‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 165 sur 186 · LIVRE XXXV. — J 1 1 X · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV. — J 1 1 X

sur le territoire de la Gallicie ne semblaient y être venues que pour comprimer l'insurrection galliciennc. Sous prétexte de prendre possession du pays, elles supprimaient partout les nouvelles autorités polonaises, et rétablissaient les anciennes autorités autrichiennes.

Tandis que les Russes manquaient ainsi à leur parole , probablement contre le gré de leur souverain, les Polonais manquaient de leur côté, contre le gré également de Napoléon, à celle qu’on avait donnée aux Russes, et annonçaient dans toutes leurs proclamations le prochain rétablissement de la Pologne. Napoléon leur avait néanmoins bien recommandé de ne parler que du grand-duché de Varsovie, et de ne pas lui aliéner la Russie par un langage imprudent. Il n'avait cessé de leur dire que le jour viendrait oh, sans faillir à ses engagements, sans s'attirer plus d'ennemi^ qu’il n'en pouvait combattre à la fois, il achèverait leur reconstitution en agrandissant peu à peu le duché de Varsovie; qu’il ne pouvait pas tout faire d'un seul coup; qu’il lui fallait pour achever son rouvre du temps et des occasions; qu’en ce moment manifester des espérances, exprimer des vœux prématurés, c’était le mettre inutilement en péril, et s’y mettre soi-méme. Napoléon, en donnant ces conseils, n’avait pas été plus écouté par les Polonais qu’Alexandre par les Russes. Toutefois il faut reconnaître qu’Alexandre, s'il s’y était appliqué sincèrement, aurait pu sur les Russes beaucoup plus que Napoléon sur les Polonais. Mais il était Russe aussi, et travailler au rétablissement de la Pologne en aidant les Polonais contre les Autrichiens lui coûtait presque autant qu’à ses soldats. Lui-méme, sans s’en douter, était le premier en révolte contre sa propre politique.

Telles étaient les perplexités de l’Europe entière, pendant que l’archiduc Charles et Napoléon luttaient Tun contre l’autre, sous les murs de Vienne. Bien qu’il y eût là des symptômes graves, qui auraient dû servir d’avertissements à un politique sage, il n'y avait rien qui pût alarmer, ni détourner de son but essentiel, tin aussi grand capitaine que Napoléon. Quelques progrès ou quelques revers en Pologne, quelques courses de partisans en Saxe et en Poméranie, une nouvelle retraite des Bavarois en Tyrol, étaient peu de chose. Passer le Danube, battre l’archiduc Charles, était l’opération décisive, qui devait faire tomber toutes les dispositions hostiles, fussent-elles suivies de commencements d’insurredion plus ou moins inquiétants. Aussi Napoléon n’en élait-il que médiocrement ému, et n’attachait-il d’importance qu’à ce qui se passait autour de lui entre Lintz, Léoben, Raab, Presbourg et l’îlé de Lobau. II s’était donc borné à un petit nombre de précautions fort sages, fort bien conçues, et surtout très-suffisantes dans le cas oh il réussirait à frapper à Vienne le coup principal et définitif. Il avait envoyé à Milan le général Cafarelli, ministre dé la guerre du royaume cntalie, pour remplacer par une autorité élevée le prince Eugène. Il lui

ordonna de réunir tout ce qu'il y avait de déldcheinenls disponibles pour bloquer le Tyrol italien, en occupant les débouchés îles montagnes. Il prescrivit au prince Eugène de laisser la division Husca à klagcnfurth , pour opérer le même blocus du coté de la Carinthie. Le général bavarois Deroy dut en faire autant du côté de la Bavière, en occupant Hosenbeiin et Kufstein, de manière & renfermer celle espèce d'incendie dans des limites qu'il ne pût franchir, sauf à sévir plus activement contre les Tyroliens, lorsqu'on en aurait fini avec la grande armée autrichienne. Quant à la Souabc et au Vorarlberg, Napoléon avait de qnoi les contenir dans le rassemblement formé à Augsbourg, rassemblement qui se composait des dragons provisoires, du 65" de ligne, des régiments de conscrits de la garde, enfin des nombreuses troupes de passage. Il prescrivit au général Beanmont de s'établir, avec quelques-unes de ces troupes, à Kempten, à Lindau, le long du lac de Constance, afin de refouler tout ce qui Voudrait déboucher des montagnes.

I,e général Bourcier commandait à Passau le dépôt général de la cavalerie. Il avait là tous les hommes à pied, les détachements de recrues, les ateliers de sellerie, Un marché onvert pour les achats de chevaux, et il remettait en état de servir les hommes démontes, fatigués nu malades. Napoléon lui ordonna de se détourner un moment de ce dépôt, d’y laisser un remplaçant capable de le suppléer, puis de prendre avec lui deux régi* ments de dragons formant 2 mille chevaux, le régiment à cheval de Berg, plus 2 à 3 mille Bavarois tirés des places du Palatinal, et de s'avancer sur Bayrenth. De son côté, le général Hivuud, établi à Hursbourg à la tète de deux demi-brigades provisoires, devait se diriger do H ursbourg Sur Bayreuth , s'y réunir au général Bourcier, et marcher avec lui contre le petit corps qui venait de sortir de la Bohême. Cette courte expédition terminée, le général Bourcier avait ordre do retourner à Passau pour y reprendre le commandement de son dépôt de cavalerie. Le général Rlvaud devait sn joindre à quatre demi-brigades rassemblées à Hanau sous le maréchal Kellermann, et se porter vers la Saxe contre les Autrichiens entrés à Dresde. Napoléon écrivit à Paris, soit au ministre de la guerre Clarke, soit au ministre de la police Fouché, pour leur reprocher sévèrement les craintesqu'ils avaient trop facilement conçues à l'occasion des événements de Dresde et de Bnyreulh. Les ministres restés à Paris avaient été fort émus en effet des cris de détresse poussés par le roi Jérôme , et ils étaient allés jusqu'à croire que la Prusse se préptfrait à déclarer la guerre. — Si quelques courses insignifiantes vous alarment à ce point, leur écrivit Napoléon, que. feriez-vous donc si des évènements graves survenaient, de ces événements de guerre qui peuvent cependant arriver sans qu’on succombo? Je suis bien peu satisfait, ajoutait-il , de voir les hommes attachés à mon service montrer si peu de caractère, et donner eux-mêmes le signal des plus ridicules

Page 1