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le dedans et contre le dehors, d'y réunir des vivres et des munitions pour dix mille hommes et pour trois mois, d'y faire remonter les nombreux bateaux qui avaient servi aux diverses opérations de l'ile de Lobau, de reconstruire le pont du Thabor, de l’établir sur des bateaux en attendant qu’il le fut sur pilotis, de le couvrir en outre sur les deux rives de deux vastes têtes de ponts. L’ile de Lobau pouvait désormais se suffire avec les ponts en pilotis jetés sur le grand et sur le petit bras, puisqu’elle n’était plus qu'un lieu de dépôt, dans lequel on avait entassé les prisonniers et les blessés. Avec une communication assurée devant Vienne, et une autre à la hauteur de l'ile de Lobau, Napoléon avait des moyens de passage suffisants pour toutes les éventualités de guerre imaginables. Il ordonna en même temps de compléter l'armement de Raab, d’achever les travaux de Môlk, de Lintz, de Passau, toujours destinés à assurer sa ligne d’opération. Enfin toutes ces précautions prises pour le cas d’une lutte prolongée , il résolut de tirer de la victoire de Wagram l'une de ses conséquences les plus essentielles, celle qui devait lui procurer immédiatement des ressources financières, et il frappa sur les provinces de la monarchie qu'il occupait une contribution de guerre de deux cents millions, laquelle étant une fois décrétée ne pourrait plus être mise en question dans une négociation ultérieure de paix, si, comme il le croyait, une négociation de ce genre venait bientôt à s'ouvrir. U employa ainsi à U olkersdorf les journées du 7, du 8 , et une partie de celle du 0, attendant le résultat des reconnaissances envoyées dans toutes les directions.
L’archiduc Charles avait, on ne sait pourquoi, adopté la Bohême pour lieu de retraite. Soit que, par la direction qu'avait prise la bataille de Wagram, il craignit de ne pouvoir gagner à temps la route de Moravie, soit qu’il voulut conserver l’importante province de Bohême à la monarchie, et demeurer en rapport avec le centre de l'Allemagne, qu’on avait toujours la prétention d’insurger, il s’était retiré sur la route de Ziiaïm , qui mène à Prague par Iglau. (Voir les cartes n0> 28 et 32.) C’était de sa part une étrange résolution, car, sauf la satisfaction de se séparer de son frère l’archiduc Jean, en lui laissant le soin de soulever la Hongrie, tandis qu'il irait lui-même mettre en valeur toutes les ressources de la Bohême, on ne voit pas trop quels avantages il espérait en recueillir. En se portant en Bohême, il s’enfermait dans une sorte de champ clos, que son adversaire pourrait traverser tout entier en quelques marches et sans s’éloigner beaucoup du Danube, ce qui faisait tout dépendre d’une prochaine et dernière rencontre, dont l’issue n’était pas douteuse. Au contraire, en s’enfonçant en Hongrie, il aurait rallié tout ce qui restait de forces & la maison d'Autriche, attiré son adversaire dans les profondeurs de la monarchie, où l’armée autrichienne devait toujours aller en augmentant et l’armée française en diminuant, où il aurait retrouvé peut-être l’occasion d’une noutomi iv. 49
voile bataille moins malheureuse que celle de \\ agram , et créé entin à Napoléon la seule difficulté avec laquelle on pût le battre, la seule avec laquelle on l'ait battu depuis, celle des distances. L'inconvénient de perdre les ressources de la Bohême n'était pas bien considérable, car d'une part cette province n'avait presque plus rien à fournir, et de l'autre Napoléon n’avait pas de forces à consacrer à son occupation. On ne peut donc s’expliquer un tel choix que par ce trouble de la défaite, qui presque toujours amène les résolutions les plus fâcheuses, et fait souvent qu’un malheur en entraine bientôt de plus grands et de plus irréparables.
Au surplus, quoi qu’on puisse penser de ses motifs, l'archiduc Charles avait pris la route de Prague par Xnaim. Sur cette route, qu’il avait gagnée par korneubourg et Stockcrau, il marcha avec les corps de Beliegarde, de Kollowrath et de klenau , avec la réserve de grenadiers et celle de cavalerie, le tout ne formant pas plus de 60 mille hommes. Le corps du prince de Reuss, qui avait perdu la journée du 6 à observer le débouché de Vienne, n’ayant pas souffert dans la bataille, était chargé de l’arrière-garde. Sur la route de Moravie, par U ilfersdorf et Nikolsbourg, l’archiduc Charles laissa se retirer les corps de Rosenberg et de Hohenzollern , pour flanquer l’armée principale, ce qui permet do supposer qu’il y eut en cette circonstance quelque chose de pis qu'une mauvaise résolution, c'est-à-dire absence même de résolution, et que chaque corps prit le chemin sur lequel le jeta la bataille qu'on venait de perdre. La gauche, en effet, composée de Hohenzollern et de Rosenberg, avait été poussée sur la route de Muravie; le eentre et la droite, composés de Beliegarde, des réserves d'infanterie et de cavalerie, de kollowrath, de Reuss et de klenau (3*, 5" et 6* corps), avaient été poussés sur celle de Bohême. C’est ainsi que souvent il n’y a pas eu de motifs, là même où l'histoire s'épuise à en chercher, et qu'au lieu de faux calcul , il y a tout simplement défaut de calcul.
Pourtant cette double marche, qui plaçait loin de l’archiduc Charles peut-être 20 ou 25 mille hommes de ses forces les meilleures, eut un avantage momentané : elle laissa Napoléon dans une incertitude complète sur la route que l'ennemi suivait, et elle l’exposa à se tromper dans la direction à donner à ses colonnes. Ainsi, sur la route de Moravie, par Wolkersdorfet Nikolsbourg, il avait envoyé Monthrun, Marmout, de U rède1, Davont, c’est-à-dire 45 mille hommes contre 25 mille, et sur la route de Xnaïm, Masséna, Macdonald, Marulaz, Saint-Sulpice, c'est-à-dire 28 mille hommes contre 60 mille. Il est vrai qne placé entre deux avec la garde, Nansôuty et Oudinot , il pouvait apporter en quelques heures le secours de 30 mille combattants à celui de ses lieutenants qui en aurait besoin.
1 Le général de U rède avait été blessé. C’était sa division qui suivait le corps de Marmont, et c'est pour cela que nous lui eu conservons le nom. Le général Minuti l’avait remplacé dans le commandement.
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Masséna d'uu côté, Mai mont de l'autre suivirent chacun l'itinéraire qui leur avait été tracé. Le 8 juillet, Marmonl talonna l’arrière -garde de Rosenberg, ramassant partout des traînards, des blessés, principalement des hommes de la landuchr, qui abandonnaient les rangs de l'armée. Arrivé le 9 à U ilfersdorf, il apprit par les reconnaissances de Montbrun, toujours exécutées avec autant d’intelligence que d’audace, que le prince de Rosenberg avait fait un à gauche, et qu’il abandonnait la route de Moravie pour celle de Bohême. En efTet les deux lieutenants de l’archiduc Charles, pour rejoindre le gros de l’armée autrichienne, se reportaient de la route de Moravie sur celle de Bohême, obéissant en cela à une volonté dont bientôt on va voir les étranges incertitudes. Le général Marmont, que Xapoléon avait laissé libre de suivre la route sur laquelle il croirait trouver l’ennemi , adopta le vrai parti qui convenait aux circonstances. Se détournant de la Moravie, à l’imitation du corps qu’il poursuivait, il prit, par Mistelbach et L&a, la direction de Znaïm. Seulement ayant & faire part au maréchal Davout de sa nouvelle marche, il n’osa pas l’attirer à lui, ne sachant pas si le détachement dont il suivait les traces était le gros de l'ennemi. Il l’informa de son détour à gauche, sans rien faire pour l'empêcher de continuer sur Nikolsbourg et sur la Moravie.
Le 9, à moitié chemin de Laa, il rencontra 1,200 chevaux et deux bataillons de Rosenberg, les culbuta, et leur enleva quelques centaines de prisonniers. Il arriva le 9 au soir à Laa, sur la Taya, rivière qui passe successivement à Znaïm, à Laa, et vient, en traversant le milieu de la Moravie, se jeter dans la Morava. La chaleur était étouffante, dans cette province abritée au nord par les montagnes de la Bohême , de la liaute- Silésie et de la Hongrie. Les caves du pays étaient richement fournies, et malgré le soin avec lequel les troupes du général Marmont étaient tenues, elles se débandèrent, entraînées par la fatigue, la chaleur, le goût du vin, et aussi par la confiance excessive que leur inspirait la victoire. Le général Marmont parvenu à Laa n’avait pas le quart de son effectif dans les rangs. Il assembla les officiers, leur exposa le danger de compromettre par une négligence coupable le résultat d’une grande campagne, fit exécuter deux soldats pour l’exemple, et à la pointe du jour il put rallier son monde afin de marcher sur Znaïm. Prêt à partir, un nouveau détour de l'ennemi faillit le rejelet dans de fâcheuses incertitudes. Le corps de Rosenberg, qui avait pris k gauche pour gagner la route de Znaïm, prenait maintenant à droite pour regagner celle de Brüun. Le généralissime autrichien Continuant d’attirer à lui le corps de Hohenxollem, renvoyait au contraire celui de Rosenberg sur la Moravie, on ne sait en vérité pourquoi, car ce corps n’était guère de force à défendre cette province si les Français mettaient du prix à l’occuper. C'était une preuve de plus que les deux eorps de Hohenzollern et de Rosenberg avaient été laissés sans réflexion sur la route de
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Moravie, et qu'ils étaient, sans réflexion encore, portés tantôt Sur la route de Znaïm, tantôt sur celle de Brünn. Du reste il y avait dans ces divagations des corps autrichiens de quoi troubler l’esprit du général français, qui était en tête de la poursuite. Néanmoins le général Marmont, avec une remarquable sagacité militaire, persista dans sa marche sur Znaïm, laissant Rosenberg faire un nouveau détour à droite, et continuant lui dans la direction où il croyait trouver l’ennemi, et oii il le trouva en effet.
Vers le milieu du même jour, le général Marmont, parvenu à une position où il avait à sa gauche la Taya , et sur son front un ravin profond qui allait aboutir à la Taya, aperçut au delà de ce ravin le bassin dans lequel s’élevait en amphithéâtre la ville de Znaïm. En ce moment les Autrichiens se pressaient sur le pont de la Taya , et traversaient en toute hâte la ville elle-même de Znaïm, pour gagner à temps la route de Bohême. Loin d’être en mesure de se placer en travers de cette route afin de la barrer, le général Marmont ayant 10 mille hommes à opposer à 60 mille, courait au contraire de grands dangers. Mais il était séparé du bassin de Znaïm par le ravin sur lequel il venait d’arriver, et dont les Autrichiens occupaient les bords. Il les leur enleva par une attaque vigoureuse du 8* et du 23* de ligne, s’empara en outre du village de Tesuitz situé au-dessous, et d'où il avait la possibilité de canonner le pont de la Taya. Il s'empara vers sa droite de deux fermes propres à lui servir d'appui, et plus à droite encore d’un bois qu’il remplit de ses tirailleurs. Ayant ainsi son front couvert par le ravin dont il était maître, sa gauche par la Taya, et sa droite par des fermes et un bois fortement occupés, il pouvait gêner avec son canon le passage des Autrichiens sur le pont de la Taya, sans être trop exposé à leurs représailles. 11 se mit donc à canonner ce pont , faisant partir aides de camp sur aides de camp pour informer Napoléon de la position singulière où il se trouvait.
Cette canonnade incommode et périlleuse inquiétant les Autrichiens, ils firent une tentative pour s’en débarrasser, en attaquant sérieusement le village de Teswitz. A la vue des préparatifs de cette attaque, le général Marmont y envoya des troupes bavaroises pour la déjouer. Les assaillants redoublant d’efforts, il fallut soutenir les premières troupes par la division de Wrède tout entière, et l’attaque n’ayant pas cessé, par l’envoi sur ce même point du 81* de ligne. Il suffit de ce régiment français pour mettre un terme aux entreprises de l’ennemi, et tenir les Autrichiens à grande distance. La journée s’acheva sans autre événement. Vers la chute du jour une canonnade, entendue dans le lointain à gauche, annonça la marche de Masséna sur la route de Bohême, & la suite de la principale armée autrichienne. Napoléon averti ne pouvait manquer non plus d’arriver par la droite. Le général Marmont passa donc la nuit tranquillement, avec la confiance d'un homme qui n’avait rien négligé pour garantir sa position,
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et qui participait du reste à la témérité que la victoire inspirait alors & tout le monde, lin fait d'ailleurs était de nature à le rassurer, lin Français resté au service d’Autriche, M. de Fresnel, venait de se présenter de la part du général comte de Bellegarde, pour demander un armistice. Le général Mar mont n'ayant pas de pouvoirs pour conclure un tel acte, et espérant de plus qu'on pourrait encore envelopper le lendemain l'armée autrichienne, dépécha cet envoyé au quartier général de l'Empereur, sans prendre sur lui de suspendre les hostilités.
Dans le moment, les Français arrivaient par la gauche et par la droite, par la route de Bohême et par la route de Moravie, sur la trace des Autrichiens. Masséna , parti le 8 de Stockerau avec les divisions d'infanterie Legrand, Carra Saint-Cyr, Molitor, avec une division de grosse cavalerie, avait talonné sans cesse l'arrlêre-garde du prince de Reuss, et lui avait enlevé de nombreux prisonniers. 11 avait joint celle arrière-garde le 9 au pied des hauteurs de Mallebern, elle 10 à Hollabriinn, oii il combattait, tandis que le général Marmont était occupé à s'établir devant Znaim. L'archiduc Charles instruit de la présence d’un corps français à l.aa, avait envoyé les grenadiers et la réserve de cavalerie pour s'emparer du pont de la Taya, les avait suivis lui-même avec les corps de Bellegarde, de Kollowralh et de klenau, abandonnant au prince de Reuss le soin de disputer Hollabriinn le plus longtemps qu'il pourrait. C’était donc lui qui avec les corps que nous venons de désigner, traversait, sous les yeux du général Marmont, le pont de la Taya devant Znaim, appelé pont de Schallersdorf. Tandis que les choses se passaient de la sorte à gauche, Mapoléon à droite, prévenu le 9 de la marche de Marmont vers Znaim , s'était mis en mouvement par IVilfersdorf avec la garde, le corps d'Oudinot, et les cuirassiers de Nansouly. 11 s’était rendu le 10 de IVilfersdorf à Laa, espérant amener la garde à Znaim dans la journée du 1 1 . Devançant ses troupes de sa personne , il s'était mis immédiatement en route pour arriver, le II au milieu du jour, au quartier général de Marmont.
Le 1 1 au matin, en effet, les Autrichiens continuèrent à défiler sous les yeux du général Marmont, qui, du village de Teswitz, les ranonnait au passage de la rivière , et Masséna , suivant en queue le prince de Reuss , les culbuta au milieu du jour sur la Taya, après un engagement vigoureux. Parvenu jusqu'au pont de Schallersdorf, qui était barricadé, Masséna le fit attaquer par la vaillante division Legrand. Le chef de celte division , conduisant ses soldats au feu avec sa valeur accoutumée, et abordant l'obstacle de front pendant que l'artillerie de Masséna le prenait en enfilade, réussit à s'approcher du pont, en escalada les barricades, et s'en rendit maître. Après cet acte d’audace, le général Legrand porta sa division dans la petite plaine qui formait le bassin de la Taya, en présence des troupes du prince de Reuss et des grenadiers autrichiens adossés à la ville de Znaim. Le gé-
néral Marmont, du sommet des hauteurs situées à droite, de l'autre coté de la Taya, assistait à ce spectacle, impatient de seconder utilement le maréchal Masséna.
Ce dernier ne voulant pas s'en tenir à un premier acte de hardiesse, résolut d'attaquer les Autrichiens, de les culbuter sur Znaîm, d’y entrer à leur suite, et de les jeter au delà, dans l’espôir que les troupes de Marmont leur barreraient la route de Bohême. Mais il n’avait auprès de lui que la division Legrand , et devait être rejoint par la division Carra Saint-Cyr, celle qui avait été si imprudemment héroïque à Aderklaa. 11 n'en aborda pas moins les troupes du prince de Rcuss et les grenadiers avec la seule division Legrand, se faisant seconder par son artillerie restée en deçà de la Taya. Le pont franchi, il s'engagea dans le village allongé de Schallersdorf, l’enleva, s'empara à gauche d’un gros couvent appelé Kloster-Bruck, et dans la plaine à droite lança ses cuirassiers, qui exécutèrent plusieurs charges vigoureuses sur les Autrichiens. Masséna luttait en cet endroit, avec 7 ou 8 mille hommes contre plus de 30 mille, sans compter 30 mille autres rangés par delà Znaîm, dans les plaines que traversait la route de Bohême, l'n épouvantable orage étant survenu, le combat fut presque suspendu par l'impossibilité de faire feu. Les grenadiers autrichiens, profitant de celte circonstance, s’avancèrent silencieusement à travers le village de Schallersdorf , surprirent nos soldats qui ne pouvaient se servir de leurs fusils , et pour un moment sc rendirent maîtres du pont. Masséna voulut jeter sur eux les cuirassiers, mais le terrain devenu glissant ne pouvait les porter, l’n grave accident était à craindre, quand par bonheur arriva la division Carra Saint-Cyr. Celle-ci, lancée sur le pont, le reprit, traversa dans sa longueur la colonne des grenadiers, en fit 800 prisonniers, et déboucha victorieuse dans la plaine de Znaîm. En ce moment , le général Marmont, ne voulant pas laisser le maréchal Masséna lutter tout seul, avait débouché de Teswitz, et, de moitié avec lui , poussait les Autrichiens sur Znaîm. On les avait acculés, on leur avait enlevé une masse considérable d’hommes, tué ou blessé beaucoup de monde, et on allait, en forçant Znaîm , les contraindre à une retraite désordonnée. Mais la garde n'étant pas encore arrivée, il n’y avait aucun espoir de les envelopper. Il est vrai que trois mille chevaux de cette garde avaient déjà paru , et que , joints à la cavalerie de Monlbrun, aux cuirassiers de Saint-Sulpicc, ils pouvaient rendre la retraite des Autrichiens singulièrement méurtrière.
Mais Xapoléon, survenu au milieu de ces entrefaites, avait rencontré l’envoyé du général BeHegarde, et reçu le prince Jean de Liechtenstein luimême, qui venait demander une suspension d’armes, êt promettre au nom de l’honneur militaire l’ouverture d’une négociation pour la conclusion immédiate de la paix. Xapoléon, avec le major général Berthier, M. Maret, duc de Bassano , et le grand maréchal Duroc, conféra un instant sur le
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parti à prendre. II pouvait, en occupant les Autrichiens quelques heures de plus par un combat opiniâtre , gagner peut-être asses de temps pour les tourner, et tout au moins lancer à leur suite dia mille chevaux, qui les auraient jetés dans un désordre épouvantable. Mais sans recourir à ce moyen il avait la certitude d'obtenir les conditions de paix les plus avantageuses, et son orgueil étant satisfait de voir le plus brillant, le plus noble officier de l’armée autrichienne, venir implorer humblement la fin de la guerre, il inclinait & s'arrêter dans sa marche victorieuse. Il y eut plusieurs avis sur ce sujet. Les uns disaient qu'il fallait en finir avec la maison d’Autriche, et briser sur sa tête le nœud de toutes les coalitions, pour qu'on ne les vit pas renaitre quand on retournerait en Espagne pour y terminer la guerre. Les autres alléguaient le danger de prolonger une lutte entreprise avec des moyens improvisés, finie en trois mois par un miracle de génie, mais qui, en durant, pourrait provoquer le soulèvement de l’Allemagne, entraîner même les Russes peu disposés à laisser détruire la maison d'Autriche, et embraser ainsi le continent tout entier. N'apoléon , sentant confusément qu’il avait déjà fort abusé de la fortune, espérant que celte nouvelle leçon empêcherait désormais l'Autriche de le troubler dans sa lutte avec l’Espagne et l’Angleterre, voyant après l’Autriche vaincue l'Espagne facile à soumettre, et la paix générale couronnant ses immenses travaux, tandis que si au contraire il poussait les hostilités à outrance, jusqu'à la destruction par exemple de la maison d'Autriche, il amènerait probablement les Russes à se mêler de la querelle, et s’attirerait une guerre universelle, qui pourrait devenir le terme de sa grandeur, Napoléon, tout à la fois satisfait et fatigué, s'écria, après avoir entendu ceux que pour la première fois il admettait à donner un avis devant lui : Il y a assez de sang répandu!... faisons la paix ! —
Il exigea du prince Jean de Liechtenstein la promesse que des plénipotentiaires seraient envoyés sur-le-champ pour négocier , et laissa Berthier pour la France, M. de Wimpffen pour l’Autriche, stipuler sur le terrain du Combat les conditions d’un armistice.
Tandis que les chefs d'état-major des deux armées discutaient ces conditions, on dépêcha le colonel Marbot et le général d'Aspre aux avantpostes, pour faire cesser les hostilités. Ils arrivèrent entre Schallersdorf et Xnaiin an moment où les troupes de Masséna étaient aux prises avec les grenadiers autrichiens. L'acharnement était tel que les cris mille fois ré* pétés de Pair! Pain! Xe tirez plus.' ne suffirent point pour séparer les combattants. Le colonel Marbot et le général d'Aspre furent même légèrement blessés dans leurs efforts pour arrêter le combat. Ils y parvinrent enfin, et un profond silence, interrompu seulement par la joie des vainqueurs , succéda à une affreuse canonnade. Celte journée nous coûta , tant au corps du général Marmont qu’à celui du maréchal Masséna, environ
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2 mille morts et blessés ; mais elle en coûta plus de 3 mille aux Autrichiens, avec 5 à 6 mille prisonniers. C'était une dernière victoire qui couronnait dignement cette grande et belle campagne.
Entré en action à la fin d'avril avec des troupes formées à peine et encore éparses, contre l'archiduc Charles qui marchait avec une armée organisée de longue main et déjà réunie, Napoléon avait réussi en quelques jours à compléter la sienne, à la rallier, à la concentrer devant l’ennemi, à couper en deux celle de l'archiduc Charles, et à la jeter partie en Bohême, partie en Basse -Autriche. Tel avait été le premier acte de la campagne, terminé, comme on s'en souvient , devant Ratisbonne. Poursuivant ensuite jusqu’à Vienne les Autrichiens dispersés sur les deux rives du Danube, Napoléon avait marché si vite, et si sûrement, qu’il n’avait jamais permis leur ralliement avant Vienne, et était entré dans cette capitale un mois après l'ouverture de la campagne, réparant ainsi les revers de l’armée d'Italie, et arrêtant à leur origine tous les projets d’insurger le continent contre la France Voulant franchir le Danube pour terminer la guerre par une bataille décisive, et ayant été interrompu dans son opération par une crue subite du fleuve, il avait, dans les deux journées d’Essling, soutenu par des prodiges d'énergie l’entreprise si dangereuse de combattre avec un fleuve à dos, grâce à la pensée admirable de choisir l’ile de Lobau comme terrain de passage. Repassé sur la rive droite,- il avait imaginé de magnifiques travaux pour annuler presque entièrement l’obstacle qui le séparait des Autrichiens, amené à lui les armées d’Italie et de Dalmatie, concentré ainsi toutes ses forces pour une lutte décisive, et alors, opérant en quelques heures le miracle de traverser en présence fde l’ennemi un large fleuve avec 150 mille hommes et 500 bouches à feu, il venait, dans l’une des plus grandes batailles des siècles, de terminer cette quatrième guerre d’Autriche, guerre non moins mémorable que toutes celles qu’il avait dirigées, et dans laquelle le génie surmontant ses propres fautes avait suppléé par des merveilles d’industrie et de persévérance à toutes les ressources qu’une politique insensée faisait défaillir autour de lui : guerre pendant laquelle les avertissements de la fortune s'étaient renouvelés encore une fois, comme pour prémunir le grand capitaine contre les erreurs du politique imprudent et follement ambitieux !
Napoléon, dans la stipulation des termes de l’armistice, veilla surtout à bien assurer sa position militaire pour le cas d’une reprise d'hostilités, si cette reprise devait résulter de l’impossibilité de s’entendre sur les conditions de la paix. Il exigea d’abord qu’on lui laissât occuper d’une manière permanente toutes les provinces qu’il avait seulement traversées avec ses troupes : c'étaient la Haute et la Basse-Autriche, la moitié de la Moravie consistant dans les districts de Znaïm et de Briinn, la partie de la Hongrie qui s’étend de la Rnah à Vienne, la Styrie> la Carinthie, une portion de la
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Carniole nécessaire pour communiquer avec la Dalmatie et l’Italie. De la sorte la ligne de séparation entre les armées belligérantes devait passer par Lintz, Krcms, Znaim, Brünn, Goding, Preshourg, Raab, Griitz, Laybach et Trieste. (Voir la carte n° 28.) En outre, comme appui de cette ligne, la citadelle de Briinn, la ville de Presbourg, les places de Kaab, de Griitz et de Layhach, durent lui être ou laissées, ou livrées immédiatement. Napoléon occupait ainsi plus d'un tiers de l'empire d'Autriche. Etabli au centre de cet empire, appuyé sur la capitale et les principales places, il pouvait, dans le cas d'hostilités prolongées, partir de Vienne, comme base d'opération, et pousser ses conquêtes jusqu’au fond des provinces les plus reculées. Il accorda un mois pour la durée de l’armistice , et stipula l’obligation, en cas de rupture, de se prévenir quinze jours d'avance. Un mois sufGsait, pour les négociations si véritablement on voulait s'entendre, et pour l’arrivée des renforts mandés de France si on ne le voulait pas. Quelque dures que fussent les conditions de cet armistice, les troupes de l’archiduc étaient dans une situation trop fâcheuse, pour qu’on ne préférât pas tout à la continuation des hostilités. L’avis unanime dans l’état-major autrichien fut de céder, et on céda. M. de U impifen, au nom du généralissime, le major général Berthier, au nom de Napoléon, donnèrent leur signature. La grande armée autrichienne avait bravement combattu, et, malgré ses malheurs, elle pouvait se dire qu’elle avait plutôt relevé que laissé déchoir la puissance autrichienne, bien qu’il fallut s’attendre à de cruels sacrifices, si on voulait obtenir la paix d'un vainqueur justement enorgueilli de ses avantages.
L’armistice fut signé à Znaim le 11 à minuit, et dut porter la date du 12 juillet. Napoléon, après avoir reçu les compliments de l’archiduc Charles et lui avoir fait porter les siens, après s'étre fait promettre par le vaillant prince Jean de Liechtenstein qu’on imposerait silence en Autriche au parti de la guerre, et qu’on enverrait promptement des négociateurs à Vienne, partit pour Schœnbrunn, afin d’employer toutes scs ressources soit pour avoir la paix, soit pour terminer la guerre par un dernier effort, court et décisif. On pouvait dans le courant du mois d’août, avoir ou fini de négocier, ou réuni tous les moyens de recommencer en septembre une dernière campagne, qui mettrait fin à l’existence de la maison d’Autriche. Napoléon ordonna donc de nouveaux préparatifs, comme s’il n’avait rien fait encore, et comme s’il avait eu , non pas des victoires à exploiter diplomatiquement, mais des échecs à réparer.
D’abord U répartit ses troupes entre Vienne et le cercle tracé par l’armistice, de manière h y vivre largement, et à pouvoir se concentrer rapidement sur l’un des points quelconques de ce cercle. Il plaça le général Marmont à Kreins, ce qui devait le ramener en Carintbic par Sain t-Polten, quand il faudrait rentrer en Dalmatie ; le maréchal Masséna à Znaim, pays
qu’il venait de conquérir; le maréchal Davout à Briinn, point vers lequel il se dirigeait ; les Saxons entre Marchegg et Presbourg, ligne où ils étaient déjà; le prince Eugène sur la Raab, où il avait été victorieux. Le général Grenier devait aussi occuper la Raab; le général Macdonald, Griitz et Laybach. Le général Oudinot, avec son corps et la jeuneigarde, dut s’établir dans la plaine de Vienne. La vieille garde vint bivouaquer dans la belle résidence dè Schœnbrunn. Comme l’un des avantages de l’armistice était de pouvoir employer juillet et août à la soumission du Tyrol, les Bavarois furent reportés en entier vers le Tyrol allemand, tandis que les troupes italiennes du prince Eugène marchèrent sur le Tyrol italien. De nouvelles forces furent envoyées dans le Vorarlberg et la Franconie.
Napoléon sachant qu’il avait beaucoup de jeunes soldats dans les cadres, craignant pour leur santé le séjour des villes, pour leur esprit militaire le repos d’un armistice, ordonna de les camper sous des baraques. La saison, le pays, tout était beau. Le vin, la viande, le pain abondaient. Les contributions levées sur les provinces autrichiennes, et payables soit en papier, soit en denrées, étaient un moyen d’acquitter la valeur de tout ce qu’on prendrait, sans ruiner personne, en pesant seulement sur les finances de l’État. La solde fut mise au courant, et des ateliers furent établis à Vienne, à Lintr, à Znaîm, à Briinn, à Presbourg, à Griitz, pour confectionner des habits, des souliers, du linge, du harnachement, toujours en payant les matières premières et la main-d’œuvre. En un mois l’armée nourrie, vêtue, reposée, instruite, devait reparaître florissante et terrible. Ce n’était pas tout : il fallait la rendre aussi nombreuse qu’elle serait disciplinée et bien pourvue. En vertu des ordres qu’il avait expédiés eu juin , Napoléon allait recevoir, dès les premiers jours de juillet, 30 mille hommes de renfort, tous partis déjà de Strasbourg. C’était plus que les pertes de la campagne, surtout après la rentrée dans les rangs des petits blessas, qualification réservée à tous ceux dont on espérait la guérison sous trois ou quatre semaines. 11 donna de nouveaux ordres pour ajouter au moins 50 mille hommes aux 30 mille qui lui arrivaient, ce qui devait porter à 250 mille Français, et à 50 mille alliés, l’armée agissante au centre de la monarchie autrichienne. C’était une force double de celle que pouvait réunir l’Autriche, dans l’hypothèse la plus favorable. Pour y parvenir Napoléon imagina un moyen singulièrement propre à faciliter le recrutement des corps. A l’armée, par suite des perles, les cadre» étaient loin d’étre remplis , tandis que dans les dépôts il y avait abondance de conscrits , au delà même de ce que les cadres pouvaient contenir, de manière qne, trèsordinairement, on manquait de soldats à l'extérieur, et de cadres dans l’intérieur. Napoléon fit verser tous les soldats de la division Pulhod, qui comprenait les quatrièmes bataillons du corps du maréchal Davont, dans les trois premiers bataillons de ce corps, ce qui devait les reporter h un
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