‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 161 sur 186 · LIVRE XXXV. — Jl'IX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV. — Jl'IX

Saxon», Napoléon allait avoir sou» la main, mémo avant l’arrivée de se» renforts, la masse énorme de 140 mille homme», bien suffisante pour livrer une bataille décisive au delà du Danube. I/archiduc Charles n’était pas en mesure d’en réunir autant, ni d’une aussi bonne qualité, eût-il l’art qu’il ne fallait guère présumer de lui, de concentrer ses forces le jour de la bataille, comme il était certain que Napoléon saurait le faire, quand le moment serait venu. Napoléon avait donc le moyen de finir la guerre, dès que ses immenses préparatifs pour passer le Danube seraient achevés. Cependant résolu cette fois à jouer à coup sûr, il ne voulait livrer cette action dernière et décisive, que lorsque d’une part le Danube serait vaincu par des travaux d’une solidité infaillible, et lorsque de l’autre le prince Eugène, les généraux .Macdonald et Itfarmont , seraient prêts à concourir directement ou indirectement aux opérations devant Vienne.

C'est vers cette fin que furent dirigées toutes les instructions au prince Eugène, qu'il conduisit dès qu’il l’eut à sa portée, comme un fils, comme un élève, dont il était aussi jaloux de faire briller les talents, qu’impatient de s’assurer la coopération dans les grands événements qui se préparaient. Vous avez maintenant, lui écrivit-il dans une suite de lettres admirables, divers buts à vous proposer : le premier, d’achever la poursuite de l’archiduc Jean, afin qu’il ne reste sur la droite du Danube et à la frontière de Hongrie aucun rassemblement capable de nous inquiéter, pendant que nous manœuvrerons autour de Vienne; le second, en acculant ce prince nu Danube, de le réduire à passer le fleuve à Komorn plutôt qu’à Presbourg (voir la carte n° 14), de manière que l’arc qu’il décrira étant le plus étendu possible, il ait moins de chances que vous d’étre présent à la prochaine bataille ; le troisième, de séparer l’archiduc Jean de Chasteler, de Gitilay, de tous ceux qui pourraient grossir son rassemblement, tandis que vous nu contraire vous rallierez Macdonald et Marmont; le quatrième enfin , d’occuper la rivière de la Rnab, qui tombant dans le Danube près de Komorn, forme une barrière dont on peut se couvrir contre la Hongrie, de s’emparer pour cela de la place de Raab, qui commande cette rivière vers son embouchure, et de la citadelle de Gràtz, qui la domine près de sa source, de façon que quelques détachements laissés sur cette ligne puissent la défendre, pendant que l’armée d'Italie, dérobant sa marche, viendra former sous Vienne l’une des ailes de la grande armée. — Tels étaient les buts principaux que Napoléon assignait au prince Eugène. Il lui assignait, comme buts accessoires, de profiter lui-même, et de faire profiter la grande année des vastes ressources de la Hongrie , en grains , fourrages , bétail , chevaux, matériel de navigation.

Pour l’exécution de ces desseins, Napoléon lui recommanda, après avoir accordé quelque repos à ses troupes, de laisser des détachements à klagenfurth et à Léoben afin de jalonner sa route, puis de se diriger surOEdcn-

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bourg' à l'ouest du lac de Neusiedel, où il devait trouver le général Lau riston avec les lladpis, la cavalerie de Colbert et de Montbrun, ce qui allait lui procurer un renfort de 3 mille fantassins et de \ mille chevaux ; de se porter ensuite sur la Raab, de pousser ses reconnaissances au delà de cette rivière, pour savoir au juste quelle marche suivrait l'archiduc Jean, et une fois bien éclairé de manœuvrer toujours de manière à placer ce prince entre le maréchal Davout qui était vers Presbourg et l’armée d’Italie, pour empêcher qu’il ne se jetât sur Màcdonald ou sur Marmont ; de tenir ses forces réunies afin d’avoir 30 mille hommes sous la main, et 30 mille avec Lauriston, lorsqu’il rencontrerait encore une fois l’archiduc Jean; de presser la prise de la citadelle de Griitz, la réunion de Macdonald et de Marmont ; de veiller soigneusement sur ses derrières , afin de prendre Chasteler comme on avait pris Jellachich à la sortie du Tyrol; de diriger sur Vienne, ou de renvoyer sur Osopo, tout ce qui était malade ou blessé, et incapable de rentrer dans les rangs ; de former de vastes amas de vivres , d’expédier à mi-chemin de Vienne les caissons de l’armée d’Italie qui étaient vides, pour que le parc général les remplit de munitions; enfin d’être toujours prêt, soit à livrer une nouvelle bataille à l'archiduc Jean, soit à concourir avec les généraux Macdonald et Marmont à la grande et dernière bataille, qui allait se livrer sur les bords du Danube, contre toutes les forces de la monarchie autrichienne; Napoléon prescrivait de plus au prince Eugène de ménager les Hongrois s’ils se montraient pacifiques et bienveillants envers les Français, sinon de leur faire subir les conséquences ordinaires de la guerre, c’est-à-dire de vivre à leurs dépens, mais en les traitant dans tous les cas avec plus de ménagements que les Autrichiens. Les Hongrois, en effet, méritaient cette différence de traitement, car ils ne manifestaient pas à l’égard des Français la même animosité que les autres sujets de la maison d’Autriche. Quoiqu'ils eussent plus d'une fois fait preuve de dévouement envers cette maison, ils étaient cependant contraires à l’exercice direct de son autorité, et ils voyaient dans Napoléon le représentant de la révolution française, révolution qui avait éveillé chez eux beaucoup de sympathie. Il y avait dans tout le pays on ne sait quel bruit répandu, que Napoléon songeait à l’affranchissement de la Hongrie comme à celui de la Pologne, et les esprits portés vers les idées nouvelles avaient témoigné pour lui une sorte de penchant, indépendant de l’admiration qu'inspirait au monde sa prodigieuse carrière. Néanmoins les instances de l'archiduc Palatin, la présence de la cour, l’action qn’elle exerçait sur la haute noblesse, avaient contre-balancé les influences opposées , et la Hongrie s'était levée à la voix des archiducs, mais, selon beaucoup de rappôrts, moins par enthousiasme que par calcul. Elle avait voulu, disaient ces rapports , sous prétexte de la levée en masse , s’exempter des charges régulières en hommes et en argent qui auraient pesé sur elle, si

clic avait élu traitée comme les autres provinces de la monarchie. Il faut reconnaître qu'elle n'avait pas fourni par la levée en masse plus d'une vingtaine de mille hommes, dont 7 ou 8 mille de cavalerie noblr, cl 12 mille de mauvaise infanterie, celle-ci composée d’Allemands que les nobles payaient pour les remplacer dans le contingent de l’insurrection.

Connaissant ces dispositions douteuses, Napoléon avait adressé aux Hongrois des proclamations amicales, pour leur promettre à la pais l’indépendance, et pendant la guerre l'exemption de toute espèce de charges, s'ils renonçaient h prendre les armes contre lui. I.'efTet de ccs proclamations n'avait pas été de les détacher de la maison d'Autriche, mais d'attiédir leur zèle pour le gouvernement autrichien, et de les disposer à accueillir les Français avec moins d'hostilité.

C’est à cet étal de choses que se rapportaient les instructions données par Napoléon au prince Eugène concernant la Hongrie. Elles étaient parfaitement sages, de même que toutes les instructions militaires qu'il adressait presque chaque jour à ce jeune prince. Celui-ci , comme on va le voir, les suivit de son mieux dans la mesure de sa capacité, et il peu près anssi bien que Napoléon pouvait le désirer pour le résultat général de la campagne.

Etabli à Ncustadt, puis à OEdenbonrg (voir les cartes 31 et 32) dans les premiers jours de juin , à quelques marches de Vienne, cl sur la frontière de Hongrie, le prince Eugène avait fait reposer son armée, rapproché les divers corps qui la composaient, et rejoint les généraux Lauriston , Colbert et Monlhrun. Fidèle au plan que Napoléon lui avait tracé, il sc mit à la recherche de l'archiduc Jean, tâchant de le placer entre le maréchal Davout et l'armée d'Italie, toujours pour l’empêcher de se jeter sur les généraux Macdonald et Marmont. Ayant appris que l'archiduc Jean était à Kormond sur la haute Raab, où devaient lui parvenir les nouveaux ordres du généralissime, il marcha sur Guns, puis sur Stein-am-Angcr, afin de l'atteindre et de le combattre. Il fit part en même temps de sa position et de ses projets au général Macdonald , pour que celui-ci le rejoignit le plus Int possible. I.e général Macdonald s'était arrêté à Griitz, attendant le général Marmont, et tâchant de s'emparer du fort de Griitz, qui dominait la ville, et par la ville la contrée. Mais ce fort, bien armé, situé d'une manière qui en rendait l'attaque très-difficile, ne pouvait être assiégé qu'avec de la grosse artillerie, dont le général Macdonald manquait absolument. Il avait essayé de battre les murailles avec des obus, puis d'effrayer le commandant par scs menaces, mais le tout était resté sans succès. On était «Jonc maître de la ville de Griitz, cl réduit k bloquer la citadelle qui en faisait la principale force. Le général Macdonald, en recevant les communications du prince Eugène, sc lulla, dans l'espérance de participer aux opérations qui sc préparaient, de sc mettre en route avec la division La-

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marque, les dragons de PuRy, deux bataillons de la division Broussicr, et la plus grande partie de l'artillerie. Il laissa le général Broussier devant Griitz, avec huit bataillons seulement, deux régiments de cavalerie légère, et dix pièces de campagne, lui abandonnant le soin d'accomplir la mission qu'aurait dû accomplir le corps tout entier, celle de prendre la citadelle de Griitz, de rallier l’armée de Dalmatie, et d’erapôcher l'Autrichien Chasteler de passer du Tyrol en Hongrie. Heureusement que les troupes étaient excellentes, et pouvaient, comme elles le prouvèrent bientôt, ré» sîster à des forces infiniment supérieures.

I^e général Macdonald, parti pour Rormond le 9 juin, y rejoignit le prince Eugène sur la Raah, où tous deux furent charmés de se revoir sains et saufs, après un mois de mouvements divergents et périlleux, au milieu de contrées ennemies. Le plus simple eut été de marcher désormais ensemble pour combattre l’archiduc Jean, et, en lui faisant essuyer un dernier revers, d'apporter aux généraux Broussier et Marmout le secours puissant quoique indirect d’une bataille gagnée h côté d’eux. Mais le prince l’ u gène, sentant confusément l'inconvénient de laisser le général Broussier seul à Griitz, crut y parer en laissant le général Macdonald seul à Papa, pour que celui-ci fût à portée des généraux Broussier et Marmont, ce qui, loin d’étre une atténuation, était une aggravation de la faute commise, puisqu'on allait être partagé en quatre détachements, le général Marmont avec dix mille hommes, le général Broussier avec sept, le général Macdonald avec huit, le prince Eugène avec trente. Le général Macdonald fut donc renvoyé vers Papa, tandis que le prince Eugène, revenu de Stcinam-Anger sur Sarvar, descendit la Raah à la suite de l'archiduc Jean, avec 29 ou 30 mille hommes de son armée, et 6 à 7 mille du détachement de Lauriston.

Pendant ces marches du vice-roi , l'archiduc Jean , après avoir erré entre la Muhr et la Raah, en mettant dans ses mouvements encore moins de précision et de justesse que son adversaire, avait fini par céder aux ordres réitérés du généralissime, et par se rapprocher du Danube. Son désir, comme on l’a vu, eût été d’obtenir la faculté d’opérer isolément sur la frontière de Hongrie, de rallier les généraux Chasteler et Giulay, de se composer ainsi un rassemblement de 50 à GO mille hommes, l'insurrection hongroise comprise, de battre alternativement le corps d’Eugène, de Macdonald et de Marmont, de venir enfin se placer sur la droite découverte de Napoléon, pour lui faire sentir dans le flanc la pointe de son épée. Sans doute, si une telle série de succès avait été certaine, ou seulement probable, il eût valu la peine de s’imposer des sacrifices pour se la ménager, car en privant Xapoléon des cinquante mille bons soldats qui lui arrivaient d'Italie et de Dalmatie, en menaçant en outre sa droite et ses derrières, on le réduisait A l’impossibilité de rien tenter de décisif autour de Vieune,

fil de réparer le premier passage du Danube par un second plus heureux. Mais, pour agir comme le projetait l’archiduc Jean, il fallait un à-propos, une rapidité de manœuvres, qu’on ne devait attendre que du plus habile capitaine, que des troupes les meilleures, et, puisqu'on ne pouvait guère y compter, il valait mieux se borner à harceler la droite de Napoléon avec l’insurrection hongroise et croate, et disposer des 18 ou 20 mille hommes qui restaient à l’archiduc Jean, pour être en mesure au premier appel de se porter sur Vienne. I/ordre avait donc été donné itérativement au prince autrichien de laisser au général Stoïchevich, au ban Giulay, àChasteler, le soin de harceler les Français vers la Hongrie, de jeter une garnison dans Presbourg, et de se placer ensuite avec la meilleure partie des troupes -d’Italie derrière le Danube, pour concourir & la lutte, qui tôt ou tard devait s’engager encore une fois sur les bords de ce grand fleuve.

Vaincu par des ordres aussi positifs, l'archiduc Jean avait été contraint de se rapprocher du Danube, ce qu’il avait fait en suivant les bords de la Raab par Kormond , Sarvar, Papa et la ville de Raab elle-même. Celte ville fortifiée, mais négligée depuis longtemps, et en ce moment médiocrement armée, était située sur la rivière du même nom, pas loin de son embouchure dans le Danube, entre Presbourg et Komom. (Voir la carte n° 32.) L'n camp retranché était lié à la place, et offrait une bonne position sur la Raab. I/archiduc Jean y avait été rejoint par son frère 1'nrchiduc Palatin avec les forces de l’insurrection hongroise. Les deux princes pouvaient présenter aux Français environ quarante mille hommes, dont moitié de troupes régulières venues d'Italie et du Tyrol, et moitié de troupes à peine formées de l’insurrection hongroise. Celles-ci se divisaient en douze mille hommes d’infanterie, espèce de ramassis de toutes les populations magyares ou allemandes du pays, et en huit mille hommes de cavalerie noble, peu habitués aux rudes guerres de cette époque. C’est avec ces 40 mille hommes, de qualité si inégale, que les deux archiducs voulurent tenir tête encore une fois au prince Eugène, avant de lui abandonner la rive droite du Danube, et de se reléguer sur la rive gauche.

Déjà les 12 et 13 juin ils avaient été talonnés par les avant-gardes du prince Eugène, et le 13 au soir ils s’étaient postés autour de Raab, certains d’avoir une affaire fort chaude le lendemain, s’ils ne consentaient à battre en retraite. La position leur paraissant avantageuse, ils s’établirent sur un plateau, leur droité appuyée à la Raab, leur dos tourné au Danube qui coulait quelques lieues en arrière, leur gauche à des marécages qui s’étendaient au loin. Ils employèrent la soirée du 13 juin et la matinée du 14 à rectifier leur position, et surtout à mêler ensemble, pour donner aux unes la consistance des autres, les troupes régulières et les troupes de l'insurrection. Ils suivaient en cela un ordre formel de l'archiduc Charles, ordre fort sage, mais qui en cette occasion leur fit perdre l>eaucoup de

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