‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 63 sur 186 · LIVRE XXXII. — AOUT · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. — AOUT

époque'. \I. de Caulaincoort à toutes ces instances répondait de la manière la plus propre à lui faire prendre patience, et promettait que l’entrevue aurait certainement lieu au moment qu’il désignait.

I)u reste, pour disposer Napoléon à outrer dans scs vues , Alexandre u’avait rien négligé. Introduction des armées françaises en Espagne, occupation de Madrid, translation forcée des princes espagnols à Bayonne, spoliation de leurs droits, proclamation de la royauté de Joseph, il avait trouvé tout cela naturel, légitime, complétant nécessairement la politique de Napoléon. — Votre Empereur, avait-il dit à M. do Caulaiucourt, ne peut pas souifrir des Bourbons si près de lui. C’est de sa part une politique conséquente, que j’admets entièrement. Je ne suis point jaloux, répétait-il sans cesse," de ses agrandissements, surtout quand ils sont aussi motivés que les derniers. Qu’il ne soit point jaloux de ceux qui sont également nécessaires à mon empire, et tout aussi faciles à justifier. —

I,a société de Saint-Pétersbourg, enhardie par les échecs, plus désagréables que dangereux, essuyés eu Finlande, indignée plus ou moins sincèrement des événements de Bayonne, trouvant un prétexte plausible à ses plaintes dans l’interdiction de la navigation, tenait de nouveau uu langage inconvenant sur la politique d'alliance avec la France; et il est vrai que cette politique ne sC distinguait alors ni par la moralité ni par le succès ; car enlever la Finlande à un parent dont on avait longtemps excité l’extravagance naturelle, et de la faiblesse duquel on avait de la peine h triompher, ne valait guère mieux que ce qui se passait en Espagne, et y ressemblait même beaucoup. — Il faut faire, avait dit eu propres termes l’empereur Alexandre à Al. de Caulaiucourt, bonne mine à marn ais jeu , et traverser sans fléchir ce moment difficile. — Ce prince, plein de tact , avait autant que possible évité d'entretenir Al. de Caulaiucourt de nos échecs en Espagne, u’avait touché k ce sujet que quand il n’avait pu se taire sans une affectation gênante pour celui même qu'il voulait ménagée; et puis, lorsque Inscris de joie du parti anglais à Saint-Pétersbourg avaient proclamé le désastre du géuéral Dupont, et exagéré nolro insuccès jusqu'à dire détruite Tannée qui était entière sur l’Ebre, et prisonnier le roi Joseph qui tenait sa cour à Viltoria , il en avait parié k Al. de Caulaiucourt, comme n'étant ni publiquement ni secrètement satisfait des revers d'une armée longtemps ennemie de la sienne, comme étant fâché au contraire d’un pareil accident , et ne voyant dans ce qui avait eu lieu rien que de simple, d'indifférent, de facile à expliquer. — - Votre maître a envoyé là de jeunes soldats, en a envoyé trop peu; il n'y était pas d'ailleurs : on a commis des fautes; il aura bientôt réparé cela. Avec quelques milliers de ses vieux soldats , un de ses bons généraux, on quelques jours de sa présence, il aura promptement ramené le roi Joseph à Madrid, et fait triompher la politique de Tiisit. Quant à moi , je serai invariable , et je vais parler à l'Autriche un

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langage qui la portera à faire des réflexions sérieuses sur sou imprudente conduite.^ Je prouverai à votre maître que je suis Adèle, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. C’est un bien petit malheur que celui-ci, mais, tel qu’il est, il lui fournira l’occasion de me mettre à l’épreuve. Répétez-lui cependant qu’il faut nous voir, nous voir le plus tôt possible pour nous entendre, et maîtriser l’Europe. — Alexandre avait du reste tenu parole, imposé silence aux frondeurs, aux indignés, aux alarmistes, fait taire surtout la légation autrichienne, et commandé à la société de sa mère une telle réserve , qu’on y parlait de nos échecs en Espague avec autant db -discrétion que des échecs des armées russes en Finlande.

Tel était l'aspect de la cour de Saint-Pétersbourg, à la suite et sous l’influence des événements d’Espagne. Informé de la façon la plus exacte de ce qui s’y passait par les dépêches de M. de Caulaincourt, lequel lui transmettait scrupuleusement par demande et par réponse scs dialogues de tous les jours avec l’empereur Alexandre, Napoléon avait enfin pris sou.pçrti d'accepter une entrevue. C'était la principale des déterminutions que lui avait inspirées sa nouvelle situation. Il avait pensé que le temps était venu de réaliser non pas tous les vœux d’Alexandre, ce qui était impossible sans compromettre la sûreté de l’Europe , mais une partie au moins de ces vœux, qu'il fallait donc le voir, le séduire de nouveau, lui concéder quelque chose de considérable , comme les provinces du Danube par exemple , et quant au reste, ou le désabuser, ou le faire attendre, le contenter en un mot; ce qui était possible, car la Valachie et la Moldavie, immédiatement et réellement données, avaient de quoi satisfaire la plus vaste ambition. Line entrevue, outre l’avantage de s’entendre directement avec le jeune empereur dans une circonstance grave, de s'assurer de.ee qu'il avait au fond du cœur, de se l'attacher par quelque concession importante, une entrevue publique à la face de l'Europe, serait un grand spectacle, qui frapperait les imaginations, et deviendrait le témoignage sensible d'une alliance qu’il était nécessaire de rendre non-seulement .réelle et solide, mais apparente, afin d’imposer à tous les ennemis de l’Empire.

Napoléon, tandis qu'il pressait l’Autriche de scs questions,. et qu’il accordait à la Prusse l’évacuation de son territoire, expédiait àM. de Caulaiucourt un courrier pour l'autoriser à 'consentir à une entrevqe solennelle avec l'empereur Alexandre. Celui-ci avait parlé de la fin de septembre, à cause de la clôture de la navigation qui avait lieu à cette époque : Napoléon , à qui le moment convenait, l'accepta. Alexandre avait paru désirer pour lieu du rendez-vous ou Weimar, à cause de sa sœur, ou Erfml à cause de la. plus grande liberté dont on y jouirait : Napoléon acceptait Erfurt, l’un des territoires qui lui restaient après le dépècement de l’Allemagne, et dont il n'avait encore disposé en faveur d'aucun des souverains de la confédération. Ayant ainsi déterminé d’une manière générale l’époque et

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