‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 60 sur 186 · LIVRE XXXII. — AOÛT · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. — AOÛT

les bourgeois, le peuple, s'étaient offerts. Les dons volontaires des Etals et des individus avaient fourni des moyens suffisants pour équiper cette masse d'hommes; et on n'estimait pas à moins de 300 mille individus le nombre de ceux qui étaient disposés à faire un service sédentaire et mémo actif pour le soutien de la monarchie. Qaatre cent mille hommes de troupes actives, trois renf mille de troupes sédentaires, composaient, pour une population de 15 ou IG millions de sujets que comptait alors la maison d’Autriche, une force énorme, telle que jamais cette maison n’en avait déployé. Il était probable en effet que, grâce à cet armement, elle pourrait mettre en ligne trois cent mille combattants véritablement présents au feu, ce qui ne lui était jamais arrivé, ce qui était immense, ce que n'avait fait encore aucune des puissances ennemies de la France. On venait d’acheter 14 mille chevaux d’artillerie, de commander un million de fusils d'infanterie. Taudis que sur l'Inn on démantelait Braunau, vingt mille ouvriers en Hongrie étaient occupés aux fortifications de Comora, travaux qui prouvaient qu’on voulait faire utic guerre longue et opiniâtre, et, battu à la frontière, se retirer dans l’intérieur de la monarchie , pour s’y défendre avec acharnement. Déjà même on formait des rassemblements de troupes, qui avaient quelque apparence de -corps, d’armée, vers la Bohême et la Gallrcie, sans doute pour y tenir tête aux forces françaises sur la Vistule et l’Oder.

L’émotion de la cour s’était peu à peu communiquée à toutes les classes de la population, et tandis qu'aux eaux de Tœplitx, de Carlsbad, et de toute l’Allemagne, on affectait vis-à-vis des Français une attitude arrogante qu’on n’avait pas l’habitude de prendra avec eux, dans les rues de Vienne le peuple menaçait les gens du général Andréossy, à Trieste le peuple avait insulté le consul de France, et en Istrie, sur. les routes militaires qui noua avaient été concédées, on assassinait nos courriers.. L’Allemagne, humiliée par nos triomphes, foulée par nos armées, commençait à frémir de colère et d’espérance. Les événements d’Espagne, en l’indignant cl en l’ehcou rageant tout à la fois, avaient été pour elle l’occasion de f/dre éclater scs secrets sentiments.

Quoique Napoléon, appuyé sur la Russie, n’eût rien à craindre du continent, cependant c’était une détermination si grave que do transporter une partie do la grande armée de la Vistule sur l'Ehre; ce déplacement de ses forces, du Nord au Midi , pouvait tellement enhardir ses ennemis, qu’il voulait auparavant forcer l’Autriche à s’expliquer, et savoir au juste ce qu’il en devait penser. Si elle voulait la4quorre, il aimait mieux la lui faire immédiatement, sauf à ajourner la répression de l’insurrection espagnole, la lui faire avec toutes scs forces, de manière à se passer même du concours des Russe*, en finir pour jamais avec elle, et se rabattre ensuite du Danulx* sur les .Pyrénées pour soumettre les Espagnols, et jeter les Anglais

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à la mer. Mais ce n’était là qu’une extrémité. Il préférait n’avoir pas cette nouvelle guerre à soutenir, car la guerre n’était plus son goût dominant. La gloire militaire après Rivoli, les Pyramides, Marengo, Austerlitz, léna, Friedland, ne pouvait plus être pour lui la source de bien vives jouissances. Désormais la guerre ne devait être pour lui qu'un moyen de soutenir sa politique , politique exorbitante malheureusement, et qui exigerait encore de nombreux et sanglants triomphes. Ainsi, sans vouloir provoquer l’Autriche, il tenait à la faire expliquer de la façon la plus claire.

- Recevant les représentants des puissances ainsi que les grands corps de l'Etat dans la journée du 15 août, il saisit cette, occasion pour avoir avec M. de Metternich, non point une explication passionnée, provocatrice, comme celle qu'il avait eue jadis avec lord Whitworlh, et qui avait amené la guerre contre l’Angleterre, mais uue explication douce, calme, et pourtant péremptoire. 11 se montra gracieux, serein avec les ministres de toutes les, cours, prévenant avec M, de Tolstoy, quoiqu'il eut à se plaindre de ses incartades militaires, amical, ouvert, mais pressant avec M, de Metternich. Sans attirer l’oreille des assistants par le» éclats de sa voix, il parla, cependant, de. manière à être entendu de certains d’entre eux, notamment de M. de Tolstoy. — Vous Voulez ou nous faire la guerre, ou nous faire peur, dit-il à M. de Metternich '. — M. de Metternich , ayant affirmé que son cabinet ne voulait faire ni l’an ni l’autre, Napoléon repartit sur-le-champ, d’Un ton doux, mais positif : Alors pourquoi vos armements, qui vous agitent, qui agitent l’Europe, qui compromettent la paix, et ruinent vos finances? — Sur l'assurance que ces 'Armements n’étaient que défensifs, Napoléon s'attacha, en connaisseur profond, à prouver à M. de Metternich qu’ils étaient d’une tout autre nature. — Si vos armements, lui dit-il,, étaient , comme vous le prétendez, parement défensifs, ils seraient moins précipités* Quand on veut créer une organisation nouvelle, on prend son temps, on ne brusque rien, parce qu’çn fait mieux -ce qu’on fait lentement. Mais on ne forme pas des magasins, on n’ordonne pas des rassemblements do troupes , on n’achète pas dos chevaux , surtout des chevaux d'artillerie, Votre armée est de près de 400 mille hommes. Vos milices seront d’un nombre presque égal. Si je vous imitais, je devrais ajouter 400 mille hommes à mon effectif, et ce serait un armement insensé. ;Je n’ai pas besoin d’en appeler autant. Moins de doux cent mille conscrits suffiront pour maintenir ma grande armée sur un pied formidable, et pour envoyer cent mille hommes de vieilles troupes en Espagne. Je ne suivrai donc pas votre exemple, car bientôt il faudrait armer les femmes et les eufants, et nous reviendrions à un état de barbarie. Mais

1 -Cet entretien, transcrit h l'instant même par M. do Cliampngriy, fut envoyé à Vienne à M. Andréossy, et 'se trouve conservé aux archives des affaires étrangères. Je ne fais ici «ju’en résumer le contenu . , . , . »

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