‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 48 sur 186 · LIVRE XXXI. — J L'IN · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI. — J L'IN

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Verdier lui-même, beaucoup d’artillerie de siège, et une colonne de gardes nationaux d’élite levés dans les Pyrénées, le tout formant un corps de dix à onze mille hommes. Il chargea le général Verdier de prendre la direction du siège, le général Lefebvre-Desnoetles n’étant qu’un général de cavalerie, et lui donna l’un de ses aides de camp, le général Lacoste, pour diriger les travaux du génie. Tout faisait espérer qu’avec une pareille force j et beaucoup d’artillerie, on viendrait à bout de cette ville insurgée. En tout cas, Xapoléon lui destinait encore quelques-uns de ses vieux régiments en marche vers les Pyrénées.

Il s’occupa ensuite d’organiser, avec les régiments arrivés à Bayonne , le corps du maréchal Bessières, qui avait pour mission de couvrir la marche de Joseph sur Madrid, et de tenir tète aux révoltés du nord, lesquels chaque jour faisaient parler d’eux d'une manière plus inquiétante. Des six vieux régiments mandés les premiers, quatre étaient arrivés, les 4r léger et 15* de ligne, les 2* et 12' légers, et les deux bataillons de Paris. Xapoléon les plaça sous le commandement du brave général de division Mouton, qui était en Espagne depuis que les Français y étaient entrés, et en forma deux brigades. La première, composée des 2* et 12e légers et des détachements de la garde impériale, fut commandée par le général Rey. La seconde, composée du 4* léger et du 15e de ligne, avec un bataillon de la garde de Paris, fut commandée parle général Reynaud. L’ancienne division du général Verdier, dont une partie l’avait suivi sous Saragosse, fut réunie tout entière à la division Merle, et formée en quatre brigades sous les généraux Darmagnac, Gaulois, Sabattier et Ducos. Le général de cavalerie LasaJIe, qui avait déjà les 1 0* et 22* de chasseurs, et un détachement de grenadiers et de chasseurs à cheval de la garde impériale, dut y joindre le 20e de chasseurs, et un régiment provisoire de dragons. La division Mouton pouvait être évaluée à 7 mille hommes, celle ' de Merle à 8 mille et quelques cents, celle de Lasallc à 2 mille, en tout 1 7 mille hommes. Divers petits corps composés de dépôts , de convalescents , de bataillons et escadrons.de marche, formaient à Saint-Séhastien , à Vittoria, à Burgos, des garnisons pour la sûreté de ces villes, et portaient à 21 mille hommes le corps du maréchal Bessières, destiné à contenir le nord .de l’Espagne, à réprimer les révoltés de la Castille, des Asturies, de la Galice, à couvrir la route de Madrid, et à escorter le roi Joseph.

Ainsi X'apoléon avait déjà envoyé successivement plus de 110 mille hommes en Espagne, dont 50 mille, répandus au delà de Madrid, étaient répartis entre Andujar, Valence et Madrid, sous le général Dupont, le maréchal Moncey, le général Savary; dont 20 mille étaient en Catalogne, sous les généraux Reitlc et Duhesme; 12 mille devant Saragosse, sous le général Verdier; 21 à 22 mille autour de Burgos, sous le maréchal Bessières , et quelques mille éparpillés entre les divers dépôts, de la fron-

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tière. Contre des troupes de ligne et pour une guerre régulière avec l’Espagne ^ c’eût été beaucoup, peut-être même plus qu’il ne fallait, bien que nos soldats fussent jeunes et peu aguerris. Contre un peuple soulevé tbut entier, ne tenant nulle part en rase campagne, mais barricadant chaque ville et chaque village, interceptant les convois, assassinant les blessés, obligeant chaque corps à des détachements qui l'affaiblissaient au point de le réduire à rien, on va voir que c’était bien peu de chose. Il eut fallu surle-champ GO ou 80 mille hommes de plus en vieilles troupes , pour comprimer cette insurrection formidable, et probablement on y eût réussi. Mais Napoléon ne voulait puiser que dans ses dépôts du Rhin, des Alpes et des côtes, et n'entendait point diminuer les grandes armées qui assuraient son empire sur l’Italie , l’Illyrie , l’Allemagne et la Pologne : nouvelle preuve de cette vérité souvent reproduite dans cette histoire, qu'il était impossible d’agir à la fois en Pologne, en Allemagne, en Italie, en Espagne, sans s’exposer à être insuffisant sur l'un ou l'autre de ces théâtres de guerre, et bientôt peut-être sur tous.

Le moment étant venu de faire entrer Joseph en Espagne, Napoléon décida que l’une des, deux brigades de la division Mouton, la brigade Rey, prenant le nouveau roi à Irun, l'escorterait dans toute l’étendue du commandement du maréchal Bessières, qui comprenait de Bayonne à Madrid. Ses nouveaux ministres, MM. O’Farrill, d’Azanza, Cevallos, dTrquijo, les uns pris dans le conseil même de Ferdinand VII , les autres dans des cabinefs antérieurs, tous réunis par l’intérêt pressant d’épargner à l’Espagne une guerre effroyable en se ralliant à la nouvelle dynastie, l’accompagnaient avec les membres de l’ancienne junte. Plus de cent voitures allant au pas des troupes composaient le cortège royal. Joseph était doux , affable, mais parlait fort mal l’espagnol, connaissait plus mal encore l’Espagne elle-même, et par sa figure, son langage, ses questions, rappelait trop qu’il était étranger. Aussi, accueilli, jugé avec une malveillauce toute naturelle, fournissait-il matière aux interprétations les plus défavorables. Chaque soir, couchant dans une petite ville ou dans un gros bourg, s’efforçant d’entretenir les principaux habitants qu’il avait de la peine à joindre, il leur prêtait à rire par ses manières étrangères, par son accent peu espagnol. Bien qu’il les touchât quelquefois par sa bonté visible, ils n’en allaient pas moins faire en le quittant mille peintures plus ou moins ridicules du roi intrus , comme ils l'appelaient. La plupart aimaient à dire que Joseph était un malheureux, contraint à régner malgré lui sur l’Espagne , èt victime du tyran qui opprimait sa famille aussi bien que le monde.

Les impressions que Joseph éprouva à Irun t à Tolosa, à Vittoria, furent profondément tristes, et son âme faible, qui avait déjà regretté plus d’une fois le royaume de Naples pendant les journées passées à Bayonne,

se remplit de regrets amers en voyant le peuple sur lequel il était appelé À régner soulevé tout entier, massacrant les soldats français, se faisant massacrer par eux. DèsVittoria, les lettres de Joseph étaient empreintes d'une vive douleur. Je il ai personne pour moi, furent les premiers mots qu'il adressa à l'Empereur, et ceux qu’il lui répéta le plus souvent. — Il nous fout cinquante mille hommes de vieilles troupes et cinquante millions , et y si vous tardez, il nous faudra cent mille hommes et cent millions... telle fut chaque soir la conclusion de toutes ses lettres. Laissant aux généraux français la dure mission de comprimer la révolte, il voulut naturellement se réserver le rôle de la clémence, et à toutes ses demandes d'hommes et d’argent il se mit à joindre des plaintes quotidiennes sur les excès auxquels se livraient les militaires françuis, se constituant leur accusateur constant, et l'apologiste tout aussi constant des insurgés; genre de contestation qui devait bientôt créer entre lui et l’armée des divergences fâcheuses, et irriter Napoléon lui-même. Il est trop vrai que nos soldats commettaient beaucoup d’excès; mais ces excès étaient bien moindres cependant que n'aurait pu le mériter l’atroce cruauté dont ils étaient souvent les victimes. r

Il n’était pas besoin de cette correspondance pour révéler à Napoléon toute l’étendue de la faùte qu’il avait commise, quoiqu’il ne voulut pas en convenir. Il savait tout maintenant, il connaissait l’universalité et la violence de l’insurrection. Seulement, il avait trouvé les insurgés si prompts à fuir en rase campagne, qu’il espérait encore pouvoir les réduire sans une trop grande dépense de forces. — Prenez patience, répondait-il à Joseph , et ayez bon courage. Je ne vous laisserai manquer d’aucune ressource; vous aurez des troupes en suffisante quantité; l’argent ne vous fera jamais défaut en Espagne avec une administration passable. Mais ne vous constituez pas l'accusateur de mes soldats, au dévouement desquels vous et moi devons ce que nous sommes. Ils ont atfaire à des brigands qui les égorgent, et qu’il faut contenir par la terreur. Tâchez de vous acquérir l’affection des Espagnols; mais ne découragez pas l’armée, ce serait une faute irréparable. — A ces discours Napoléon joignit les instructions les plus sévères pour ses généraux, leur recommandant expressément de ne rien prendre, mais d’être d’une impitoyable sévérité pour les révoltés. Ne pas piller, et faire fusiller, afin d'ôter le motif et le goût de la révolte , devint l'ordre le plus souvent exprimé dans sa correspondance.

Pendant que le voyage de Joseph s’effectuait au pas de l'infanterie, la lutte continuait avec des chances variées en Aragon et eu Vieille-Castille. Le général Verdier, arrivé devant Saragosse avec deux mille hommes de sa division, et trouvant les divers renforts que Napoléon y avait successivement envoyés, tels qu’infanterie polonaise, régiments de marche, comptait environ 12 mille hommes de troupes, et une nombreuse artillerie

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amenée de Pampelune. Déjà il avait fait enlever par le général Lefebvre- Desnoettes les positions extérieures , resserré les assiégés dans la place, et élevé de nombreuses batteries par les soins du général Lacoste. Les 1" et 2 juillet, il résolut, sur les pressantes instances de Napoléon, de tenter une attaque décisive, avec 20 bouches à feu de gros calibre, et 10 mille fantassins lancés à l’assaut. La ville de Saragosse est située tout entière sur la droite de TEbre, et n'a sur la gauche qu’un faubourg. (Voir la carte n#45.) Malheureusement, on n’avait pas encore réussi, malgré les ordres réitérés de l’Empereur, à jeter un pont sur l’Ebre, de manière à pouvoir porter partout la cavalerie et priver les assiégés de leurs communications avec le dehors. Vivres, munitions , renforts de déserteurs et d’insurgés leur arrivaient donc sans difficulté par le faubourg de la rive gauche, et presque tous les insurgés de l'Aragon avaient fini pour ainsi dire par se réunir dans cette ville. Située tout entière, avons-nous dit, sur la rive droite, Saragosse était entourée d'une muraille , flanquée à gauche d’un fort château dit de l’Inquisition, au centre d'un gros couvent, celui de Santa-Engracia , et à droite d’un autre gros couvent, celui de Saint- Joseph. Le général Verdier avait fait diriger unê puissante batterie de brèche contre le château, et s’était réservé cette attaque, la plus difficile et la plus décisive. U avait dirigé deux autres batteries de brèche contre le couvent de Santa-Engracia au centre, contre le couvent de Saint-Joseph à droite, et il avait confié ces deux attaques au général J^efebvre-Desnoettes.

Le l*r juillet, au signal donné, les vingt mortiers et obusiers, soutenus par toute l’artillerie de campagne, ouvrirent un feu violent tant sur les gros bâtiments qui flanquaient la muraille d’enceinte, que sur la ville ellemême. Plus de 200 bombes et de 1,200 obus furent envoyés sur cette malheureuse ville, et y mirent le feu en plusieurs endroits, sans que ses défenseurs, qui lui étaient la plupart étrangers, et qui, postés dans les maisons voisines des points d’attaque, n’avaient pas beaucoup à souffrir, fussent le moins du monde ébranlés. Sous la direction de quelques officiers du génie espagnols, ils avaient placé en batterie 40 bouches à feu qui répondaient parfaitement aux nôtres. Ils avaient, sur les points où nous pouvions nous présenter, des colonnes composées de soldats qui avaient déserté les rangs de l’armée espagnole, et pas moins de dix mille paysans embusqués dans les maisons. Le 2 juillet au matin, de larges brèches ayant été pratiquées au château de l'Inquisition et aux deux couvents qui flanquaient l’eùceinte, nos troupes s’élancèrent à l’assaut avec l’ardeur de soldats jeunes et inexpérimentés. Mais elles essuyèrent sur la brèche du château de l'Inquisition un feu si terrible, qu'elles en furent étohnées, et que, malgré tous les efforts des officiers, elles n’psèrent pénétrer plus avant. Il en fut de même au centre, au couvent de Santa-Engracia. A droite seulement le général Habert réussit à s’emparer du couvent de Saint-Joseph , et

à se procurer une entrée dans la ville. Mais quand il voulut y pénétrer, il trouva les rues barricadées, les murs des maisons percés de mille ouvertures et vomissant une grêle de balles. Les soldats d'Austerlitz et d’Eylau auraient sans doute bravé ce feu avec plus de sang-froid; mais devant des obstacles matériels de cette espèce, ils n'auraient peut-être pas fait plus de progrès. Il était évident qu’il fallait contre une pareille résistance de nouveaux et plus puissants moyens de destruction, et qu’au lieu de faire tuer des hommes en marchant à découvert devant ces maisons, il fallait les renverser à coups de canon sur la tête de ceux qui les défendaient.

Le général Verdier, conservant le couvent de Saint-Joseph dont il détail emparé à droite , fit rentrer ses troupes dans leurs quartiers, après une perle de -4 à 500 hommes tués ou blessés , perte bien grave par rapport à un effectif de 10 mille hommes. ]*e grand nombre d’officiers atteints par le feu prouvait quels efforts ils avaient eu à faire pour soutenir ces jeunes soldats en présence de telles difficultés.

Le général Verdier résolut d’attendre des renforts et surtout des moyens plus considérables en artillerie, pour renouveler l’attaque sur cette place, qu’on avait cru d’abord pouvoir réduire en quelques jours, et qui tenait beaucoup mieux qu’une ville régulièrement fortifiée. Napoléon, averti de cet état de choses, lui envoya sur-le-champ les 14e et 44* de ligne, qui venaient d’arriver, et plusieurs convois de grosse artillerie.

La nouvelle de cette résistance causa dans tout le nord de l’Espagne une émotion extrême , et augmenta singulièrement la jactance des Espagnols. Joseph , arrivé à Briviesca, recueillit de tous côtés les preuves de leur haine contre les Français, el de leur confiance dans leur propre force. Il trouva partout ou la solitude, ou la froideur, ou une exaltation d’orgueil inouïe, comme si les Espagnols avaient remporté sur nous les mille victoires que nous avions remportées sur l'Europe. C’était surtout l’armée de don Gregorio de la Cuesta et de don Joaquin Blake , composée des insurgés de la Galice, de Léon, des Asturies, de la Vieille-Castille, et arrivant sur Burgos par Benavente, qui était le principal fondement de leurs espérances. Ils ne doutaient pas qu’une victoire éclatante ne fût bientôt remportée par celle armée sur les troupes du maréchal Bessières, et alors celte victoire, jointe à la résistance de Saragosse, ne pouvait manquer, suivant eux, de dégager tout le nord de l’Espagne. On n’avait pas de nonvelles certaines du midi ; mais les mauvais bruits sur le sort du maréchal Monccy à Valence, du général Dupont en Andalousie, redoublaient et s’aggravaient chaque jour, et, en tout cas, disaient les Espagnols, ils seraient prochainement obligés de se retirer l’un et l’autre pour réparer les échecs essuyés au nord. C'était, du reste, l’avis de Napoléon, qu’au nûrd se trouvait maintenant le plus grand péril, car le nord était la base d'opération de nos armées, et il avait ordonné au maréchal Bessières de prendre

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avec lui les divisions Merle et Mouton (moins la i»ri«jade Rey laissée à Joseph) , d’y joindre la division de cavalerie Lasalie , de marcher vivement au-devant de Blakc et de Gregorio de la Cuesta, de fondre sur eux , et de les battre à tout prix. Etre les maîtres au nord, sur la route de Bayonne & Madrid, était, suivant lui, le premier intérêt de l’armée, la première condition pour se soutenir en Espagne. Tout en recommandant fort à l'attention du général Savary ce midi si impénétrable, si peu connu, il lui avait prescrit d’envoyer au maréchal Bessières , par Ségovie , toutes Jes forces dont il n'aurait pas indispensablement besoin dans la capitale; car,, disait-il , un échec au midi serait un mal , mais un échec sérieux au nord serait la perte de l’armée peut-être, et au moins la perte de la campagne, car il faudrait évacuer les trois quarts de la Péninsule pour reprendre au nord la position perdue.

Le maréchal Bessières partit en effet le 12 juillet de Burgos avec la division Merle, avec la moitié de la division Mouton (brigade Reynaud) et avec la division Lasalie, ce qui formait en tout 11 mille hommes d’infanterie et 1,500 chevaux, tant chasseurs et dragons que cavalerie de la garde. Avec ces forces, il marcha résolument sur le grand rassemblement des insurgés du nord, commandé, avons-nous dit, par les généraux Blake et de la Cuesta.

Le capitaine général don Gregorio de la Cuesta s'était retiré dans le royaume de Léon après sa mésaventure du pont de Cabezon, et, bien qu’il fut fort mécontent de l'insurrection, dont l’imprudence l’avait exposé à un échec fâcheux, il tenait cependant à se relever, et il avait essayé de mettre quelque ordre dans les éléments confuâ dont se composait l'armée insurgée. Il avait 2 à 3 mille hommes de troupes régulières , et environ 7 ou 8 mille volontaires, bourgeois, étudiants, gens du peuple, paysans. 11 voulait ajouter à ce rassemblement les levées des Asturies et surtout celles de la Galice, bien plus puissantes que celles des Asturies, parce qu'elles comprenaient une grande partie des troupes de la division Taranco, revenue du Portugal. Les Asturiens songeant d’abord à eux-mêmes, et se tenant pour invincibles dans leurs montagnes tant qu'ils y resteraient enfermés, n’avaient pas voulu se rendre à l’invitation de la Cuesta, et s’étaient bornés à lui envoyer deux ou trois bataillons de troupes régulières. Mais la junte de la Corogne, moins prudente et plus généreuse, avait décidé, malgré le général don Joaquin Blake, qui avait remplacé le capitaine général Filangieri , que les forces de la. province seraient envoyées en entier dans les plaines de la Vieille-Castille, pour y tenter le sort des armes. Don Joaquin Blake, issu de ces familles anglaises catholiques qui allaient chercher fortune en Espagne, était un militaire de métier, assez instruit dans sa profession. Il s’était appliqué, en sc servant des troupe» de ligne dont il disposait, à composer une armée régulière, capable de tenir devant un

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ennemi aussi rompu à la guerre que les Français. 11 avait grossi les cadres de ses troupes de ligne d’une partie des insurgés , et formé avec le reste des bataillons de volontaires, qu’il exerçait tous les jours pour leur donner quelque consistance. Soit qu’il ne fût pas désireux de se mesurer trop tôt avec les Français, soit que réellement il comprit bien à quel point la bonne organisation décide de tout à la guerre, il demandait encore plusieurs mois avant de descendre dans les plaines de la Castille, et il voulait, en attendant, qu'on le laissât discipliner son armée derrière les montagnes de la Galice. Vaincu par la volonté de la junte , il fut obligé de se mettre en route , et de s'avancer jusqu'à Benavcntc. Il aurait pu amener 27 ou 28 mille hommes de troupes, moitié anciens bataillons, moitié nouveaux; mais il laissa deux divisions en arrière , au débouché des montagnes , et avec trois qui présentaient un effectif de 15 ou 18 mille hommes, il s’achemina sur la route de Valladolid. Il fit sa jonction avec don Gregorio de la Cuesta aux environs de Médina de Rio-Seco le 12 juillet. Ces deux généraux n'étaient guère faits pour s'entendre* L'un était impérieux et chagrin, l’autre mécontent de venir se risquer en rase campagne contre un ennemi jusqu’ici invincible, et n'était pas disposé par conséquent à se montrer facile. Gregorio de la Cuesta prit le commandement, à titre de plus ancien, et il eut une entrevue avec son collègue à Médina de Rio-Seco pour concerter leurs opérations. Ils pouvaient à eux deux mettre en ligne de 26 à 28 mille hommes. Avec de meilleurs soldats ils auraient eu des chances de succès contre les Français, qui n'allaient se présenter qu’au nombre de 11 à 12 mille.

Médina de Rio-Seco est sur un plateau. A gauche (pour les Espagnols) se trouve la route de Burgos et Palencia, par laquelle arrivaient les Français sous le maréchal Bessières; à droite, celle de Valladolid. Un détachement français de cavalerie, battant le pays entre les deux routes, induisit en erreur les généraux espagnols, peu exercés aux reconnaissances, et ils crurent que l'ennemi venait par la route de Valladolid , c'est-à-dire par leur droite. C’était le 13 juillet au soir. Abusé par ces apparences, le général Blake profila de la nuit poor porter son corps d’armée à droite de Médina, sur la route de Valladolid. A la naissance du jour, qui dans cette saison a lieu de très-bonne heure , les généraux espagnols reconnurent qu'ils s'étaient trompés, et de la Cuesta, qui s'était mis en mouvement le dernier, s’arrêta dans sa marche, en ayant soin d'appuyer à gauche vers la route de Palencia, par où s’avancaient les Français. Se croyant plus en péril , il demanda du secours à Blake, qui se hâta de lui envoyer l’une de ses divisions. Les généraux espagnols se trouvèrent donc rangés sur deux lignes, dont la première, placée en avant et plus à droite, était commandée par Blake ; la seconde , fort en arrière dç la première , et plus à gauche , était commandée par de la Cuesta. Ih demeurèrent immobiles dans Celte

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situation , attendant les Français sur le sommet du plateau, et étant trop peu habitués aux manœuvres pour rectifier si près de l'ennemi la position qu'ils avaient prise.

Le maréchal Bcssières, auquel il restait, après une marche rapide, environ 0 ou 10 mille hommes d'infanterie et 1,200 chevaux , en présence de 26 ou 28 mille hommes, n'en conçut pas le moindre trouble , car il avait la plus haute opinion de ses soldats. Avec deux vieux régiments, le V léger et le 15’ de ligne, et quelques escadrons de la garde, il se sentait capable d’enfoncer tout ce qu'il avait devant lui. Le brave Bessièrcs, officier de cavalerie formé à l’école de .Murat, né comme lui en Gascogne, avait beaucoup de sa jactance, de sa promptitude et de sa bravoure. 11 s’avançait avec ses troupes au bas du plateau de Médina de Rio-Seco, lorsqu’il aperçut au loin les deux lignes espagnoles , l’une derrière l’autre , la seconde par sa gauche débordant beaucoup la première. Il résolut de profiter de la distance laissée entre elles, en se portant d'abord sur le flanc de la première, et, après l'avoir enfoncée, de fondre en masse sur la seconde. Il s'avança sur-le-champ, le général Merle, à sa gauche, devant attaquer la ligne de illake; le général .Mouton , à sa droite, devant flanquer Merle, et puis se jeter sur la ligne de la Cuesta. La cavalerie suivait sous le brave et brillant Lasalle.

Nos jeunes troupes, partageant la confiance de leurs généraux, gravirent le plateau avec une rare assurance. Elles abordèrent résolument la ligne de Blake par sa gauche, sous un violent feu d’artillerie, car l’artillerie était ce qu'il y avait de meilleur dans l’armée espagnole. Arrivées & portée de fusil , elles firent un feu bien dirigé, ayant été fort exercées depuis leur entrée en Espagne. Puis elles marchèrent à la ligne ennemie, qu’elles joignirent à la baïonnette. tas Espagnols ne tinrent pas; une charge du général I^asalle avec les chasseurs acheva de les culbuter, et la gauche de la première ligne espagnole, renversée, laissa la seconde à découvert. A ce spectacle , une partie de celle-ci se porta spontanément en avant, et essaya bravement de faire tôte à nos troupes, en profitant du désordre même que le succès avait mis dans leurs rangs. Elle les arrêta en effet un instant , et réussit à mettre la main sur l’une de nos batteries qui avait suivi le mouvement de notre infanterie. Elle fut appuyée dans cet effort par les gardes du corps et les carabiniers royaux , qui chargèrent vaillamment. Les fantassins espagnols, se croyant vainqueurs, jetaient déjà leurs chapeaux en l'air, en criant lira cl rey! Mais le marécbal Bcssières avait en réserve 300 chevaux, tant grenadiers que chasseurs à cheval de la garde impériale , qui s’élancèrent au galop en criant de leur côté : Vive C Empereur ! Plus de Bourbons en Europe f Ils culbutèrent en un instant les gardes du eorps et les carabiniers royaux, les traitant comme à Austerlitz ils avaient traité les chevaliers-gardes de l’empereur Alexandre. Alors,

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le général Merle ayant achevé de renverser la première ligne , celle dè Blake, se porta sur le centre de la seconde, celle de la Cuesta, que le général Mouton abordait déjà de son côté. Devant la double attaque des jeunes soldats du général Merle et des vieux soldats du général Mouton , elle ne tint pas longtemps. La seconde ligne espagnole, culbutée comme la première, lâcha pied tout entière, fuyant en désordre sur le plateau de Médina de Rio-Seco , et cherchant à se sauver vers cette ville. A l'instant, les douze cents chevaux de Lasalle , lancés sur une masse de vingt-cinq mille fuyards, saisie d’une indicible terreur, jetant ses armes, poussant les hurlements du désespoir , en firent un horrible carnage. Bientôt cette plaine immense ne présenta plus qu'un spectacle lamentable, car elle était jonchée de quatre à cinq mille malheureux abattus par le sabre de nos cavaliers. Les vastes champs de bataille du Nord, que nous avions couverts de tant de cadavres , n’étaient pas plus afTreux à voir. Dix-huit bouches à feu, beaucoup de drapeaux, une multitude de fusils abandonnés en fuyant, restèrent en notre pouvoir. Tandis que la cavalerie, n’ayant d’autre moyen de faire des prisonniers que de frapper les fuyards, s’acharnait à sabrer, l'infanterie avait couru sur la ville de Médina. Ses habitants, sur le faux rapport de quelques soldats qui avaient quitté le champ de bataille avant la fin de l'action, croyaient l'armée espagnole victorieuse, et étaient tous aux fenêtres. Mais bientôt ils furent cruellement détrompés en voyant passer sous leurs yeux le torrent des fuyards. Une partie des soldats espagnols, retrouvant leur courage derrière des murailles, s’arrêtèrent pour résister. Le général Mouton, avec le 4e léger et le 15e de ligne, y entra à la baïonnette, et renversa tous les obstacles qu'on lui opposa. Au milieu de ce tumulte, les soldats, se conduisant comme dans une ville prise d'assaut, se mirent à piller Médina, livrée pour quelques heures à leur discrétion. Ises moines franciscains, qui des fenêtres de leur couvent avaient fait feu sur les Français, furent passés au fil de l’épée.

Cette sanglante victoire, qui nous soumettait tout le nord de l'Espagne, et devait décourager pour quelque temps les insurgés de cette région de descendre dans la plaine, ne nous avait coûté que 70 morts et 300 blessés. C'était l'heureux effet d'une attaque bien conçue , et exécutée avec une grande vigueur.

Le maréchal Bessières remit le lendemain son armée en ordre, et marcha vivement sur Léon pour achever de disperser les insurgés, qui fuyaient de toute la vitesse de leurs jambes, excellentes comme des jambes espagnoles.

La nouvelle de notre victoire de Jlio-Seco apporta, pour le moment du moins, un notable changement dans le langage et les dispositions des Espagnols. Ils crurent un peu moins que le nord > c'est-à-dire la route de Madrid, allait nous échapper, et tout notre établissement dans la Péninsule périr par la base.

Joseph, continuants marcher avec la même lenteur, était arrivé à Burgos. Il avait tâché de gagner des cœurs sur sa route, et s’était appliqué à les conquérir à force de prévenances et d'affectation d'humanité, donnant toujours tort aux soldats français et raison aux insurgés. S’apercevant néanmoins que les conquêtes qu'il faisait compensaient peu le temps qu’il perdait, recevant du général Savary l’invitation réitérée de venir se montrer à sa nouvelle capitale, rassuré surtout par la victoire de Rio-Seco, il mit (in à ces inutiles caresses envers des populations qui n’y répondaient guère, et se rendit d'un trait de Burgos à Madrid. 11 y entra le 20 au soir, au milieu d'une froide curiosité, n'entendant pas un cri, si ce n’est de la part de l’armée française, qui, bien que peu contente de lui, saluait en sa personne le glorieux Empereur pour lequel elle allait en tous lieux combattre et mourir. .

Joseph, quoique entré à Madrid après une victoire de l’armée française,-, qui devait rétablir la balance de l'opinion en sa faveur, y trouva comme ailleurs une répugnance à s’approcher de sa personne vraiment désespérante. Les ministres qui avaient accepté de le servir étaient consternés et lui déclaraient que, s’ils avaient prévu à quel point le pays était contraire à la nouvelle royauté, ils n'auraient pas embrassé son parti. Les membres de la junte de Bayonne qui l’avaient accompagné s’étaient peu à peu dispersés. Les magistrats composant le conseil de Castille, qu'on avait tant accusés de s'être prêtés à tout ce que voulait Murat, refusaient le serment. Les membres seuls du clergé, fidèles au principe de rendre à César ce qui est à César , étaient venus saluer en lui la royauté de fait, et surtout le frère de l'auteur du Concordat. Joseph s'exprima devant eux de la manière la plus significative en faveur de la religion ; ses paroles et surtout son attitude les touchèrent, et leur langage, après leur entrevue avec lui, avait produit un bon effet dans Madrid. Le corps diplomatique , cédant non au nouveau roi d'Espagne, mais à l'empereur des Français, avait mis de l'empressement à lui rendre hommage. Quelques grands d'Espagne, commensaux ordinaires et inévitables de la cour, n’avaient pu se dispenser de se présenter, et de tout cela, généraux français, ministres étrangers, haut clergé, courtisans venant par habitude, Joseph avait pu composer Une Tour d’assez bonne apparence, que de promptes victoires auraient aisément changée en une cour respectée et obéie, sinon aimée.

Mais si l’on avait remporté une victoire signalée an nord, on était fort en doute d'en obtenir une pareille au midi. On avait passé tout un mois sans avoir des nouvelles du général Dupont', et pour savoir ce qu’il était devenu, il avait fallu que sa seconde division, celle du général Vedel; qu'on lui avait envoyée pour le débloquer, eût frànchi de vive force les défilés de la Sierra-Morcna. On avait appris alors la prise de Cordoue, l'évacuation postérieure de cette ville, et l’établissement de l’armée à AodujAr. Depuis,

l’insurrection s’était refermée sur lui et le général Vedel, comme 1a mersur un vaisseau qui la sillonne, et on était de nouveau privé de toute information & son sujet. Quant au maréchal Moncey, on avait tout aussi longtemps ignoré son sort, et on venait enfin de l’apprendre. Voici ce qui lui était arrivé pendant les événements si divers de la Castille, de T Aragon , de la Catalogne et de l'Andalousie.

On l’a vu attendant à Cuença que le général Chabran pût s’avancer jusqu’à Castcllon de la Plana, tandis qu'au contraire le général Chabran avait été obligé de rebrousser chemin pour n’étre pas coupé définitivement do ilarcelone. Il avait même fallu à celui-ci beaucoup de vigueur pour traverser les bourgades insurgées d’Arbos, de Vendrell et de lillefranchc, et rejoindre son général en chef, qui s’était porté à sa rencontre jusqu’à Bruch. Tous deux étaient rentrés à Barcelone, où ils se voyaient contraints chaque jour de livrer des combats acharnés aux insurgés , qui venaient les atlaquerjuix portes même de la ville.

Ij€ maréchal Moncey, qui ignorait ces circonstances, avait attendu du 11 au 17 juin à Cuença, et alors, imaginant que le temps écoulé avait suffi au général Chabran pour s'approcher de Valence, il s'était mis en mouvement par la route presque impraticable de Kequena, ajoutant à ses trop longs retards à Cuença une lenteur de marche , bonne sans doute pour sa troupe, qui ne laissait ainsi aucun homme en arrière, mais très-fàchcuse pour l’ensemble général des opérations. Il avait passé par Tortola, Buenache, Minglanilla, où il était arrivé le 20. Le 21 , il s’était trouvé au bord du Cabriel, ayant devant lui plusieurs bataillons ennemis, dont un de troupes suisses, embusqués au pont de Pajazo, dans une position des plus difficiles à forcer. Le Cabriel en cet endroit roule au milieu d’afireux rochers. On parvient par un étroit défilé au pont qui le traverse, et après avoir passé ce pont, il reste à franchir encore un autre défilé tout aussi difficile. Les insurgés de Valence , auxquels on avait donné le temps de s’établir dans cette position, avaient obstrué le pont, placé du canon en avant, et répandu sur les rochers voisins des milliers de tirailleurs. Le maréchal Moncey amena sur ce point, par un chemin des plus rudes, quelques pièces de canon traînées à bras, fit enlever les obstacles accumulés sur le pont, puis détacha à droite et à gauche des colonnes qui, passant le Cabriel à gué, tournèrent les postes embusqués dans les rochers, tuèrent beaucoup de monde à l’ennemi, et se rendirent ainsi maîtresses de la position.

Le 22, lo maréchal Moncey employa la journée à se reposer, et à rendra la route plus praticable pour son artillerie V*t scs bagages. Le 23, il parvint à Utlel, et le 21 il arrica en face d’ùn long et étroit défilé qui conduit, à travers les montagnes de Valence, dans la fameuse plaine si renommée par sa beauté, que l'on appelle la Huerta de Valence. Ce défilé, connu sous le nom de défilé de las Cabreras, et formé par le lit d'un ruisseau ,

qu’il fallait passer à gué jusqu’à six fois, était vépnté inexpugnable. Le maréchal Moncey, par sa lenteur, avait permis aux insurgés de s’y poster, et d’y multiplier leurs moyens de résistance. Vaincre de front les obstacles qui nous étaient opposés était presque impossible, et devait coûter des pertes énormes. Le maréchal Moncey chargea le général Harispe, le héroa des Basques, de prendre avec lui les homnies les plus alertes, les meilleurs tireurs, et, après leur avoir fait déposer leurs sacs, de les conduire sur les hauteurs environnantes de droite et de gaucho pour en débusquer les Espagnols, et faire tomber les défenses du défilé en les tournant. Le général Harispe, après des efforts inouïs et mille combats de détail, conquit, un rocher après l’autre, les abords de la position, et réussit enfin à descendresur les derrières des Espagnols qui défendaient le défilé. A sa vue, l'ennemi prit la fuite , livrant à l'armée un passage qu’on n’aurait pu forcer s’il avait fallu l’attaquer de front. Le maréchal Moncey, victorieux, s'arrêta de nouveau à la Venta de Bunol pour permettre à ses bagages de le rejoindre et à son artillerie de se réparer. Les chemins qu’il avait traversés l’avaient en effet mise en fort mauvais état. Les moyens de réparation maoquail'nt comme les moyens ds subsistance dans le paya .mwiy. (jn'uu venait de parcourir. Mais l'artillerie espagnole, tombée tout entière an pouvoir des Français, fournit des pièces de rechange, et le 26 la colonne se mit en mouvement sur Chiva. Le lendemain 27 elle déboucha dans la belle plaine de Valence, coupée de mille canaux par lesquels se répand en tous sens l'eau du Guadalaviar, couverte de chanvres d’une hauteur extra* ordinaire, parsemée d'orangers, de palmiers et de toute la végétation des tropiques. Cette vue était faite pour réjouir nos soldats, fatigués des tristes lieux qu'ils avaient parcourus. Mais si, grâce à la lenteur de leur marche, ils arrivaient en assez bon état, ralliés tous an drapean, suffisamment nourris et très-capables de combattre, ils trouvaient aussi , par suite de cette même lenteur, l’ennemi bien préparé , et es mesure de défendre sa capitale. 11 fallait traverser à deux lieues de Valence, au village de Quarte, le grand canal qui détourne les eaux du Guadalaviar, rétablir le pont de ce canal qui était coupé, enlever le village de Quarte, plus une multitude de petits postes embusqués è droite cl à gauche dans les habitations de la plaine, ou cachés par la hauteur des chanvres. Ces obstacles arrêtèrent peu nos troupes, qui franchirent le canal, rétablirent le pont, enlevèrent le village, et, courant à travers les champs et les petits canaux, tuèrent, en perdant elles-mêmes quelques hommes, les nombreux tirailleurs qui, de tous côtés, faisaient pleuvoir sur elles une grêle de halles.

Le soir, on bivouaqua sous les murs de Valence. Le maréchal Moncey résolut de brusquer la ville en attaquant les denx portes de Quarte et de Saint-Joseph, qui s’olfraieut les premières à lui en venant de Requena. Un gros, mur éntouçait Valence. Des eaux en baignaient le pied. Des chevaux

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de frise , des obstacles de tout genre, couvraient les portes , et des milliers d'insurgès postés sur le toit des maisons étaient prêts k faire un feu de mousqueterie des plus meurtriers.

Le 28, dés la pointe du jour, le maréchal Moncey, après avoir obligé les tirailleurs ennemis k se replier, lança deux colonnes d'attaque sur les portes de Quarte et de Saint-Joseph. Les premiers obstacles furent promptement franchis ; mais, en arrivant près des portes, il fallut, avant d’y employer le canon , arracher les chevaux de frise qui les couvraient. Nos braves jeunes gens s'élancèrent plusieurs fois son3 le feu pour aller avec des haches exécuter ces opérations périlleuses. Mais, après plusieurs tentatives dirigées par le général du génie Cazals et suivies de perles considérables, on reconnut l’impossibilité absolue de forcer les portes, objet de nos attaques. Quand même on y eût réussi , on aurait trouvé au delà les têtes de rues barricadées comme k Saragosse, et c’eut été autant d'assauts à renouveler. Après avoir acquis celte conviction, le maréchal Moncey replia ses troupes, restant maître toutefois des faubourgs qu’il avait enlevés.

Cette sanglante tentative, qui lui avait coûté près de 300 hommes tués •u , U» Join»» r«ut a ►àtUottii*. tt avait amené avec lui 8 mille et

quelques cents hommes. Il en avait déjà laissé en route un millier, malades ou hors de combat. Il venait d'apprendre par des prisonniers que le général Chabran s’était replié sur Barcelone. Il avait devant lui une ville de soixante mille âmes, portée à cent mille au moins par l'agglomération dans scs murs de tous les cultivateurs de la plaine, et résolue à se défendre jusqu’à la mort , par la crainte où elle était que les Français ne vengeassent sur elle l’odieux assassinat de leurs compatriotes. Pour vaincre une pareille résistance, le maréchal n’avait pas de grosse artillerie. Il renonça donc très-sagement à recommencer une attaque qui n’avait aucune chance de succès, et qui n’aurait fait qu'augmenter les difficultés de sa retraite, en augmentant le nombre des blessés k emporter avec lui. Il eut le bon esprit, une fois cette résolution arrêtée, de l’exécuter saus retard. On lui avait appris que le capitaine général Cerbellon, lequel était , non pas dans Valence, mais en rase campagne à la tète des insurgés de la province , se trouvait, avec 7 ou 8 mille hommes, sur les bords du Xucar, petit fleuve qui, après avoir contourné les montagnes de Valence, vient tomber dans la mer à quelques lieues de celte ville , près d'Alcira. L'intention présumée du capitaine général était de traverser la Huerta, et d’aller se placer dans les défilés de las Cabreras, afin d'en fermer le passage anx Français. C'eut été là une grave difficulté, car le maréchal Moncey ayant déjà perdu les meilleurs soldats de son corps d'armée, et emmenant avec lui une grande quantité de blessés, aurait bien pu échouer dans une opération qui lui avait une première fois réussi. D’ailleurs la grande roule, qui, pour èviterles montagnes.de Valence, passe le Xucar k Alcira, ef traverse la

province de Murcie à Almansa, quoique un peu plus* longue, était beaucoup meilleure. Le maréchal Moncey résolut donc de marcher droit au Xucar, d'y combattre M. de Cerbellon, de forcer le défilé d' Almansa, et de revenir par Albacete.

Arrivé le 1er juillet sur les bords du Xucar, il y trouva les insurgés de Valence et de Carthagènc postés derrière le fleuve, dont ils avaient coupé le pont. L'armée franchit le Xucar à gué sur trois points , rétablit ensuite le pont, et fit passer ses immenses bagages. Elle se reposa le 2. Le 3, averti que d'autres insurgés voulaient défendre le passage des montagnes de Murcie appelé déGlé d’Almansa , le maréchal Moncey se hâta de le traverser, n’y rencontra aucune difficulté sérieuse, repoussa partout les insurgés, et leur enleva même leur artillerie. Reprenant sa marche lente et méthodique, il arriva le 5 à Chinchilla, le ti à Albacete. Là, il apprit avec une véritable joie que la division Frère, qui d'abord avait du être placée à Madridejos en échelon sur la route d’Andalousie, et qui depuis avait été, par ordre de l’Empereur, placée à San-CIemente , se trouvait tout près de lui, et le 10 juillet il opéra sa jonction avec elle.

Il ramenait sa division en bon état, quoique fatiguée, et n’avait laissé en route ni un blessé ni un canon. Mais il faut répéter que, si sa lenteur lui avait permis de ramener sa division entière , elle lui avait fait manquer la conquête de Valence, qu’il aurait certainement prise, comme le général Dupont avait pris Cordoue, s’il eut marché assez vivement pour surprendre les insurgés avant qu'ils eussent eu le temps de faire leurs préparatifs de défense. Toutefois, sa manière lente et ferme de marcher au milieu des provinces insurgées, en battant partout l’ennemi, et sans semer les routes de bagages, de blessés, de malades, avait un mérite que Napoléon mit une certaine complaisance à reconnaître et à proclamer.

Tandis que le maréchal Moncey exécutait cette marche difficile, la province de Cucnça, d’abord si tranquille, s’était insurgée, et avait enlevé l’hôpital que le maréchal Moncey y avait établi pour y déposer ses malades. Le général Savary avait été obligé d’envoyer pour la punir le général Caulaincourt avec une colonne de troupes. Celui-ci avait infligé à la ville de Cucnça deux heures de pillage , dont les soldats avaient malheureusement usé avec grand profit matériel pour eux, et grand dommage moral pour l’armée.

Les événements de Valence avaient précédé de quelques jours la bataille de Rio-Seco’, mais ils ne furent connus à Madrid qu’à peu près en même temps que cette bataille. Bien que les Espagnols triomphassent beaucoup de la résistance opiniâtre que nous avions rencontrée devant Saragossc et Valence, et que cette résistance révélât la nécessité d’attaques sérieuses pour venir à bout des grandes villes insurgées, cependant nous tenions la Campagne partout d’une manière victorieuse, kes insurgés ne pouvaient-

' > . se montrer nulle part sans être dispersés à l’instant même. Le général Duhesme, rallié au général Ch a bran, était sorti arec lui de Barcelone, avait emporté le fort de Mongat, pris et saccagé la petite ville de Mataro, et, quoiqu'il eut échoué dans l’escalade de Girone, était rentré dans Barcelone, répandant la terreur sur son passage, et exerçant une énergique répression. Le général Verdier, toujours arrêté devant Saragossc, était néanmoins maître de 1* Aragon, et avait envoyé sous le général Lefebvre une colonne qui avait châtié la ville de Calalayud. Enfin à Rio-Seco, comme on vient de le voir, nous avions anéanti la seule armée considérable qui se fut encore présentée à nous. Moire ascendant était donc assuré dans le nord. La difficulté consistait dans le midi. Là, le général Dupont, campé sur le Guadalquivir, et adossé à la Sierra-Morena, avait affaire à une armée qui semblait nombreuse, composée non-seulement d'insurgés, mais de troupes de ligne. Les Espagnols ne se bornaient pas à tenir la campagne devant lui ; ils l’avaient réduit à la défensive dans la position d’Andujar, et, si un malheur arrivait sur ce point, les insurgés de l'Andalousie et de Grenade, ralliant ceux de Cartbagéne et de Valence d’une part, ceux de l’Estrémadure de l'autre, pouvaient traverser la Manche, et se présenter sous Madrid en force considérable, ce qui eût donné à la guerre une face toute nouvelle. Toutefois on était loin de craindre un tel malheur, malgré ce que débitaient les Espagnols à ce sujet. Le général Dupont, en effet, avait reçu la division Vedel, ce qui portait à 1(» ou 17 mille hommes son corps d'armée. On comptait sur son habileté éprouvée; on n’imaginait pas que le général qui devant Albeck s'était trouvé avec six mille hommes en présence de soixante mille Autrichiens, et qui s'était tiré de cette position en faisant quatre mille prisonniers, put succomber devant des insurgés indisciplinés, dont le maréchal Bessières venait de faire une si affreuse boucherie avec si peu de soldats. On prenait donc confiance sans être entièrement rassuré. D’accord avec Napoléon, qui ne pouvait diriger les événements militaires que de loin, et avec l’incertitude de direction naissant du temps et des distances, le général Savary avait envoyé le général Gobcrt à Madridejos, pour y remplacer la division Frère, troisième du général Dupont, employée, comme on l'a vu, à secourir le maréchal Moncey vers San-Glemente. Le général Gobert avait ordre de se porter au milieu de la Manche , et, si les circonstances le rendaient nécessaire, de s’avancer jusqu’à la Sierra-Morena, pour y rejoindre le général Dupont. 11 allait donc faire auprès de ce général office de troisième division, en place de la division Frère occupée ailleurs. L’un de ses quatre régiments ayant déjà été expédié, eh convoi jnsqu'à Anditjar, il n’amenait avec lui que trois régiments d’infanterie, mais fort beaux quoique jeunes, et un superbe régiment provisoire de cuirassiers, commandé par un excellent officier, le major Christophe. Cette jonction opérée, aucun doute ne semblait possible sur les événements de

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