‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 39 sur 186 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

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de la révolution qui avait précipité le vieux roi du trône, comme un ambassadeur dangereux, qui favorisait la nouvelle royauté, la seule qui fût à craindre. Ces reproches, dictés par Y ombrageuse ambition de Murat, étaient cependant injustes , ou du moins fort exagérés. M. de Beauharnais s’était dés l'origine sincèrement attaché à Ferdinand Vil , parce qu’il lui semblait le seul personnage de la cour qui méritât quelque intérêt; peutêtre cet attachement était-il devenu plus vif depuis qu’il s’agissait de lui faire épouser une demoiselle de Beauharnais; mais il croyait en conscience que s’unir fortement à Ferdinand VII était pour la France la meilleure des solutions; et, en poussant ce prince sur la route de France, il voulait l’amener,-non pas à Madrid, mais aux pieds de Xapoléou, afin d’assurer le résultat qu’il estimait le meilleur. Du reste il n’était ni assez actif ni assez habile pour avoir pris une part quelconque à la dernière révolution, où il n’avait figuré qu’en apportant au vieux roi, à l’instant du danger, le secours de sa maladresse et de son courage.

Ceux qui dirigeaient les affaires de la nouvelle royauté avaient tont disposé pour l’entrée de Ferdinand VII dans Madrid. Bien qu’ils ignorassent les desseins de Napoléon , ils se disaient que la royauté de Ferdinand , étant la plus jeune, la plus vigoureuse, devait être la moins agréable aux Français, s’ils avaient quelque mauvaise intention relativement à la couronne d’Espagne. Aussi regardaient-ils comme urgent d’entrer dans Madrid, et de recevoir du peuple de cette capitale des acclamations qui seraient une espèce de consécration nationale. Murat étant entré le 23, frétait trop, à leur avis, que d’être sur lui en retard d’un jour. En conséquence on fit annoncer la translation de la jeune cour d’Aranjuezà Madrid pour le lendemain 24, sans autre appareil que quelques gardes et l’enthousiasme populaire.

Le lendemain 24, en effet, parti d’Aranjuez de bonne heure, Ferdinand descendit de voiture à l’une des portes de la ville, celle d’Atocha, monta à cheval, entouré des officiers de sa cour,” traversa la belle promenade du Prado, et pénétra par la large rue d’Alcala dans l'intérieur de Madrid, au milieu d’une foule immense, qui, après avoir longtemps désiré la fin du dernier règne et le commencement du nouveau, voyait enfin ses espérances réalisées, et cherchait en quelque sorte à s’étourdir à force dé cris sur les dangers qui menaçaient l’Espagne. Toute la population, ivre de joie, était aux fenêtres ou dans les rues. Les femmes-jetaient des fleurs du haut des maisons. Les hommes, se précipitant au-devant du jeûné roi , étendaient leurs manteaux sous les pieds de son cheval. D’autres brandissant leurs poignards juraient de mourir pour lui, car le danger se faisait confusément sentir à ces âmes ardentes. Ce prince, fourbe, haineux, si peu digne d’être aimé, était en ce moment entouré d’autant d’amour que Titus eii obtint des Romains, et Henri IV des Français. Il faisait les délices

BAYONNE

de l’Espagne, qui ne se doutait guère de son avenir, à lui et à elle!

Ferdinand VII, parvenu au palais, y reçut les autorités publiques. Dans la journée le corps diplomatique vint lui rendre hommage, comme au roi incontesté, quoique non reconnu, de toutes les Espagnes.. M. de Beauharnais, retenu par Murat, n’y parut point; son absence alarma beaucoup la nouvelle cour, et embarrassa les membres eux-mêmes du corps diplomatique, qui avaient cédé à leurs secrets sentiments en adhérant si vite, à la royauté des Bourbons. Les ministres des cours faibles et dépendantes s’excusèrent. Le ministre de Russie s’excusa aussi, mais moins humblement; il allégua les usages diplomatiques qui sont invariables, et en vertu desquels on salue tout nouveau roi, sans préjuger la question de sa reconnaissance définitive.

Murat accueillit avec un mécontentement peu dissimulé ces explications d’une conduite qui lui avait déplu, parce que déjà il regardait Ferdinand comme un rival à la couronne d’Espagne; et quand on vint lui proposer à lui-même d’aller le visiter, il s’y refusa nettement' en déclarant que pour lui Charles IV était toujours roi d’Espagne, et Ferdinand prince des Asturies, jusqu’à ce que Napoléon eût prononcé sur ce grand et triste conflit. Le 21 au soir, comme nous l’avons dit, U avait écrit d’El-Molar à Napoléon tout ce qui s’était passé; il lui avait communiqué son plan, consistant à faire, protester Charles IV et à ne pas reconnaître Ferdinand VII , pour que l’Espagne *e trouvât entre un roi qui ne l’était plus et un prince, qui ne l'était pas encore. I*e 22, le 23, occupé de sa marche et de son entrée à Madrid, il ne put pas écrire. Le 24 il écrivit ce qui avait eu lieu pendant ces deux jours, et, continuant à être inspiré par les événements, il ajouta à son plan une nouvelle idée, celle que M. de Beauharnais lui avait innocemment fournie, et dont on allait faire un usage perfide : celle, disons-nous, d'envoyer Ferdinand au-devatit de Napoléon, pour que celuici s'emparât de sa personne, et en fit ensuite ee qu'il voudrait On n’aurait plus affaire alors qu’à Charles IV, auquel il serait aisé d'arracher le sceptre, incapable qu’il était de le tenir dans ses débites mains, èt l’Espagne elle-même n'étant pas disposée à l’y laisser.

Tandis que ces événements se passaient en Espagne, Napoléon les avait successivement appris six ou sept jours après leur accomplissement, car c’était le temps qu'il fallait alors pour les communications entre Madrid et Paris. C'est du 23 au 27 qu’il avait connu le soulèvement d'Aranjuez, puis le renversement du favori, et enfin l’abdication forcée de Charles IV. Cette solution, la moins prévue de toutes, quoiqu'elle ne fût pas la moins naturelle, le surprit sans le déconcerter. Le départ désiré de la famille régnante, qui aurait rendu vacant le trône d’Espagne, ne s’étant pas efledué, le premier plan n’était plus qu'une combinaison avortée. Cependant Napoléon vit dans ces événements mêmes un nouveau moyen d’arrivèr & son

but, et ce moyen se rencontra exactement avec celui que les circonstances avaient suggéré à Murat. Bien avant que les lettres dans lesquelles celui-ci proposait ses idées fussent arrivées à Paris, Napoléon imagina de ne pas reconnaître Ferdinand VII, dont la royauté jeune , désirée des Espagnols, serait difficile à détruire, et de considérer Charles IV comme étant toujours roi, parce que sa royauté vieille, usée, odieuse aux Espagnols, serait facile à renverser. On pouvait d'ailleurs , sous la forme d'un arbitrage entre le père et le fils, donner gain de cause au père, qui bientôt après ne manquerait pas de céder à Napoléon la couronne d’Espagne, dirigé dans sa conduite par le prince de la Paix et la reine, lesquels avant tout voudraient se venger de Ferdinand VII. Si de plus, sous le prétexte de cet arbitrage, on réussissait à amener Ferdinand VII à la rencontre de Napoléon, il deviendrait dès lors aisé de s’emparer de sa personne, et la difficulté se trouverait ainsi très-simplifiée, caron n'aurait plus devant soi que les vieux souverains détrônés, instruments commodes dans la main <jui pourrait leur assurer le repos dont leurs vieux jours avaient besoin , et la vengeance .dont leur cœur ulcéré était avide. On pouvait leur laisser quelque temps le sceptre, et se le faire céder ensuite au prix d'une retraite opulente et douce, ou bien le leur enlever à l'instant même, en profitant de la peur que leur causait une révolution naissante, et de l’aversion que ressentait pour eux un peuple dégoûté de leurs vices.

C’est ainsi qu’entraîné dans cette voie de conquête d’un trône étranger, sans y employer la guerre, moyen légitime quand on ne l’a pas provoquée, Napoléon d’astuce en astuce devenait à chaque instant plus coupable. Les uns ont tout jeté sur ce qu'ils appellent sa perfidie naturelle, les autres sur l'imprudence de Murat, qui l'avait engagé malgré lui. La vérité esf telle que nous la présentons ici. L'un et l'autre inspirés par l’ambition, et conduits par les circonstances, concoururent selon leur position à cette œuvre ténébreuse; et quant au projet de ne pas reconnaître le fils, et de se servir du père irrité contre le fils rebelle, il naquit en môme temps à Madrid et à Paris, dans la tôle de Murat et de Napoléon, de la vue des événements eux-mêmes. Cela devait être; car la situation, une fois qu’on s’y était placé, ne comportait pas une autre manière d’agir

Sur-le-champ Napoléon fit appeler auprès de lui le général Savary, employé déjà dans les missions les plus redoutables, et qui dans le moment revenait de Saint-Pétersbourg, où il avait, comme on l’a vu, fait preuve de souplesse autant que d’aplomb. Napoléon lui révéla toutes ses pensées à l’égard de l’Espagne, son désir de la régénérer et de la rattacher à la France en changeant sa dynastie, les embarras qui résultaient de cette entreprise, alternativement contrariée ou secondée par les événements, la

1 Ce que j’avance ici e«t prouve par les lettres de Murat et de Napoléon, par leur contenu cl par leur date..

fl A Y O X N K.

phase nouvelle qu'elle présentait depuis la révolution d'Aranjuez, la possibilité enfin de la conduire au terme désiré, en se servant de Charles IV contre Ferdinand VII. Napoléon exprima au général Savary l'intention de ne pas reconnaître le fils, d’afFecter pour l'autorité du père un respect religieux, de maintenir cette autorité le temps nécessaire pour s'emparer de la couronne, en se la faisant transmettre tout de suite ou plus tard, selon les circonstances ; de tirer Ferdinand VII de Madrid pour l’amener à Burgos ou à Bayonne, afin de s’assurer de sa personne, et d’en obtenir la cession de ses droits moyennant une indemnité en Italie, telle que l’Étrurie par exemple. Napoléon ordonna au général Savary de s’y prendre avec ménagement, d’attirer Ferdinand à Bayonne par l’espérance de voir le litige vidé en sa faveur; mais, s’il s’obstinait, de publier brusquement la protestation de Charles IV, de déclarer que lui seul régnait en Espagne, et de traiter Ferdinand VII en fils et en sujet rebelle. Les moyens les moins violents devaient toujours être préférés ‘. Napoléon voulut que le général Savary se rendit à l’instant même à Madrid, pour aller enfin y dire à Murat un secret qu’on lui avait caché jusqu’ici, qu’il avait bien entrevu, mais qu’il fallait lui faire connaître par un homme sûr, qui fût capable de le diriger dans cette voie tortueuse, où les moindres faux pas pouvaient devenir funestes. Le général Savary partit immédiatement pour exécuter tout cn- 4ière et sans réserve la volonté de Napoléon.

Cependant il se produisit tout à coup dans l’esprit de Napoléon l’un de

1 On a nié que le général Savary eût reçu cette mission, et que Napoléon l’eût donnée. Ou a voulu que la déplorable scène de Bayonne toit sortie du hasard des événements ; que toute la famille royale d’Kspagne, que père, mère, fils, frère, oncle* soient venus par une sorte d'entrainement involontaire se jeter dans les mains de Napoléon, qui, les tenant une fois réunis, n’aurait pas résisté à la tentation de se saisir de leurs personnes. Je rtc sais si Napoléon serait beaucoup plus excusable dans cette hypothèse que dans l'autre. Quoi qu’il en soit, les preuves existeut, et ne laissent sur ce sujet aucun doute, et moi, qui ne veux en rien ternir la gloire de Napoléon , je dirai ici la vérité comme je l’ai dite dans l'affaire du duc (TEnghicn, par la loi toute simple et toute souveraine de rapporter, quand on écrit l'histoire , les faits tels qu'ils se sont passés. J’ai donné précédemment la succession des pensées de Napoléon à l'égard de l'invasion de l'Espagne ; ici je rapporte au juste, d’après des documents irréfragables, c’est-à-dire d’après les correspondances autographes contenues à la Secrélairerie d’Etat, la succession de ses idées à l'égard de la réunion de Bayonne. D'après ces correspondances, il ne saurait être douteux que le général Savary reçut ta mission que je lui attribue. Dès qu’il arrive, en effet, il écrit à l’Empereur : J'ai rajijtortê vos intentions au prince Murat. I<e prince Murat répond à l’Empereur : Je connais enfin vos intentions, et maintenant tout marchera suivant Vos désirs . Ensuite, jour par jour, Murat raconte tout ce qu’il fait pour conduire à Bayonne le fils, puis le pcrc, les frères et tous les princes, s’en rapportant Toujours aux intentio de Napoléon, transmises par le général Savary et d’antres agents envoyés depuis. Les U "cs.dc Napoléon contiennent en outre une approbation do tous ces actes, d'abord à mots couverts, puis à mots découverts , découverts jusqu’à ordonner au maréchal Bessièrcs l’arrestation de Ferdinand VII si celui-ci refnse de se rendre à Bayonne. Ainsi la résolution de faire venir les princes espagnols à Bayonne ne saurait être niée pour Napoléon , pas pins que la mission de le* y amener pour le général Savary.

ces retours soudains qui étonnent quand on ne connaît pas la nature humaine, et qu'on se hâte d'appeler des inconséquences, lorsqu’on les rencontre chez des hommes d’une supériorité moins reconnue que celui dont nous écrivons ici l'histoire. Bien qu'une sorte de penchant fatal l'entraînât vers l'usurpation de la couronne d'Espagne, il ne se dissimulait aucun des inconvénients attachés à. cette déplorable entreprise. Il pressentait le hjâme de la conscience publique, l’indignation des Espagnols, leur résistance opiniâtre, le parti avantageux que l’Angleterre pourrait tirer de cette résistance; il pressentait tous ces inconvénients avec uqe étonnante clairvoyance; et néanmoins aveuglé, non sur les difficultés , mais sur son immense force pour les vaincre, entraîné par la passion de fonder un ordre nouveau en Europe; il marchait à son but, troublé toutefois de temps en temps par l'apparition subite et passagère des plus sinistres images. Un incident, mal compris jusqu’aujourd'hui , ht donc naître tout à coup chez lui l’un de ces retours accidentels, et le porta un instant à donner des ordres tout contraires à ceux qu’il avait expédiés antérieurement, ordres que certains historiens mal informés ont présentés comme la preuve que Napoléon dans l'affaire d'Espagne n'avait pas voulu ce qui s’était fait, et qu’il avait été engagé plus vite, plus loin qu’il n'aurait souhaité, par l'imprudente ambition de Murat.

Parmi les agents de Napoléon voyageant en Espagne s’en trouvait un * dans lequel il avait une juste confiance : c’était son chambellan de Tournon, esprit froid, peu enclin aux illusions, et assez dévoué pour dire la vérité. C'était l'un de ces hommes que Napoléon envoyait volontiers remplir une mission indifférente en apparence, comme, de remettre une lettre de félicitations ou de condoléance, parce que chemin faisant il observait beaucoup, observait bien, et rapportait fidèlement ce qu'il avait observé.

M. de Toumon depuis les six derniers mois avait fait plusieurs voyages en . Espagne, pour porter à Charles IV des lettres de Napoléon. Il avait jugé la Péninsule et ce qui allait s'y passer avec une sagacité que les évènements n’ont que trop justifiée. Ainsi, par exemple, il avait parfaitement discerné que la vieille cour était au terme de sa domination; qu’une nouvelle cour se préparait, adorée déjà des Espagnols; qu'il fallait chercher à se l’attacher par le liesoin qu’elle aurait de la protection française, se bien garder de prendre la couronne d’Espagne, par force ou par ruse, car on trouverait dans un peuple fanatique une résistance désespérée, et que les avantages qu’on pourrait recueillir d’une telle conquête ne vaudraient pas les efforts qu’il en coûterait pour l’accomplir. M. de Tournon avait très-distinctement aperçu tout cela, et n’avait pas craint de le dire dans ses nombreux voyages, tant en présence de Murat que de ses officiers, tous épris d’eutrepriscs aventureuses, méprisant profondément la populace espagnole, et ne croyant pas qu’elle put nous résister quand les meilleurs sol*

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dais de l’Europe avaient fléchi. devant nous. M. de Tournon, après avoir vu pendant son dernier séjour k Aladrid les préludes de la révolution d’Aranjuez et l'enthousiasme du peuple pour le prince des Asturies, était demeuré convaincu qu’il y aurait folie à vouloir s’emparer de l’Espagne, soit par des moyens détournés, soit par des moyens ouverts, et qu’il valait cent lois mieux faire de Ferdinand un allié, qui serait plus soumis encore que Charles IV, parce que le prince de la l'ait et la vieille reine ne seraient plus à ses côtés pour apporter à sa soumission l’intermittence de leurs caprices ou de leurs rancunes. Napoléon avait ordonné à M. de Tournon d’étre le 15 mars à liurgos , se proposant d’y arriver lui-méme à la même époque, et voulant recueillir de la hottehe d’un homme sur le détail de tout ce qui se serait passé. AI. de Tournon traversa donc pour aller h liurgos le quartier général de Alurat, ne dissimula ni à lui ni k ses officiers l'effroi que lui inspirait l'entreprise dans laquelle on s'engageait, s’exposa à toutes leurs railleries (Alurat en particulier ne s'en lit faute) , et se rendit à liurgos le 15, comme il en avait l'ordre. De liurgos il écrivit & Napoléon pour le supplier humblement, mais avec l’insistance d'un honnête homme, de ne prendre encore aucun parti définitif avant d’avoir vu l'Espagne de ses propres yeux, surtout de ne point se décider d’après ce que lui manderaient des militaires braves mais étourdis, ne rêvant que batailles et couronnes; qu'on éprouverait en Espagne de cruels mécomptes, et peut-être d’affreux malheurs. Il attendit & Burgos jusqu’au 24; et, ne voyant point arriver Napoléon, il partit pour Paris, oii il ne put être rendu que le 29, en se hélant le plus possible, vu l’état des routes et des relais, ruinés alors par l’excessif usage qu’on venait d'en faire.

Alurat n'ayant point écrit le 22 et le 23, occupé qu’il avait été de son entrée k Aladrid , Napoléon se trouva le 28 et le 29 sans nouvelles. Il fut fort inquiet de ce qui avait pu survenir en Espagne, et dans cet état d'extrême inquiétude il fut porté un instant à voir les choses par leur coté le moins favorable. L'arrivée imprévue d’un témoin oculaire, sage, bien informé, contredisant avec conviction et désintéressement les rapports intéressés des militaires , l'arrivée d’un pareil témoin produisit chez Napoléon un changement de résolution soudain, et malheureusement trop court, car ’ il dura à peine vingt-quatre heures. Napoléon partagea toutes les anxiétés de Al. de Tournon à l’idée des Français pénétrant dans Aladrid au moment d'une révolution politique, se mêlant avec leur pétulance naturelle aux factions qui divisaient l’Espagne , entrant en collision avec les Espagnols , et l'engageant dans d’immenses difficultés, peut-être dans une guerre d’extermination avec un peuple féroce, passionné pour son indépendance. Surle-champ il écrivit h Alurat pour lui dire que Al. de Tournon allait repartir et lui porter de nouveaux ordres, qu’il marchait trop vite et se bâtait trop de paraître sous les murs de Aladrid (Alurat cependant était plutôt en re- ,

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