‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 38 sur 186 · B A YON N'E · texte numérisé non relu

B A YON N'E

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les détachements de la garde impérLale envoyés de Paris pour former l’escorte de Napoléon. Il fit son entrée an milieu du ]our, à la tête d’on brillant état-major, et charma tous les Espagnols par sa bonne mine et son sourire confiant et gracieux. La garde impériale frappa singulièrement les Espagnols; les cuirassiers, par leur grande taille, leur armure et leur discipline, ne les frappèrent pas moins. Mais l’infanterie du maréchal Moncey, composée en majeure partie d’enfants mal vêtus et harassés do fatigue, inspira plus de commisération que de crainte; ce qui était fâcheux cher un peuple dont il fallait toucher les sens plutôt que la raison. Toutefois l’ensemble de ce spectacle militaire produisit un certain effet sur l’imagination des Espagnols. Ifs applaudirent beaucoup les Français et leurs chefs.

Par une négligence involontaire, bien plus que par un défaut d’égards qui n’était dans l’intention de personne, on avait omis de préparer le logement du général en chef de l’armée française. Murat descendit aux portes de Madrid dans le palais abandonné du Buen-Retiro, et s’arrêta dans l’appartement qu’avaient habité les demoiselles Tudo avant leur départ. Il fut blessé de ce manque de soins. Mais on lui offrit immédiatement l’ancienne demeure du prince de la Paix, située près du magnifique palais que la royauté espagnole occupe à Madrid. Les autorités civiles et militaires, le clergé, le corps diplomatique, vinrent le visiter. Il les reçut avec grâce et hauteur, et presque en souverain, quoiqu'il n’eût d’autre titre que celui de général en chef de l’armée française.

Tandis qu’il entrait dans Madrid, on lui apprit qu’on allait y amener prisonnier, chargé de chaineB, sous la conduite des gardes du corps, le malheureux Godoy, dont on voulait avoir le plaisir de commencer le procès tout de suite. Murat, par générosité et par calcul, pour ménager l’ancieune cour, appelée h devenir l’instrument des nouvelles combinaisons , était résolu à ne pas tolérer un acte de cruauté envers le favori déchu. Craignant que la présence de ce personnage, objet de toutes les haines de la multitude, ne provoquât un tumulte populaire, surtout au moment de l’entrée des troupes françaises, il envoya un de sès officiers , avec l’ordre pur et simple d’ajourner la translation du prisonnier, et de le retenir dans un village voisin de Madrid. Cet ordre trouva et .fixa le prince de la Paix au village de Pinto, où il fut détenu quelques jours. Murat dirigea sur-lechamp un détachement de cavalerie sur Aranjuez, pour y protéger les vieux souverains, s’opposer k ce qu’on les acheminât vers Badajos, et leur rendre le courage de suivre ses conseils, en leur rendant la sécurité, il annonça en même temps que ni lui ni son maitre ne souffriraient tes rigueurs qu’on préparait contre Emmanuel (iodoy.

M. de Monthyon avait trouvé la famille des vieux souverains encore plus désolée qu’à ton premier voyage, encore plus alarmée du sort du prince de

la Paix, encore plus navrée de l'abamlon dans lequel ou la laissait, encore plus irritée du triomphe de Ferdinand VII, et bien plus disposée par conséquent à se jeter dans les bras de la France. L’idée d'une protestation propre à leur faire recouvrer le pouvoir ou & les venger, conforme d'aif* leurs à la vérité des faits, ne pouvait qu’être accueillie avec transport. Elle le fut, et tout aussitôt Charles IV se montra prêt à la signer. Mais la rédaction proposée par Murat n’était pas exactement celle qui convenait aux vieux souverains, bien qu'ils fussent peu difficiles et mauvais juges en fait de convenances de langage. Ils craignaient qu’une telle démarche, si elle venait à être connue , ne compromit leur vie et celle du favori , et ils demandèrent quelques heures pour réfléchir à la forme qui semblerait la meilleure, s'engageant du reste à se conduire en tout commcon le voudrait, et à dater la protestation du jour qui ferait le mieux ressortir la spontanéité de leur recours à la justice de Napoléon. M. de Monthydn fut renvoyé à Murat avec toutes ccs assurances, et un nouvel appel à la protection de l’armée française.

Murat, certain de disposer des vieux souverains comme il l'entendrait pour le succès de la combinaison dont il était l’auteur, résolut d’agir également sur Ferdinand VII, pour l’engager à ne pas prendre encore la couronne, à faire acte de roi le plus tard qu’il pourrait, et surtout à différer son entrée solennelle dans Madrid. Murat pensait que moins Ferdinand VII serait roi, Charles IV ne l’étant plus, mieux iraient les choses dans lo sens de ses espérances. Il désirait en outre obtenir de Ferdinand VII une autre détermination qui lui semblait urgente. Le prince de la Faix, lorsqu'il était question du voyage en Andalousie, avait ordonné aux troupes espagnoles de repasser la frontière du Portugal, pour rentrer, la division Taranco en Castille-Vieille, la division Solano en Estramadure. Celle-ci, déjà revenue aux environs de Talavcra, s'approchait de Madrid, et pouvait occasionner une collision contraire aux vues de Murat, qui comprenait très-bien qu'il fallait mener par adresse et non par force les affaires d'Espagne. Mais pour que l’ordre de rétrograder fut donné aux troupes espagnoles, il fallait recourir à Ferdinand lui-même. i .

Mural manda auprès de lui M. de Beauharnais, dont il se défiait fort, parce qu’il le savait attaché à Ferdinand VII, et auquel il supposait plus de finesse que cet honnête et maladroit ambassadeur n'était capable d'en mettre dans une trame politique. Il lui persuada de se rendre sur-le-champ à Aranjucs, et d’user de son ascendant sur Ferdinand VII pour lui arracher les résolutions que réclamait la circonstance. Afin de décider M. de Beauharnais, Murat commença par l'effrayer sur la fausse manière dont il avait entendu les intentions de Napoléon, en contribuant à empêcher le voyage d’Andalousie (ce qu’à tort ou à raison l’on imputait en, effet à M. de Beauharnais). Mural, pour l'inquiéter davantage , lui affirma, ce qu’il ne

savait pas, que Napoléon aurait voulu le renouvellement de la scène de Lisbonne ; puis il lui suggéra, comme un moyen certain de réparer sa faute, l'idée de se transporter immédiatement à Aranjuez pour obtenir de Ferdinand VU qu'il fit rétrograder les troupes espagnoles, qu'il ne vînt pas à Madrid, et qu'il laissât sa nouvelle royauté en suspens, jusqu'à la décision de Napoléon. M. de Beau harnais, cédant à ces conseils, partit à l'instant même pour Aranjuez, afin de faire, sinon tout, au moins une partie de ce que désirait Murat.

Arrivé auprès de Ferdinand, il lui demanda d'abord avec son opiniâtreté ordinaire le renvoi des tronpes espagnoles dans leurs premières positions. Ferdinand n’avait pas encore à côté de lui ses deux confidents principaux, le chanoine Escoïquiz et le duc de l’Infantado, exilés trop loin de Madrid pour avoir eu le temps de revenir. U avait gardé quelques-uns des ministres de son père, notamment MM. de Cevallos et de Caballero, et, après les avoir consultés, il lit envoyer au général Taranco et au marquis de Solano l’ordre- de Centrer en Portugal, ou du moins de s’arrêter sur la frontière de ce royaume, pour y attendre de nouvelles instructions. Les troupes du marquis de Solano en particulier durent retourner, par Tolède et Talavera, à Badajoz. Cette première partie de sa commission remplie, M. de Beauhamais, soit qu'il n’eût pas compris l’intention de Murat quant à la seconde, soit que l'ayant comprise il ne voulut pas s’y conformer, s’attacha à persuader à Ferdinand qu’il fallait acquérir à tout prix la bienveillance de Napoléon, et pour cela courir à sa rencontre, se jeter dans ses bras, en lui demandant son amitié, sa protection, et une épouse; que plus tôt il ferait une pareille démarche, plus tôt il serait assuré de régner; que le mieux serait de partir à l’instant même d’Aranjuez pour un tel voyage; qu'il n’aurait pas à faire beaucoup de chemin, car il trouverait Napoléon en route; qu’enfin il ne fallait venir à Madrid que pour le traverser, et se transporter le plus promptement possible à Burgos ou à Vittoria.

C’était de très-bonne foi, et sans se douter qu’il contribuait ^e son côté, comme Murat du sien, à l'invention de l’intrigue à laquelle Ferdinand succomberait bientôt, que M. de Beau hantai s donnait un semblable conseil. Ferdinand VU ne le repoussa point, mais il remit sa décision à l’arrivée des deux confidents, sans lesquels il ne voulait çien entreprendre de grave. Il adopta du conseil de M. de Beauharnais ce qui lui convenait actuellement, c’était de quitter Aranjuez pour se rendre tout de suite à Madrid, et il annonça son entrée solennelle dans la capitale pour le lendemain 24.

M. de Beauharnais, revenu à Madrid, raconta naïvement à Murat tout ce qu’il avait dit et fait. Murat crut y voir un calcul perfide pour amener Ferdinand à entrer immédiatement à Madrid, et à prendre un peu plus tôt possession de la couronne. Il le dénonça sans perdre de temps à l’Empereur, comme un, secret complice de Ferdinand VII, comme un agent actif

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