‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 68 sur 186 · LIVRE XXXII. - OCTOB · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. - OCTOB

Alexandre pouvait donc accéder aux nouvelles vues de Napoléon , et y trouver encore d’amples satisfactions. Le merveilleux ri'y était plus, il est vrai, et, avec une imagination comme celle de ce jeune souverain, le merveilleux était fort à regretter. I.c résultat le plus positif, tans un peu de merveilleux, allait manquer de charme pour lui, et l’alliance française courait risque de devenir l’une de ces vives amitiés sur lesquelles il était si prompt à se refroidir. Toutefois il y avait quelque chose qui auprès du jeune empereur était capable de suppléer au prestige de tous les plans de partage : c’était la réalisation instantanée de ses désirs. Ces désirs avaient la vivacité des appétits de la jeunesse, qui veulent être satisfaits sur-lechamp. Son vieux ministre, AI. de Romanxoff, arrivé à l'autre extrémité de la vie, avait toute l’ardeur juvénile des désirs de son maître. Il désirait aussi , il désirait tout de suite, sans un jour de délai dans l’accomplissement de ses voeux, comme s’il avait craint à son âge de ne pas avoir le temps de jouir de sa gloire, gloire en effet bien belle pour un ancien disciple de Catherine, qui1 de procurer à l'empire russe les bouches du Dnnnhe. Le charme donc que Napoléon devait substituer à celui du merveilleux, c’était le charme delà promptitude 11 fallait donner, donner surle-champ, pour que le don eut son véritable prix.

Ce nouveau système d'arrangement admis, Alexandre et AI. de Romanzoff se jetèrent avec une passion inouïe sur l'idée d'acquérir la Moldavie et là Valachie , et voulurent emporter d’Krfurt , non pas une promesse vainc, mais une réalité, qu'on put annoncer publiquement en rentrant à Saint-Pétersbourg '.

Jusqu’ici Napoléon avait toléré l'occupation momentanée des provinces, de Moldavie et de Valachie par les Russes, mais non sans quelques plaintes à ce sujet, non sans faire entendre que l’occupation prolongée de la Silésie par les Français en serait la conséquence forcée. Il ne devait plus être question aujourd’hui de rien de pareil. Il fallait que la France consentit par un traité formel à ce que la Russie prit définitivement les provinces du Danube, et s’engageât non-seulement à ratifier celte acquisition, mais à la faire ratifier par la Turquie , par l’Autriche , et par l’Angleterre elle-même, quand on traiterait avec cellc-çi. En conséquence, la Russie allait rompre l'armistice avec les Turcs , pousser ses armées jusqu'au pied des Balkans, au delà même, jusqu’à Antlrinoplc et Constantinople s’il était nécessaire , pour arracher à la Porte ce sacrifice. Au cas où l'Autriche voudrait intervenir, on l’accablerait en commun. Quant à l'Angleterre, on était en guerre avec elle , on n’avait vis-à-vis de cette puissance aucun

* Il vxinlc aux Archives de la Secrétaircrio (fKl.it des lettres do M. de Champaftny fort curieuses, lesquelles , racontai)! à Xapnlcon 1rs ntreliens.de M. do Chainpagny lui— nii'me avec M. do RornauzorT, donnent la plus singulière idée do l'iinpaliom'o du ministre russe. On on lira plus lias dures passades qui peignent, colle impatience dans toute 9a vérité. , - ,

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parti nouveau h prendre. C'était h Napoléon, en lui infligeant quelque sanglant échec aur le sol de la l’éninsple, à lui faire trouver bon tout ce qu'on entreprendrait sur le reste du continent.

Napoléon n'avait à ces idées aucune objection. Donner tout de suite était sa pensée, car il avait compris la nécessité d’exciter une qpuvelle passion dans le cœur d’Alexandre. Il désirait seulement observer quelque prudence dans l'énoncé des résolutions qu'on arrêterait à Krfurt, pour ne pas nuire à la tentative de paix générale qu'il voulait faire sortir de cette entrevue. Il accepta donc le principe que In Russie entrerait immédiatement en possession de la Moldavie et de la Valachic. La manière de publier la chose ne pouvait plus être qu'une affaire de rédaction, dont le soin était laissé aux ministres des deux souverains.

Leurs désirs étant ainsi satisfaits, Alexandre et M. de Romamolf éprouvèrent une joie qui égalait presque le plaisir qu'ils avaient à rêver trois mois auparavant la conquête de Constantinople. Napoléon avait donc alteint son but de contenter Alexandre par un don restreint mais immédiat, presque autant que par des perspectives magni6qucs mais douteuses. C'est à convenir de ces points qu'avaient été employés les huit ou dix premiers jours de l'entrevue. Aussi, quoiqu'une extrême courtoisie eut sans cesse régné dans leurs rapports, les deux souverains cependant se manifestèrent à partir de ce moment une satisfaction toute nouvelle. Alexandre surtout semblait mettre de l'affection dans la politique; il se montrait à la promenade, & table, au spectacle, familier, amical, déférent, enthousiaste pour son illustre allié. Quand il parlait de lui, c'était avec un sentiment d'admiration dont tout le monde était frappé.

Krfurt était devenu le rendex-vous de souverains le plus extraordinaire, dont l'histoire fasse mention. Aux empereurs de France et de Russie, au grand-duc Constantin , au prince Guillaume de Prusse , au roi de Saxe , s'étaient joints les rois de Bavière et de Wurtemberg , le roi et ht reine de W’estphalie, le prince Primat, chancelier de la Confédération ; le grand-duc et la grande-duchesse de Bade, les ducs de Hesse-Darmstadt, de Weimar, de Saxe-Gotba, d'Oldenbourg, de Mecklembourg-Slrélitx et Mccklembourg-Schxrerin , et une foule d’aulrea, qu’il serait trop Long d’énumérer, avec leurs chambellans et leurs ministres. Ils dinaient chaque jour cher l'Empereur , assis chacun k son rang. Le soir on allait au spectacle , dans une salle de théâtre que Napoléon avait fait réparer et décorer pour cette solennité. La soirée s'achevait chez l'empereur de Russie. Napoléon s'étant aperçu qu’Alcxandre éprouvait quelque difficulté k entendre, k cause de la faiblesse de son ouïe, avait fait disposer une estrade àla place que l’orT chestrc occupe dans les théâtres modernes, et là les deux empereurs étaient assis sur deux fauteuils quj les mettaient fort en évidence. A droite, à gauche, étaient rangés des sièges pour les rois. Derrière, c'esl-k-dire au

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