LIVRE XXXV. — Jl IX
habitants du Vorarlberg se montraient aussi fort remuants. Sur les bords du lac de Constance, sur le haut Danube, dans toute la Souabe enfin, l'agitation était sensible, et il était évident que si nous éprouvions un revers plus réel que celui d'Ëssling, nos derrières seraient sérieusement menacés.
Les Autrichiens, qui connaissaient cet état de choses puisqu’ils en étaient les auteurs, venaient de l’aggraver par une disposition très-dangereuse pour nous. Ils avaient donné au duc de Brunswick -Oels, fils du fameux duc de Brunswick, les moyens de lever un corps composé de réfugiés de toutes les provinces allemandes, particulièrement de Prussiens. Ils lui avaient en outre adjoint quelques troupes régulières et quelques landwehr, le tout formant à peu près 8 mille hommes, et l'avaient dirigé de la Bohème vers la Saxe, en le faisant précéder des bruits les plus mensongers sur la prétendue victoire remportée sur les Français à Essling. Ils avaient en même temps dirigé un autre corps de quatre mille hommes environ, moitié troupes régulières, moitié landwehr, de la Bohême vers la Franconie, en semant les mêmes bruits sur son chemin. Le premier corps s’était avancé de Prague sur Dresde, où il était outré sans coup férir, après avoir forcé par sa seule approche la cour de Dresde à se réfugier à Leipsick. IjC second avait marché d’Egra sur Bayreuth, en profitant du dénùment où la guerre du Danube avait laissé nos alliés de la Bavière et du Wurtemberg. Leur plan était de pousser sur la Thuringc, de s'y réunir en une seule masse, sous les ordres du général Kienmayer, et d’entrer en Westphalic pour en expulser le roi Jérôme. Celui-ci, effrayé du danger qui le menaçait, s'était hélé de demander à Paris des ressources qui n’existaient pas, et ses cris de détresse avaient fini par y produire une sorte d'alarme.
L'apparition de ces diverses colonnes avait excité une vive agitation en Allemagne, niais sans y provoquer cependant aucun mouvement insurrectionnel, malgré tout ce que s’en étaient promis les Autrichiens, parce que le prestige de Napoléon était encore entier, parce qu’on regardait comme difficile d’abattre sa puissance, et que tout en répandant qu'il était vaincu, ou n’en était pas assez persuadé pour oser prendre les armes. L'exemple de ce qui venait d’arriver au major Schill n’avait de quoi tenter personne. Cç hardi partisan, croyant obéir à la pensée secrète de son gouvernement en désobéissant à scs ordres patents, était, comme on l’a vu, sorti de Berlin avec un corps de cavalerie prussienne, et s'était mis à courir lu campagne, dans l’espoir qu’il entraînerait à sa suite l'armée et les populations. Bien accueilli de tout le monde, sans être suivi de personne, et même déconcerté par les déclarations sévères parties de Kœnigsbcrg, il s’était enfui eu Mecklembourg, puis en Poméranie, et avait surpris la place mal gardée de Stralsund, avec l’intention d’y soutenir un siège. Assailli bientôt par un corps hollandais, et même par un corps danois qui avait voulu donner à