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morale comme la nature physique, quand elles en sont venues à cet état orageux qui précède la tempête, ont besoin d’éclater, pour épurer l’air et ramener la sérénité. Voilà ce que je crains de votre conduite présente. Je vous le répète, ajouta Napoléon , je ne veux rien de vous, je ne vous demande rien que la paix, des relations paisibles et sures; mais si vous faites des préparatifs, j’en ferai de tels que la supériorité de mes armes ne soit pas plus douteuse que dans les campagnes précédentes, et, pour conserver la paix , nous aurons amené la guerre. —
En terminant cet entretien , Napoléon combla AI. de Metternicb .de témoignages flatteurs, et se comporta en tout comme un. homme qui voulait la paix, sans craindre la guerre, mais qui était résolu à ne pas demeurer dans l'obscurité. M. de Mettcrnich et les assistants qui l’entendirent ne purent conserver aucune incertitude sur ses véritables intentions, et il se montra aussi ferme que calme et habile.
* Le lendemain, 16, fut un jour d'ordres multipliés. M. de Champagny dut transmettre à Vienne l'entretien que Napoléon venait d’avoir avec M. de Metfernich, et tirer de tous ces pourparlers des conclusions' précises. On dit à l*aris à M. de Metternicb , on chargea If. le général Andréossy de répéter à Vienne, qu'il fallait absolument interrompre les armements commencés , Jes interrompre d’une manière tôut à fait rassurante, sinon se battre à l'instant même. Puis, pour sonder plus sûrement l'Autriche, Napoléon lui fit demander la reconnaissance immédiate du roi Joseph. C’était sans aucun doute le moyen le plus infaillible de savoir ce qu’elle pensait, ou du moins ce qu'elle voulait dans le moment; car si on parvenait à lui arracher, contrairement à tous ses sentiments, à son langage le plus hautement, le plus récemment tenu, la reconnaissance de la royauté de Joseph , c’est qu'elle n’était capable de rien tenter, de rien oser, et, pour quelque temps au moins, on devait être tranquille à son égard.
M. de Metternicb, qui, à Paris , déployait beaucoup de zèle pour maintenir la paix, qui, dans tous ses entretiens, soit avec les ministres çle l'Empereur, soit avec l’Empereur lui-même , prodiguait les assurances pacifiques, se hâta de répondre qu’on aurait pleine satisfaction-relativement aux armements de l’Autriche. Mais quant à la reconnaissance du roi Joseph , prenant un ton moins affirmatif, une attitude moins aisée, il déclara que, pour lui, il ne prévoyait pas de résrstance dé la part de son cabinet, qu*»l ne pouvait toutefois se prononcer sans en avoir référé à Vienne. Il était évident qu’en ce point on touchait b la plus grande des difficultés actuelles, et que/ pour obtenir de l’Autriche un tel désaveu de ses sentiments, de ses discours les plus récents, pour lui infliger une telle humiliation , il ne faudrait pas un moindre effort que s’il s’agissait de lui arracher de nouvelles provinces. Ce n’en était pas moins un moyen de l’embarrasser, et de la ramener k plus de circonspection, si elle n’était pas prête à combattre.
L1VRK XXX11. — AOUT 1808. -
Au fond, Napoléon coin mourait 4 croira qu'il lui faudrait avec die une nouvelle et dernière lutte pour la réduira définitivement ; mais il voulait savoir si, auparavant, il aurait au moins six mois pour faire une rapide campagne en Espagne, et y porter cent mille hommes de ses vieilles troupes, sans danger pour sa prépondérance au delà du Rhin. Toutes ses démonstrations, toutes ses demandes d’explication n'avaient pas un autre bat.
Afin de leur donner un caractère encore plus sérieux, il réclama de tous les princes de la Confédération du Rhin un premier contingent, faible à la vérité , mais suffisant pour provoquer lieaueoup de propos inquiétants en Allemagne, et faire réfléchir l'Autriche* Si la guerre avec elle finissait par éclater, ces faillies contingents scrairut portés à leur effectif légal , sinon ils iraient tels quels en Espagne concourir à la nouvelle guerre que Napoléon s'était attirée, car il voulait que les princes du Rhin fussent engagés avec lui dans toutes scs querelles , cl partageassent tout entier le fardeau qui pesait sur la France; politique bonne en un sens, mauvaise en un antre, car, s'il les compromettait ainsi 4 sa suite, en revanche il les exposait à éprouver la haine géhérale que devaient susciter lot ou lard ces eonscriptkms répétées, tant 4 la droite qu'à la gauche du Rhin, tant au nord qu'au midi des Alpes pi des Pyrénées.
Le soin que Napoléon avait mis à faire expliquer l'Autriche n'était pas le seul qui lui fût imposé par les circonstances. Quelle que fût la quantité de Iroupes qui sérail détachée de la grande année pour la guerre d’Espagne, il fallait opérer un nouveau mouvement rétrograde en Pologne et en Allemagne, afin de se rapprocher du Rhin. Déjà, lorsqu'il avait pris definitivement le parti de s'engager en Espagne, Napoléon avait changé une première fois l'emplacement de ses troupes, et il les avait transportées de l'espace compris entre la l’rcgel et la Vislule dans l'espace compris entre la Vislule et l’Oder. Le maréchal Soull, laissant les grenadiers Outlinot à Dantzig, )a grosse cavalerie dans le délia de la Vislule, s'était replié avec le h* corps dsns la Poméranie, le Brandebourg et le Hanovre. Le maréchal Bernadotte avait continué 4 occuper les villes anséatiques avec les divisions Boude! et Molitor, les Espagnols et les Hollandais. Le maréchal Davout, avec le 3* corps, les Saxons, les Polonais, le reste de la cavalerie, s’était replié dans le duché de Posent , ayant sa hase sur l’Oder, la’, général Victor, élevé au grade de maréchal , avait établi ses quartiers 4 Berlin avec le I" corps. Le maréchal Mortier, avec les 5* et H- corps, était cantonné en Silésie.
L’intention de Napoléon, en prolongeant celle occupation de la Prusse, était de la forcer 4 régler définitivement la question des contributions de gtierre , puis de voir dans une position forte se dérouler les conséquences de son alliance avec ht Russie, de sa lutte sourde avec l' Autriche, et, enfin, de tenir son armée toujours en haleine, vivant sor le pays ennemi., du
moins en partie, car il acquittait une portion de ses dépenses sur le trésor extraordinaire.
II. était indispensable pourtant de mettre on terme à cette occupation prolongée. En effet, depuis la guerre d'Espagne, il devenait impossible de garder une si vaste étendue de pays , et il fallait abandonner un certain nombre de provinces. Il le fallait, non pas pour plaire à la Russie, avec laquelle tout dépendait d'une concession en Orient ; non pas pour plaire à la Prusse, qui , accablée du fardeau pesant sur elle, demandait à traiter à toutes conditions, sauf k ne pas exécuter ces conditions plus lard si elle ne le pouvait point, ou Si la fortune l'eu dispensait ; non pas davantage pour plaire à l’Autriche, avec laquelle on n'en était plus aux ménagements; mais il le fallait pour resserrer scs forces, et en reporter une partie vers les Pyrénées. C'était le cas néanmoins de tirer de ce mouvement rétrograde, qui était devenu nécessaire, une solution avantageuse avec la Prusse. C’était le cas aussi d'en tirer quelque chose d'agréable pour la Russie ; car, après l'arrangement des affaires d'Orient, ce que l’empereur Alexandre désirait le plus, pour être délivré, disait-il, des importunités île <jèns malheureux qui lui reprochaient leur malheur , c'était l'évacuation de la Prusse, et le réglement définitif des contributions de guerre qu'on exigeait encore de cette puissance.
Depuis plusieurs mois résiliait à Paris fe prince Guillaume, frère du roi de Prusse, envoyé auprès de Napoléon pour tâcher d’obtenir la réduction (les charges qu'on faisait peser sur son pays. Ce prince, par son attitude digne et calme, par sa prudence, avait su se concilier l'estime île tout le monde, et en particulier celle de Napoléon. Toutefois, il avait inutilement allégué jusqu'ici l'impuissance où se trouvait la Prusse d'acquillér les sommes auxquelles on voulait l’imposer, et tout aussi vainement offert la soumission la plus complète, la plus absolue de la maison de Rrandehourg, soumission garantie par un traite d'alliance offensive et défensive. Napoléon ne s’était laissé loncher ni par ces allégations, ni par ces otl’res, parce qu’il croyait que tout ce qu’il rendrait de ressources à la Prusse, elle l’emploierait A refaire ses forres pour les tourner contre lui. Avant léjpa , il aurait pu compter sur elle; depuis, il sentait bien qu'elle devait être implacable, et que l'épuiser, si on ne parvenait à la détruire, était la seule politique prévoyante. Obligé cependant de ramener ses troupes en arriére, il eonsenlit à entendre, enfin, les propositions du prince Guillaume, et après des pourparlers assez longs, il convint d’évacuer la Prusse en entier, sauf trois places forles sor l'Oder, Glogau, Stcüin et Cnslrin, qu'il garderai! jusqu'à l'acquittement des contributions stipulées, et il accorda celte évacuation à la condition du payement d'une somme de 140 millions, tant ponr les contributions ordinaires que pour les contributions extraordinaires non acquittées. Cette somme devait être payée moitié en argent ou lettres
de change -acceptables, moitié en titres sur les domaines territoriaux de la Prusse, de manière qne le tout lut -soldé dans un délai prochain, les lettres de change dans onze ou douze mois, à raison de six millions par mois, les titres Tonciers dans un an et demi au plus. L'évacuation devait commencer immédiatement, et les troupes françaises se retirer dans la Poméranie suédoise, les villes anscatiques , le Hanovre, la Uestphalie, les provinces saxonnes et franconiennes enlevées à la Prusse, et restées à la disposition de la France. Mais avec Stejtin, Custrin et Glogau sur l'Oder, Magdebourg sur l'Elbe et ses troupes en Hanovre, en Saxe, en Franconic, Napoléon était toujours présent en Allemagne , et en mesure de la dominer. Pour plus de sûreté, il fil insérer un article secret dans la convention d’évacuation, article jusqu'ici demeuré inconnu, par lequel la Prusse s'obligeait, pendant dix ans,. à renfermer son effectif militaire dans les limitessuivantes : dix régiments d'infanterie contenant 22 mille hommes , huit régiments de cavalerie forts de 8 mille, un corps d'artillerie et de génie s’élevant à 6 mille, enfin , la garde royale montant à G mille, total -42 mille hommes. .Le roi de Prusse s'interdisait, en outre, la formation de toute milice locale qui aurait pu servir à déguiser un armement quelconque. Enfui , il s'engageait à faire cause commune avec l'empire français contre l'Autriche, et à lui fournir contre elle, en cas do guerre, une division de 16 mille hommes de toutes armes. Pour l'année J 809 seulement, si la guerre éclatait, la Prusse, n’ayant pas encore réconstitué Son armée, devait borner son contingent à 12 mille. Napoléon, qui voulait contenir la Prusse, lion I humilier, consentit à laisser inconnue cette partie si fâcheuse du traité. Le digne et sage prince, qui défendait à Paris les intérêts de sa patrie, ne put obtenir mieux; car Napoléon, bien qu'il se fut porté à luiméme le coup qui devait un jour détruire sa puissance, était assez redoutable encore pour faire trembler l'Europe , et dicter la loi à tous scs ennemis. ...
Cette convention signée, il écrivit au roi et à la reine de Prusse pour se féliciter de la fin apportée à tous les différends qui avaient divisé les deux cours, promettant désormais les plus airticales relations si des passions hostiles ne venaient pas de nouveau égarer la cour de Berlin. Quelque dur que Ait ce traité pour la Prusse, il valait mieux que l'état présent, car elle était enfin délivrée des troupes françaises; et si elle se trouvait limitée dans ses armements, il est douteux qu'elle eut pu en payer plus que le traité ne lui en accordait. - , . ‘ •
Cet arrangement, outre l’avantage pour Napoléon de régler ses comptes avec la Prusse, et de lui permettre de retirer ses troupes, avait celui d’être agréable à la Russie , que les plaintes des Prussiens importunaient singulièrement, et qui tenait fort à en être, débarrassée. Or, être agréalde à la Russie £tait devenu dans le moment l'une des convenances de la politique
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de Napoléon, et il* lui tardait autant de s’entendre avec elle que de s’expliquer avec F Autriche et de terminer ses contestations avec la Prusse.
L’état des choses n'avait pas changé à Saint-Pétersbourg. Alexandre, toujours dominé par la passion da moment, ne se contenait plus depuis que Napoléon avait consenti à mettre en discussion le partage de l’empire turc. Constantinople surtout lui tenait plus à cœur que les plus belles provinces de cet empire, parce que Constantinople c'était 1» gloire, l’éclat, non moins que l'utilité. Mais donner cette clef des déiroits était justement ce qui répugnait à Napoléon, plus qu’aucune concession au monde. Jamais, comme on l’a vu antérieurement, il n’y avait formellement adhéré, et quand il avait permis à son ambassadeur, M. de Caulaincourt, de laisser exprimer devant lui de tels désirs, c’était en énonçant la volonté d’avoir les Darnadelles, si on cédait le Bosphore aux Busses, ce, qui ne pouvait convenir à la cour de Saint-Pétersbourg. Toutefois, Alexandre ne désespérait pas de vaincre Napoléon. Il répétait sans cesse qu’il ne désirait aucun territoire au sud des Balkans, aucune partie de la Roumélie, rien que la banlieue de Constantinople, laissant Andrinople à qui on voudrait;- et cette langue de terre , en quelque sorte destinée à loger le portier des. détroits, il l'avait appelée, dans le jargon familier qu’il s’était fait avec Fambassadèur de France, la langue de chat. — Eh bien, disait-il souvent à M. de Caulaincourt , avez-vous des nouvelles de votre maître ? Vous a-t-il parlé de la langue de chat? Est-il disposé à comprendre, à admettre les besoins de mon empire, comme je comprends et admets les besoins du sien ? — M. de Caulaincourt ne répondait à ces questions que d’une manière évasive, alléguant toujours les préoccupations de Napoléon, son éloignement, son prochain retour, retour après lequel il pourrait reporter son esprit des affaires d’Occident à celles d’Orient. Alexandre répliquait aussitôt, en disant que pour terminer ces dilTérends il fallait encore une entrevue, qu’elle était indispensable si on voulait faire refleurir la politique de Tilsit, et qu’on ne pouvait pas l’avoir trop tôt. Lui-même cependant n’était pas plus libre que Napoléon, car les affaires de Finlande avaient presque aussi mal tourné que les affaires d’Espagne. Ses troupes, après avoir refoulé les armées suédoises jusqu’à Uléahorg, et les avoir réunies on les refoulant, s’étaient divisées devant elles, cl avaient été refoulées à leur tour, battues même, grâce à l’incapacité du général Bnxhoevden , favori de la cour, et garanti par cette faveur seule contre les cris de l’armée. En même temps une flotte anglaise, bloquant la flotte russe dans le golfe de Finlande, répandait la terreur sur le littoral. Ce n’était donc pas immédiatement que l’empereur Alexandre aurait pu s’éloigner. Mais en septembre la navigation étant fermée, la présence des Anglais écartée pour plusieurs mois, Alexandre redevenait libre, et il demandait que l'entrevue où il espérait tout arranger avec Napoléon fut fixée au plus tard à cette TOM* iv. 22