LIVRE TRENTIÈME
BAYONNE
Désordres à Madrid à la nouvelle des événements d'Aranjucx. — Murat hâte son arrivée.
— En approchant de Madrid, il reçoit un message de la reine d'Klrurie. — Il lui envoie M. de Monthyou. — Celui-ci trouve la famille royale désolée , et pleine du regret d'avoir abdique. • — Munit, au retour de M. de Monlhyon, suggère à Charles IV I idée de protester contre une abdication qui n’a pas été libre, et diffère de rceoitnailrr Ferdinand VII. — Entrée des Français dans Madrid le 23 mars. — = Protestation secrète de Charles IV. — Ferdinand VII s’empresse d’entrer dans Madrid pour prendre possession de la couronne. — Déplaisir de Murat de voir entrer Ferdinand VII. — M. de Beauharnais conseille & Ferdinand VII d'aller A la rencontre de l'empereur des Français. — Effet des nouvelles d’Espagne sur les résolutions de Nlpoléofr. — Xouvrau parti qu’il adopte en apprenant lu révolution d'Aranjucz. — Il conçoit A Paris le même plan que Murat A Madrid, celui de ne pas reconnaître Perdiuand VII, et de se faire céder la couronne par Charles IV. — Mission du général Suvary à Madrid. —
. Retour de M. -de Tournon à Paris. — Doute momentané qui s’élève dans l’esprit do Xapoléon. — Singulière dépêche du 29, qui contredit tout ce qu'il ai ait pensé et voulu.
— Les nouvelles de Madrid, arrivées le 30, ramènent Xapoléon à ses premiers projets. Il approuve la conduite de Murat, et l'envoi à Rayonne de toute la famille
d’Espagne. — 11 se met en route pour Bordeaux. — Murat, approuvé par Xapoléon, travaille avec le général Savary k l'exécution du plan convenu. — Ferdinand Vil, après avoii* réuni à Madrid scs confidents intimes, le duc de l'Iiifautado et le chanoine Escoïquiz, délibère sur la conduite à tenir envers les Français. — Motifs qui rengagent A partir pour aller A 1a rcocoutre de Xapoléon. — Une entrevue avec |e général Snvàry achève de l’y décider. — Il résout son départ, et laisse A Madrid une régence présidée par son oncle, don Antonio, pour le représenter. — Sentiments de» Espagnols en le voyant partir. — Les vieux souverains, en appreilunf qu’il va au-devant de Vnpoléon, veulent s’y rendre aussi pour plaider en personne leur propre cause. — Joie et folles espérances de Murat en voyant les priuces espagnols se livrer eux-mêmes. — Esprit du peuple espagnol. — Ce qu’il éprouve pour nos troupes. — Conduite et altitude de Murat A Madrid. — Voyage de Ferdinand VII de Madrid A Burgos, de Burgot à Y iltoria. — Son séjour A Vittoria. — Ses motifs pour s’arrêter dans cette ville. -^-Savary te quitte pour aller demander de nouvelles instructions A Xapoléon. — Etablissement de Xapoléon A Bayonne. — Lettre qu'il écrit A Ferdinand VII et ordres qu’il donpe A son sujet. — Ferdinand VII se décide enfin A venir A Bayonne. — Son arrivée en cette ville. — Accueil que lui fait Xapoléon. — Première ouverture snr ce qu'on désire de lui. — Xapoléon lui déclare sans détour l'intention de s'emparer de la couronne d'Espagne, et lui offre en dédommagement la couronne «rEtrurie. — Résistance et illusions de Ferdinand VII. - — Xapoléon, pour tout terminer, attend l’arrivée de Charles IV, qui a demandé à venir à Bayonne. — Départ des vieux souverains. — Délivrance du prince de la Paix. — Réunion A Bayonne de tous les princes de hr maison d'Espagne. — Accueil que Xapoléon fait A Charles IV. — 11 le traite en roi. — Ferdinand ramené A la situation du prince des Asturies. — Accord de Xapoléon avec,CharIes IV pour assurer A celui-ci une riche retraite en France, moyennant l'abandon de la couronne d'Espagne. — Résistance de Ferdinand VII. — Xapoléon est prêt A on finir par un acte de toutc-puissancc, lorsque le» événements de Madrid fournissent le dcnoêment désiré. — Insurrection de Madrid dans la journée du 2 mai. — Énergique répression ordonnée
tous iv. 8
par Murat. — Contre-coup ù Bayonne. — Emotion de Charles IV en apprenant la journée du 2 mai. — Scène violente entre le père, la mère et le fils. — Terreur et résignation de Ferdinand VII. — Traité pour la cession de la couronne d'Espagne à Napoléon. — Départ de Charles IV pour Compïègne, et de Ferdinand VU pour Valençay.
— Napoléon destine la couronne d'Espagne à Joseph, et celle de Naples à Murat. — Douleur et dépit de Murat en apprenant les résolutions de Napoléon. — Il n’en travaille pas moins & obtenir des autorités espagnoles l'expression d’un vœu en faveur de Joseph.
— Déclaration équivoque de la junte et du conseil de Castille , exprimant un vœo conditionnel pour Joseph. — Mécontentement de Napoléon contre Murat. — En attendant d’avoir la réponse de Joseph, et de pouvoir proclamer la nouvelle dynastie. Napoléon essaie de racheter la violence qu'il vient de commettre à l'égard de l’Espagne par un merveilleux emploi de ses ressources. — Secours d’argent à l'Espagne. — Distribution de l’armcc de manière h défendre les c&tcs, et & prévenir tout acte de résistance. — Vastes projets maritimes. — Arrivée de Joseph à Bayonue. — Il est proclamé roi d’Espagne. — Junte convoquée à Bayonue. — Délibération de cette junte.
— Constitution espagnole. — Acceptation de cette constitution , et reconnaissance de Joseph par U junte. — Conclusion des événements de Bayonne, et départ de Joseph pour Madrid, de Napoléon j)our Paris.
, La chute du prince de la Paix avait déjà produit chez le peuple de Madrid une sorlo de joie féroce. La nouvel!*] de l'abdication de Charles IV et de V avènement de Ferdinand VII y mit le comble. Il n’y a pas pour la multitude de joie complète sans un ravage. On savait le prince de la Pais arrêté à Aranjuez; on courut se précipiter sur sa famille et sur. les personnages qui jouissaient de sa confiance. On dévasta leurs maisons, on poursuivit leurs personnes, dont aucune heureusement ne tomba au pouvoir de la multitude, grâce au courage de M. de Beauharnais. Celui-ci, après l'abdication de Charles IV, rerenu immédiatement à Madrid, eut le temps de donner asile à la famille Godoy. La mère , le frère d'Emmanuel , ses sœurs, mariées aux plus grands seigneurs d’Espagne, avaient passé une affreuse nuit, sous le toit de leurs palais. M. de Dcauharnais leur offrit un abri dans l’hôtel de l'ambassade, où ils devaient être protégés par la terreur des armes françaises, car Murat n'était plus en ce moment qu'à une marche de Madrid. Le sac, l'incêndie durèrent toute la journée du 20, qui était un dimanche, et ne furent empêchés par aucune force publique. II; avait à Madrid deux régiments suisses (les régiments de Preux et de Reding) ; mais ces soldats étrangers, plus mal placés que d'autres au milieu des agilalious populaires, n’osèrent pas se montrer, et ne firent rien pour arrêter le désordre, line espère de fatigue, le concourt de quelques bourgeois armés spontanément, une proclamation de Ferdinand, qui ne voulait pas déshonorer son nouveau régne par d’odieux excès, mirent fin à ces abominables ravages. D’ailleurs Madrid était tout entier à la joie de voir finir un règne détesté, et commencer un règne ardemment désiré. C’est à peine si dans tes âmes satisfaites il restait quelque place à l’inquiétude en apprenant que les Français s’approchaient de la capitale. Après avoir espéré qu'ils renverseraient le favori, le peuple espagnol se flattait maintenant de
l'idée qu’ils allaient reconnaître Ferdinand VII; et en tout cas», ce peuple, enorgueilli de ce qu’il venait de faire, tout fier d’avoir à lui seul vaincu le redoutable favori, avait pris en lui-même une immense confiance, et semblait ne plus craindre personne. Au surplus, dans sa naïve joie, il ne croyait que ce qui lui plaisait, et les Français n’étaient à ses yeux que des auxiliaires, venus pour inaugurer le règne de Ferdinand III. Avec une pareille disposition des esprits, nos troupes étaient assurées d'être bien reçues.
Elles avaient déjà en grande partie passé le Guadarrama. Les deux premières divisions du corps du maréchal Moncey étaient le 20 entre Cavanillas et Buytrago, la troisième à Somo-Sierra. La première division du général Dupont était le même jour à Guadarrama, prête à descendre sur l’Escurial; la seconde du même corps à Ségovie, la troisième à Valladolid. Murat pouvait donc entrer en vingt-quatre heures dans Madrid, avec deux divisions du maréchal Moncey, une du général Dupont, toute sa cavalerie et la garde, c’est-à-dire avec trente mille hommes. Or, il ne restait dans cette capitale que deux régiments suisses déconcertés, et un peuple sans armes. Murat n’avait par conséquent aucune résistance à redouter.
Les désordres de la capitale l’avaient profondément affligé, et il craignait qu’en Europe on n’ accusât les Français d'avoir voulu bouleverser l'Espagne, afin de s’en emparer plus facilement. 11 ne savait pas non plus si cette solution imprévue était bien celle que Napoléon désirait, et cefle surtout qui pourrait amener plus sûrement la vacance du trône d’Espagne. L’humanité, l’obéissance, l'ambition produisaient ainsi dans son âme un pénible conflit. Dans cet état, il écrivit à Xapoléon pour lui faire part de ce qu'il venait d’apprendre, pour se plaindre de nouveau de n’avoir pas son secret, pour lui. exprimer la peine que lui causaient les événements de Madrid, et lui annoncer qu'il allait entrer immédiatement dans cette capitale, afin de réprimer à tout prix les excès d’une populace barbare. En même temps il ébranla ses colonnes, et marcha en avant pour porter à San-Agostino les troupes du maréchal Moncey, et à l’Escurial celles du général Dupont.
Le lendemain 21, étant en personne à El-Molar, il reçut un courrier déguisé qui lui portait une lettre de la reine d’Etruire. Cette princesse, qu’il avait connue en Italie, et avec laquelle il était lié d’amitié, faisait appel à son cœur, au nom d'une famille auguste et profondément malheureuse. Elle lui disait que ses vieux parents étaient menacés du plus grand danger, et que pour s’ en garantir ils avaient reconrs à sa généreuse protection. Elle le suppliait de venir lui-même et secrètement à Aranjuex, pour être témoin de leur situation déplorable, et convenir des moyens de les en tirer. .* * ' ' ’ 4 •
Cette jeune femme éperdue, peu versée dans la connaissance des af-
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foires, bien qu'elle eût plus d'esprit que son mari défunt, imaginait qu’un général en cher, représentant Napoléon, conduisant une armée française à la porte de l’une des grandes capitales de l’Europe, pourrait se dérober nuitamment pour un jour on deux à son quartier général, comme il l’avait fait peut-être à Florence, en pleine paix, plus occupé alors de plaisirs que de guerre ou de négociations. Murat lui répondit avec beaucoup de courtoisie qu’il était très-sensible aux malheurs de la famille royale d’Espagne, mais qu’il lui était impossible de quitter son quartier général , ou le retenaient des devoirs impérieux, et qu’il lui envoyait à sa place l’un de ses officiers, M. de Monthyon, homme sûr, auquel elle pourrait dire tout ce qu’elle lui aurait confié à lui-même *.
M. de Monthyon partit d’El-Molar le 21 , arriva le 22 à Aranjuez, et trouva la famille des vieux souverains désolée. Dans un accès d’effroi, Charles IV et son épouse avaient été amenés à se dépouiller de l’autorité suprême. La feinc, principal auteur des déterminations de cette cour, avait été conduite à cette abdication par le désir de sauver la vie du prince dé la Paix, et de se soustraire elle-même et son époux à des périls qu’ella s’était exagérés. Mais le premier moment passé, le silence et l’abandon sûccédant au tumulte populaire, de nouveaux daDgers menaçant le prince de la Paix , dont le procès avait été ordonné par Ferdinand VII , elle était Saisie do la double douleur de sc voir déchue, cl de ne pas savoir en sûreté l’objet de ses criminelles affections. Et comme les mouvements de son âme se reproduisaient à l’instant dans l’âme de son faible époux, elle l’avait rempli des mêmes regrets et du même chagrin. Par surcroît de malheur, on venait de leur signifier au nom de Ferdinand VII qu’il fallait sc rendre à Badajoz, au fond de l’Estramadure, loin de la protection des Français, pour y vivre dans l’isolement, la misère peut-être, tandis qu’un fils détesté régnerait, se vengerait, immolerait probablement le malheureux Codoy! En face d’une telle perspective, la déchéance était devenue plus cruelle. La jeune reine d’Elrurie, que cet exil désolait en proportion de son âge, ajoutait à toutes les douleurs de cette royale famille son propre désespoir. Liée avec Murat, apportant le secours de ses relations avec lui, elle avait été chargée d’invoquer la protection de l’armée française.
Telle était la situation dans laquelle M. de Monthyon trouva cette famille infortunée. 11 fut entouré, assailli des prières et des instances les plus vives, par le vieux roi , la vieille reine , la jeune reine d’Ëtrurie. On lui raconta
* Je m; suppose rien ici. J'écris d'après les pièces originales déposées ù la SecréUireric d’Etat, dont quelques-unes furent publiées dons le Moniteur , mais en très-petite partie, et après de notables altérations. La correspondance de Murat avec Napoléon, la plus importante, la plus instructive de toutes celles qui sont relatives aux affaires d'Espagne, n’a jamais été publiée. Qu clqncs fragments de celle de M. de Monthyon ont été insérés au Moniteur, mais fort altérés. (Test d'après des originaux autographes et exacts que je fais ce récit.
BAYONNE
les angoisses des dernières journées, les violences qu'on avait suhies, celles qu'on allait peut-être subir encore, les injonctions qu'on avait reçues de partir pour Badajoz, et surtout les périls qui menaçaient Emmanuel Godoy, On parla de celui-ci beaucoup plus que de la famille royale eltemème; on demanda pour lui, à mains jointes, la protection de la France., en offrant de s'en rapporter & la décision de Murat relativement à tout ce qui était arrivé, de le faire l'arbitre des destinées de l'Espagne, de se soumettre enfin & tout ce qu'il ordonnerait.
M. de Montbyon repartit à l’instant afin de rejoindre Murat, qui s'était rapproché de Madrid, dans la journée du 22, pour y entrer le 23, jour presque indiqué d'avance dans les instructions de Napoléon. Il lui fit part do ce qu'il avait vu et entendu dans son entretien avec les vieux souverains, de leurs regrets amers, et de leur désir d’en appeler à Napoléon des derniers événements d’Espagne. Murat on écoutant ce récit fut saisi d’une sorte d'illumination subite. 11 n’avait pas le secret de la politique dont il était l'instrument, mais il avait quelquefois supposé que Napoléon voulait en effrayant Charles IV le porter à s'enfuir, et se procurer la couronne d'Espagne comme celle du Portugal, par le délaissement des possesseurs. Ce plan se trouvant déjoué par la révolution d’Aranjuez, Murat crut qu’il fallait en faire sortir un tout nouveau des circonstances elles-mêmes. En conséquence il eut l'idée de convertir en une protestation formelle contre l’abdication du 19 les regrets que les vieux souverains manifestaient de leur déchéance, et, après avoir obtenu la rédaction, la signature, la remise en ses mains de cette protestation, de refuser la reconnaissance de Ferdinand VII; ce qui se pouvait très-naturellement, car il était impossible que Ferdinand VII, après une telle manière d'arriver au trône, fût reconnu avant qu'on en eût référé à l'autorité de Napoléon. Le résultat de cette combinaison allait être de laisser l’Espagne sans souverain ; car le vieux roi, déchu par le fait, ne reprendrait pas le trône en protestant, et la royauté de Ferdinand VII, grâce à cette protestation, resterait en suspens. Entre nn roi qui n'était plus roi, qui ne pouvait plus l'être, et un roi qui ne l'était pas encore, qui ne le serait jamais si on ne voulait pas qu'il le fût, l'Espagne allait se trouver sans autre maître que le général commandant l'armée française. La fortune rendait ainsi le moyen qu’elle avait enlevé en empêchant le départ de Charles IV.
L'esprit de Moral, aiguisé par l’ambition, venait d'inventer tout ce que le génie de Napoléon, dans son astuce la plus profonde, imagipa quelques jours plus tard, h la nouvelle des derniers événements. Sans perdre nn moment, et avec toute la vivacité de scs désirs, Murat fit repartir M. de Montbyon pour Aranjuez, lui donnant l’ordre de revoir sur-le-champ la famille royale, et de lui proposer, puisqu’elle déclarait avoir été contrainte, de protester contre l'abdication du 19, de protester secrètement si elle
n'osait le faire publiquement, do renfermer cette protestation dans une lettre à I Empereur, qui he pouvait manquer d’arriver sous peu de jours en Espagne, et qui serait ainsi constitué l’arbitre de l’usurpation odieuse commise par le fils au détriment du père. Murat promettait de gagner auprès de Napoléon la cause des vieux souverains, et en attendant de protéger non-seulement eux, mais le malheureux Godoy, devenu le prisonnier de Ferdinand VII.
M. de Montbyon repartit pour Aranjuez, et Murat se hâta d’écrire à l’Empereur pour l’informer de ce qui s’était passé, et lui mander la combinaison qu’il avait imaginée. Parvenu le 22 au soir à Chumartin, sur les hauteurs mêmes qui dominent Madrid, il s’apprêta h y faire son entrée le lendemain. Il venait de recevoir l'envoyé de Ferdinand VII, le duc del Parque, chargé de le complimenter au nom du nouveau roi d’Espagne, de lui offrir l’entrée dans Madrid, des vivres, des logements pour l’armée, et l'assurance des intentions amicales de la jeune cour envers la France. Murat 6t au duc del Parque un accueil gracieux, où perçait cependant un peu de celle présomption qui lui était propre, et, en acceptant les assurances que le duc avait mission, de lui apporter, lui exprima assez clairement que l’Empereur seul pouvait reconnaître Ferdinand VII, et légaliser au nom du droit des gens la révolution d’Aranjuez. Il lui déclara qu’il ne pouvait, quant & lui, en attendant la décision impériale, voir dans le nouveau gouvernement qu’un gouvernement de fait, et donner à Ferdinand VII d'autre titre que celui de prince des Asturies. Ce genre de relations fut accepté, puisque le lieutenant de Napoléon n’en admettait pas d'autre, et tout fut disposé pour l'entrée des Français dans Madrid le lendemain 23 mars 1808.
Les meneurs de la nouvelle cour, quoique très-peu sages, avaient senti néanmoins la nécessité de prévenir une collision avec les Français; car leur royauté, sortie d’une révolution de palais, aurait pu être enlevée par un régiment de cavalerie. En conséquence ils avaient fort recommandé à Madrid de bien accueillir les troupes françaises, et, pour être assurés qu’il en serait ainsi, ils avaient fait afficher k tous les coins de la capitale une proclamation, dans laquelle Ferdinand VII en appelait aux sentiments de bienveillance qui devaient animer l'une À l'égard de l’autre deux nations anciennement alliées. Les Espagnols comprenant cette politique aussi bien que leur jeune roi , et entraînés de plus par la curiosité, étaient donc parfaitement disposés à courir au-devant de Murat, et à lui prodiguer leurs acclamations.
I-æ 23 au matin, Murat réunit sur les hauteurs situées en arrière de Madrid, lesquelles ne sont que les dernières pentes du Guadarrama, une partie de son armée, qui consistait en ce moment dans les deux premières* divisions du maréchal Moncey, dans la cavalerie de tous Jes corps, et dans
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