‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 56 sur 186 · AOUT 180 K · texte numérisé non relu

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de vaincre les difficultés qui nous étaient opposées, nous avait déjà coulé J, 800 liomuies, c'est-à-dire le cinquième do notre effectif. S'y obstiner davantage c'était s'exposer à perdre inutilement toute l'armée, la? général Junot se résigna donc, sur l avis tic ses plus braves officiers, à se retirer; ce qu’il fit en bon ordre vers Torves- Vedras , si cavalerie sabrant les tirailleurs ou les cavaliers anglais qui avaient la hardiesse de nous suivre.

Après cette infructueuse tentative pour jeter les Anglais à la mer, il n'y avait plus d’ espérance de se maintenir en Portugal. On n’avait pus , eu réunissant à Lisbonne toutes les forces disponibles, plus de dix mille hommes en état de combattre, et il fallait, avec ces dix mille hommes, contenir une population hostile de trois cent mille Ames, et arrêter une armée anglaise qui allait, en quelques jours, être portée à vingt-huit ou vingt-neuf mille combattants. H restait, il est vrai, une ressource : c’éluil de faire, à travers le nord du Portugal et de l'Espagne, une retraite, semblable à celle des dix mille, au milieu de populations insurgées, en laissant plusieurs milliers de malades dans les mains des Portugais, et en jonchant les routes de morts et de mourants. On eût perdn ainsi plus de la moitié de farinée. Ces deux résolutions étaient donc d une exécution impossible. Entrer en négociation avec les Anglais, nation civilisée, qui tenait les engagements qu’elle prenait, était assurément un parti que l’houneur ne condamnait pas , surtout après le combat de Koliça et la bataille de Vimciro.

En conséquence on choisit le général Kellermann, qui joignait à de grands talents militaires une extrême finesse d'esprit, et on l'envoya au quartier général anglais avec mission de traiter du sort des prisonniers et tics blessés. En ce moment , -un changement venait de s'opérer dans l’armée britanuique. Sir Heu Dalrymple était arrivé avec son chef d'étal-iuajor Henri Burrard, pour prendre le commandement. Sir Arthur H ellesley, toujours heureux dans sa hrillauto carrière , n'était remplacé qu'après une victoire, due surtout aux fautes de l'ennemi, il n'était pas fâché que la campagne s'arrêtât à cctte victoire, et que la conquête du Portugal lui fut exclusivement attribuée. Sir Heu Dalrymple et Henri Burrard de leurcôlé, ne connaissant pas L'état des choses, ignorant les difficultés qui pouvaient leur tester à vaincre, étaient cliarmés à leur début de trouver les Français prêts à leur livrer le Portugal, et de n'avoir pàs du nouvelles chances à courir. Cependant, s'ils avaient apprécié la situation , et ce qu'elle allait devenir pour eux à l’arrivée du corps dariuéo de John Moore, ils As se sciaient pas montrés si faciles. Engagés dans un long entretien avec le général kellermann , qu'ils traitèrent avec toute la distinction qu'il méritait , ils laissèrent entrevoir leur disposition à négocier. Celui-ci saisit l’occasion avec beaucoup de tact, et convint d'abord avec eux d'une suspension

BAYLEM.

d'armes, sauf à traiter plus lard d'un arrangement définitif relativement à l’évacuation du pays.

Le général Kellermann, revenu au quartier général français, lit part au cummandant en chef et à ses compagnons d'armes de la disposition des Anglais, et il fut convenu qu'on traiterait de l’évacuation du Portugal , pourvu que les conditions fussent tout à fait lionoraldea. Il retourna au quartier général de l'ennemi, et la réunion pour les conféreneps fut tirée à Cintra.'' Kilos durèrent plusieurs jours , et ne présentèrent pas moins de courtoisie dans les formes que de vivacité dans la discussion des clioscs. Los Anglais ne voulaient pas accorder autant d’avantages, sous le rapport de l'Iionneur militaire, que les Français en exigeaient. Ils refusaient surtout du traiter l’amiral russe Siniavin aussi bien quo je demandait Junol , par uu scrupule d‘(ioimeur bien plus que par devoir; car cet amiral, qui aurait pu sauver la cause commune un secondaut les Français, qui , ou ne lu faisant pas, l’avait perdue, ne méritait guère que pour lui on rendit les négociations plus difficiles. Néanmoins, Juuot exigeait que l'amiral russefût libre de se retirer dans les mets du Nord avec su botte, ot il menaçait de mettre tout à feu et à sang, du uc livrer Lisbonne qu'à moitié ravagée, si on no lui accordait ce qu'il réclamait. Heureusement l’amiral Siniavin , allié aussi disgracieux que peu sccourahle, afficha le désir de ncgbeicr pour son propre compte, uc voulant apparemment rieu devoir à l’armée française, de laquelle il sentait bien n'avoir rien mérité. Junot se héla d’y consentir, et alors, la principale difficulté se trouvant écartée, on tomba promptement d’accord.

La convention datée de Cintra fut signée le 30 août. KUe stipulait que l’armée française se retirerait avec tous les honneurs do lu guerre, et en emportant ce qui lui appartenait; qu'ellu serait ramenée sur des vaisseaux anglais dans les ports de France les plus voisins, ceux de la Rochelle , Lorient ou autres; quelle pourrait servir immédiatement; que les blessés et les malades seraient traites avec soin, et transférés à leur tour dés que leur état leur permettrait de supporter le trajet; qu’il en serait de même pour les garnisons d’Almeida et d'Elvas restées dans l’intérieur du pays. Il fut convenu de plus que les Français n'emporteraient rieu de ee qui appartenait au Portugal, dont ils avaient administré les finances avec autant d’ordre que de loyauté, et auquel ils laissaient 9 millions dans les caisses, qu’ils-avaienl trouvées absolument vides à leur arrivée, il fut stipulé, enfin, qu'aucune recherche n'aurait lieu pour lé passé, et quo les Portugais qui avaient embrassé le parti des Français seraient respectés dans leurs personnes c Pleurs propriétés.

Cet arrangement était aussi honorable qu'on pouvait te désiror pour l'armée française, car clic était sauvée tout entière, et çcmise en. état de reprendre dans un mois les armes contre l'Espagne. Lé* Anglais étaient

incapables d’imiter les Espagnols et de violer la convention de Cintra, comme ceux-ci avaient violé la capitulation de Baylen. En effet, ils réunirent à .l'embouchure du Tage les nombreuses flottilles qui venaient de débarquer trente mille de leurs soldats sur les côtes du Portugal , et les préparèrerit à porter les 22 mille Français restant des 2(J mille qui avaient suivi le général Junot. Ils les prirent à leur bord daus les premiers jours de septembre, pour les déposer fidèlement sur les côtes de la Saintongc et de la Bretagne.

Ainsi, dès la fin d'août, toute la Péninsule, envahie si facilement en février et mars, était évacuée jusqu’à l’Ehrc. Deux armées françaises avaient capitulé, l’une honorablement, l’autre d’une façon humiliante, et les autres n’occupaient plus sur l’Ebrc que le débouché des Pyrénées. Des 130 mille hommes qui avaient franchi les Pyrénées, il n’y en avait pas <i0 mille sous les armes, quoiqu’il en restât quatre-vingt, sans compter, il est vrai, les 22 mille qtri naviguaient sous pavillon britannique pour rentrer en France. Telle était la récompense d’une entreprise tentée avec des troupes inaguerries et trop peu nombreuses , préparée de plus par une politique fourbe et inique. Nous avions perdu en un instaut notre renom de loyauté, le prestige de notre invincibilité, et l’Europe pouvait être autorisée à croire pour le moment que l’armée française était décline de sa supériorité. Il n’en était rien pourtant, et cette héroïque armée allait prouver encore en cent combats qu’elle était toujours la même. - .

Pour comble de confusion, ces riches colonies espagnoles, qui occupaient tant de place dans les immenses projets de Napoléon, nous éclmppaient de toutes parts. Le Mexique, le vaste continent du Sud, depuis le Pérou jnsqu’aux bouches de la Plata, s’insurgeaient au bruit des événements de Bayonne, ouvraient leurs ports aux Anglais, et embrassaient la cause de la dynastie prisonnière.

Ain$i , toutes les combinaisons de Napoléon échouaient à la fois devant l’indignation d’^uue nation trompée et exaspérée. 11 ne manquait donc rien au châtiment du & sa faute, rien assurément, car son frère lui-mème, effrayé de la tâche qu’il s’était imposée, regrettant profondément le doux et paisible royaume de Naples, lui écrivit le 9 août, des bords de l’Ebre, onc lettre désespérée, qui fut sans doute pour lui le plus cruel des reproches. — J’ai tout le monde cbntre moi, lui disait-il, tout le monde sans exception. Les hautes classes elles-mêmes, d’ahord incertaines, ont fini par suivre le mouvement des classés inférieures. Il ne me reste pas un seul Espagnol qui soit attaché à ma cause. Philippe V n’avait qu’un compétiteur & vaincre; moi, j’ai une nation tout entière. Comme général, mou rôle serait supportable et même facile, car, avec un détachement de vos vieilles troupes , je vaincrais les Espagnols ; mais comme roi , mon rôle est insoutenable, puisque, pour soumettre mes sujets, il me faut en égorger

une- partie. Je renonce donc à régner sur im peuple qui ne veut pas de moi. Cependant, je désire ne pas me retirer en vaincu. Envoyez-moi une de vos vieilles armées ; je rentrerai à sa tête dans Madrid , et là je traiterai avec les Espagnols. Si vous le voulez , je. leur rendrai Ferdinand VU en votre nom, mais en leur retenant une partie de leur territoire jusqu’à l'Ebre , car la France victorieuse aura le déoit de faire payer sa victoire. Elle obtiendra ainsi le prix de ses efforts, de son sang versé, et moi je vous redemanderai, le trône de Naples. Le prince auquel vous le destinez n’en a pas encore pris possession. Je suis, d’ailleurs, votre frère , votre propte sang ; la justice et la parenté veulent que j’aie la préférence, et j’irai alors continuer, au milieu du calme qui convieut à mes goûts, le bonheur d'un peuple qui cdnsent à être heureux par mes soins. — Telle est la substance de ce que Joseph écrivait des bords de l’Ebre à Napoléon. Aucun jugement ne pouvait être plus sévère et plus juste, que celui qui résultait de eu langage d’ùn roi désespéré, réduit à régner malgré lui sur un peuple en révolte. Napoléon le comprit, et prouva, par la réponse qu’on lira plus tard, à quel point il avait senti la dureté involontaire de ce jugement porté par son propre frère.

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