‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 160 sur 186 · VV AG R A XI · texte numérisé non relu

VV AG R A XI

on pouvait se passer à la rigueur pour livrer une bataille décisive, car on recevait en ce moment le recrutement demandé après Katishonne, mais qui dans tous les cas mettrait Napoléon en état de continuer la guerre , quelles qu'en fussent les alternatives.

Indépendamment de ces soins accordés aux divers corps de l’armée, Napoléon s'occupa aussi de la garde impériale. Il avait avec lui les grenadiers et les chasseurs composant la vieille garde, les fusiliers et les tirailleurs composant la nouvelle. Il avait ordonné l'organisation des conscrits, formés, comme nous l’avons dit, non pas en prenant des hommes d’élite dans l'armée, mais en choisissant de bons sujets dans la conscription. Deux régiments de ces conscrits, l’un de grenadiers, l’autre de chasseurs, se trouvaient à Augsbourg, y remplissant une double tâche, celle de s’instruire, et celle de servir de réserve contre les mouvements du Tyrolel de laSouabc. Napoléon fit diriger sur Vienne les deux régiments qui étaient à Augsbourg, •et sur Augsbourg les deux qui étaient en formation à Strasbourg. I.a réserve d’Augshourg devait ainsi n’être pas diminuée. Cette réserve intéressait beaucoup Napoléon , dans la prévision de ce qui pouvait se passer sur ses derrières, à la suite de la commotion produite par les journées d'Essling. Elle se composait des détachements envoyés pour recruter l’armée, et qui faisaient des séjours successifs à Augsbourg; du 65* réorganisé, depuis sa mésaventure de Ratisbonne, tant avec des conscrits qu’avec des prisonniers de ce corps qu'on avait recouvrés moyennant échange; enfin de six régiments provisoires de dragons, formés avec les troisièmes escadrons des régiments servant en Espagne. Celles des demi-brigades provisoires qu’on ne devait pas dissoudre pour le recrutement de l’armée, se réunissaient dans le même but à Würzbourg, à Hanau, à Mayence. Le soin que Napoléon se donnait pour la recomposition du 05’ à Augsbourg, il se le donnait en Italie pour la recomposition du 35’ surpris à Pordeoone, et illustré par son dévouement dans cette circonstance malheureuse. Comptant tirer des dépôts d’Italie, grâce aux mesures qu’il avait prescrites, sept ou huit mille hommes avec leur matériel, il envoya le général Lemarois à Osopo, pour s’occuper de tous ces mouvements d’hommes et de choses, sachant que sans un chef spécial chargé d’y veiller particulièrement, l’attention nécessaire manque souvent aux objets les plus essentiels, et qu’un détail négligé entraîne parfois des catastrophes. Une colonne de conscrits ayant déjà été prise dans leTyrol, il prescrivit de diriger les nouvelles colonnes en force de quatre mille hommes au moins, sous un général de brigade, et par la route de Carinthie, qnc le prince Eugène devait suivre dans sa marche surVienne.

Le prince Eugène venait effectivement d’arriver sur cette route, et l’effet moral de sa jonction avec Napoléon allait compenser l’impression produite parles journées d’Essling sur des esprits prévenus, qui croyaient à no3 revers parce qu’ils les désiraient.

tous rv. 45

Le vice-roi avait pris la route de Carintbie à la suite de l'archiduc Jean, et le général Macdonald avait pris celle de la Caraiolc à la suite d’Ignace Giulay, ban de Croatie. Celte poursuite s'était continuée pendant les journées qui s’étaient écoulées avant et après la bataille d’Essling , avec le même avantage pour les Français, les mêmes pertes pour les Autrichiens. Le lü mai le prince Eugène parvint à l’entrée des gorges des Alpes Carniques, devant le fort de Malborghetto, qui interdisait tout passage à l’artillerie, tandis que l'archiduc Jean campait de l’autre côte, sur la position de Tarvis. Ou entra baïonnette baissée dans le village de Malborghetto, et on se contenta de bloquer le fort qui barrait la grande roule. L'infanterie et la cavalerie dépassèrent Malborghetto, pour sc porter devaut Tarvis, où ils arrivèrent sans artillerie en présence des Autrichiens qui en avaient beaucoup. 11 fallait sortir d’une telle situation qui aurait pu devenir critique : le prince Eugène s’en lira par un coup de vigueur. A force de tourner autour du fort de Malborghetto, on finit par découvrir une positiou,sur laquelle on parvint à élever une batterie composée de plusieurs bouches à l'eu. Après avoir bien .battu le fort, on résolut de l’enlever malgré le relief des ouvrages. On y réussit grâce à l'audace des troupes , qui escaladèrent des fortilications régulières sous la mitraille, en perdant tout au plus cent ou deux cents hommes. Nos soldats animés par la difficulté passèrent au fil de l’épée une partie des malheureux défenseurs du fort, prirent le reste, et arborèrent le drapeau français sur le sommet des Alpes Carniques. Cet acte audacieux eut lieu le 17 mai. On marcha dans la même journée sur Tarvis avec l'artillerie qu’aucun obstacle n’arrétait plus. Les Autrichiens qui nous croyaient sans canons voulurent défendre les bords escarpés de la Schlitza. Mais ils furent bientôt détrompés par la mitraille qui pleuvait sur eux, et abordés vivement par les troupes que les avantages obtenus remplissaient d’élan. Us perdirent 3 mille hommes et 15 pièces de canon. Dans le même moment le général Seras, détaché sur la route de Cividale, enlevait le fort de Predel avec la même vigueur et le même succès.

L'archiduc Jean ainsi poursuivi ne pouvait plus se jeter dans la Haute- Autriche, comme il en avait eu d'abord la pensée , et même reçu l'ordre, quand on s’était flatté de réunir les archiducs sur Linlz ou sur Saint- Polten, en avant de Vienne. La marche rapide de l’armée française la portant sur les routes du Tyrol et de la Haute-Autriche (voir la carte n° 31 ), ne laissait au prince autrichien d’autre parti à prendre que celui de sc diriger ver6 la Hongrie, où il avait chance de rendre encore d’utiles services, soit en renforçant l’archiduc Charles, soit en empêchant la jonction de l'armée d’Allemagne avec le prince Eugène, avec les généraux Macdonald et Marmont. Ce dernier rôle était celui qui convenait le plus au goût qu’il avait de s’isoler, et de s'acquérir une gloire à part dans cette guerre.

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Mais son frère le généralisai me, par désir de tout faire concourir à l'action principale, était d’un avis diffèrent, et voulait qu’il vint se ranger derrière le Danube à Presbourg, en remettant à l’insurrection hongroise et au ban Giulay le soin d'occuper le prince Eugène, les généraux Macdonald et Marmont. L'archiduc Jeun, placé entre ses désirs personnels et les instructions de son frère, se retira sur Gratz, pour' y attendre les nouveaux ordres qu’il avait sollicités. Ayant perdu près de quinze mille hommes dans cette campagne, en ayant donné environ dix ou douze au ban.Giulay, il ne lui en restait guère que quinze mille en marchant sur Gratz. Mais il comptait sur diverses jonctions pour se refaire une armée. Ne pensant plus qu’il y eut grand’ chose à se promettre des Tyroliens, depuis le combat de Worgel, il avait cru devoir retirer du Tyrol le .général Chasteler, qui s'y était enfermé avec environ ‘J à 10 mille hommes, le général Jellachich, qui s'y était réfugié avec 8 à!) mille. Il avait ordonné à tous les deux de se faire jour à travers l'armée du prince Eugène, en se jetant à l’improviste ou sur son avant-garde, ou sur son arrière-garde, de manière à déboucher par Léoben sur Gratz. (Voir la carte n“ 31.) En supposant que ces deux généraux laissassent quelques détachements en -Tyrol, pour servir d'appui aux insurgés, ils pouvaient amener une quinzaine de mille hommes en Hongrie, qui, ajoutés à ce qu'il conservait, lui formeraient un excellent corps d'environ trente raille combattants. Avec les 10 ou 12 miHe de Giulay, avec l'insurrection hongroise et croate, avec quelques bataillons de landuehr, il espérait se procurer encore un rassemblement de 50 à GO mille hommes, et tenir la campagne, en occupant toutes les forces françaises de l’Italie et de la Dalmatie.

C’était là un rêve comme n’avait cessé d’en faire l’archiduc Jean pendant cette campagne, et ce rêve supposait Vaincues toutes les difficultés qui restaient à surmonter pour opérer tant de jonctions diverses, en présence des forces du prince Eugène, du général Macdonald, du général Marmont. En efTut, tandis que le prince autrichien s’était retiré sur Gratz, envoyant aux généraux Jellachich et Chasteler l’ordre de le rejoindre, le prince Eugène, pressé de se réunir à Napoléon sous Vienne, avait marché sur Léoben , en suivant la grande route qui du Erioul débouche par la Carinthie et le Styrie sur la Basse-Autriche. (Voir la carte n° 31.) Le général Jellachich, se conformant aux ordres qu'il avait reçua, avait quitté le Tyrol en toute hâte, et avait essayé de se glisser à travers l'armée française d’Italie, en se cachant dans les gorges des montagnes, pour épier l'occasion favorable. Afenant 0 mille hommes avec lui, il pouvait passer sur le corps d'une avant-garde, ou d’une arrière-garde, et descendre ensuite sur Grütz. 11 parvint ainsi le 25 mai, trois jours après la bataille d'Kssling, à la position de Saint-Michel, en avant de Léoben, tandis que le prince Eugène se trouvait un peu à droite du coté de Grütz, où il s’était porté pour

observer la marche de l’archiduc Jean vers la Hongrie. Les patrouilles de cavalerie eurent bientôt appris aux uns et aux autres la rencontre qu'ils venaient de faire, et Jcllacbich , séparé de l’urchiduc Jean par le prince Eugèno, n’eut aucun moyen d'éviter le combat. Il prit position sur les hauteurs de Sainl-IUichel près de Léoben, se flattant, grâce aux lieux, de résister à des forces infiniment supérieures. Mais l'armée du prince Eugène, qui après avoir détaché le général Macdonald n’était pas de moins de trente-deux à trente-trois mille hommes, qui était d’ailleurs en veine de succès et de témérités heureuses, ne pouvait guère s’arrêter devant un corps trois fois moins nombreux qu’elle. Il fallait franchir une rivière, puis gravir des montagnes pour aborder les 9 mille hommes de Jellachich. Tout cela fut exécuté avec une hardiesse extraordinaire, malgré la fusillade et la mitraille, et Jellachich enfoncé perdit en quelques heures environ 2 mille morts ou blessés, et 4 mille prisonniers. Il eut beaucoup de peine, en se dispersant dans tous les sens , et à la faveur d’un pays tout dévoué à l’Autriche, à sauver trois mille hommes qu’il conduisit vers Griitz à l’archiduc Jean.

Il y avait bien moins de chances encore pour la jonction du général Chasteler, qui ne pouvait pa6 amener plus de 5 à G mille hommes, après les détachements laissés dans le Tyrol, et qui devait trouver la route de Carinthic et de Styric définitivement occupée par les Français. L’archiduc Jean voyait donc ses forces portées tout au plus à 18 mille hommes parla jonction des débris du général Jellachich , et ne savait encore ce que deviendrait le ban Giulay, qui, avec son détachement et les levées croates, avait affaire aux généraux Macdonald et Marmont. Croyant prudent de se rapprocher de la Hongrie, il mit une garnison dans la forteresse de Griitz, et se dirigea sur la Raah, attendant toujours les ordres de son frère le généralissime, et laissant le prince Eugène victorieux marcher sur Vienne, où aucun obstacle ne pouvait l’empécher d'arriver, puisque le détachement du général I>auriston était à Bruck pour lui donner la main. Les avant-gardes françaises se reconnurent en effet aux environs de Bruck, s'embrassèrent, et le fait si important de la réunion des armées d'Italie et d’Allemagne fut dès lors consommé.

Le général Macdonald, avec les IG ou 17 mille hommes qui lui avaient été confiés, n’avait pas marché moins heureusement, sur la route d’I'dine à Layhach. Il avait passé l’Isonzo, tourné le fort de Prévald qu’il avait fait tomber en le tournant, et avait débouché sur Laybach, enlevant tout entier un bataillon rencontré sur la route. Pendant ce temps l’un de scs détachements occupait Trieste. Parvenu devant Laybach, après avoir recueilli beaucoup de prisonniers, le général Macdonald y avait trouvé un vaste camp retranché, construit à grands frais, et défendu par une forte colonne de troupes qui en rendait la prise presque impossible. Le général Macdc-

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nald hésitait à l'attaquer avec ce qu'il avait de forces, craignant de s’affaiblir par une tentative infructueuse, et de n’être plus ensuite capable de tenir la campagne. Il allait donc passer outre, pressé qu’il était de rejoindre le prince Eugène, lorsqu’il avait reçu du commandant éperdu l'offre de traiter. Le général Macdonald ayant accepté cette offre, avait fait ainsi en passant quatre à cinq mille prisonniers, occupé les læaux ouvrages de Laybacb, ©t regagné la route de Griitz, où il espérait retrouver le gros de l’armce d'Italie. 11 y était arrivé le 30 mai , ayant heureusement traversé une vaste étendue de pays, et menant devant lui sept à huit mille prisonniers recueillis à Prévald , à Laybacb, et sur la route. Il s’arrêta à Griitz, pour y attendre les ordres du vice-roi, et il envoya des patrouilles sur les routes de la Carniole, pour avoir des nouvelles du général Marmont, qui du reste, ayant dix mille soldats avec lui et des meilleurs, n’avait rien à craindre des troupes da han Giulay, et des rassemblements d’insurgés épars sur son chemin.

Napoléon avait, dans cette jonction, qui lui procurait, à lui, environ 45 à 50 mille hommes de renfort, et tout au plus 15 à 18 mille à l’ennemi, un sur moyen de se venger des journées d’Essling. Voulant dédommager son fils adoptif du tort qu’avait pu lui faire la journée de Sacile, prenant plaisir à le récompenser de ses succès pendant sa marche de Vérone à Léoben, attachant surtout une grande importance à publier les précieux avantages qui devaient résulter de la réunion de toutes les armées françaises, il rédigea un ordre du jour brillant, où il paya à l’armée d’Italie un juste tribut d’éloges, et exposa ses hauts faits avec une certaine exagération qui n’était pas , d'ailleurs , fort éloignée de la vérité , car, depuis Vérone , le prince Eugène et le général Macdonald n’avaient pas enlevé en morts, blessés ou prisonniers, moins de 20 mille hommes à l’ennemi *, contre 4 à 5 mille hommes, fatigués ou blessés, qu’ils avaient laissés en route.

En supposant que le prince Eugène put fournir en présents sous les armes 30 mille hommes, le général Macdonald 15 mille, c’était, sans compter le général Marmont, qu’on pouvait au besoin luisser en Styrie ou en Hongrie, une force de 45 mille hommes, et de 40 mille au moins, ajoutée à l’armée française sous Vienne. En les joignant aux 100 mille que devait procurer la réunion du maréchal Davout, du maréchal Masséna, du général Oudinot, de la réserve de cavalerie, de la garde impériale, et des

1 II faut bien qu'il en soit ainsi pour expliquer et justifier l'assertion des narrateurs autrichiens, qui ne donnent pas plus de 12 mille hommes ù l’archiduc Jean arrivé à Griitz , lundis qu’il en avait certainement quarante et quelques mille sft»s Vérone. Avec le détachement du ban Giulay il ne lui en restait pas plus de 20 à 24 mille eu tout. Il n’y a donc pas exagération dans lYialuatinn de ses perles, que nous donnons ici, après aioir beaucoup atténué les rapports du prince Kugène et du général Macdonald , rapports qui sont pleins au reste d'une remarquable modestie , et forment un singulier contraste avec les’ récits fastueux des généraux autrichien*.

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