‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 167 sur 186 · LIVRE XXXV. — Jl IX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV. — Jl IX

de K i Usée, à l’ile fort étendue de la Schutt, à la rivière et à la place de Raab. (Voir la carte n° 32. | Quelques mille hommes s’éclairant le long de l’ile de la Scliult et de la rivière de la Raah par de la cavalerie légère , défendant les retranchements d’Engerau, se repliant, s’ils étaient forcés, sur le château de Kittsée, tandis que la place de Raah se défendrait de son côté, pouvaient retenir l'ennemi pendant le nombre de jours nécessaire, et ralentir son arrivée jusqu'au moment où tout serait décidé sous les murs de Vienne. Ces dispositions convenues avec Xapoléon furent définitivement exécutées, et dispensèrent de continuer plus longtemps la destruction de Presbourg.

Sur ces entrefaites le général Lauriston, secondé par le général Lasalie, avait entamé le siège de Raab, laissant à l'armée d’Italie le soin de le couvrir, ce qui permettait à celle-ci de se reposer de ses fatigues. On manquait de gros canons ; mais Xapoléon en avait envoyé quolqurs-uns de Vienne avec des obusiers et des pièces de 1:2. Heureusement la place, mal réparée, encore plus mal armée, occupée tout au plus par deux mille hommes, ne pouvait pas tenir longtemps. Immédiatement après la bataille du 14, les travaux furent entrepris. On avait ouvert la tranchée, construit des batteries de siège, et commencé le feu de brèche. Après quelques jours de cette attaque improvisée et bien conduite par les généraux Lauriston et £,nsalle, la pl ace offrit de capituler. Comme on tenait médiocrement à la manière de la conquérir, mais grandement à la rapidité de la conquête, on fut facile sur les conditions demandées par la garnison. On entra dans Raab le 22 Juin, sans en avoir endommagé les ouvrages, et sans y avoir dépensé ni beaucoup de munitions, ni beaucoup d’hommes.

D’après les ordres précis et fort détaillés de Xapoléon, la place de Raab fut armée de nouveau , et mise en meilleur état de défense qu’auparavant. On y introduisit des munitions de guerre et de bouche; on lui composa une garnison formée de tous les hommes fatigués ou malades de l'armée d’Italie; on lit aux ouvrages les réparations indispensables; enfin Xapoléon lui donna un illustre commandant : ce fut le comte de Xarhonne, jadis ministre de la guerre sous Louis XVI, l’un des derniers survivants de l’ancienne noblesse française, remarquable à la fois par le courage, l’esprit et l’élégance des mœurs. Il venait de se rattacher à l'Empereur, qui, avant de l’employer dans des postes éminents, voulait lui faire acheter san entrée an service par une mission peu élevée, mais qui supposait une véritable confiance.

Xapoléon fit ramener sur Vienne toute l’arlillorie inutile à Presbourg et à Raab, replier sur les hôpitaux de la Lombardie et de la Haute-Autriche les blessés des armées d'Italie M de Dalmatie/iie voulant laisscr-cu prise à Tennemi ni un canon, ni un homme. Il ordonna au prince Eugène, aux généraux Macdonald, Urousaier et Alarmont, de se préparer à marcher au

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premier signal, de ne conserver dans le rang ni un écloppé, ni un malade, d'avoir leur nrlillerie bien attelée et bien approvisionnée, de confectionner du biscuit pour nourrir leurs troupes peudant une semaine, de se procurer de la viande sur pied prèle à suivre, de tout disposer enfin pour être rendus à Vienne en trois jours au plus. Le prince Eugène, cantonné à Raab, pouvait franchir en trois jours la distance qui le séparait de Vienne. Les généraux Marmont, Broussier, Macdonald furent échelonnés de façon à exécuter le trajet dans le même espace dp temps. I*e maréchal Davout n’avait, lui, que deux marches à faire. Il fut convenu que le prince Eugène laisserait le général Baraguey-d'Hilliers avec une division italienne devant Engerau, pour garder les approches de Presbourg, tandis que l’armée d’Italie se porterait tout entière sur Vienne. Napoléon, ne voulant pas consacrer à une simple surveillance de postes éloignés des troupcB telles que celles de Montbrun et Lasalle, les échelonna de manière à pouvoir les attirer à lui en quarante-huit heures, et les remplaça sur la ligne de la Kaah par douze ou quinze cents chevaux provenant des régiments de marche récemment arrivés. Le général Lasalle , qui , pendant le mois de juin , n’avait cessé de parcourir la ligne de Presbourg à Kaah, et qiii en connaissait les moindres particularités, eut ordre avant de se replier de placer luimême les postes, et de donner aux commandants de ces postes les instructions dont ils auraient besoin afin de se bien, garder.

Tout étant ainsi préparé sur cette ligne pour qu’on put s’y dérober rapidement, en se couvrant par de simples arrière-gardes, Napoléon prit ses mesures sur le haut Danube pour que de ce côté on put descendre sur Vienne avec une égale vitesse, et accroître dès qu’il le faudrait la masse des troupes destinées à livrer bataille. 11 avait déjà attiré à Jui le corps du maréchal Davout répandu en ce moment de Vienne à Presbourg, le corps saxon du prince Bernadotle, et la division française Dupas. Il n'avait laissé sur le haut Danube pour occuper Saint-Polten, Mautcrn, Môlk, Amstetten, Emis, Lintz (voir la carte n° 32), que les Wurteinbergeois et les Bavarois, fort réduits les uns et les autres par cette campagne, si courte mais si active. I«es Wurtembcrgeois sous Vandamme étaient distribués entre Tulln, Mautcrn, Saint-Polten, Môlk. Les Bavarois chargés de défendre la Bavière étaient, la division du général Deroy à Munich, Rosenheim et Kufstein, les deux divisions du général de Wrède et du prince royal à Lintz. Quoique ce ne fût pas trop pour garder la Bavière dans les circonstanfe* actuelles , c'était beaucoup sur le point particulier de Lintz , depuis que l'archiduc . Charles, voulant de son côté concentrer ses troupes, avait amené le comte kollowrath devant Vienne, eu ne laissant que G à 7 mille hommes disséminés sur le Danube entre Passau, Lintz, Kretns, Ttilln et Klosterneubourg. Se doutant de celte circonstance d’après plusieurs reconnaissances exécutées au delà du Danube par le général Vandamme , Napoléon ordonna ail

maréchal Lefebvre de tenir prèle à marcher l’excellente division de Wrède avec vingt-quatre bouches à feu. Les divisions du général Deroy et du prince royal, les Wurlembergeois suffisaient avec tout ce qui était en route, avec tout ce qui restait à Augsbourg, à Passau, à Ratisbonne, pour maintenir pendant quelques jours la sécurité sur nos derrières. A Ratisbonne se trouvait la division Rouyer, composée des contingents des petits princes allemands. Il n'y avait évidemment rien à craindre de ce coté, si la dernière bataille était gagnée. Si contre toute vraisemblance elle était perdue, les précautions étaient assez bien prises à Saint-Pollen, à Molk, à Amsletten, à Lintz, à Passau, pour que nos blessés, nos malades ne fussent pas compromis, pour que l’armée en se retirant trouvât partout des vivres, des munitions, et des points d'appui parfaitement solides.

Napoléon avait ainsi consacré le mois de juin à préparer la concentration de ses troupes sur Vienne. Il l’avait employé aussi , comme nous l’avons dit, à préparer le passage du Danube, et à le rendre tellement sur celle fois, que l’accident arrivé à ses ponts pendant les journées d'Essling ne pût pas se reproduire. C’est le moment de faire connaître par quels travaux gigantesques il avait aplani, presque annulé la difficulté dé franchir un vaste cours d’eau, en présence de l’ennemi, avec des masses d’hommes que jamais jusqu'alors aucun capitaine , ancien ni moderne, n’avait eu à mouvoir. On a déjà vu par quelles raisons décisives il était obligé de passer le Danube devant l'archiduc Charles, pour aller lui livrer bataille au delà de ce grand fleuve. Rester en effet sur la rive droite, en laissant les Autrichiens tranquilles sur la rive gauche, c’était prolonger indéfiniment la guerre, perdre son prestige, multiplier les chances d’accident, accroître enfin l’ébranlement général des esprits en Europe, et même en France. A passer le fleuve, c'était à Vienne, comme nous l’avons encore dit, non audessus, non au-dessous, qu'il fallait le faire : car au-dessus c’était rétrograder en arrière de Vienne, abandonner les immenses ressources de cette capitale, l'effet moral de sa possession, le point principal d'intersection des routes d’Autriche, d’Italie et de Hongrie : au-dessous c'était allonger inutilement notre ligne d'opération, c’était se donner un point de plus à garder sur le Danube , et se priver d’un corps d'armée nécessaire le jour de la bataille. Il fallait donc passer Vienne même. Une lieue de plus ou de moins n’y faisait rien, mais il fallait absolument passer en vue du clocher de Saint-Etienne.

On connaît également les propriétés de l'ile de Lobau, si heureusement choisie par Napoléon pour faciliter l’exécution de ses projets. Cette île spacieuse, située au delà du grand bras, et séparée de la rive ennemie par un bras d’une médiocre largeur, réduisait l’opération du passage à l’entreprise de franchir un fleuve large comme la Seine sous Paris , au lieu d’un fleuve large comme le Rhin devant Cologne. L’entreprise, en restant diffi-

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cile, devenait praticable. Mais pour y réussir, il fallait d'abord rendre infaillible le passage du bras principal, qui conduisait dans l'ile , puis convertir l'ile elle-même en un vaste camp retranché pourvu d'abondantes ressources, et y tout disposer à l’avance pour qu’on pût franchir sans danger le petit bras en présence de l'ennemi. C’est à quoi Napoléon employa les quarante jours qui s'écoulèrent du 23 mai au 2 juillet avec une activité, une fécondité d’esprit incroyables, et dignes da grand capitaine qui avait passé le Saint-Bernard, et rendu possible la traversée du Pas-de- Calais.

Le pont de bateaux sur le bras principal , servant à communiquer avec l'ile de Lobau, avait été rétabli quelques jours après la bataille d’Essling, comme on l’a vu ci-dessus, et avait fourni le moyen de reporter l’armée sur la rive droite, sauf le corps de Masséna, laissé dans l'ile pour nous en assurer la possession. De nouveaux bateaux ramassés sur les bords du Heuve par les marins de la garde, fixés avec de meilleures amarres, avaient consolidé ce pont de manière à inspirer confiance. Il avait pourtant été coupé encore deux ou trois fois, par suite des crues du mois de juin, et ce n’était pas avec des communications incertaines, quoique beaucoup mieux établies, que Napoléon voulait s’engager au delà du Danube. II résolut donc de lier l’ile de Lobau au continent de la rive droite, de telle façon qu’elle ne fit qu’un avec celte rive qui devait être notre point de départ. Pour cela il. y avait un seul moyen, c’était de jeter un pont sur pilotis. Napoléon s’y décida, quelque laborieuse que fut cette opération sur un fleuve comme le Danube au-dessous de Vienne. César avait exécuté une semblable entreprise dix-huit cents ans auparavant sur le Rhin, Elle était plus difficile aujourd'hui à cause des moyens de destruction dont l’ennemi disposait. C’est l’arme du génie qui fut chargée de cet ouvrage , tandis que l'artillerie eut la construction de tous les ponts de bateaux. Il y avait à Vienne des approvisionnements considérables de bois, descendus des cimes des Alpes par les affluents du Danube. Tous les soldats du génie, tous les charpentiers oisifs qui avaient besoin de gagner leur vie, tous les chevaux de l’artillerie devenus disponibles par l'interruption des combats, furent occupés soit à préparer ces bois, soit à les transporter. Amenés de Vienne par un petit bras qui communique avec le grand, descendus ensuite jusqu’à Ebersdorf (voir la carte n°48), ils y étaient arrêtés pour y être employés à l’œuvre immense qu'on avait entreprise. De nombreuses sonnettes existant à Vienne, où l’on exécute beaucoup de travaux en rivière, avaient été réunies devant Ehersdorf pour l’enfoncement des pilotis. Après une vingtaine de jours on avait vu soixante piles en bois s'élever au-dessus des plus hautes eaux , et sur ces piles s’appuyer un large tablier, qui pouvait donner passage à n'importe quelle quantité d’artillerie et de cavalerie. A vingt toises au-dessous de ce pont fixe, on conserva, en le consolidant, l’ancien

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