LIVRE XXXV. — JUiX i
terreurs. Il ne peut y avoir d'événements sérieux que sur le théâtre où j’opère, et là je suis présent pour tout dominer. —
Les alarmes que l'on concevait si facilement à Paris étaient pour la politique de Napoléon une critique involontaire dont il s’irritait, et qu’il ne pardonnait pas même à ses serviteurs les plus dévoués. Du reste, il avait raison de dire que tout était de peu d'importance ailleurs que sur le théâtre où il opérait, que victorieux sur ce théâtre il le serait partout. Aussi ne négligeait-il rien pour l’être prochainement et complètement.
Une fois le prince Eugène vainqueur à Raab, l’archiduc Jean et l’archiduc Palatin rejetés au delà du Danube, et la jonction des armées d'Italie et de Dalmatie assurée, Napoléon n’avait plus à s'occuper que d'un seul objet, avant de livrer sa dernière bataille, c'était d’empêcher que les deux archiducs repassant le Danube à Presbourgou à Komorn, ne suivissent les armées françaises d’Italie et de Dalmatie, quand celles-ci viendraient combattre sous les murs de Vienne. (Voir la carte n° 32.) Il fallait pour cela interdire aux Autrichiens l’usage du pont de Presbourg, et de plus occuper la ligne de la Raab, destinée à nous couvrir du côté de la Hongrie, de manière qu’elle put arrêter les Autrichiens pendant trois ou quatre jours, temps fort suffisant pour exécuter le mouvement des armées d'Italie et de Dalmatie sur Vienne. Les Autrichiens avaient un pont à Presbourg, et une tète de pont au village d’Engerau. Ils avaient en outre conservé la place de Raab, après la victoire remportée sur la rivière de ce nom par le prince Eugène.
Napoléon qui avait porté le maréchal Davout avec une de ses divisions jusque devant Presbourg, lui assigna la tâche d’enlever Engerau, de détruire le pont de Presbourg, et même, s’il le pouvait, celui de komorn, situé beaucoup plus bas. Il assigna au prince Eugène la tâche de prendre la place de Raab, ne tenant sa récente victoire pour véritablement fructueuse qu’autant quelle procurerait cette conquête. Il fit échelonner tous les chevaux d’artillerie, qui n’étaient pas employés aux travaux de l ile de Lobau, sur la route de Presbourg et de Raab pour y amener du gros canon, et en tirer en retour les grains dont la Hongrie abondait. Quoique aucun général ne fût moins cruel que Napoléon , il était inexorable toutefois dans l'accomplissement de ses desseins, et il ordonna de pousser l’emploi des moyens de guerre, à l’égard de Presîiburget de Raab, jusqu'à la dernière rigueur, afin de s’emparer de ces deux points. Les moyens prescrits étaient terribles, mais ainsi le voulait le salut de l'armée et de l'empire.
Le maréchal Davout, placé sous les murs de Presbourg dès les derniers jours de mai , commença par attaquer avec la division iiudin les retranchements d'Engcrau , qui servaient à couvrir un pont de bateaux jeté devant Presbourg, et appuyé sur plusieurs îles. Ces retranchements se composaient d’épaulements en terre, liés au village d'Engerau, et défendus
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par une nombreuse artillerie. Le maréchal Davout les fit aborder avec la vigueur que ses soldats déployaient en toute occasion. Mais les Autrichiens, qui appréciaient l'importance de la position qu’ils défendaient, la disputèrent avec une égale énergie. Ils perdirent 15 ou 1,800 hommes, et nous 800 devant cette simple tète de pont. Les ouvrages enlevés, le maréchal Davout se trouvait au bord du fleuve. La partie du pont qui aboutissait de notre côté avait été repliée, mais les portions restantes étaient établies entre des îles retranchées, qu'il eût fallu conquérir l'une après l’autre, ce qui aurait exigé une opération des plus difficiles et des plus longues. On employa pour détruire ces autres portions du pont tous les moyens imaginables. On lança des bateaux chargés de pierres, des moulins en feu, comme avaient fait les Autrichiens pour rompre notre grand pont, lors des journées d'Essling. Mais celui qu’ils avaient à Presbourg, œuvre du temps, gardé d’ailleurs par des bateliers qui arrêtaient les corps flottants entraînés par le fleuve, résistait à toutes ces tentatives, et n’en était nullement ébranlé. Le maréchal Davout alors, par l’ordre de l’Empereur, disposa des batteries de pierriers, d'obusiers, de mortiers, sur le bord du Danube, et fit tomber sur les îles une horrible pluie de feu et de fer. Les soldats autrichiens supportèrent ce genre d'attaque avec une rare résignation, et n’en demeurèrent pas moins dans les îles qu’ils avaient mission de défendre. Poussé à bout par cette résistance , Xapoléon ordonna de sommer la ville de Presbourg elle-même, et si elle refusait ou de se rendre, ou au moins de détruire son pont, de la ruiner jusque dans ses fondements. Le maréchal Davout, qui était un parfait honnête homme, mais un militaire impitoyable, commença sans hésiter cette cruelle exécution. Après avoir sommé le général Dianchi, commandant de Presbourg, il donna le signal du feu, et en quelques heures il jeta une innombrable quantité de bombes sur la malheureuse ville condamnée à subir toutes les horreurs de la guerre. Après avoir allumé un incendie dans plusieurs quartiers, il somma de nouveau le commandant, ne demandant que ce dont il ne pouvait pas se départir, la destruction du pont. Le général Bianchi répondit que la conservation du pont étant nécessaire à la défense de la monarchie autrichienne, la ville de Presbourg supporterait les dernières extrémités plutôt que de consentir aux conditions qu'on mettait à son salut. Le maréchal Davout recommença ses rigueurs. Mais voyant qu’elles resteraient sans résultat, car. le général autrichien s’obstinait dans sa résistance, il céda enfin à un mouvement d’humanité, et eût recours à dos moyens différents pour annuler les communications d’une rive à l’autre. Que fallait-il, après tout, pour atteindre le but qu’on se proposait? Arrêter pendant trois ou quatre jours le corps autrichien qui se présenterait de ce côté, temps qui suffisait à la concentration des troupes françaises sous les murs de Vienne. Le maréchal établit donc une suite de retranchements qui se liaient au château fortifié