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temps. IU ne furent pas prêts à combattre avant onze henres du matin , le 11.
Heureusement pour eux, le prince Eugène, quoiqu'il eût marché avec une grande bonne volonté de les atteindre, 11’était pas lui-même en mesure de les aborder nvant onze heures ou midi.
Il avait longé, comme les deux princes autrichiens, les bords de la Raab, laquelle coule presque perpendiculairement au Danube (voir la carte n# 32), et n’en est plus qu’à quelques lieues à la hauteur de la ville dé Raab. Il s'avançait la gauche à la rivière, où les Autrichiens avaient leur droite, et la droite dans la plaine marécageuse où les Autrichiens avaient leur gauche. Il marchait en plusieurs échelons, la division Seras formant le premier à droite, la division Durutte le second au centre, la division italienne Severoli le troisième à gauche. La division Pacthod et la garde italienne placées en arrière composaient une double réserve. La cavalerie était répartie sur les ailes. Cette disposition était commandée par la nature des lieux et la distribution des forces ennemies sur le plateau qu'on allait attaquer. Dans la plaine marécageuse à notre droite on apercevait la masse de la cavalerie hongroise, présentant sept à huit mille cavaliers environ, fort brillants d'aspect, mais pas aussi redoutables que beaux à voir. Ils étaient soutenus par des hussards réguliers, moins brillants mais éprouvés dans la campagne d'Italie, le tout sous les ordres du général Mecszery. Un peu moins à droite, et tirant vers le rentre, derrière un ruisseau fangeux, on voyait l’infanterie de Jcllachich et de Colloredo, occupant les bâtiments fort solides d’une grosse ferme dite de Kismegyer, et le village de Szahadhegy. Enfin, de ce dernier village à la Raab, c’est-à-dire vers notre ganche, on découvrait l’infanterie de Frimont, qui formait vers la rivière ét le camp retranché la droite des Autrichiens. Quatre à cinq mille hommes des moins bonnes troupes défendaient ce camp retranché que bloquait le général Lauriston avec les Badois.
Le prince Eugène , après s'être concerté avec les généraux Grouchy, Monthrun , Grenier, Seras, Durutte, convint des dispositions suivantes. Tandis que la cavalerie déployée de Monthrun masquerait les mouvements de. notre infanterie, les trois divisions Seras, Durutte, Severoli, s'avançant en échelons, devaient attaquer successivement la ferme de Kismegyer, et le village de Szahadhegy, par l’un et l’autre côté. La division Pacthod et la garde italienne, restées en réserve, étaient chargées d’appuyer celui des trois échelons qui aurait besoin de secours. Grouchy et Monthrun à droite devaient se jeter sur la cavalerie ennemie , pendant que Sahuc à gauche lierait l’armée avec le détachement de Lauriston. Le prince Eugène, sentant alors mais un peu tard la sagesse des principes de Napoléon, dépêcha aides de camp sur aides de camp auprès du général Macdonald, pour qu’il lui amenât de Papâ les 8 mille hommes qui l’auraient complété si à propos
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LIVftE XXXV. — JUIN 1809.
dans Jp moment, car4 H n’en avait que 30 mille contre 40 mille établis dans une forte position. Napoléon cependant lui avait répéjé sans cesse, que même avec les troupes les meilleures il fallait, pour ne rien donner au hasard , manœuvrer de manière à être plus nombreux que l’ennemi sur le terrain où se livraient les batailles. Heureusement que Macdonald prévoyant qu’il pourrait être utile à Kaah, tandis qu’à Papa il ne faisait rien ni pour Broussier ni pour Marmont, s’était mis spontanément en route, et déjà se montrait dans le lointain précédé par les dragons de Pully. Il y avait donc là une ressource contre un accident peu probable, mais possible.
Vers midi on s'ébranla pour attaquer la position ennemie. I^a division Seras, chargée de former l’échelon le plus avancé à droite, n’étant pas encore en ligne, Montbrun étala ses quatre régiments de cavalerie légère, et fit sons un feu violent d’artillerie , et avec un admirable sang-froid , les évolutions qu’on aurait pu exécuter sur un champ de manœuvre. Puis lorsque l’infanterie de Seras fut en ligne, et qu’il lui sembla opportun d'aborder la cavalerie hongroise, il mit ses régiments au galop, et fondit sur la brillante noblesse venue en hésitant au secours de la maison d’Autriche. (Quelque brave que soit une nation, rien ne saurait remplacer chez elle l'habitude et l’expérience de la guerre. En un instant cette troupe se dispersa devant les légers cavaliers de Montbrun , habitués à faire le coup de salue même avec les cuirassiers , et laissa à découvert la gauche des Autrichiens. Restaient les hussards réguliers de l’archiduc Jean, qui étaient dignes de se mesurer avec les nôtres. Ils chargèrent Montbrun, qui le leur rendit sur-le-champ, et les obligea à sc replier sur leur corps de bataille.
Pendant ce temps l’infanterie de Seras, rangée sur deux lignes, avait abordé le plateau occupé par les Autrichiens, en se dirigeant sur la ferme de kismegyer. Avant d’y atteindre elle rencontra le ruisseau fangeux qui couvrait la position de l’ennemi, et le trouva plus difficile à franchir qu’on ne l’avait supposé d’abord. Ce ruisseau était profond, présentait peu d’accès, et était défendu par de braves et adroits tirailleurs. On parvint cependant à le traverser, et on marcha sur le vaste bâtiment carré composant la ferme de kismegyer, dont les murs étaient crénelés et défendus par douze cents hommes de la meilleure infanterie. Tandis que Seras allait se heurter contre cet obstacle redoutable, Durutte avec son infanterie, formant le second échelon, arrivait aussi devant le ruisseau, le passait, gravissait le plateau sous une grêle de projectiles, et abordait par la droite le village de Szabadhegy, que la division italienne Scvcroli abordait également parla gauche. En cet instant on était engagé sur toute la ligne, et l’artillerie dos Autrichiens, jointe à leur mbusqueteric , faisait sur nos troupes un Jeu plongeant des plus meurtriers. Le prince Eugène, courant d'un bout à
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l'autre du champ de bataille, prodiguait sa vie en vaillant officier, jaloux de compenser par sa bravoure ce qui lui manquait encore sous le rapport du commandement.
Le général Seras, après s’étre fort approché de la ferme de Kismegyer, essuya par toutes les ouvertures un si terrible feu de mousqueterie, qu’en quelques minutes il eut 7 à 800 hommes couchés par terre, dont une soixantaine d’officiers, à tel point que ses troupes, sinon ébranlées, du moins un peu étonnées, eurent besoin d’un secours qui remontât leur ardeur et leur confiance. Le général Seras replia la première ligne sur la seconde, puis, quand ses braves soldats eurent repris haleine, il les ramena, l’épée à la main, sur le formidable obstacle d'où partaient des feux si destructeurs. Malgré les décharges redoublées de la mousqueterie ennemie, il vint porter la hache des sapeurs contre les portes du bâtiment, les enfonça, et entrant baïonnette baissée, vengea, sur les malheureux défenseurs de la ferme de Kismegyer, la mort des 7 ou 800 hommes qui avaient péri sous ses murs. Après avoir passé au fil de l’épée quelques centaines d’ennemis et pris les autres , il marcha sur la ganche de la ligne autrichienne, qui, en se repliant sur le haut du plateau, faisait encore bonne contenance. Dans ce temps, Durutte avait gravi le plateau, et attaqué Szabadhegy de concert avec l’infanterie italienne de Severoli. Ici le combat ne fut pas moins opiniâtre que devant la ferme de Kismegyer. Les Autrichiens se défendirent avec vigueur derrière les maisons du village , et nous en firent payer cher la conquête. Us se replièrent un instant, mais pour revenir à la charge. I«c gros des troupes composant leur centre et leur droite , ramené par l’archiduc Jean sur ce village, y rentra au pas de charge , et culbuta vers le ruisseau, d’un côté Durutte, de l'autre les Italiens de Severoli. La première ligne de ces deux divisions se repliant, passa dans les intervalles de leur seconde ligne, sans que celle-ci s’ébranlât ou se laissât entraîner. Loin de là, elle se porta en avant, ramenant la première ligne avec elle. Les généraux Durutte et Severoli conduisirent leurs divisions sur le village tant disputé, et l’emportèrent de concert avec la première brigade de la division Pacthod , accourue à leur secours. Dès lors, on s’avança de droite et de gauche, au delà des deux points d’appui de la ligne ennemie qui venaient d’étre enlevés. C’était pour la cavalerie le moment d’agir. Monlbrun, Grouchy, Colbert, s’élancèrent pour couper la retraite aux Autrichiens, qui cherchaient à gagner le Danube. Montbrun enfonça plusieurs carrés, et fit de nombreux prisonniers. Cependant il fut arrêté par l’attitude de l’armée autrichienne, qui se retirait en masse et en bon ordre. A gauche, le 8* de chasseurs de la division Sahuc, se trouvant plus avancé que le reste de sa division, se précipita avec une ardeur extraordinaire sur la droite des Autrichiens au moment où elle s’éloignait de Raab, et enfonça tout ce qu’il rencontra sur son chemin Déjà il avait fait mettre
bas les armes à plusieurs milliers de fantassins ennemis, pris une nombreuse artillerie, lorsque les Autrichiens, s’apercevant qu'il n’était pas soutenu, revinrent de leur trouble, firent feu sur lui, et ils allaient le maltraiter gravement, si le reste de la division Sahue, tardivement amené par son général, n’était venu le dégager. Ce bruve régiment conserva néanmoins 1,500 prisonniers, quelques canons et des drapeaux.
Les archiducs voyant que la bataille était totalement perdue, ordonnèrent enfin la retraite, qui , grâce au terrain et à la nuit, ne fut pas aussi désastreuse qu’ils auraient pu le craindre , et s'effectua par Saint-Vrany, vers les terrains inondés du Danube. Cette journée, qui, pour le prince Eugène et l'armée d’Italie, réparait glorieusement la défaite de Sacile, nous coûta à nous 2,000 morts ou blessés, et aui Autrichiens environ 3 mille hommes hors de combat, 2,500 prisonniers, 2 mille soldats égarés. Elle mettait l'archiduc Jean et l'archiduc Palatin hors de cause, assurait la jonction des généraux Broussier et Alarmont, et ne nous laissait plus exposés sur la rive droite qu'à des courses de hussards, courses peu redoutables, auxquelles il devait suffire d’opposer quelques détachements de cavalerie. Le général Macdonald arriva vers la chute du jour, pour embrasser sur le champ de bataille le jeune prince aux succès duquel il s’intéressait vivement.
Tandis que sur ce point le plan de Napoléon s’exécutait, sauf de légères fautes de détail, d’une manière si conforme à sa pensée , le ralliement des généraux Alarmont et Broussier s'opérait aussi, malgré quelques accidents, les uns naissant des circonstances, les autres de mauvaises combinaisons que Napoléon, à la distance où il était, ne pouvait pas toujours rectifier it temps. Le général Broussier, laissé seul à (irais , eût été fort compromis si ses troupes n'avaient pas été des plus solides. Après avoir commencé par cadonner avec des obusiers la citadelle de Grats , sans réussir h la soumettre, le commandant s’étant montré résolu à ne céder que devant une attaque sérieuse, il avait pris ses dispositions pour rester maître de la ville, indépendamment de ta citadelle, et pour tenir la campagne au loin, afin de tendre la main au général Marmont qui s'approchait. Il avait fait plusieurs excursions vers la Croatie, dans la direction que suivnit le général Marmont, jusqu'à des distances de douze ou quinze lieues; et chaque fois, avec cinq à six mille hommes, il avait livré au ban Giulay de petites batailles, dans lesquelles il l'avait complètement battu. Alais, en s’éloignant toujours ainsi de Griifz, il n’avait pu garder suffisamment les routes du Tyrol, et le général Chasteler, traversant les postes de l’armée d’Italie, avait gagné la Hongrie, avec quatre ou cinq mille hommes, beaucoup plus heureusement que le général Jellachich. Sur ces entrefaites, le général Alarmont, qui s’était arrêté quelques jours en apprenant les revers de l’armée d'Italie, avait hienlét repris se marche, s'était avancé jusque près
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de Grii tz , avec autant de prudence que de hardiesse , et il venait de donner avis de son approche au général Broussier. Celui-ci, à cette nouvelle, se lutta de descendre la Muhi\ dans l'espoir de joindre le général Marmont à kalsdorf, laissant deux bataillons du 81e dans un faubourg de Gratz pour garder la ville. Mais pendant qu'il descendait la rive droite de la Mubr, le ban Giulay en remontait la gauche à la tête de quinze mille hommes , moitié de troupes régulières, moitié de l’insurrection croate, et venait assaillir & {'improviste les deux bataillons chargés de défendre Gratz. Ces deux bataillons , attaqués par toute une armée, résistèrent dix-neuf heures de suite avec un courage héroïque, sous les ordres du colonel Gambin. Us tuèrent 1,200 hommes à l'ennemi, en prirent A ou 500, et donnèrent le temps au général Broussier de venir à leur secours. Ce général , en effet , averti du mouvement du ban Giulay, remonta précipitamment la Mu.hr, tomba sur les troupes de Giulay, les dispersa, et dégagea les deux bataillons du 84e. Les avant-gardes du général Marmont se montrèrent enfin à une ou deux marches. Ainsi ce corps de dix mille hommes, le meilleur de l’armée après celui du maréchal Davout, rejoignit les masses belligérantes, et les généraux Marmont, Broussier, Macdonald, réunis au prince Eugène, furent dès lors en mesure de fournir à Napoléon le concours de toutes les forces de l'Italie et de la Dalmatie. Les corps de Stoïchevich et Giulay étaient de plus entièrement dispersés, et les deux archiducs (Jean et le Palatin) rejetés définitivement au delà du Danube.
Il y avait là de quoi dédommager Napoléon des journées d’Essling, et il en avait besoin, car encouragés par ces journées fameuses, ses ennemis s’agitaient plus que jamais, et essayaient encore de soulever le Tyrol* la Souabe, la Saxe, la Hestphalie, la Prusse. Au bruit de la prétendue défaite des Français à Essling, le Tyrolien Hofer et le major Teinter étaient descendus des cimes du Brenner, quoiqu’ils fussent fort irrités contre le gouvernement autrichien qui leur avait retiré les deux corps de Jellachich et de Chasteler. Leur haine contre la maison de Bavière suppléait à leur amour refroidi pour la maison d’Autriche. Le général bavarois Deroy, laissé seul à la défense d'inspruck, s'était vu assailli de toutes les hauteurs voisines par une nuée de montagnards, mauvais soldats en plaine, mais très-bons tirailleurs dans les montagnes, et adversaires très-redoutables quand on était réduit à battre en retraite. Obligé de leur tenir tète pendant plusieurs jours , le général Deroy avait épuisé presque toutes ses munitions, et craignant d'en manquer, craignant surtout d’étre privé de vivres par suite de l'étroit blocus établi autour d'inspruck, il s’était retiré avec sa division sur le fort de Kufstein, abandonnant une seconde fois la capitale du Tyrol. Cet événement de peu d’importance en lui-même avàit produit néanmoins une profonde impression dans toute la Bavière , et surtout à la cour, qui redoutait fort d'être contrainte encore à évacuer Munich. Les