accordât quelque créance, parce que c’était celui qui exigeait le moins de hardiesse. Mais pour parer à celui-là, il fallait avoir vaincu une grave difficulté, c’était de rétablir le pont sur le grand bras, ne fût-ce que temporairement, car, sans ce pont , le maréchal Davout était exposé à se trouver seul avec deux de ses divisions , et avec ce qui n’avait point passé de la garde et de la grosse cavalerie, pour résister à l’archiduc Charles. La troisième division du maréchal Davout , celle de Morand , restée entre Saint-Pollen et Vienne, serait évidemment indispensable pour contenir la capitale pendant que les deux autres combattraient. Il est vrai que ce vigoureux lieutenant de l’Empereur avait répondu sur sa fête d'arrêter avec 25 ou 30 mille hommes tout ce qui viendrait du côté de Presbourg, et on pouvait attendre de l’opiniâtre vainqueur d'Aworstacdl la réalisation de cette promesse. Mais c’était là une position fort critique, et il importait au plus haut point d’avoir rétabli promptement les communications entre la rive droite et l’ile de Lobau, pour que l’armée put au besoin se réunir tout entière sur cette rive. Napoléon s’y appliqua sans relâche, bien qu'il sût dans quel état il avait laissé l’armée autrichienne en repassant dans l’ile de Lobau , et que la double expérience qu’il avait de la guerre et du caractère de son adversaire, suffit pour lui apprendre qu’après deux journées comme celles d’Essling, il n’était pas à craindre d’en avoir immédiatement une troisième. Les marins de la garde, mandés de Boulogne à Strasbourg, de
Strasbourg à Vienne , tenaient heureusement d'arriver. On s'en servit pour accélérer le rétablissement (les communications. Ils s'y consacrérent avec leur zélé et leur habileté accoutumés. Toujours en croisière sur le Danube, soit pour transporter des munitions, soit pour arrêter les corps flottants lancés par l'ennemi , ils aidèrent à dominer l'obstacle que présentait ce fleuve immense, rapide comme un torrent et vaste comme un bras de mer. En attendant la reconstruction du pont, on commença à faire repasser dans des bateaux une partie de l'infanterie de la garde, de l'ile de Lobau à Kbcrsdorf. Le 25, au moyen des pontons qui avaient servi pour le passage du petit bras, et des bateaux ramassés sur le fleuve, on parviut à établir un pont, sur lequel il n'eùt pas fallu compter pour entreprendre une opération offensive, mais bien assez solide pour une retraite,, qu'il sufGsail d’opérer à intervalles successifs. Chaque détachement transporté sur la rive droite mettait le maréchal Davout en état de mieux résister à une attaque vers Presbourg, et, quant à celle qui aurait pu être dirigée contre l'ile de Lobau , elle n'était visiblement plus à craindre dès qu'elle n'avait pas été tentée le 23 ou le 24. >. •
Après la garde on fit repasser la division Demonl, ensuite la cavalerie légère, qu’il importait d'envoyer en reconnaissance autour de Presbourg, puis la grosse cavalerie, et enfin le corps de Lannes tout entier, qui depuis la blessure mortelle de ce dernier avait été mis sous les ordres du général Oudinot , et ne pouvait pas être en meilleures mains. Ces passages de troupes achevés, et ils le furent dans la journée du 27 mai, on n'avait plus rien à redouter, car le maréchal Davout avait au moins GO mille hommes k sa disposition, et aucune tentative de l'archiduc Charles sur la rive droite ue présentait dès lors de chance de succès. Napoléon dirigea Lasalle et Marulaz sur Haimbourg , pour surveiller et contenir, avec neuf régiments de cavalerie légère, ce qui pourrait venir de Presbourg, que ce fut l'armée de l'archiduc Charles, ou simplement l'insurrection de Hongrie, qui commençait h se réunir. (Voir la carte n" 32. ) Il dirigea Montbrun sur OËdenbourg, de l'autre côté du lac de \eusiedel , pour observer les routes de la Hongrie et de l'Italie, par oit pouvait se montrer l'archiduc Jean, en retraite devant le prince Eugène. Le général Iaiuriaton n'avait pas cessé de se tenir à Bruck avec les Badois et la cavalerie du général Bruyère , pour tendre la main au prince Eugène engagé dans les roules de la Styrie. Napoléon plaça , comme il avait déjà fait , la grosse cavalerie en arrière aGn de soutenir la cavalerie légère. Enfin le maréchal Davout, avec les deux divisions Friant et Gudin, avec la division Demont, avec tout le curps d'Oudinot et la garde, c'est-à-dire avec 50 ou 60 mille hommes, était à Ehcrsdorf, prêt à se jeter sur l'archiduc Charles, de quelque côté qu’il se n^ontràt.
Napoléon résolut d'amener encore quelques forces sur Vienne. Pensant