‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 31 sur 186 · LIVRE XXIX. — FÉV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX. — FÉV

allaient fonder des empires, ennemis de leurs métropoles usurpées, amis des Anglais, qui pour longtemps trouveraient dans l’approvisionnement dé ces colonies de quoi se dédommager de la clôture du continent. Sans doute, en perçant dans un avenir éloigné, on pouvait voir dans ces colonies affranchies des nations nouvelles, offrant à leurs -anciennes métropoles plus de moyens d'échange, plus d’occasions de gain , ainsi que cela se passait déjà entre l’Angleterre et les États-Unis. Mais l'Espagne et le Portugal n'étaient pas l'industrieuse Angleterre, les Américains du Sud n’étaient pas les Américains du Nord; et tout ce qu'on pouvait prévoir pour de longues années, c’était la perte des colonies espagnoles, et leur exploitation au profit du commerce britannique. Il y avait donc à la fuite de Charles IV en Amérique, avec une grande commodité quant à l'usurpation du trône, de grands et sérieux inconvénients quant au sort futur des colonies espagnoles. Ce devait être pour les Espagnols eux-mémes un grave sujet de douleur, dès lors de mécontentement et de révolte, et, pour notre commerce, un dommage proportionné au bénéfice qu'allait faire le commerce de l’ennemi.

Napoléon , fort instruit de ces intérêts compliqués, imagina une nouvelle combinaison beaucoup plus astucieuse que toutes celles dont nous venons de parler, et ayant pour but de corriger le seul inconvénient du plan qu’il avait définitivement adopté. Il y avait à Cadix une belle division française, capable d'en dominer le port et la rade. Il résolut de l’employer à retenir les Bourbons au moment où ils chercheraient à s’embarquer, et apres les avoir poussés par la peur d’Aranjuez à Cadix, de les arrêter par la force à Cadix même, avant qu’ils eussent pris sous l’escorte des Anglais la route de la Vera-Cruz. En conséquence, à la date du 21 février, il, expédia pour l’amiral Rosily une dépêche chiffrée, portant l’ordre exprès de prendre dans la rade de Cadix une position telle qu’on put intercepter le départ de tout bâtiment, et d’arrêter la famille royale fugitive, si elle voulait imiter la folie, disait là dépêche, de la cour de Lisbonne '.

i Jalonnerais beaucoup et le public et les historicus contemporains,, qui prennent eu général très-vite leur parti sur les questions douteuses, si je disais par quelles perplexités j'ai passe aianl de me Tuer sur les vrais projets de Napoléon k l'égard de l’Espagne. Comme il a fini par l'envahir et par la donner à son frère Joseph, on en a conclu qu’il a toujours voulu ce qu’il a exécuté eu définitive, de même qu'il y a des gens qui croient de bonne foi que, parce qu’il s’est fait Empereur, il y songeait ù l’armée d’Italie. X’avonsnous pas vu en effet des collecteurs de souvenirs chercher les premières traces de ses projeta à l’école de Brien oc? Moreau a fini par trahir ta France en 1813; cela est certain; Ou ne se contente pas de faire remonter ses mauvaises dispositions civiques k la conspiration de Georges, & sa brouille avec le Premier Consul; ou les fait remonter k la conspiration de Pichegrn, et, f esprit d’investigation aidant, jusqu’à 1* école de Rennei, où il arait conçu, apparemment en étudiant le droit, le projet do livrer les armées françaises aux Autrichien». Il n’y a pas de plu» ridicule manière déjuger les hommes. On so trompe ainsi et sur les individus eux-mêmes, et sur ht marche de f esprit humain, qui est lente et successive, et beaucoup plus souvent déterminée par les événement» qu’elle n’a Thon-

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Assurément, si on jugeait ces actes d'après la morale ordinaire qui rend sacrée la propriété d'autrui, il faudrait les 'flétrir à jamais, comme on flétrit ceux du criminel qui a touché au bien qui ne lui appartient point; et même en les jugeant d’après des principes différents, on ne peut que leur infliger un blême sévère. Mais les trônes sont autre chose qu'une propriété privée. On les ôte ou on les donne par la guerre ou la politique, et quelquefois au grand avantage des nations dont on dispose ainsi arbitrairement. Seulement il faut prendre garde* en voulant jouer le rôle de la Providence, d’y échouer, d’étre ou odieux ou malheureux en voulant être grand , et de ne pas atteindre les résultats qui devaient vous servir d’excuse. 11 faut enfin se défier de toute entreprise si peu avouable qu’on est réduit à y employer la fourberie et le mensonge. Napoléon raisonnait sur ce qu’il allait faire comme raisonne toujours la politique ambitieuse. Cette nation espagnole , si fière, si généreuse, méritait, se disait-il, un plus noble sort que celui d'étre asservie à une cour incapable et avilie ; elle méritait d’étre régéné» rée; régénérée, elle pourrait rendre de grands services à la France et à elle-même, aider au renversetnont de la tyrannie maritime de l’Angleterre, contribuer à Y affranchissement du commerce de l'Europe, être appelée enfin à de belles et vastes destinées. S’intcrdirc tout cela, pour un roi im» bécile, pour ufie reine impudique, pour un favori abject, c’était plus qu’on

neur de los déterminer. —.Napoléon en 1808 a détrôné le» Bourbon» d'Espagne -, quand l' a-t-il voulu? par quels moyen»? Voilà de» questions historique» de la plu» grande difficulté, môme lorsqu'on a en tous le* document» historiques sou* le» yeux. Je suis le seul historien qnl les ait possédés tou», gréce aux communications que ma situation politique m'avait values, et j’ài été longtemps dans do grands doutes, qui n'oHt ceasé que par suite de découvertes, fruit de beaucoup do recherche», d’application et de bonheur. Je tien» à le» monter, pour l'édification du public et de» homme» qui sc fout un devoir de» recherche» consciencieuse».

D’abord un mot sur les document» eux-mêmes. De tou» les écrivains qui ont traité cea époque», pas un seul n’a possédé les vrai» documenta historiques. Tou» ont composé des livres avec d’autre» livres. Cela frappe à U simple lecture pour quoiqu’un qui connaît les fait». M.de Toreno lui-même, dont l’ouvrage sur la révolution d' Espagne est remarquable par un véritable talent, et, ce qui vaut mieux encore, par un- grand «en» politique, ua pas connu Ica documents. 11 a composé ton ouvrage sur les pitbiicalion» espagnoles et françaises, et sur beaucoup de traditions vivantes, recueillies dan» sou propre pays, lesquelles rendent son récit précieux sou» quelques rapporta; Parmi le» auteur» français, un seul, M. Armand Lefèvre, a eu l’avaiilage d’étre introduit aux affaires étrangères. Il s louché à quelque» documents certains. A-t-il pu, gréer à cette initiation, connaître la vérité? Une seule remarque suffira pour répondre à cette question. La correspondance dé» affaires étrangères consiste en quelque» dépêche» fort rare» de M. de Champaguy, et en dépêches très-nombreuse» de M. de Beaubarnais, ambassadeur de France à Madrid. Or, M. de Chainpagny , très-honnête homme, très-dévoué à l'Empereur, ne sut pas un mot. de l'afTaire d'Espagne. M. de Beauhamai», très-honnête homme, très-incapable, ne fut pris que pour jouer le personnage ridicule d'un ambassadeur qu’on trompait, afin qu'il trompât mieux la cour auprès de laquelle il était accrédité. Se dites rien à Beaukamms... Je «7*/ rftii dit d Beauhnrnnis... sont les paroles qui sc trouvent sans cesse dan» la correspondance de Napoléon et du scs agents en Espagne. Enfin, au moment de la catastrophe, Napoléon envoya M. de Laforét pour seconder Murat, n'estimant pas qu’on pùt

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