LIVRE XXX». -r- AOUT
raient désigné sur les côterde Ja Péninsule pour y opérer une concentration générale.
Cette force de 30 mille hommes environ une fois réunie, on n’avait pas cru pouvoir la mettre tout entière sous les ordres de sir Arthur Welleslcy, trop jeune encore d’âge et de renommée pour commander à une armée rjui, aux yeux des Anglais, pouvait passer pour très-considérable; et on eii avait attribué le commandement supérieur à sir lieu Dalrymple, gouverneur actuel de Gibraltar, lequel devait avoir au-dessous de lui sir Henri Burrard pour chef d’état-major. En attendant la réunion de toutes ces troupes, et l’arrivée de sir Hew Dalrymple, sir Arthur Welleslèy 'devait diriger les premières opérations à la tète des 10 mille hommes partis de Cork, et des 5 mille débarqués sur le rivage des Algarvcs. L’amiral sir Charles Cotton, commandant les forces navales Je l’Angleterre dans ces mers, avait ordre de seconder tous les mouvements dés armées.
Embarquées le 12 juillet, les troupes anglaises de Cork étaient le 20 devant la Corognc, et montraient aux Espagnols, enchantés de se voir si bien soutenus, une immense flottille. La vue de cette force considérable, qui en présageait beaucoup d’autres, les avait consolés un péu de la défaite des généraux Blake et de la Cucsla à Rio-Seco , et leur avait fait concevoir de nouvelles et grandes espérances de la lutte engagée contre Napoléon. Toutefois ils n’avaient pas plus voulu que les Andalous recevoir les troupes anglaises sur leur sol, si près surtout de l’arsenal du Perrol. Ils avaient donc accepté des armes en quantité, de l’argent pour une somme de 500 mille livres sterling (12 millions et demi de francs) ; mais ils avaient engagé les Anglais à tourner leurs efforts vers le Portugal, qu’il n’importait pas moins d’enlever aux Français que l’Espagne elle-même.
Sir Arthur Welleslcy s’était aussitôt transporté à O porto, où il avait été reçu avec une joie extrême, car les commerçants portugais, ne vivant que de leurs relations commerciales avec les Anglais, sentaient à leur aspect leurs intérêts aussi satisfaits que leurs passions. Dès cet instant, l’action de l’armée britannique avait été décidément dirigée vers le Portugal: Celle résolution, qni convenait aux Espagnols t toujours ombrageux vis-à-vis de l'étranger, convenait aussi aux Anglais, lesquels devaient désirer avant tout la délivrance du Portugal; et elle servait à un même degré la cause commune, le but de la nouvelle coalition étant de chasser les Français de la Péninsule tout entière. Restait à savoir quelle partie du Portugal on choisirait pour y aborder en présence de l’armée française, sans courir la chance d’être brusquement jeté à Ja mer.
Sir Arthur Welleslcy laissa son convoi croiser des bouches du Douro à celles du Tage , et se rendit de fca personne auprès de sir Charles Cotton , devant le Tage même, pour concerter avec lui son plan de débarquement. Mettre pied à terre À l’entrée du Tage avait l’avantage de débarquer bien
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près (lu but, puisque Lisbonne est h deux lieues, et on pouvait de plus donner à la nombreuse population de cette capitale une impulsion telle, que les Français ne tiendraient pas devant la commotion qnl en résulterait, car ils étaient 1 5 mille au plus, en comptant les malades, nu milieu de 300 mille habitants tous ennemis. Si cette population, en effet, se soulevait dans un moment où une armée anglaise s'avancerait pour la soutenir, peut-être en finirait-on dans une seule journée ? Mais les Français occupaient tous les forts; ils avaient pris l'habitude de dominer le peuple rie Lisbonne; la côte, à droite et à gauche de l'embouchure du Tag'e, est abrupte, exposée au ressac de la mer, et un changement de temps pouvait livrer aux Français une partie de l’armée anglaise, avant que l’autre partie eût achevé son. debarquement. C’était d'ailleurs «lettre pied h terre bien prés d'un redoutable et puissant adversaire, qu’on n'otait pas encoru habitué à braver et à combattre.
Par toufes ces considérations, sir Arthur JVellesIey, d'accord nvec sir Charles Cotton, résolut de débarquer entre Oporlo et Lisbonne, à l’embouchure du Mondego, prés d’une baie assez, commode que domine-le fort de Figuera, lequel n'était pas occupé par les Français. la: choix dé ce point, placé h une certaine distance de Lisbonne, donnait à sir Arthur IVellesley le temps de prendre terre avant que les Français pussent venir. à sa rencontre, d'attendre le corps du général Spencer qu'il avait mandé auprès de lui, et, une fois descendu sur le sol du Portugal avec 15 mille hommes, de s'avancer vers Lisbonne en suivant. la cote , pour profiter des occasions que lui offrirait la fortune. la1 s Français, qu’il savait forts tout au plus de 20 il 22 mille hommes , ayifnt plusieurs places II garder, surtout la capitale, ne pourraient jamais marcher contre lui avec plus de 10 à 12 mille; et en longeant toujours la mer, soit ponr se nourrir, soit pour se rembarquer au besoin , il avait chance de s’approcher de Lisbonne, et d’y tenter quelque coup heureux, sans courir trop de danger. Sachant sir Heu Dalrymple appelé prochainement à le remplacer, il était impatient d'avoir exécuté quelque chose de brillant, avant de passer sons un commandement supérieur. Ces résolutions étaient parfaitement sages, et dé-r notaient chez le général anglais les qualités que sa carrièro révéla bientôt, le bon sens et la fermeté, les premières de toutes après le génie.
Il commença à débarquer le 1" août à l'embouchure du Mondego. Cette mer, si 'souvent agitée par les vents d'ouest, interrompit plusieurs fois le débarquement des hommes et du matériel. Néanmoins, en cinq ou sii jours, les troupes anglaises parties de Cork furent déposées à terre au nombre de 9 h 10 mille hommes, avec l’immense attirail qui suit toujours les armées anglaises. Dans ce moment , le corps du général Spencer arrivait au même mouillage. Avant d’avoir reçu les ordres de sir Arthur Wcllcslry, lo général Spencer, sur la nouvelle du désastre du général
LIVHK XXXI. — A Ol'T 1808.
Dupont, s'élail embarqué pour porter ailleurs ses efforts, sentant bien qu'il n'y avait plus aucun service À rendre dans l'Andalousie, délivrée pour l'instant de la présence des troupes françaises. Averti de l'arrivée du convoi ihi Cork, il était venu le rallier devant l’embouchure du Mondego , et le K août il eut achevé son débarquement, et opéré sa jonction avec le corps de sir Arthur U cl.lesley. Celui-ci se trouvait ainsi à la tête d’une armée d'environ liou 15 mille hommes, presque entièrement composée d'infanterie et d'artillerie. On y comptait tout au plus 400 cavaliers, ce qui est la condition ordinaire de toute expédition par mer, la cavalerie étant d'nn transport difficile, même impossible à certaine distance. Mais c’était de la très-belle infanterie, ayant toutes les qualités de l'armée anglaise. Celle armée, comme on le sait, est formée d'hommes de toute sorte, engagés volontairement dans scs rangs, servant toute leur vie ou à peu près, assujettis à une discipline redoutable qui les bétonne jusqu'à la mort pour les moindres Tantes* qui du bon ou du mauvais sujet fait un sujet uniforme et obéissant, marchant au danger avec une soumission invariable à la suite d'officiers pleins d'honneur et de courage. I.c soldat anglais, bien nourri, bien dressé, tirant avec une remarquable justesse , cheminant lentement, parce qu'il est peu formé à la marche et qu'il manque d'ardeur propre , est solide, presque invincible dans certaines positions, où la nature des liens seconde son caractère résistant, mais devient faillie si on le force à marcher, à attaquer, à vaincre de ces difficultés qu'on ne surmonte qu'avec de la vivacité, de l'audace et de l'enthousiasme. Ku un mot, il est ferme, il u'est pas entreprenant. De même que le soldat français, par son ardeur, son énergie, sa promptitude, sa disposition à tout braver, était l'instrument prédestiné du génie de Napoléon, le soldat solide et lent de l’Angleterre était fait pour l'esprit peu étendu, mais sage cl résolu désir Arthur W’ellesley. ITn tel soldat, il fallait, si on le pouvait, l'éloigner de la mer, le réduire à marcher, à entreprendre , à montrer ses défauts enfin , au lieu d'aller se heurter contre ses qualités en courant l'attaquer dans dé fortes positions. Alais le brave et bouillant Junot n’était pas homme à se conduire avec taut de prudence ét de calcul, et l'on devait craindre qu'il ne vint briser son impétuosité contre la froide opiniâtreté des soldats de l'Angleterre.
Sir Arthur U ellesley se mil en roule le H août en longeant la mer, de manièro à avoir toujours à portée ses approvisionnements et ses moyens de retraite. Il eut dès son début d’assez grands démêlés avec l'armée portugaise. Les insurgés du Portugal avaient formé, en .réunissant toutes leurs forces dans le nord de leur territoire , ugc armée de cinq ou sis mille hommes, sous le général Kreyre. Sir Arthur U ellesley aurait désiré les avoir avec lui, pour couvrir ses lianes. Mais ccus-ci, soit qu'ils eussent peur, comme les en accusH le général anglais auprès de. son gouverne-
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ment de rcnrontrer les Français de trop prè« , soit qu’ils n'eussent pas grande confiance dans des auxiliaires toujours prompts à se retirer sur leurs vaisseaux au premier revers, et à laisser leurs alliés exposés seuls aux coups de l'ennemi , montrèrent des exigences auxquelles le général anglais ne voulut point satisfaire : c'était d’étre nourris par l'armée britannique, avec les ressources tirées de ses vaisseaux. Cette prétention ayant été repoussée, les Portugais prirent le parti d’agir pour leur propre compte, et suivirent les routes de l’intérieur, en abandonnant à- leurs alliés la route du littoral. Seulement ils leur donnèrent 1,400 hommes d'infanterie légère, et environ 300 chevaux pour leur servir d’éclaireurs.
A peine Junot avait-il appris à Lisbonne, d'abord par la joie mal dissimulée des habitants , bientôt par des renseignements positifs., le débarquement d’une armée britannique, qu'il forma la résolution de courir à elle, afin de la jeter à la mer. Se concentrer sur-le-champ, retirer jusqu'au dernier soldat de tous les postes d'importance secondaire, se réduire à la garde de Lisbonne seule, n’y laisser même que rc qui ne pouvait pas marcher, pour se porter au-devant des Anglais avec 15 ou 18 mille hommes, en choisissant pour les combattre uir moment où ils n’auraient pas leurs avantages naturel^, ceux de la défensive, était la seule résolution sage qui pût être prise. Malheureusement Junot se concentra incomplètement, et il fut' saisi d’une extrême impatience d’aborder les Anglais, n’imporlc où * n’importe comment, pour )cs jeter à la mer le plus tôt possible.
Kntre Almeida, Elvas, Selubal, Péniche et divers- postes, Juuot avait déjà sacrifié quatre ou cinq mille hommes. Les courses qu’il venait de faite exécuter par les généraux Loison, Margaron et autres, avaient mis hors do combat ou fatigué beaucoup de soldats précieux à conserver , et c„’est tout au plus s’il avait une dizaine de mille hommes à opposer à un ennemi qui en comptait déjà quatorze oq quinze,, et qui pouvait bientôt être fort de vingt ou trente. Junot rappela lu général Loison de l’Alentejô, et jl fit sortir le général 1 «aborde avec sa division , pour aller à la rencontre des Anglais, les observer, les harcolet, jusqu'à ce que toutes les troupes disponibles pussent être réunies contre eux-, 11 se prépara à sortir lui-méme ' avec la réserve lorsqu'ils seraient plus près de Lisbonne, et qu’alors les rencontrer, les combattre, les vaincre ne l’exposerait pas à passer hors de Lisbonne plus de trois ou quatre jours. 11 pensait avec raison que sa présence et celle de la réserve ne pouvaient pas manquer longtemps à Lislionne sans de graves inconvénients.
En conséquence le géuéral Laburde, avec les troupes du général Margaron,. dut pur Leiria se porter le premier à la. rencontre des Anglais,
r Cesl fassçrtiun du dur de U .-llni;iln[i dues sa correspondance arec le cabinet britannique, récemment imprimer en Angleterre, comme on sait, et présentant un ensemble de documents aussi précieux qn intéressants. .
tandis que le général Lolson, revenant de l’Alentejo à marches forcées, le rejoindrait par A bran tés, et que Jnnot lul-méme irait compléter celte concentration de forces, en amenant avec lui tout ce qu-’il pourrait distraire de la garde de Lisbonne.
Le général Laborde, en marche sur la route de Leiria, fut dès le 1 i ou le 15 en vue des Anglais. Il attendait, avant de les aborder de près, la jonction du général Loi son , qui faisait de son mieux pour arriver, mais dont les troupes étaient exténuées de fatigue et accablées par la chaleur. Le 16 août il rencontra les avant-postes ennemis, et le 17 il eut à les combattre d’une manière qui prouva quels avantages on aurait pu se ménager en laissant flux Anglais l’initiative des attaques.
Le général Laborde, vieil officier plein d’énergie et d’expérience, côtoyait les Anglais sur cette route du littoral, qui venait aboutir vers Torres- VedraS aux montagnes dont Lisbonne est entourée, et le 16 au soir il les avait joints aux environs d’Obidos. Il se retirait tranquillement devant eVx, attendant qu’il s’offrit une position favorable pour leur faire sentir la valeur de ses soldats, sans toutefois ehgager un combat décisif, qu'il ne devait pas et ne voulait pas risquer avant la concentration générale des troupes françaises. Cette position qu’il cherchait, il la trouva aux environs de Kolica, an milieu d’npe plaine 'sablonneuse, traversée par plusieurs ruisseaux, fermée par des hauteurs sur lesquelles la grande route s’élevait en serpentant, pour redescendre ensuite au village d« Zàmbugeiro. Lo 17 au matin, l’armée anglaise suivait la division du général Laborde, forte de moins de trois mille hommes, à travers cette plaine de Roliça. Les Anglais marchaient lentement et avec ensemble, à la suite des Français alertes, résolus, nullement intimidés par leur infériorité numérique, quoiqu’ils ne fussent qu’un contre cinq, trois mille environ contre quatorze ou quinze mille. Le général Laborde ne crut pas devoir s'attacher à défendre Koliça au milieu de la plaine, car même en défendant ce point avec succès, il ne pouvait manquer d’y être bientôt enveloppé, et réduit pour n’êtro pas pris à en sortir avec précipitation et désordre. Il aima mieux se retirer spontanément au fond de la plaine, sur les hauteurs que la route gravissait pour descendre à Zàmbugeiro. Il se plqça en effet an sommet des collines le long desquelles la route s’élevait, et y attendit les Anglais avec résolution. Ceux-ci continuèrent à s’avancer. La brigade du général Nightingale marchait la première sur une seule ligue, appuyée par les brigades Ilill et Fane en colonnes serrées, tandis qu’à sa gauehe la brigade CrauTurd faisait un détour pour dèhordér les Français, et qu'à sa droite le détachemeut portugais on faisait un aussi pour les prévenir à Zàmbugeiro.
I«c général Laborde, laissant les Anglais s'engager péniblement dans des ravins remplis de myrtes, de cistes, et de ces forts arbrisseaux qui
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naissent dans les contrées méridionales, choisit pour les attaquer le moment où ils étaient le plus empêchés par les obstacles du terrain. Il les fit Fusiller d'abord par des tirailleurs adroits, puis charger vivement à la baïonnette par ses bataillons, et culbuter au pied des hauteurs. Plusieurs fois il renouvela cette manœuvre, et il hleska ainsi ou tua douze ou quinze cents hommes à l'ennemi. Il soutint ce combat quatre heures de suite, toujours manœuvrant avec un art, une précision rares, et détruisant deux ou trois Fois plus de monde qu'il n’en perdait. Il ne se retira que lorsqu’il se sentit exposé à être débordé par les colonnes qui de droite et de gauche marchaient sur Zambugciro. Plusieurs détachements essayèrent en vain de l’arrêter : il leur passa sur le corps, et arriva à Zamhugeiro, ayant lui- même cinq ou six cents hommes hors de combat, mais n'abandonnant que ses morts, emmenant tous ses blessés, et laissant dans le cœur de l’ennemi une redoutable impression de ce que pouvaient les troupes françaises bien conduites, car que ne Fallait-il pas craindre de leur réunion générale, lorsque moins de trois mille hommes avaient opposé une si vigoureuse résistance!
Le général Laborde se porta à Torres-Vedras, où il devait se joindre au général Loison venant d’Ahrnntès, nu général Juriot venant de Lisbonne.
Sir Arthur Uellesley avait appris par sa propre expérience, dans ce combat, ce qu'il savait d’ailleurs, qu’il avait affaire à un éunemi fort difficile à vaincre, et il était décidé k ne s’avancer qu’avec une extrême circonspection. On venait d’apercevoir en mer un nombreux convoi chargé de nouvelles troupes. C’étaient les brigades Anstrutlier et Ackland, embarquées récemment, et suivies d’assez près par le corps d’armée de John Moore. Ces deux brigades lui apportaient un renfort de cinq mille hommes au moins, et n’amenaient point le général en chef sir Hcw Dalrymple, ce qui avait le double avantage de le rendre plus fort sans le rendre dépendant. Il résolut donc de s’approcher de là mer par Lourinlia, afin de recueillir les deux brigades Austruther et Ackland, et pour ccfa il vinfprendre position sur les hauteurs de Vimeiro, qui couvrent un mouillage, favorable au débarquement. Le 19 au soir il fut rejoint parla brigade AnstruHirr, et le 20 par la brigade Ackland. En défalquant les morts et les blessés de Roliça, ce renfort portait son armée à 18 mille hommes présents «oiis les armes. * » ”•
Le général Junot, à la nouvelle de* l'approche des Anglais, s’était hélé <lc quitter Lisbonne avec tout ce qh’il avait de disponible, et s'était dirigé sqr Torres-Vedras, où venait d’arriver le général Loison. Pour avoir voulu conserver trop de postes, bien qu’ilen eût évnéné beaucoup; pour avoir voulu courir sur les iusinrections principales, biçu qu’il eut négligé les insurrections* secondaires , Fe général Junot ne pouvait réunit* plus de 9 mille et quelques cents hommes présents sous les armes. Il fallait donc
combattre, dans la proportion d’un contre deux, cette redoutable infanterie anglaise qu'amenait sir Arthur U'cllesley. On avait sur elle une grande supériorité de cavalerie, arme peu utile dans les positions qui allaient, servir de champ de bataille. Toutefois neuf mille Français, conduits comme l’avaient été les trois mille du général Labordc, pouvaient, en défendant bien les positions qui sont en avant de Lisbonne, tenir tête à 18 mille Anglais, et les réduire à l’impossibilité de conquérir la capitale du Portugal, pourvu toutefois qu’on choisit son terrain aussi habilement qu’on l’avait fait à Roliça.
Les Anglais avaient à franchir le promontoire qui forme la droite du Tage, et sur le revers duquel Lisbonne est assise. Ce promontoire présente des défilés étroits, qu’il fallait traverser pour arriver à Lisbonne, et dans lesquels on aurait pu accabler les Anglais une fois qu’ils s’y seraient engagés, en leur laissant tous les inconvénients de l’offonsivc. Junot, emporté par son ardeur excessive, ne voulut pas les attendre dans ces passages où il aurait été possible de les battre, et résolut d’aller les chercher dans leur position pour les y forcer, et les jeter à la mer. Il arriva le 20 an soir devant les hauteurs de VimeLro.
Sir Arthur W ellesley eût été dans uue situation critique à Vimeiro, s’il avait été bien attaqué et avec des forces suffisantes, car il occupait des hauteurs dont le revers était taillé à pic sur la mer. Forcé dans ces positions, il pouvait être précipité dans les flots. avant d'avoir eu le temps de s’embarquer. Il était donc entre une victoire el un désastre. Mais il avait dix-huit mille hommes, une nombreuse artillerie, des positions d’un accès très-difficile; il savait par divers rapports qu’il aurait à combattre contre un ennemi inférieur de moitié; il était doué enfin, d’une fermeté de caractère qui égalait celle de scs soldats. Il ne fut donc nullement troublé. La chaîne de positions qu’il occupait était coupée en deux par un çavin qui servait de lit à la petite rivière de M ace ira. Le village de Vimeiro se trouvait au fond de ce ravin. Mais il possédait des moyens de communication suffisants pour aller de l’un de ces groupes de hauteurs à l’autre. Il comptait quatre brigades sur le groupe situé & sa droite, deux sur Te groupe situé à sagàucbe. Son infanterie établie sur trois lignes., avec une formidable artillerie dans les intervalles, présentait trois étages de soldats, se dominant et se renforçant les uns les autres.
Si cette position, forte comme elle était, eût été reconnue d’avance, les ' Français auraient dû ou renoncer à l’enlever, ou en attaquer un seul côtév avec toutes leurs forces réunies. Les Anglais, une fois débusqués en partie, auraient pu être entraînés complètement,. et précipités dans l’abîme auquel ils étaient adossés. Majp on arriva le 21 au matin à la pointe du jour, sans avoir pris les précautions convenables , et saifc -cacher scs mouvements à l’ennemi. Le général JuuOt, s’apercevant que la gauche des Anglais étaH
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leur aile la moins défendue, ordonna un mouvement de sa gauche à sa droite, pour être plus en nombre de ce côté, mouvement que sir Arthur U cllesley découvrant des hauteurs qu'il occupait, se hâta d'imiter, afin de rétablir l'équilihrc des forces, mais bien plus rapidement que son adversaire, car il n'avait que la corde de l'arc à décrire, ef il lui- fallait moitié moins de temps pour porter ses troupes d'une aile & l'autre.
Les Français, tandis que leur droite manœuvrait, s'engagèrent par leur gauche contre Vimeiro. Vimeiro formait la droite des Anglais ctleur côté le plus fort. La brigade Thomière, de la division- 1. aborde, marcha résolument à l’ennemi. Le brave général Laborde conduisit cette attaque avec une extrême vigueur; mais le terrain, qu'ir n'aVait pas choisi comme & Roliça, présentait des. obstacles presque insurmontables. Il fallait, outre la difficulté de gravir une position escarpée, braver deux lignes d'infanterie, une artillerie puissante paT le nombre et le calibre, et puis voir sans cb être découragé une troisième ligne, formée par la brigade Hill, qui couronnait les hauteurs en arrière. Les Français s’élancèrent avec bravoure, exposés à tomber sous la mitraille d'abord, puis sous la mousquetcric continue et bien dirigée des Anglais ; mais ils ne purent même arriver jusqu'il leurs lignes. Les voyant ainsi arrêtés, le général Kellcrmann, qui commandait la réserve composée de deux régiments de grenadiers qu'on avait tirés de tous les corps , se porta avec l'un de ces régiments à l'attaque du plateau de Vimeiro. Il était précédé par une batterie d'artillerie, qui essaya de se mettre en position, l-e feu terrible des Anglais l'eOt bientôt démontée. Le colonel Foy fut grièvement blessé. Le général Kellermann ne s’élança pas moins avec scs grenadiers. Il gravit le terrain, déboucha sur le plateau; mais il y fut accueilli par un tel feu de front, de flanc et de toutes tes directions, que scs braves soldats, renversés les uns sur les autres sans pouvoir avancer, furent ramenés au pied du plateau. A cet aspect, quatre cents dragons; qui composaient toute la cavalerie anglaise, voulurent profite, de la situation dangereuse de nos grenadiers, pour les charger. Mais le général Margaron, qui se trouvait sur ce point avec sa brave cavalerie, fondit au galop sur les dragons anglais, et, en les sabrant, vengea sur eux le. revers de notre infanterie. Le second régiment de grenadiers marcha & son tour pour aborder l’ennemi, bien que sans espérance d'emporter la position. Tandis que ces choses se passaient à gauche, la brigade Solignac, de la division Loison, rencontrait à droite les mêmes obstacles. Partout trois lignes d’infanterie, une artillerie formidable, un*terrain escarpé et impossible à gravir sous des feux plongeants, arrêtaient nos braves soldats, follement lancés contre une position oit l'ennemi combattait avec tous ses avantages, et où nous n’avions aucun des nôtres.
11 était midi. Ce combat si malheureusement engagé, sans aucune chance