VI AU R AU
que les Bavarois suffiraient à défendre leur pays, non-seulement du côté des montagnes du Tyrol , mais vers le Danube , il ordonna au maréchal Lefebvre d'envoyer une division bavaroise à Lintz, pour y remplacer la division Dupas et les Savons qui, sous les ordres du maréchal Bernadotte, gardaient ce point. Le général Vandamme dut rester avec les VVurtembergeois à Krems, tandis que le maréchal Bernadotte, avec ses 18 mille hommes , eut ordre de s'avancer sur Vienne, pour y augmenter l’accumulation des forces. Le corps de lilasséna, dont noos n'avons pas parlé dans cette énumération, fut laissé tout entier dans l'ile de Lobau, afin de garder cette île, qui, malgré l'usage qu'on venait d'en faire, était encore le lieu le plus propre au passage du Danube. Napoléon , dans la profondeur de sa pensée, avait déjà cherché et trouvé le moyen de s'en servir d'une manière si nouvelle, que l'ennemi, bien qu'averti par une tentative antérieure, y fut sûrement trompé, il avait calculé que soit pour réunir et employer le matériel nécessaire, soit pour laisser venir la saison des basses eauv, il lui faudrait tout un mois , et qu’il ne serait prêt à porter le coup qui devait terminer la guerre, que vers lu fin de juin, ou lu commencement de juillet. C'était aussi le temps qu'il lui fallait pour recevoir ses renforts , organiser plus complètement sa ligne d'opération, et amener sous Vienne l’année du prince Eugène. 11 se mit donc à préparer l'accomplissement de ces divers desseins, avec un imperturbable sang-froid, une incroyable activité, et une attitude aussi fière qu'il aurait pu l'avoir le lendemain d'une grande victoire.
D'abord il s'occupa de préparer partout des matières. Vienne était rem^ plie de bois : il en ordonna la recherche, le choix, le transport sous Ebersdorf. Les ouvriers de Vienne manquaient d'ouvrage : il résolut de les employer, en les payant avec le papier-monnaie autrichien , dont regorgeaient les caisses publiques qu’on avait saisies. Il attira dans l'ile. de Lobau des constructeurs, et en fit même venir de France, qui durent être transportés en poste. 11 commanda des bateaux de toute forme, de toute dimension , d'après un planque nous ferons connaître, quand le moment en sera venu. Enfin , sans perdre un seul jour, il donna les ordres suivants pour le recrutement de t’armée. Comme il avait eu soin de remplir les dépôts, soit à l’aide d'une anticipation sur la conscription de 181Q, soit à l'aide d’un nouvel appel sur les classes antérieures, il pouvait en tirer aujourd'hui les hommes levés précédemment, certain qu’ils seraient remplacés par les derniers appelés. En conséquence il fit acheminer sur Strasbourg tous les conscrits déjà instruits, en les réunissant en bataillons de marche qui devaient porter les numéros des divisions militaires où étaient situés les dépôts. Mais il avait un moyen plus sûr encore de se procurer immédiatement des hommes tout formés, c'était de les prendre dans les demi-brigades provisoires , qu'il avait organisées dans le Nord , sur les frontières
du Rhin , et même eu Italie, en les composant de quatrièmes et cinquièmes bataillons. Il ordonna d'y puiser, pour les corps de Masséua, d'Oudinot, de Davout, de nombreuses recrues, en envoyant les unes directement à leur régiment, en incorporant les autres dans les régiments auxquels elles n'appartenaient pas d'origine. Xapoiéon avait déjà eu recours à ce dernier moyen; il persista à l'employer, vu l'urgence des circonstances, et il l'appliqua à trois régiments revenus depuis une année du Portugal, et restés sur les côtes de Bretagne, ou ils avaient été largement pourvus de jeunes soldats. Il en tira trois à quatre mille hommes parfaitement instruits, et qui, moyennant leur incorporation dans d'autres régiments, pouvaient servir à recruter ceux dont les dépôts manquaient de conscrits. Il désigna ainsi vingt à vingt-cinq mille fantassins qui devaient être fournis parles dépôts de France , et six à huit mille par ceux d'Italie. Il adopta les mêmes mesures pour la cavalerie qui avait dans ses dépôts des ressources considérables, vu qu'on n'y avait pas beaucoup puisé jusqu’alors, et il fit diriger de nombreux escadrons de marche du Rhin au Danube. Il travailla surtout à la remonter, car elle avait perdu des chevaux , plus encore que des hommes. Xapoiéon prescrivit la formation de deux dépôts, un en Bavière, pour acheter des chevaux allemands de grosse et moyenne cavalerie ; un en Hongrie, pour sc procurer des chevaux de cavalerie légère. Il s'occupa enfin, avec un soin tout particulier, d'augmenter son artillerie. Celle de l'ennemi lui avait tant fait de mal à Kssling, que pour renforcer la sienne il eut recours à un essai que l’expérience ne justifia pas, c’était de donner aux régiments d'infanterie des canons servis par les régiments eux-mêmes, au moyen de fantassins exceptionnellement dressés à ce service. La difficulté de tirer des canonniers des dépôts, en nombre suffisant, en temps utile, l'avait décidé à cet essai, que son tact supérieur l’aurait conduit à repousser dans toute autre circonstance, car il était facile de prévoir qu'en fait d'armes spéciales, rien ne pouvait remplacer chez les hommes une éducation prolongée, et surtout que l'infanterie ne saurait jamais soigner le matériel comme un corps exclusivement destiné à ce service était capable de le faire. Xapoiéon résolut de donner deux cents bouches à, feu à l'infanterie, sur le pied de quatre par régiment, en consacrant à cet usage les pièces de calibre inférieur, celles de 3 et de 4, par exemple. Il voulut , eu outre, porter de soixante pièces de canon à quatre-vingt-quatre, la réserve d'artillerie de la garde, en tirant d'Italie et de Strasbourg les compagnies d'artilleurs dont il anrait besoin. H comptait se procurer ainçi sept cents pièces de canon, masse de feux accablante, qui supposait environ quatre pièces par mille hommes, et dépassait toutes les proportious admises jusqu'à ce jour. Ces divers appels devaient amener de France et d’Italie environ quarante mille hommes, sous un mois ou deux. C'était un renfort qui compensait et au delà toutes les perles de la campagne , dont