‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 35 sur 186 · LIVRE XXIX. — ' MARS ISO · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX. — ' MARS ISO

les Français. La reine et le favori, sans s’inquiéter île ces résistantes, étaient résolus à les vaincre et à conduire de gré on de force toute la famille royale à Séville. Mais il y avait encore à surmonter d’autres résistances plus redoutables. Le conseil de Castille, secrètement consulté, avait repoussé l’idée d’une retraite honteuse, et répondu qu'il n'aurait pas fallu admettre les Français en Espagne, niais qu’après les avoir si facilement admis, il fallait ou prendre la résolution subite de leur tenir tète, en sonlevant contre eux la nation tout entière,. ou leur ouvrir les bras en faisant appel à la loyauté de ces alliés, reçus en Espagne comme des amis et des frères, l’ne dernière opposition, celle-là plus imprévue qu’aucune autre, éclata tout à coup. Le ministre de la justice, M. de Cntmltcro, avait paru plus attaché qu’il n’était à la fortune du prince de la Paix. Appelé par ses fondions de ministre de la justice à figurer fréquemment dans le prorès de PEscuriat, il en avait assumé tout l’odieux, sans le mériter cependant, car il avait soutenu auprès du roi et de la reine qu’il n’existait ni dans les pièces trouvées, ni dans les faits recueillis, des indices suffisants pour intenter des poursuites crimineJlcs. Il lui était même arrivé d’encourir pour ce motif la rolère de la reine, qui l’avait qualifié de traître vendu au prince des Asturies. Le public ne l’en croyait pas moins beaucoup plus coupable qu’il ne Pétait réellement, Quant au voyage en Andalousie, il n’en voulait pas entendre parler, disant que c’était un lâche abandon de la nation, qu’il n'aurait pas fallu introduire les Français en Espagne, mais que maintenant H fallait savoir les attendre; que c’était à ceux qui sc défiaient d’eux à se retirer, niais que probablement Charles IV, dont la conduite avait toujours été loyale à leur égard, n’a lirait pas à se plaindre de les âtâlr attendus. Le ministre îles affaires étrangères, M. de Ccvallos, qui plus tard voulut se faire passer pour un antagoniste du prince de la Paix, quoiqu’il lui fût servilement soumis, et qui n’avail pour tout patriotisme qu’une haine stupide de* Français,; denicura paisible spectateur de ce conflit, et laissa M. de Caballcro résister seul au projet de fuite. I*e prince de la Paix n’en tint compte, et donna tous les ordres pour un prochain voyage en Andalousie. Cherchant à cacher l’objet de ce voyage, il parla vaguement d’un projet personnel de visiter les ports, dont la suiToillhnce, depuis qu’il était grand amiral, lui appartenait spécialement.

Les transports de valeurs et de mobiliers déjà remarqués, les préparatifs de la cour et surtout de la famille Tudo, ne laissèrent bientôt aucun doute. On se ferait difficilement une idée de l’indignation des Espagnols en ajl^ prenant qu’ils allaient être abandonnés par la maison de Bourbon , comme les Portugais Pavaient été par la maison de Brngance. Se souciant peu des avantages qu’une telle résolution pourrait avoir plus tard pour la conservation des colonies, ils se disaient que si les Français avaient de si mauvaises intentions, on était ou bien inepte de ne pas les avoir entrevues,

ou bien criminel de les avoir favorisées; qu’il fallait en tout cas leur résister à outrance; que tous les Espagnols, ayant le roi et les princes à leur tête, devaient couvrir la capitale de leurs corps, et se faire tuer plutôt que d’en permettre l’entrée, mais que fuir lâchement était une indignité, une trahison; que du reste il y avait dans cette fuite autre chose qu'une précaution de prudence dans l’intérét de la famille royale, mais tout simplement un calcul pour prolonger le pouvoir usurpé du favori ; car si on voulait fuir les Français, c’est qu’on les savait contraires à Emmanuel Godoy et favorables au prince des Asturies. Cefte dernière pensée devenue générale avait rendu aux Français "leur popularité, et on disait que, loin de les fuir ou de les combattre, il fallait aller à eux au contraire, et les accueillir, puisque le prince de la Faix se défiait si fort de leurs intentions. I/cxaspération de toutes les classes contre la cour était au comble. La noblesse, la bourgeoisie, le peuple et l’armée n’avaient à Madrid qu’un même langage, et ce laugnge était aussi ouvert, aussi hardi, aussi immodéré, qu’il peut l'être à la veille des grands événements, dans les pays les plus libres. Dans l’armée surtout, une troupe fort maltraitée par le prince., de la Paix, qui avait bouleversé son organisation, les 'gardes du corps manifestaient l’irritation la plus vive, et voulaient s’opposer même par la force an départ du roi. Parmi les officiers de cette troupe il y en avait plusieurs tout à fait dévoués au prince des Asturies,, et en communication fréquente avec lui, recevant même, assurait-on, ses inspirations et ses ordres. .* ' - . ■

Cette bruyante opposition n’avait ébranlé dans leurs projetsni le prince de la Paix ni la reine, et leur inspirait seulement le désir de. Se soustraire plus tôt il tant de haine et do périls, en se retirant d’abord en Andalousie, puis, s’il le fallait, en Amérique.. Le prince de la Paix avait donné des ordres en conséquence. Il avait fait rebrousser chemin aux troupes destinées à occuper le Portugal ; car, à la veille de perdre l’Espagne, il s'agissait d’autre chose que des Algarvcs ou de la Lusitanie septentrionale. Le général Tarnneo avait du quitter Oporto, repasser en Galice et de Galice dans le royaume de Léon. Le général Carafa avait du remonter le Tagc , et s’avancer jusqu’à Talavera. Le général Solano,, marquis del Sncorro , avait du revenir d’Elias vers Badnjox, et se diriger sur Séville. Assurément le prince de la Paix n’avait pas la pensée avec ces forces, qui ne présentaient que des corps de six à sept mille hommes chacun, de lutter 1 contre l’armée française. II les destinait bien plutôt à couvrir la retraite de la famille royale, qu’à organiser une défense désespérée dans le midi de l’Espagne. Plusieurs frégates étaient éventuellement préparées dans le port de Cadix1.

* Les résolutions intérieures fin gouvernement espagnol ne sont eh général connues que par oaï-<lire, car il u’y a ricu en décrit sur ce sujet par ftUctm homme bien informe.

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