‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 171 sur 186 · U1(,KAM · texte numérisé non relu

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avant le jour, excepté Davout, qu'il garda jusrju à l'aurore. C'était la. troisième nuit qu'il passait debout ou à cheval.

Pendant ce temps l'archiduc Charles avait enfin arrêté de sérieuses dispositions de bataille, car il fallait dès le lendemain culbuter l'armée française dans le Danube, ou rendre son épée au vainqueur de Marengo et d’Austerlitz. I.e généralissime autrichien avait toujours eu la pensée, inspirée par l’élude très-ancienne de ce champ de bataille, d'opposer au mouvement offensif des Français sa gauche campée sur les hauteurs de Neusiedel à Uagram, puis, tandis que les Français seraient occupés devant cette espèce de camp retranché, de prendre à son tour l'offensive contre eux avec sa droite ployéc en avant, de se jeter ainsi dans leur flanc, de les séparer du Danube, et une fois qu’il les aurait réduits à la défensive, de faire descendre des hauteurs de YVagram sa gauche elle-même, afin de les pousser dans le fleuve avec toutes ses forces réunies. 11 espérait en outre que pendant que sa gauche défendrait les bords du Russbach, que sa droite attaquerait les Français en flanc, l'archiduc Jean, remontant de Preshourg , viendrait les assaillir par derrière, et qu'ils ne tiendraient point contre un tel concours d'efforts. Tout cela eût été possible, probable même, si, manœuvrant comme Napoléon, l'archiduc eut amené sur le champ de bataille 30 ou 40 mille hommes de plus qu'il aurait pu y avoir; s'il eût averti en temps utile son frère l'archiduc Jean; si enfin profitant de cette circonstance que le champ de bataille était connu d’avance, il eût accumulé entre Neusiedel et Wagram des travaux qui auraient rendu ce camp retranché inexpugnable. Alors une attaque de flanc sur les Français, déjà épuisés par une tentative infructueuse, aurait produit des résultats infaillibles. Mais l'archiduc Charles n'avait rien fait de tout cela, comme on l'a vu ; il s’était borné & élever sur le terrain qu'il fallait défendre des baraques pour ses troupes, et il n'avait expédié à son frère l'archiduc Jean l'ordre de le joindre que la veille au soir, c'est-à-dire le 4. L’obstacle que ces baraques avaient présenté dans l'échauffouréc de la nuit, et qu'elles présentèrent le lendemain , suffit ponr prouver ce qui aurait pu arriver, si des ouvrages considérables avaient été ajoutés à la configuration des lieux.

Quoi qu'il en soit, dans l’une des maisons à moitié incendiées du village de Uagram, évacué par Bernadotte , l'archiduc Charles dicta ses ordres. Il p»* mit à sa gauche de n'entrer en action que lorsque sa droite, mise en mouvement dès la nuit même, aurait abordé les Français, et commencé S Ks ébranler par l'attaque de flanc dont elle était chargée. Cette aile, composée dès corps de Klcnau et de Kollowralh, devait se mettré en marche tout de suite, c'est-à-dire à une ou deux heures du malin, se précipiter sur. notre gauche qui n'était composée que du corps de Masséna, la repousser de Kagran sur Aspern , de Siissenhrunn sur Brertenlée. Immédiatement après, les réserves de grenadiers et dé cuirassiers, formant entre roui iv. 48

Gerarsdorf et Wagram la liaison de la droilc avec le centre, devaient s’avancer sur Adcrklaa, et s’y joindre-avec une partie du corps de Beliegardo, descendu à cet effet du plateau de Wagram. Ce mouvemeut une fois prononcé, la gauche, composée des corps du Hohenzollern cl de Rosenberg, avait ordre de descendre à sou tour sur Bauuicrsdorf et sur \eusiedel , de franchir le Kussbach, d’enlever les villages de Grosshofen et de Gliuzcndorf qu’occupait le maréchal Davout, et de compléter ainsi celte doublo uiauwuvre de flanc et de front, qui d’après le généralissime devait amener le refoulement des Français dans le Danube.

Dans ce plan, on ne sait pourquoi le corps du prince de Reuss, qui était contre le Danube même, plus près de ce fleuve que le corps do klenau, ci qui terminait près de Stamersdorf l’aile droite des Autrichiens, n’avait pas ordre de concourir aux opérations de celte aile, et de rendre ainsi plus irrésistible l’attaque qu elle était chargée d’exécuter. Le besuiu d’observer le débouché de Vienne n’était pas assez grand pour paralyser un corps tout entier, car il était évident par le passage des Français à travers l’ile de Lobau qu’ils n’en méditaient pas un autre ailleurs. Enfin il aurait fallu ttyie les ordres fussent calculés sous le rapport de la distance et du temps, de manière & faire agir chaque corps au moincul opportun, et que la gauche, par exemple, qui à cause de sa proximité allait recevoir les ordres du généralissime bien avant la droite, ne se mît en mouvement que lorsque celle-ci aurait produit parmi les Français l’ébranlement de flanc qui permettrait de les altuqucr de front avec succès. Mais il n’y a que Ica esprits nets qui, en toutes choses, guerre, administration ou gouverne* ment, sachent se fairo comprendre et obéir.

Les ordres du généralissime expédiés de Wagram dans la nuit parvinrent en moins d'une heurt! à la gauche, c'est-à-dire aux corps de Ilolieuzollern et de Rosenberg, qui étaient à une lieue, entre Wagram cl Xeusiedol, et exigèrent plus de deux heures pour être transmis à la droite, c’est-à-dire aux corps de Kollovrralh et de Klenau, qui étaient à plus de deux lieues entre Gerarsdorf et Stamersdorf, et qu’il fallut chercher au milieu d’une extrême confusion. Par surcroît de malheur, dans la retraite opérée le soir, le corps de klenau s’était trop rapproché de Gerarsdorf, et était venu occuper la place qui était destinée à celui de koliou ratli. U fallut donc, soit pour joindre dans l'obscurité les corps composant la droite, soit pour leur faire prendre leur position de bataille, plus de temps qu’on ne L’avait supposé au quartier général, et il était déjà près de quatre heures qu’ils commençaient à peine à entier en mouvement. Au contraire, à ce même moment la gauche, avertie plus vite, n’étant pas exposée à perdre du temps pour chercher sa position, allait agir la première, tandis qu’elle n'aurait du agir que la seconde, et bien après la droite. . ■ , >

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Pendant que tout était en mouvement dans le camp autrichien, et que les troupes, pour rectifier des positions mal prises, se fatiguaient au lien de se reposer, un calme profond régnait chez les Français. Couchés sur le terrain occupé la veille, ils dormaient, grâce à Napoléon, qui, ayant bien renforcé sa droite, à cause de l’arrivée possible de l’arcbidac Jean , mais plus encore son centre, où il avait accumulé des forces considérables, n’avait qu’à se tenir tranquille, en attendant que l’ennemi prit le soin dé démasquer ses desseins. Il avait donc ordonné à ses maréchaux d’être somi les armes à la pointe du jour, mais de laisser les Autrichiens se prononcer avant d’agir, pour saisir avec certitude le point où l’on pourrait les frapper mortellement. II inclinait toutefois à faire enlever par Davout et Oudinot les hauteurs de Neusiedel à Wagram, à exécuter en même temps ünc percée au centre avec l’armée d’Italie, les Saxons, et le corps de Marmont, tandis que AI asséna se bornerait à contenir avec ses quatre divisions là droite des Autrichiens d’Aderklaa au Danube. Napoléon se réservait les Bavarois, la garde impériale, et la grosse cavalerie, pour parer aux co!i imprévus. Ces desseins eux-mêmes ôtaient subordonnés à l'événement.

A qdatre heures du mâtin, le 6 juillet, journée à jamais mémorable, le feu commença d’abord à la gauche des Autrichiens, et à la droite des Français. Le prince de Rosenberg, sur l’indication mal donnée qui lui désignait quatre heures comme le moment d’entrer en action, descendit' des hauteurs de Neusiedel , signalées au loin par une grosse tour carrée, traversa le Russhach au village même de Neusiedel , et se porta en deutf Colonnes sur Grosshofen et Glinzendorf, qu’il attaqua avec une extrême vigueur. Le maréchal Davout avait à sa disposition ses trois divisions ordinaires, Morand, Friant, Gudin, la petite division Putbod, composée des quatrièmes bataillons1, six régiments de cavalerie légère sous le général Alonthrun , trois de dragons sous le général Grouchy, les quatre régiments de’euirassiers Espagne sous le géitéral Arrighi (depuis duc de Padoue). Là gauche du général Friant, la droite du général Gudin envoyèrent des de-1* taehements à la défense du village de Glinzendorf, tandis que là division Putbod se chargea de disputer a l'ennemi le village de Grosshoferi', derrière lequel elle avait bivouaqué. De fortes levées de terre s’étendaient de l’un de ces villages à l'antre. Nos soldats, placés avec intelligence derrière Ce retranchement naturel, firent un feu de mousqueteric bien nourri, qtii causa infiniment de mal aux Autrichiens, sans que ceux-ci nous en fissent essuyer beaucoup. AU bruit de ces détonations, Napoléon envoya lè général Mathieu Dümns porter à ses lieutenants l’ordre de 11e risquer aucun mouvement offensif, de se borner à bien disputer le terrain qu’ils Occupaient, jusqu’à ce qu’il leur eut adressé ses instructions définitives’, et il'

1 Elle avait passé des ordres du général Dénient aux ordres du général Putbod.

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courut à droite oh sc trouvait le maréchal Davout. K» chemin il aperçut très-distinctement les deux colonnes autrichiennes, qui, débouchant au delà du Russbach , attaquaient les villages de (îlinzendorf et de Grosshofen. Il était suivi par une brigade des cuirassiers de Nansouty, pourvue de quelques batteries d'artillerie légère. Napoléon les fit diriger sur le flanc de la colonne qui attaquait (irosshofen, ce qui exécuté instantanément vint fort à propos, car cette colonne fatiguée d'essuyer inutilement une mousqueterie meurtrière, avait assailli ce village et l’avait emporté à la baïonnette. liais le général Puthod, résolu à le reprendre, s’y jeta à son tour à la tète d’une réserve, et, secondé par l’artillerie légère de Nansouty, réussit à s'en rendre maître. Les Autrichiens, repoussés ainsi de front, mitraillés en flanc, furent obligés de rétrograder jusqu’au Russbach. Même chose arriva à la colonne qui, ayant débouché de \eusicdel sur (îlinzendorf, trouva en face la droite de Gudin, la gauche de Friant, et en flanc l'artillerie légère des cuirassiers du général Arrighi. Elle fut obligée de se replier également sur le Russbach. Celle première tentative allait être renouvelée avec une plus grande énergie par le prince de Rosenberg, lorsque l'archiduc Charles, pensant avec raison que sa gauche commençait la bataille prématurément, lui ordonna de ralentir son action, et de ne pas trop s’engager encore. Le prince de Rosenberg reprit alors sa position sur les pentes de \eusiedel, en arrière du Russbach.

En ce moment le bruit de la fusillade et de la canonnade était devenu général sur ce front immense de trois lieues, le long duquel trois cent mille hommes et onze cent3 pièces de canon étaient en présence. Napoléon , qui voyait partout une sorte d’attaque simultanée de la part de l'ennemi , sans projet clairement dessiné, jugea néanmoins qu’il fallait, dans tous les cas, enlever les hauteurs de Neusiedel , afin d’occuper le point vers lequel l'archiduc Charles et l’archiduc Jean pouvaient sc rejoindre. L'inspection des lieux indiquait comment il fallait s’y prendre pour triompher de cette espèce de camp retranché. Jusqu’à Xeusiede! les hauteurs composant le plateau de Wagram longeaient les bords du Russbach. A Xeusiedel et à la tour carrée, elles faisaient un détour en arrière, et s’éloignant du Russbach, elles ne présentaient qu'une pente infiniment adoucie, d’accès très-facile. 11 suffisait donc de passer le Russbach un peu plus à droite et loin du feu de l'ennemi , puis de se ployer pour embrasser la ligne des hauteurs, et prendre en flanc la position des Autrichiens. La cavalerie légère de Montbrun, les dragons de Grouchy furent chargés de préparer rapidement les moyens de passage. Ensuite les divisions Morand et Friant eurent ordre de franchir le Russbach, de s’avancer eniformant un angle droit avec les divisions Gudin et Puthod, et pendant que celles-ci attaqueraient le plateau de front, de l'attaquer par côté et à revers. Une fois l’angle, dont la tour carrée marquait le sommet, enlevé, Napoléon se promettait

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de faire assaillir Baumersdorf par Omlinot, Wagram par l'armée d’Italie. Ces divers points emportés, l’archiduc Jean pouvait paraître sur le champ de bataille : il n’y viendrait que pour assister à un désastre.

Ces dispositions étaient à peine arrêtées avec le maréchal Davout, qu’une multitude d’aides de camp, dépêchés par Massêna et Bernadotte , venaient annoncer à Napoléon un mauvais commencement de journée tant à gauche qu’au centre, et réclamer à la fois sa présence et ses secours.

De graves événements, mais très-réparables, s’étaient passés en elfet au centre et à gauche, comme on doit le deviner d’après les dispositions qui ont été précédemment indiquées. Le maréchal Bernadotte, qui avait été la veille obligé d’évacuer Wagram, et de se retirer sur Aderklaa (voir la carte n° 4t)) , se trouvait encore le matin dans cette position, présentant une pointe au sein de la ligne courbe que décrivaient les Autrichiens. Il voyait à sa droite Bellegarde, obéissant aux instructions de l’archiduc Charles, descendre des hauteurs de Wagram sur Aderklaa avec la partie la plus considérable de son corps : il voyait à sa gauche la réserve des cuirassiers et des grenadiers s’avancer sur Süssenbrunn. Il résolut donc de se replier sur un petit plateau situé en arrière d’Aderklaa, pour se rapprocher de l’armée d'Italie d’un côté, et du corps de Masséna de l’autre. Il n’avait pas plutôt achevé ce mouvement, que les avant-gardes de Bellegarde s’étaient jetées sur lui, et qu’un combat acharné s’était engagé avec les Saxons, incapables de tenir longtemps contre une telle attaque. Il avait donc été ramené fort en arrière.

Au même instant les quatre faibles divisions de Masséna, présentant tout au plus dix-huit mille hommes contre les soixante mille de Klenâu , de Kollowralh et de Liechtenstein, avaient été obligées de rétrograder pour prendre sur notre gauche une position moins étendue. Masséna , meurtri encore de la chute de cheval qu’il avait faîte quelques jours auparavant, assistait à la bataille, comme il l’avait promis à Napoléon, et tout enveloppé de compresses , commandait dans une calèche ouverte.

Masséna jugeant que si on n’opposait pas une résistance énergique sur le point que Bernadotte venait d’abandonner, on serait bientôt refoulé, et que non-seulement la gauche serait compromise, mais même le centre, se hâta de diriger la division Carra Saint -Cyr sur Aderklaa. Cette division , composée de deux braves régiments, y entra tète baissée. Malgré l’obstacle des murs de jardin et des maisons, le ‘24* léger et le 4* ligne, conduits avec une rare vigueur, enlevèrent le village. Au lieu de s’y arrêter, et de s’y établir solidement, ces deux régiments, n’écoutant que leur ardeur, débouchèrent au delà, et vinrent se placer à découvert, dans la position où Bernadotte avec raison n’avait pas voulu rester, recevant par leur droite et de front le feu de Bellegarde ,'à gauche le feu de la réserve de grenadiers. Après une héroïque obstination, ils furent contraints de céder

au nombre, cl «le se replier sur Aderklaa, privés de leurs deux colonels. Alors le général Molitor vint se serrer au général Carra Saint-Cyr, pour le soutenir; mais Legrand et lloudet restés seuls devant Klenau et Kollouralli, formant tout au plus 10 mille hommes contre 45 mille, furent contraints de se retirer sur la gauche , et d'abandonner une grande étendue de terrain.

Tel était à neuf heures du matin l’état de choses qu'on vint annoncer à Xapoléon. Rassuré sur sa droite, où il laissait le maréchal Davout bien instruit de ce qu'il avait à faire, il partit au galop, suivi de son état-major, pour aller à une distance do prés de deux lieues, réparer l'accident dont les const^quences pouvaient compromettre son centre. 11 trouva llernadolte fort agité, le rassura, et courut ensuite à la calèche de Massénu, autour de laquelle pleuraient les boulets. Dans ce moment les grenadiers d’Aspre, excités par la présence de l archiduc Charles qui s’était mis à leur tète, traversaient Aderklaa après l’avoir enlevé à la division Carra Saint-Cyr, et s'avancaient victorieux. Le général Molitor se déployant devant eux pour arrêter la trouée , avait été obligé de se former un flanc avec sa droite repliée, pour n’être pas débordé.

Napoléon peu troublé par ce spectacle, et comptant sur les vastes ressources dont il disposait, s’entretint quelques instants avec Masséna , et arrêta avec lui son plan de conduite. Déjà on pouvait juger d’après la direction des feux que Roudct était ramené fort en arrière, et que l’archiduc louchait par sa droite au Danube. Des officiers même venaient dire que lloudet était refoulé jusque dans Aspem, après avoir perdu toute son artillerie. On aurait pu avec des troupes aussi fermes que celles d’Austerlitz, qui surtout n’auraient pas eu le souvenir trop présent encore de la journée d’Kssling , se laisser déborder par sa gauche , pourvu qu’on tint bon au centre, et qu’on prît à droite une offensive victorieuse. Le maréchal Davout devant bientôt enlever le plateau de U agram, Aderklaa ne pouvant manquer d’<Mre reconquis , nous aurions eu tout avantage à trouver la droite des Autrichiens entre nous et le Danube. Nous l’aurions prise tout entière , et la maison d'Autriche aurait peut-être succombé dans cetto journée. Napoléon en eut la pensée , qu’il fit connaître quelques jours après \ Mais avec des troupes jeunes, préoccupées du souvenir d’Kssling, c’était courir un gros risque. La seule, nouvelle que l'ennemi était aux

• Quelque temps après, Napoléon allant visiter le# troupe# qui cmnpaient aux environ* île Brima, et les f- lisant manœuvrer sur le champ de bataille d'AusIerlitx , parlait de la qualité de» troupes eu général, dés armées qu'il avait commandées, des batailles qu'il avait livrée*, et revenant à la dernière, celle de Wagram, qu'il comparait à celle d'Austerlitz , il dit qu'il avait bien songé i\ employer In manœuvre dont il est question ici, et qu’il l’aurait (ait s’il avait eu les troupes du camp de Umdogne; mai# qu'avec des troupes dont une partie était fort jeune et fort impressionnable, il n’avait pas osé risquer une combinaison féconde, qui aurait exigé chez ses soldais un <ang- froid fort rnrp, reliii de se Inisser tourner «an* être ébranlé#.

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ponts pouvait les tronhler profondément. Il reponssa donc une combinaison qui eût été féconde, mais que les circonstances rendaient périlleuse, et ne songea qu’à arrêter sur-le-champ le progrès des Autrichiens vers le centre et vers la gauche, par une prompte disposition des troupes qu’il avait en réserve.

C’est ici qu’il recueillit le prix de sa profonde prévoyance. Il avait pour principe que c’était en concentrant sur un même point l’action de certaines armes spéciales, qu’on parvenait à produire de grands effets, et c’est pour ce motif qu’il avait voulu procurer à la garde une immense réserve d’artillerie, el conserver sous la main une réserve de quatorze régiments de cuirassiers. Il ordonna donc qu’on fît avancer au galop toute l’artillerie de la garde, en y ajoutant celle dont on pourrait disposer dans les corps. Précisément le général de Wréde arrivait sur le terrain avec vingt-cinq pièces d’une excellente artillerie, et demandait l’honneur de concourir à ce mouvement décisif. Napoléon y consentit, et voulut qu’on amenât tonte celte artillerie au pas de course. Il fit mander en outre le général Macdonald avec trois divisions de l’armée d’Italie , les fusiliers el les grenadiers à cheval de la garde, et les six régiments de cuirassiers du général Xansouty. Son projet était d’éhranler le centre des Autrichiens avec cent bouches à feu, puis de le percer avec les baïonnettes de Macdonald el les sabres de Xansouty. 11 décida en même temps que M asséna , avec les divisions Carra Saint-Cyr, Molitor et Legrand, formées en colonnes serrées, ferait un à droite, puis se dirigerait perpendiculairement vers le Danube au secours de Boudct , exécutant ainsi une marche de flanc sous le feu des corps de Koilowrath et de Klenau. Du reste les tètes de pont qu’il avait fait construire partout le rassuraient suffisamment, et il recncillnit encore en cela le prix de sa prévoyance. Mais il ne voulait pas que ses jeunes troupes pussent entendre le canon sur leurs derrières, et avoir des inquiétudes sur les communications de l’armée avec le Danube.

A peine donnés, ces ordres sont obéis à l’instant môme. Les divisions Carra Saint-Cyr, Molitor et Legrand sous la conduite de Masséna, se forment en rolonnes serrées par division, font denii-toitr à droite, puis défilent en une longue colonne pour se rapprocher du Danube, recevant avec une impassibilité héroïque et en flanc, le feu de klenau et de Kollonralh. Les généraux Lnsalle et Marulaz, les couvrant pendant cette marche, chargent et repoussent la cavalerie autrichienne. Tandis que ce mouvement s’exécute vers la gauche, Napoléon, au centre, impatient d'élrc rejoint pîir Lauriston et Macdonald, leur envoie officiers sur officiers j'iniir les presser de liftier le pas, et monté sitr un cheval persan d’une éclatante blancheur, parcourt sous une grêle de boulets ce terrain abandonné par Masséna. La canonnadeen ce moment a acquis la fréquence de la fusillade et tout le

1 Expression (rituelle fin ftiariV liai Molitor.*'

inonde frémit à l’idée de voir l'homme sur qui reposent tant de destinées emporté par l’un de ces aveugles projectiles qui traversent l’espace. Enfin arrivent au galop, et en faisant trembler la terre, les soixante bouches k feu de la garde, suivies de quarante bouches à feu françaises et bavaroises. L’illustre Drouot, sur une indication de l'Empereur, se pose en jalon, et les cent pièces de canon qu’il dirige viennent s’aligner sur son épée. En un instant commence la plus affreuse canonnade qui ait signalé nos longues guerres. La ligne autrichienne présente de IVagram à Aderklaa, d’Aderklaa à Siissenbrunn (voir la carte n® 49), un angle ouvert , dont les deux côtés sont formés par Bellegarde d’une part, par les grenadiers et les cuirassiers de l’autre. Les cent bouches à feu de Lauriston tirant incessamment sur cette double ligne, la criblent de boulets, et démontent bientôt l’artillerie ennemie. Xapoléon regarde à la lunette l’effet de cette batterie formidable, et s’applaudit de la justesse de ses conceptions. Mais il ne suffit pas de l’artillerie pour briser le centre de l'armée autrichienne, il faut des baïonnettes, et il demande avec un redoublement d'impatience celles de l’armée d’Italie, qui accourent au pas accéléré. L’intrépide Macdonald, réce pâment tiré de la disgrâce, marche à la tète de son corps, étonnant ceux qui ne le connaissent point encore par son costume d’ancien général de la République, et s’apprêtant à les étonner bien davantage par sa manière de se comporter au feu. Il déploie sur une seule ligne une partie de la division Broussier, et une brigade de la division Seras. Il range en colonne serrée sur les ailes de cette ligne , à gauche le reste de la division Broussier, à droite la division Lamarquc, et présente ainsi à l’ennemi un carré long, qu’il ferme avec les vingt-quatre escadrons des cuirassiers Xansouty. Xapoléon voulant lui donner un appui, place sur ses derrières, sous le général Reillc, les fusiliers et les tirailleurs de la garde impériale, au nombre de huit bataillons. Il y ajoute la cavalerie de la garde pour fondre au moment opportun sur l’infanterie ennemie, puis il attend, les yeux fixés sur ce grand spectacle , le succès des manœuvres qu’il a ordonnées.

Macdonald, dépassant bientôt la ligne de notre artillerie pour joindre les Autrichiens, s'avance sous une pluie de feu, laissant à chaque pas le terrain couvert de ses morts et de ses blessés , serrant ses rangs sans s’ébranler, et communiquant à ses soldats la fière attitude qu’il conserve lui-même. — Quel brave homme! s’écrie plusieurs fois Xapoléon en le voyant marcher ainsi sous la mitraille et les boulets. — Tout à coup le prince Jean de Liechtenstein s’ébranle avec sa grosse cavalerie, pour essayer un effort contre cette infanterie qui s’avance si résolument sur le centre de l’armée autrichienne. Macdonald arrête alors son carré long, ordonne aux deux colonnes qui en formaient les côtés de faire front, et oppose ainsi h l’ennemi trois lignes de feu. Le sol retentit sous le galop

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des cuirassiers autrichiens , mais ils sont accueillis par de telles décharges de mousqueterie qu’ils sont forcés de s’arrêter, et de rétrograder sur leur infanterie que leur fuite jette dans un véritable désordre. Le moment de charger est venu pour notre cavalerie, qui peut, en profitant de cet instant de confusion, recueillir des milliers de prisonniers. Macdonald en donne l’ordre à Xansouty ; mais ce général, obligé d'amener sa troupe sur le front du carré dont elle occupait la dernière face , perd malgré lui un temps précieux. Lorsqu'il est prêt à s’élancer, le désordre de l'infanterie autrichienne est en partie réparé. Toutefois il charge et enfonce plusieurs carrés. Macdonald, dans son impatience, s’adresse à la cavalerie de la garde qui était près de lui , et que commandait le général U alllier. Mais celui-ci ne doit recevoir d'ordre que du maréchal Bessières, et ce maréchal vient d’être renversé par un boulet. Macdonald se dépite en voyant ainsi lui échapper le fruit de la victoire : cependant, s’il n’a pas beaucoup de prisonniers, il a du moins fait rétrograder l'armée autrichienne, et rendu vaine l’entreprise tentée sur le centre et la gauche de notre ligne. L’archiduc, désespérant de nous refouler vers le Danube, commence à se décourager, et se dédommage en prodiguant sa vie au milieu du feu. Ses troupes évacuent peu à peu Aderklaa d'un coté, Sùssetihrunn de l'autre.

En ce moment le grave danger qui menaçait l'armée est conjuré. Masséna, se dirigeant en colonne sur le Danube, et recevant le feu de l'ennemi en flanc, est arrivé prés du fleuve, vers Aspern, a fait front h droite, et précédé de sa cavalerie a repris l'offensive contre kollourath et Klenau. Boudet s’est remis en ligne, et tous, marchant en avant, ramènent les Autrichiens sur Breitenlée et sur Hirschstatten. En tète de leur infanterie, Lasalle et Maralaz exécutent des charges brillantes; mais Lasalle, atteint d’une balle, termine sa glorieuse carrière en voyant fuir l’ennemi.

Ainsi le centre de l'archiduc ébranlé par cent bouches à feu, arrêté par Macdonald, hat en retraite. Sa droite suit ce mouvement rétrograde. Si le maréchal Davout, comme il en a reçu l’ordre, enlève à la gauche des Autrichiens la position de Xeusiedel, c’en est fait d'eux. Cette position enlevée, la ligne des hauteurs de Xeusiedel à U agram ne peut plus tenir, et l’archiduc Charles, privé de ce dernier appui, va être coupé de la route de Hongrie, séparé de l’archiduc Jean, et rejeté en Bohême. Aussi Xapolénn, rassuré sur son centre et sa gauche, a-t-il l’œil toujours tourné sur sa droite, vers la tour carrée qui domine le village de Xeusiedel. Il A’attend que le progrès des feux de ce côté pour lancer le corps d’Oudinot sur Wagram. 11 lui reste, dans le cas où surviendrait l’archiduc Jean, une moitié de l’armée d’Italie, le corps de Marmont, la vieille garde, les Bavarois. Il a donc, quoi qu’il arrive, des ressources pour parer à toutes les chances de cette journéç. »

La confiance que Xapoléon a mise dans le maréchal Davout est ici,

comme toujours, pleinement justifiée. Les généraux Monlbrun et Grotichy, l’un avec la cavalerie légère, l’autre avec les dragons d'Italie, ont préparé le passage du Russhach sur notre extrême droite, soit pour eux, soit pour l’infanterie. Les divisions Morand et Friant franchissent ce ruisseau à la suite de la cavalerie, et ployées par un mouvement de conversion sur le flanc de la position de Xeusiedel, forment un angle droit avec Gudin et Putliod , qui sont restés devant le Russhach , de Xeusiedel à Baumersdorf. Le moment d'attaquer étant venu, ce s braves troupes, dignes de leur chef, gravissent le revers de la position de Xensiedel avec une l'are intrépidité. Morand, placé à l’extrême droite, s’avance le premier, parce que la pente plus douce de son côté offre un abord plus facile. Friant, placé entre Morand et Xeusiedel , où il forme le sommet de l’angle, attend que Morand ait gagné du terrain sur l’extrémité de la ligne ennemie, pour attaquer la hauteur à son tour. Il se borne quant à présent à un violent feu d’artillerie, qu’il soutient avec soixante pièces détachées de plusieurs divisions. Morand, secondé à gauche par cette canonnade, à droite par les charges de cavalerie de Monthrun, gravit froidement lo terrain qui s’élève devant lui. Rosenberg, pour faire face à cette attaque de flanc, replie sa ligne en arrière. La mousqueterie de toute cette partie de la ligne autrichienne n’ arrête point Morand. Il continue à monter sous un feu plongeant, et puis aborde l’ennemi en colonne d’attaque. Le prince de Rosenberg dirige alors un effort sur la gauche de Morand, formée par le 17" régiment de ligne, et l’oblige un instant à céder. A cette vue Friant envoie au secours du 1 7e la brigade Gilly, composée du l.V léger et du 33* de ligne, lesquels s’élancent à la baïonnette sur la hauteur, et refoulent les troupes de Rosenberg. Les divisions Pulhod et Gudin, restées en face du Kusshach, entrent à leur tour en .action sous la conduite du maréchal Davout. Putliod se jette dans Xensiedel avec ses quatrièmes bataillons, pènèlrc dans les rues de ce village, et les dispute aux troupes autrichiennes, qu’il contraint après de grands efforts à se retirer sur la hauteur en arrière. Au même instant, Gudirr, qui a franchi le Russhacli, escalade audacieusement sous un feu meurtrier le plateau de Xeusiedel, tandis que Friant a déjà gagné du terrain sur les derrières de Rosenberg. La tour carrée est en ce moment dépassée par le double mouvement de Friant et de Gudin. Tout n’est pas fini cependant. Jusqu’ici on n’a eu h combattre que Rosenberg favorisé par la position. Mais Hohenzollern , demeuré immobile au-dessus de Baumersdorf en face d’Oudinot qui n’agit pas encore, porte une moitié de ses troupes vers. la tour carrée, et les dirige sur la droite de Gudin pour la précipiter dans le Russhach. Vainement à travers les baraques du camp essaye-t-on de faire défiler les cuirassiers d’Arrighi, pour les lancer sur la hauteur qui se termine en plateau. Ces cuirassiers, assaillis par un feu des plus vifs h travers les routes étroites du camp, ne peuvent pas charger avec avantage, et

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sont ramenés en désordre. Le 85* de li^ne de la division Oudin accueilli par la plug violente fusillade est presque arrêté dans son mouvement. Les autres régiments de Oudin se hâtent de venir à son secours. La division tout entière lutte avec Hoiicnzollern , qui est peu à peu repoussé, taudis que Friant et Morand gagnent du terrain sur le derrière- du plateau, en poursuivant les troupes de Rosenberg l’épée dans les reins.

Pendait que le maréchal Davout accomplit ainsi sa ttclie , Xapoléon voyant ses feux dépasser la tour carrée, ne doute plus du succès de la journée. La bataille est gagnée! s’écrie-t-il ; et il en fait porter la nouvelle au maréchal Masséna, au prince Kugène, au général Macdonald. Mais il ne se borne pas à pousser un cri de victoire, il ordonne au corps d'Oudinot, de marcher sur Raumersdorf et Wagram, et d'enlever cette partie des hauteurs. Les troupes d'Oudinot s’élancent sur le village de Raumersdorf, qu’elles n’avaient pas pu emporter la veille, le traversent, et s'élèvent sur le plateau, venant se joindre à la division Gudin par leur droite. L'élan devient alors général. On refoule partout la ligne autrichienne, et en ce moment la division Gudin s'alignant sur celles de Friant et de Morand, on voit le corps entier de Davout ne plus former qu'une longue ligne oblique, qui balaye dans toute son étendue le plateau de Wagram. (Voir la carte n° 48.)

La division Tharreau du corps d'Oudinot se dirige sur Wagram, charge à la baïonnette plusieurs bataillons, en prend deux, enlève le village, et y recueille de nombreux prisonniers. La division Frère (seconde d'Oudinot) passe à droite du village. La division Grandjean, autrefois Saint-Hilaire, suit ce mouvement, repousse l’infanterie autrichienne, et l’aborde vivement dès qu’elle essaye de résister. Le 1 (P d’infanterie légère se jette sur un bataillon qui s'était formé en carré, et le fait prisonnier. SVnpoléon voyant l’armée autrichienne partout en retraite et notre ligne s'étendre, s'affaiblir même en quelques points, à mesure qu’elle s’avance, envoie des secours là où ils sont nécessaires, et en particulier au général Macdonald , qui sc trouve isolé de Masséna à gauche , de Bernadolte au centre. Il dirige vers lui l’infanterie bavaroise du général de M’rède et la cavalerie de la gàrdc. Macdonald, en s’approchant de Siissenhrunn, rencontre de l’infanterie ennemie qui tient encore. Il emporte ce village, et faisairt charger par sa cavalerie légère, enlève d’un seul coup quatre à cinq mille prisonniers.

Sur un front de trois à quatre lieues, à l’extrême ganehe devant Masséna, au centre devant Macdonald, à droite devant Oudinot et Davout, l’armée autrichienne ne pouvant tenir nulle part , se relire en flottant sons la poursuite plus ou moins vive des Français. Il est trois heures : notre gauche a refoulé Klenau sur Jedlersdorf, Kollowralh sucGerarsdorf ; notre centre a poussé Dcllcgarde sur Hclmhof, notre droite a réjeté Hohenzollern et Rosenberg sur Rockfliiss. L’archiduc Charles craignant de perdre In roule

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