LIVRE XXXII. — AOUT
:iw»
le lieu de l'entrevue, et laissant à l'empereur Alexandre le soin de fixer définitivement les jours et les heures, il donna des ordres pour que cette entrevue eut tout l’éclat désirable.
Il se trouvait encore sur le Rhin des détachements de la garde impériale. Napoléon dirigea un superbe bataillon de grenadiers de cette garde sur Erfurt. Il ordonna de choisir un beau régiment d’infanterie légère , un régiment de hussards, un de cuirassiers, parmi ceux qui revenaient d’Allemagne , et de les diriger également sur Erfurt , pour y faire un service d’honneur auprès des souverains qui devaient assister à l’entrevue. Il dépêcha des officiers de sa maison avec les plus riches parties du mobilier de la couronné, afin qu’on y disposât élégamment et somptueusement les plus grandes maisons de la ville, et qu’on les adaptât aux besoins des personnages qui allaient se réunir, empereurs, rois, princes, ministres, généraux. Il voulut que les lettres françaises contribuassent à la splendeur de cette. réunion, et prescrivit à l’administration des théâtres d’envoyer à Erfurt les premiers acteurs français, et le.premier de tous, T’aima, pour y représenter Cinna, And rom a que, Mahomet, Œdipe . Il donna l’exclusion à la comédie , bien qu’il fit des œuvres immortelles de Molière le cas qu’elles méritent ; mais, disait-il , on ne les comprend pas en Allemagne. Il faut montrer aux Allemands la beauté , la grandeur de notre scène tragique ; ils sont plus capables de les saisir que de pénétrer la profondeur de Molière. — Il recommanda enfin -de déployer un luxe prodigieux, voulant que la France imposât par sa civilisation autant que par ses armes. - .
' Ces ordres expédiés, il employa le temps qui lui restait à faire scs préparatifs militaires dans une double supposition, celle où il n’aurait sur les bras que l’Espagne aidée par les Anglais, et celle où, indépendamment de l’Espâgnc et de l’Angleterre, il lui faudrait battre encore upe fois et immédiatement l’Autriche. La situation ne s’était pas améliorée en Espagne depuis la retraite de l’armée française sur l’Ehrc. Joseph avait entre la Catalogne, l’ Aragon, la Castille, les provinces basques, y compris quelques renforts récemment arrivés, plus de cent mille hommes, en partie de jeunes soldats déjà aguerris, en partie de vieux soldats venus successivement, régiment par régiment, de l’Elbe sur le Rhin, du Rhin sur les Pyrénées. C’était plus qu’il n’aurait fallu dans la main d’un général vigoureux, pour accabler les insurgés, s'avançant isolément de tous les points de l’Espagne, de la Galice, de Madrid , de Saragosse. Mais on ne faisait que s'agiter, se plaindre, demander de nouvelles ressources1, sans savoir se servir de celles qu'on avait. Napoléon avait essayé de raffermir, par l'énergie de son langage , le cœur ébranlé de Joseph. — Soyez donc digue de votre frère, lui avait-il dit; sachez avoir l'attitude convenable à votre position. Que me font quelques insurgés, dont je viendrai à bout avec mes