‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 32 sur 186 · LIVRE XXIX. — KÊV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX. — KÊV

ne |>n uvail attendri1 d’une volonté impétueuse qui s’élancait vers le but, comme l’aigle sur sa proie, dès qu’elle l'avait aperçu des hauteurs ou elle habitait. Le résultat devait prouver à quel danger on s’expose lorsqu'on veut jouer un de ces rôles si au-dessus de l’humanité , lorsqu’on veut se tenir pour dispensé de respecter la vie, le bien des hohimes, sous prétexte du but vers lequel on marche.

Murat avait exécuté avec une parfaite soumission les ordres de Napoléon transmis parle ministre de la guerre. Parti sur-le-champ pour Bayonne, il était arrivé en cette ville le 26, comme le lui prescrivaient ses instructions. Son départ avait été si brusque, qu’il n’avait avec lui ni état-major, ni chevaux pour son service personnel. 11 n'était suivi que des aides de camp qui devaient accompagner un officier de çon grade , maréchal , grand-duc et prince impérial tout & la fois. 11 les avait envoyés en tout sens pour connaître l’emplacement et la situation des corps, se mettre en communication avec eux, et attirer à lui la directioq des choses. Le mystère qne Napoléon avait observé dans ses instructions blessait sa vanité ; mais il entrevoyait si bien le but, et le but lui plaisait tellement, qu'il n’en demanda pas davantage, et se mit à l’œuvre afin d'exécuter ponctuellement les volontés de son maître.

Bayonne présentait un spectacle de confusion , car il n'existait pas sur

rc ftervir de VI. de Beauharnai* , H il disgracia ce dernier sans vouloir même l’entendre, ce qui était de toute injustice. La correspondance des affaires étrangères, quand un a eu l’avantage de la consulter, n’est donc elle-même qu’un insignifiant document sur les affaires d'Espagne. Mais alors, dira-t-on, où sont ces documents? Dans la correspondance de Napoléon avec les agents- qu'il employa eu celte circonstance. Ces agents furent , ù Paris , VI U. de Tallcyrand el I)uroc ; à Madrid, Murat d'abord, puis le général Savary, le maréchal Brssières, le générai comte de Lobau, M. de Tournon, XI. le général 6rouchy, XL de Xlonthyou, dont les rapports imprimés plus tard furent publiés autrement qu'ils n’avaient été écrits, enfui l'amiral Decrès, fort employé dans cette affaire à cause des colonies espagnoles. Le furent là les vrais agents de l’Empereur, les seuls informés, et toujours partiellement, car chacun d’eux ne savait que ce qui le concernait, et conjecturait le reste en propvrl*on de son esprit 11 y a une correspondance de tous ces personnages avec Napoléon, cl de Napoléon avec eux, correspondance considérable et très-curieuse , qni est à l’ancienne sccrétaircric d'Etat, que seul j'ai lue, qui semblerait devoir tout éclaircir, et qui cependant ne m’a complètement édifié moi-piéme qu’après des efforts opiniâtres, tels que ceux qu’on fait sur certains passages des historiens de l'antiquité pour arriver à découvrir telle ou telle vérité historique . En général, quand j’ai lu la correspondance de Napoléon avec ses agents, elle est si dairc, si nette , si positive, que jç n'ai plus uu doute sur les événements. Eli bien, après avoir lu celle qui est relative à l'Espagne, je suis demeuré longtemps dans les perplexités les plus embarrassantes. Je vais dire pourquoi. D'abord Napoléon flotta longtemps entre divers projets ; et quand il fat fixé , il ne dit k personne ce- qu'il voulait. Peut-être- le dit-il au général Savary, niais au dernier moment, et sur un seul point, le voyage forcé de Ferdinand à Rayonne. Le 20 février, il avait vu Xlurat dans U journée sans lui rien dire, et il lui fît donner l’ordre par le ministre de la guerre de partir, lettre reçue, pour Ray mine. Il lui traça la marche de l'armée sur Xlnvlrid, n’ajouta pas un seul mot relatif à h politique, et lui- défendit même de l'interroger. Lo comte de Lobau, if. de Tournon, envoyés comme observateurs, n'eurent pas uuè seule confidence. Et enfin , qnand la révolution d'Aranjuex fut accoqiplie , l'Espagne se trouvant snna roi ,

araMukz.

SS

ce point l'immense attirail militaire que quinze ans de guerres avaient permis d’accumuler sur la frontière du Rhin ou des Alpes, et il avait fallu tout y créer à la fois. De plus, les troupes qui arrivaient, composées de conscrits, récemment organisées, manquaient du nécessaire, et de l'expérience qui peut y suppléer. On faisait cuire le biscuit, on fabriquait des souliers ei des capotes , on créait les moyens de transport dont ou était entièrement dépourvu ; car il avait été impossible de se procurer les cinq cents mulets dont Napoléon avait ordonné l'achat, ces précieui animaux ne se trouvant que dans le Poitou. I/argent même était en arriére, faute de voitures. L’artillerie des divers corps rejoignait à peine , et le matériel retardé de l’armée de Junot, se croisant avec le matériel arrivant des armées d'Espagne, y augmentait l'encombrement. Malgré la clarté, la précision, la vigueur que Napoléon apportait, aujourd'hui comme autrefois, dans l’expédition de ses ordres, leur exécution se ressentait des distances , de la précipitation , de l’inexpérience des administrateurs , les plus capables étant employés dans les autres parties de l'Europe.

Murat, qui avait de l’intelligence, que Napoléon par scs grandes leçons et ses remontrances continuelles avait formé au commandement, passa plusieurs jours à Bayonne pour y mettre quelque ordre, s’informer de ce qui était exécuté ou demeuré en retard, et en avertir Napoléon, afin que

car f.hnrlrs IV avait abdique et Ferdinand VII n’était pas reconnu, Napoléon envoya le général Savary avec une partie du secret, celle qui consistait à amener à Bayonne le père et le fils, de grc ou de force. Encore le même jour M. de Tournon partait-il de Paris avec une instruction toute contraire, publiée depuis à Sainte-Hélène, nullement apocryphe, bien réelle, et qui contredisait tout c6 que Murat et le général Savary avaient ordre de faire, tout ce qu'ils ont fait effectivement. Se figure-t-on, quelle difficulté ce doit être de découvrir, à travers toutes cos contradictions , à travers toutes ces dissimulations calculées, la vérité historique , et combien cette découverte, déjà si difficile quand on a en Ica vrais documents, devient impossible quand on ne les a pas eus tous? ‘ „

Je vàjs dire maintenant comment je suis arrive à la vérité. En comparant entre eux tous les ordres donucs, non pas seulement aux agents de confiance, mais anx agents qui né* taient que des instruments, en comparant les ordres politiques avec les ordres militaires, et non-seulement avec les ordres 'militaires, mais avec les ordres financiers même, en comparant ceux qui ont été donnés avec ceux qui ont été exécutés, et avec quelques demiconfidences foites au moment décisif, où il fallait enfin dire ce qn’bn voulait pour être obéi, je suis part enu avec beaucoup de patience à démêler 1a vérité, mais après des années de réflexions : et je dis des années , car il y a un point sur lequel je n'ai pté fixé qu’après trois ans de recherches.

A présent que j'ai fait connaître U difficulté , je vais diCc à quelles conclusions je sois parvenu, et comment j’y suis parvenu. ~

Que Napoléon ait de bonne heure conçu l'idée systématique de renverser les Bourbons dans toute l'Europe , cela est Incontestable. Mais cette idée clIc-mémc n’a commencé à naître dans son esprit qn’en 1800 , après 1a trahison de la cour de Naples , el après le détrènement de cette cour prononcé au lendemain d’Austerlitz. Depuis, l’incapacité, l'avilissement sans cesse Croissant de la cour d’Espagne, ses trahisons secrètes qu'on entrevoyait sans les connaître (Dut à fait, enfin la fameuse proclamation par laquelle le prince de la Paix appelait, la veille de la bataille d'Iéua, toute la nation espagnole aux armes, confirmèrent Napoléon dans l’idée qu'il fallait faire subir aux Bourbons d'Espagne le

ce dernier y portât remède. H partit ensuite pour Vittoria. Il franchit la frontière le 10 mars, et le rendit le jour même h Tolosa. S'il y avait un chef qui par sa bonne mine, son air martial, ses manières ouvertes et toutes méridionales, convint aux Espagnols , c’était assurément Murat. Il était fait pour leur plaire, en lenr imposant, et, parmi les princes français destinés h régner, il eût été incontestablement le mieux choisi pour monter sur le trône d’Espagne. On verra plus tard combien ce fut une grave faute que de lui en préférer un autre. la population des provinces basques le reçut avec de grandes démonstrations de joie. Cet excellent peuple, le plus beau, le plus vif, lo plus brave et le plus laborieux de ceux qui peuplent la Péninsule, n’avait pas les mêmes passions que le reste des Espagnols. Il n'avait ni la même haine des étrangers, ni les mêmes préjugés nationaux. Placé entre les plaines de la Gascogne cl celles de la Castille, dans une région montagneuse, parlant une langue à part, vivant du commerce illicite qu’il faisait avec la France et l’Espagne, jouissant de privilèges étendus dont il se servait pour continuer ce commerce, privilèges qu’il devait à la difficulté de vaincra ses montagnes et son courage, il était une espèce de pays neutre, de Suisse, pour ainsi dire, située entre la France et l’Espagne. H ne tenait donc que médinrrrment à là domination espagnole, et n’eùt pas été fiché d’appartenir k un vaste empire, qui lui

même traitement qu’au* Bourbon.*» de Xaples. Mail & quel moment cotte idée, (f abord générale et vaque, de vint-elle un projet arrêté? Voilà la première question. Par quel* moyens cette idée, devenue un projet arrêté, dut-elle •‘exécuter, car la cour d'Espagne n’était paa h tues hardie ponr fournir par une levée de bouclier* le qrief trrs-léqitime qu’avait fourni la cour de Xaples; par quel* moyen», dis-je, l’idée une foi» arrêtée dut-elle s’exécuter, là eat la seconde question et la plu» difficile.

On a dit que, le lendemain de la proclamation du priuce de la Paix, Xapoléon conçut à Berlin même le projet de détrènemeut. La correspondance de Xapoléon, qui réiàle à chaque instunt ses moindre» impression», (ait foi du contraire. Après léna, il ne songea qu’à une immense guerre au Nord. L’idée qénérale de se debarrasser plus tard des Rourbons put se confirmer don» son esprit, mais le projet d'exécution ne prit pas même naissance. On a dit qu'à Tilsit Xapoléon fut décidé à tiquer la paix par àl, do Talieyrand, qui faisait valoir à ses yeux la nécessité d’en finir au X'ord ponr reporter sou atteution nu Midi , c'est-à-dire en Espagne ; qu’il fut même question avec l'empereur Alexandre dit, détninenirnt des Bourbons d’Kipaqne , et que ce détrànement fut consenti par Alexandre moyennant des sacrifices en Orient. Tout cela est faux. Napoléon fut décidé à traiter à Tilsit, par le sentiment de la difficulté; car 1807 ne fut autre chose qu’un 1812 heureux, heureux grâce à la qualité de l’armée à celte époque ; mais de l'Espagne, il n'eu fut pas même question. La correspondance secrète de II. de Oaulaincourt est là pour l'attester, tout en effet fut nouveau pour Alexandre quand il apprit les événement» de Madrid. Ou a doue calomnié la mémoire de ce prince en avançant cel», Xapoléon voulut signer la paix continentale à Tilsit, parce qu’il trouvait le Xiémen bien loin du Rhin; et il ne sonqca là qu’à une chose , à contraindre l'Angleterre à la paix maritime par l’unioq do tout le continent contre elle.

Revenu à Paris en juillet 1807, Xapoléon ne s'occupa d'abord que d'administrer son Kmpire, ce qu’il n'avait -pas fait depuis un an, et ensuite de tirer les conséquences de la politique de Tilsit. En effet, tandis que. le cabinet de Saint-Pétersbourg, chargé de la médiation, adressait à l'Angleterre cette question : Voulez-vous la paix ou la guerre, la paix

ARAXJl'EZ.

aurait permis d’étendre au loin soit activité industrieuse. Il accueillit Murat avec de bruyantes acclamations, et laissa percer en mille manières le vœu d’appartenir à la France. Les troupes françaises furent parfaitement reçue»; elles observèrent une exacte discipline, payèrent tout ce qu'elles prirent, et en consommant les denrées du pays furent pour lui un avantage plutôt qu'une charge.

Murat ne fut pas moins bien accueilli à Vittoria, capitale de l'Alava, la troisième des provinces basques , dans laquelle l’esprit espagnol commence à so prononcer davantage. U y entra le 1 1 dans la voiture de l’évôque, qui était accouru à sa rencontre avec toutes les autorités du pays. La population se pressait aux portes des villes, et faisait au général devenu prince, bientôt appelé à devenir roi, une réception des plus brillantes. Les soldats français, bien qne très-nombreux en Espagne, plus nombreux que ne le comportait la guerre du Portugal , n'avaient pas encore donné le moindre sujet de plainte. Si on supposait à lenr venue une intention politique , c’était contre la eour, cour aussi exécrée que méprisée. On n’avait. donc aucune raison de résister ni à la curiosité qu'ils inspiraient, ni aux espérances qu’ils faisaient naître. Les autorités auxquelles on avait envoyé de Madrid l’ordre de préparer des vivres, afin do prévenir tout mécontentejnerit, les avaient réunis avec assez d’abondance. Murat ayant annqncé

avec tout , ou In guerra avec tout? Xapoléon disposait toute chose pour forcer les Etats restés neutres k sa déclarer contre l'Angleterre , dans le cas où elle se déciderait à continuer les hostilités. Ces Etais restés neutres étaient le Danemark, l'Autriche et le Portugal. Xapoléon prépara une armée pour contraindre le Portugal. Mais sa correspondance, la nature de scs ordres prouvent qu'il ne songeait, à l'égard du Portugal, qu'à faire cesser lu ' neutralité du celui-ci. Lorsqu'on août et septembre 1807 l'Angleterre, pour toute réponse à la question pressant» de la Russie, répondit eu brûlant Copenhague, lu cri dé guerre fut général contre elle , et alors seulement Xapoléon songea 4 tirer purti de deux choses, lu prolongation forcée de l'état do guerre, et riiidiguatiou universelle excitée contre la üramle-Bretagnc, indignation qui lui permettrait do (enter de son côté ce cju’i| n aurait jamais osé se permettre en d’autres temps.

Il somma d'abord le Portugal, qui laissa bientôt voir sa complicité secrète avec l'Angleterre, et il résolut do s’en empurer. \Y pmi vaut pas le posséder {lircetemout, il eut l'idée de le partager avec l'Espagne, muy muant la cession de la Toscane. C'est le moment (octobre 1807) où !a question do la Péninsule tout entière fut visiblement suulrvéo d»us ■on esprit, par la question du Portugal. Des mots échappés dans ses leliros, de premiers ordres montrent une pensée naissante , et naissante par suite des événements de Copeubague. C’est à ce même moment que les iudignes scènes de l’Escuriul aboutirent au projet insensé d’intenter un procès criminel au prince des Asturies, pour b faire déclarer déchu de ses droits à la couronne, et les transmettre ou ne sait à qui, au prince do la Paiv probablement, sous le tilro do régent. .Alors il ressort des ordres do Xapoléon que le* indignités de la cour d'Espagne furent, une provocutiou pour sou ambition; car, eu calculant la marche des courriers d’après le* vitesses do cette epoqou, on voit quo c’est à la nou- .voile mémo du procès de l'Kscnrial que commencèrent les mouvements de troupes, puisqu'un instant U alla jusqu’à prescrire de les faire partir en poste, ordre suspendu depuis lorsqu'il reçut à Paris la nouvelle du pardon rfcynl accordé au prince des Asturies.

Amené par l'erénemeiit de Copenhague et l'obligation de coulioucr la guerre à prendre lu Portugal, Xapoléon eut ainsi l'esprit attiré vers les affaires (le la Péniusule, et par la

que la consommation de l'armée serait payée par la France, les autorités . répondirent avec la fierté castillane qu'on recevait les Français en alliés, en amis, et que l'hospitalité espagnole ne se payait pas. «

Ainsi dans ce premier moment les choses allaient au mieux. Les illusions étaient réciproques. Tandis que ccs demi-Espagnols accueillaient si bien nos soldats et leur illustre chef, celui-ci se figurait que tout serait facile en Espagne, que les Français y étaient désirés, qu'un roi de leur nation y serait accepté avec joie, et avec plus de joie encore si ce roi c'était lui. Frappé de la haine profonde, universelle, qu’inspirait le favori, il reconnut bientôt que c’était un triste appui à se ménager en Espagne que celui d'Emmanuel Godoy, et que, pour obtenir la faveur populaire, il fallait au contraire donner à croire qu’on venait le renverser.

De Vittoria, Murat se rendit à Durgos, qui devait être le siège de son quartier général. Lorsqu’on quitte Vittoria, qu'on passe l’Ebre à Miranda, limite où se trouvait alors la douane espagnole, et où elle était placée il n'y a pas longtemps encore, on sort du pays montagneux, varié, riant, toujours frais, de la Suisse pyrénéenne, et on entre dans la véritable Espagne. L'Èbre, qui à Miranda n’est qu’un gros ruisseau coulant entre des cailloux, l’Èbre passé, on franchit les défilés de Pancorbo, espèce de fissure dans une ligne de rochers, qui forment le dernier banc des Pyrénées,

procès do l'Escurial st volonté fut provoquée jusqu’à vouloir s’eu mêler per le force. Un répit ayant été la suite du pardon accordé à Ferdinand, il partit pour l’Italie eu novembre 1807.

Il est évident par ce qui te passa à Mantoue avec Lucien Bonaparte que Napoléon songeait alors k un mariage de l'une de te* nièces avec Ferdinand, et qu’il n’était pas fixé sur le détnWroent des Bourbons. Cependant il donna en Italie même des ordres pour 1a marche des troupes, et des ordres qui prouvent que ccs troupes n'étaient pas de simples renforts envoyés à l’armée de Portugal (comme seraient portés k le croire ceux qui prétendent qu’avant Ja révolution (TÀranjuez Napoléon ne pensait à rien), mais des troupes destinées à résoudre l'affaire d'Kspagne elle-même, puisque c’est en Italie qu’il organisa la division Dubesmc, chargée d'envahir la Catalogne.

^Arrivé à Paris en janvier 1808, ses ordres se multiplièrent , et ils prouvent par leur succession rfcpide que la résolution mûrissait , ci qu’il voulait en finir avec les Bourbons d’Espagne.

fl avait deux manières, ou trois, si l’on veut, de résoudre la question :

1° Donner une princesse française à Ferdinand, en n’exigeant aucun sacrifice de la pari de l'Espagne.

2° Donner une princesse française, en exigeant les provinces de l’Kbre et l'ouverture des colonies espagnoles.

3° Détrôner les Bourbons.

Quant au premier projet, le plus sage à rtton avis, Napoléon ne dut pas y songer longtemps, car il renvoya peu après sa nièce en Italie. Cette scène, attestée par des témAins oculaires, parmi lesquels un frère de l’Empereur, ne peut laisser de doute.

Quant au second projet, il a existé certainement, ou du moins il en a été question ; car une dépêche de M. Yzquierdo, reçue à Madrid par Ferdinand au moment oit sou père abdiquait, et publiée par les Espagnols, atteste la discussion de ce projet entre M. Yzqnierdo et M. de Talleyrand. De plus, il se trouve une lettre de M. de Tallcyrand à l’ancienne secrctaircric d’Etat, dans laquelle H expose à Napoléon ce môme projet, taudis que

ARANJUEZ

et on débouche dans la Castille. Alors commencent les plaines immenses, les horizons lointains, les aspects tristes et sévères. Sur le vaste plateau des Castilles le ciel est serein et brûlant en été, brumeux et glacial en hiver, et toujours âpre. Les habitations sont rares, la culture est uniforme, et n’offre aux yeux, sauf l’époque où la moisson grandit et mûrit, que de vastes champs dè chaume, sur lesquels vivent les troupeaux, maîtres absolus du sol de l’Espagne qu’ils traversent deux fois par an, du nord au midi, du midi au nord, comme des oiseaux voyageurs. A ce nouvel aspect de la nature physique, se joint en entrant dans les Castilles un autre aspect de la nature morale. L'habitant beau, dans les campagnes surtout-, beau mai» moins vif et moins alerte que le montagnard basque, grand, bien fait, grave, toujours armé d’un fusil ou d’un poignard, prompt à s’en servir contre un compatriote, plus volontiers contre un étranger, présente, avec exagération, tous les traits, lions ou mauvais, du caractère espagnol. 11 est à la foip plus ignorant, plus sauvage, plus cruel, plus brave que la bourgeoisie. Celle-ci, dans son instruction imparfaite, semblable à des Turcs à demi civilisés., a perdu avec sa férocité une partie de. son énergie. Le peuple en Espagne , qui par ses vices et scs vertus a sauvé l'indépendance nationale, offre un trait particulier qui le distingue des autres peuples de l’Europe. On trouve chez lui avec des passions ardentes

M. Yxquierdô l'exposait de son côté à la cour d’Kspagne, et à la même date. Le second projet u dune existé. Fa t-il sérieux? Oui, A uu certain degré ; car M. de Talleyrand ajoute ces mots dans sa dépêche A l'EmpercUr : * Mon opinion est que si cela convenait A Votre i Majesté, on engagerait M. Yzquierdo, cependant avec un peu de peine, A signer; toule- * fois en éloignant les troupes du séjour du roi. « Le projet d’en finir, avec ou sans mariage, mais avec l'abandon des provinces de l’Kbre et l’ouverture des colonie», avait donc nne certaioo réalité, du moins dans l'esprit de M. de TaJIeyrand , qui était ici le confident intime de l’Empereur. Mais ce projet clait-il tout à fait sérieux? X'était-il pas une simple éventualité que Napoléon se réservait, en tendant véritablement à un autre but? Oui, et je crois en effet que c’est là la vérité. Napoléon laissait discuter, dans le courant de- février et de mars 1808, le projet de terminer les affaires pendantes avec l'Espagne par un abandon de scs provinces de l’Kbre et l'ouverture de ses colonies, avec ou sans un mariage, mais en même temps et plus sérieusement il tendait au détrônement.

Voici les raisons qui déterminent ma conviction A ce sujet :

1°' Les expressions mémos de M. de Talleyrand prouvent que le projet n'était qu'à moitié sérieux, car si Napoléon n’avait eu que ce but, l'araif éu sérieusement, on ne se serait pas borné A lui dire : si cela convenait à Votre Majesté. Quand il tendait A on but déterminé, son langage, celui de ses agents, s’empreignant de sa résolution, preuaieut un ton passionné, positif, et jamais le ton du doute.

2“ S’il savait voulu que s’approprier les provinces de l’Èbrc, sc faire ouvrir les colonies, et conclure un mariage, il n’aurait pas eu besoin d’encombrer l’Espagne de troupe» ; il n’^urait pas eu besoin de donner des ordres mystérieux, de faire marcher sur Madrid pai toutes les routes A la fois ; il n’aurait eu qu’une volonté A exprimer, et la cour d’Espagne, après avoir peut-être résisté un moment, aurait cédé infailliblement. Il aurait (railleurs dit clairement à Murat ce qu’il voulait, an lieu de lui laisser le plus grand doute sur l’objet auquel était destinée l’année française.

3n Enfin Napoléon, qui no sc décidait qu’A la deruière extrémité A faire à la Russie le sacrifice de discoter le partage de l’empire turc, ce qui était un pas vers le partage lui-

une lorle d'esprit public, qu'il doit à sa manière de vivre, à son agglomération dans do gros villages, où il demeure pendant ton! le temps qu'il ne consacre pas à la terre, à laquelle il en donne peu, se bornant h nn simple laliour, puis aux semailles et à la moisson, pour ne rien faire après. Tandis que le paysan français, belge, anglais, lombard, dispersé sur le sol, occupé de cultures diverses et continuelles, n'est excité ni par le rapprochement, ni par le loisir, à se mêler d'autre chose que de son travail, on voit le paysan espagnol , revêtu d'un manteau , appuyé sur un béton, réuni à ses pareils sur la place publique du village, parler du roi, de la reine, des affaires du temps, avec une étonnante curiosité, ou se livrer à des jeux, à des danses, à dos chants, courir i des combats de taureaux, plnisir sanguinaire dont aucune classe de la nation ne saurait se priver, regarder à peine l'étranger qui passe, ou bien le regarder avec une fierté méprisante qui à la moindre prévenance se change tout à coup en un aimablo abandon. L'Kspagnol, à celte époque, était plus que jamais disposé à s'occuper de la chose publique avec un redoublement d'ardeur. Relégué à l'extrémité du continent, il y avait plus d'un siècle qu'il n'avait été sérieusement mêlé aux affaires de t'Kurope. Quelques batailles navales, quelques opérations nn Italie, une gurrre d'un moment sur les Pyrénées en 1703, n'avaienl pu lli épuiser, ni même satisfaire ses énergiques passions. Assistant avec l'im-

mémo, n’aurait pas, von» If milieu de février, moment de ses ordres définitifs, envoyé à U Russie un leurre dangereux, eu lui proposant d’exposer scs idées sur un sujet aussi grave, Il n’y ai ait qu’un but aussi capital que le détrànemcnt des Bourbons qui pùt le dérider à acheter par un tel sacrifice le concours ou le sileuce de la Russie.

Ainsi, en février et mars 1808, tout prouve que les premier ut second projets, de marier Ferdinand a\ec une princesse française, en exigeant ou n'exigeant pas des sacrifices territoriaux et commerciaux, n'étaient plus sérieux, s'ils l'ai aient jamais été, car les expressious de 11. de Tnlleyraud n'eusseut pas été aussi dubitatives, .Vapolèun unit pas envahi l'Espagne avec tant de forces et de mystère, et fait de si grandes concessions à U Russie pour un projet qui était secondaire et de peu d’importance, si on le compare aux gigantesques projets du temps.

Dès le mois de février et de mars il voulut donc détrèner les Bourbons , quoi qn’en aient dit ceux qui prétendent qu’il n’y fut amené qu i Rayonne même, après avoir vu le père et le fils , après avoir été témoin do leur incapacité et de leur décadence morale.

Mais une fois fixé sur le but qu’il se proposait, est-il aussi facile de se fixer sur le moyen qu’il voulait employer? C’est sur ce point que j'ai longtemps hésité, et je ne me suis fixé qu'aprés plusieurs années de recherche* et de réflexions.

Xapoléna ne dit à personne aiant la réioluliou d'Aronjucs, c'est-à-dire avant le détnW uemcnl du père par le fils, ce qu’il voulait. Ras un de ses niiuistres no l’a su. Murat, comme on l'a vu, l'ignorait absolument.

L'idée m'est venue, mais sans preuios,. qu'il avait voulu les faire partir en les effrayant, à l'exemple de la maison de Rragance, Celle idée m'est venue la première, et elle est restén la dernière dans mon esprit, après beaucoup de vicissitudes.

En lisant jusqu'à cinq et six fois la correspondance do iVupoléon , surtout avec Murat, j’ai vu tour à tour cette conviction se former en moi, et puis se détruire. D’abord j'ai été frappé d'une remarquo. X’apoléon ne cesse de dire à Mural : Observe* le plus «[nmd ordre, ménage* la population, él ites toute collision (ce qui signifie qu’il voulait faire vider

ARAÎSJUEZ.

patience d'on tpeciateur qui voudrait y jouer un rôle aux grands événements du siècle, il était on ne peut pas plus préparé à prendre à toutes choses une part immodérée.

Tel était le pays, tel était le peuple au milieu duquel nous arrivions en mars 1808, en passant l'Ébre. Murat fut encore bien reçu à Burgos, capitale de la Vieille-Castillo, c’est-à-dire avec curiosité et espérance. Cependant la classe inférieure, moins occupée que la bourgeoisie de ce que les Français venaient faire en Espagne, semblait plus affectée du déplaisir de voir les étrangers envahir son sol, et il y eut çà et là, entre la vivacité pétulante de nos jeunes soldats et la gravité orgueilleuse du bas peuple espagnol, quelques collisions, et quelques coups de couteau vengés à l'instant même par des coups de sabre. 11 y avait dans celte première rencontre des deux peuples une circonstance fâcheuse. Il aurait fallu présenter à ces fiers Espagnols , si enclins dans leur ignorance à mépriser tout ce qui n’était pas eux, quelques-uns des soldats de la grande armée, qui leur eussent imposé par leur vieille assurance, leurs blessures, leurs moustaches grises. Mais nos légions, composées de conscrits de 1807 et 1808, n'uyant jamais vu le feu, encadrées, cotnme nous l'avons dit, avec des officiers pris dans les dépôts, ou tirés de la retraite (c'était surtout le ens des officiers des cinq légions de réserve), n'avaient pour les faire respecter

le trône «ans coup férir, pour ne pas avoir une guerre Avec la nation) ; mais U ajoute : Soyez, rassurant pour la cour d'Espagne , donuezrlui de bonnes paroles.

Le 14 mut il écrit à Murat : * J'ai ordonné que le 17 on demande le partage par

• Madrid do 50 mille hommea destinés à so rendre à Cadix. Vous vous conduire! selon la » réponse qui sera faite. Mais tâchez d'être le plus rassurant possible, »'

— U lfi mars il écrit : « Continues à tenir de bons propos. Rassurez le roi, le prince de là Paix, le prince des Astprifs, la reine. *

— - Le 19 il écrit : « Je suppose que vous reccvres cette lottre à Madrid, où fai fort » à cœur d’apprendre gue vos troupes sont entrées paisiblement et de l'aveu du roi;

> gue tout se passf paisiblement. J’attends d'un moment à l’autre l’arrivée de Touruon et i d'Yxquierdo, pour savoir le parti à prendre pour arranger les affaire». Annonces mou

• arrivée à Madrid. Tencx une sévère discipline parmi les troupes, figez soin que leur ■ solde soit payée, afin qu’elles puissent répandre de l’argent. »

— Le 25 il écrit : « Je reçois votre lettre du 15 mars. J'apprends avec peine que le

• temps es( mauvais i il lait ici le plus beau temps du monde. Je suppose quo vous été» » arrivé à Madrid depuis avant-hier. Je vous ai déjà fait connaître que votre première

• affaire était de reposer et approvisionner vos troupes, de vivre dans la meilleure intel- » ligence avec le roi et la cour, si elle restait à Aranjuez , de déclarer que l'expédition

• de Suède et les affaires do Mord me retiennent encore quelques jours, mais quo je ne « vais pas tarder à venir. Faites, dans le fait, arranger ma maison. Piles publiquement

> que vos ordres sont de rafraîchir à Madrid et d'nttendre l'Empereur, et que vous êtes

• certain de ne pas sortir de Madrid que Sa Majesté ne soit arrivé*.

« Ne prenci aucune part aux différentes factions qui partagent le pays. Traites bien

• tout le monde, ot ne préjugea rien du parti que je dois prendre. Ayox soin de tenir

• toujours bien approvisionnés les magasins de lluytrago ot d'Arunda. »

Au premier aspect ces ordres n’indiquent pas le projet d’effrayer la cour d’Espagne, et «près les avoir lus j’ai écarté L'idée que Napoléon eût voulu la luire partir eu l'effrayant, Puis en les relisant j’ai reconnu que Napoléon n'était rassurant quo pour entrer dans

que l’immense renommée de nos armées. Parties à la hâte des dépôts, sans qu’on eut complété ni leur vêtement, ni leur chaussure, ni leur armement, elles n’avaient pas même l’éclat de l’équipement pour compenser la jeunesse de leur visage. Elles avaient donc le double inconvénient de n'étre pas assez imposantes, et d’offrir les apparences d’une misère avide, quV vient dévorer le pays qu’elle envahit. Il y avait parmi nos soldats beaucoup de malades, les uns ayant souffert de fatigues auxquelles ils n'étaient pas assez préparés, les autres ayant reçu la gale des mendiants espagnols. Un cinquième de l'armée était atteint de cette hideuse maladie. Il avait fallu pour en garautir les troupes de la garde impériale les faire bivouaquer en plein champ. Les Espagnols, croyant que c’étaient là les soldats qui avaient vaincu l’Europe, se disaient qu'il ne devait pas être difficile de remporter des victoires, puisque de pareilles troupes y avaient suffi, ne sachant pas encore, comme ils l’apprirent bientôt pour leur malheur et pour le nôtre, que, tels quels, ces jeunes soldats étaient capables de vaincre eux, et plus forts qu’eux, grâce à l'esprit qui les animait, et au savoir militaire qui surabondait dans toutes les parties de l’armée française. Il n’y avait que les cuirassiers, dont la grande stature, l’armure imposante dissimulaient la jeunesse, et la garde, troupe incomparable, qui inspirassent à la populace des villes espagnoles le respect qu’il eût été nécessaire de lui inspirer dès

Madrid, et pour éviter avant d'y entrer une collision. Ainsi dans la lettre dn 14 mars, citée la première, j’ai remarqué ces mots : • Quelles que soient les intentions de la cour cTEs- » pagne, vous devez comprendre que ce qui est surtout utile, c'est à'arrirer à Madrid

* sans hostilités, d'y faire camper le» corps par division pour les faire paraître plus nom- » breux , pour faire reposer mes troupes et les réapprovisionner de vivres. Pendant ce i temps mes différends s'arrangeront avec la cour d'Espagne. J'espère que la guerre

* n'aura pas lieu, ce que j'ai fort à cœur. Si je prend# taut de précautions, c'est que mon » habitude est de ne rien donner au hasard. Si la guerre trait lieu, votre position serait > plus belle, puisque vous auriez sur vos derrières uue force plus que suffisante pour les « protéger, et sur votre flanc gauche la division Duhcsmc, forte de 14 mille hommes, t

Dans cdlo du 16, en poursuivant j’ai trouvé ces mots : i Continuez à tenir de bons » propos. Rassures le roi, le prince de la Pau, le prince des Asturies, la reine. Le prin- » cipal est d'arriver à Madrid, d’y reposer vos troupes, et d'y refaire vos vivres. Dites

* que je vais arriver, afin de concilier et d'arranger les affaires.

* Surtout ne commettez aucune hostilité, à moins d’y être obligé. J’espère que tout peut » s’arranger, et il serait dangereux d'effaroucher ces gens-là. »

L’intention était donc évidente, Xapoléon voulait entrer sans collision, et être rassurant tout juste autant qu'il le fallait pour éviter d’en venir aux mains. Mais en comparant bien les divers passages entre eux , en consultant l'ensemble de ses dispositions, je suit enfin revenu à l’idée que s’il voulait éviter une collision avec la population, il voulait cependant faire partir la cour.

En effet tout lui annonçait le projet de départ. On le lui mandait tons les jours de Madrid. M. Yzquicrdo, s'entretenant avec M. de Talleyrand, avait avoué le projet. Dans cet état de choses, instruit comme il l’était, Xapoléon savait qu’il suffisait de laisser faire pour que la fuite eût lieu. Il y a plus : il aurait suffi d’un seul acte de sa volonté pour l'empêcher, car les troupes françaises étaient arrivées le 19 sur le Guadarrama. l'n simple mouvement de cavalerie sur Aranjucz pouvait en quelques heures envelopper la cour et l’arrêter. II y aurait eu quelque chose de plus facile encore, c’eût été en prenant la

ARAXJCBZ.

le premier jour. Au surplus dans ce moment oti ne songeait pas encore à résister; on n’attendait que du bien des Français, et, sauf quelques collisions accidentelles entre les hommes du peuple et nos conscrits surpris par le vin des Espagncs, ou excités par la beauté des femmes, la cordialité régnait. Certains Espaguols plus avisés se disaient bien que celte singulière accumulation de troupes devait présager autre chose que le renversement du prince de la Paix, car dans l’état des esprits il n’aurait fallu qu’un seul mot de Napoléon pour le précipiter du pouvoir. Mais on ne voulait croire, espérer que la chute du favori ; on ne pensait qu'à cet unique objet. In autre bruit d’ailleurs, celui d’une expédition sur Gibraltar, adroitement répandu, complétait l’illusion générale.

A peine Murat était-il entré en Espagne que deux lettres de son ami, le prince de la Paix, étaient venues le trouver, coup sur coup, pour le féliciter, et le questionner tout à la fois. Le désir d’y répondre, qui en toute autre circonstance eut été vif chez l’impétueux Murat, fut facilement surmonté par la crainte de resserrer ses liens avec un personnage aussi impopulaire, et par la crainte plus grande encore de déplaire à Napoléon. Les deux lettres demeurèrent sans réponse. Du reste, les questions du prince de la Paix n’étaient pas les seules auxquelles fut exposé Murat. Les autorités civiles, militaires, ecclésiastiques, accourues autour de lui pour

direction la- moins alarmante, celle de Talavcra, qui pouvait passer pour un renfort k Junot, d’entourer Aranjucz et d’ empêcher toute fuite. Mais il y a un passade de la correspondance plus décisif que tout le reste, et qui laisse peu de doutes à ce sqjcl. Le voici. Murat, ne sachant pas comment sc comporter, à la nouvelle partout répandue que la cour allait fuir, adresse à Xapoléon cette question : Si 1a cour veut partir pour Séville, dois-je la laisser partir 1 — Xapoléon répond le 23 mars :

« Je suppose que vous êtes arrivé aujourd’hui ou que vous arriverez demain à Madrid. » Vous tiendrez là une bonne discipline. Si la cour est à Aranjucz , tous l'y laissera » tranquille , et tous lui tnontrerez de bons sentiments d'amitié. Si elle s'est retirée à » Sécil/e, rous l y laisserez. également tranquille. Vous enverrez de* aides de camp au » prince de la Paix pour lui dire qu’il a mal fait d’éviter les troupes françaises, qu’il ne » doit faire .aucun mouvement hostile, que le roi d'Espagne n'a rien à craindre de nos » troupes. *

Maintenant, si on songe que Xapoléon lit partir M. Yzquierdo de Paris (une Ie4tro.de . l)u roc contient en effet l'invitation do partir tout de suite) , qu’il le fit partir rempli- d'épouvante, et qu’en portant 80 mille hommes sur Madrid il ne voulut jamais donner une seule explication, il est évident que tout fut calculé pour amener le départ, qui eut lieu effectivement, autant du moins qu'il dépendit de la cour d’Espagne.

On pourrait dire, il est vrai, que Xapoléon voulait les envelopper, s’emparer (feux, et proclamer ensuite la déchéance. D’abord il aurait pu les envelopper et ne le fît pas ; secondement c'eût été un acte de violence ouverte et injustifiable. La fuite en Andalousie était bien mieux son fait, puisqu'elle laissait le trône vacant, et fournissait la solution cherchée.

Arrivé à ce point, j’aurais été. convaincu que le projet de Xapoléon était de forcer la cour d'Espagne à. s’enfuir, sans une objection grave, et tellement grue qu’elle m’a fait hésiter plusieurs fois, et abandonner l’opinion que j’avais conçue. Cette objection est celleci : Le départ des Bourbons et leur fuite entraînaient la perte des colonies. Or l’Espagne sans ses colonies était, de l'avis de tout le monde, nue charge des plus onéreuses. Tout le

Page 1