OCTOB
P Autriche, de la Turquie, do» chances pour une nouvelle lulle, qui la disposeraient à refuser la paix. Au contraire, en attendant quelques semaines seulement, on' pourrait entraîner l’ Angleterre à négocier. Une /ois engagée dans la négociation, il ne lui serait plus aussi facile d’en sortir, le public anglais devant souhaiter la fin de la guerre ; et quand enfin on lui révélerait la dernière condition , celle de laisser à la Russie les deux provinces que cette puissance possédait de fait, il était douteux qu’amenée aux idées de paix, elle revint aux idées de guerre pour une question à laquelle elle ne prenait pas personnellement un grand intérêt. C’est dans cette clause additionnelle que consistait la difficulté, c'est-à-dire dans ce délai de quelques semaines auquel on voulait condamner l’impatience russe.
L’empereur Alexandre s'en était reposé à cet égard sur son vieux ministre, dont l’ardeur égalait au moins la sienne. M. de Champagny s’étant abouché avec M. de Romanzoff , le trouva disposé à consentir à tout sans aucune hésitation ; mais quand on en fut à la précaution demandée, celle de différer les communications à la Porte, il devint intraitable. Un nouveau délai , après quinze mois d'attente depuis Tilsit, ne se pouvait supporter, suivant M. de Romanzoff. 11 y avait quinze mois que la France faisait des promesses à la Russie sans lui rien accorder, et l’obligeait ainsi à rester envers les Turcs à l’état d'armistice. Sans les instances de la France, disait M. de Romanzoff, on aurait déjà marché sur les Balkans, et réduit la Turquie à céder les provinces qu’elle n’était plus capable ni de retenir, ni de gouverner. Tout ce qu’on avait retiré de l’union de Tilsit, c’était celte gêne imposée à l’action russe, et on en avait trop souffert pour vouloir s’y soumettre encore. On n'était même venu de si loin, de Saint-Pétersbourg à Erfurt, malgré beaucoup d'oppositions, de sinistres pronostics et de grands sacrifices de dignité, que pour faire cesser un statu quo désolant.
M. de Champagny avait beau répondre qu’il s’agissait d’un délai de quelques semaines seulement, qu'on allait envoyer des courriers à Londres, que la réponse ne saurait se faire attendre; que dans le cas où l’Angleterre accéderait à l’ouverture d’une négociation, on verrait bientôt si la base de 1*11/1 possidetis était acceptée ou ne l’était pas ; que si elle l’était, il vaudrait la peine de patienter un peu pour obtenir de la sorte sans recourir à la guerre les belles acquisitions projetées; que si, au contraire, elle n'était pas acceptée, on pourrait sur-le-champ commencer à Constantinople les pourparlers qui devaient être suivis, pacifiquement ou militairement, de l’acquisition des bordsai désirés du Danube. De toutes ces raisons, le ministre russe n’en voulait admettre aocune. — Toujours des délais ! répétait-il avec une sorte d'accent douloureux. Ou n'aura donc que des délais à nous imposer, quand on ne s’en impose aucun ni à Madrid, -ni à Rome !
ER Fl RT.
Encore si c'était un déltÿ fixe, déterminé, à la suite duquel toute incertitude dût cesser, soit. Mais on nous force de patienter jusqu'au moment où la négociation ne présentera plus d'espérance fondée de s'entendre. Or, il y a des négociations qui ont duré des années. 11 nous faudra continuer pendant des années & rester dans l’état d’armistice avec les Turcs ! —
M. de Champagriy fut frappé de l’ardeur, de l’impalienco de ce vieux ministre, dominé par une de ces passions violentes qui s’emparent quelquefois des vieillards, et leur ôtent toute la gravité de leur âge, sans leur donner l'attrayante vivacité de la jeunesse *. Il était évident aussi qu’une certaine défiance se joignait à l’ardeur du désir, et que M. de Ronianzoff craignait qu’on ne voulût leurrer lui et son maître par une nouvelle remise. M. de Champagny, voyait! qu’il attachait à cette acquisition la gloire de ses derniers jours, qu’il serait plus exigeant qu’ Alexandre lui-méme, crut devoir attendre le retour des deux monarques , et laisser l’empereur des Français exercer son ascendant personnel sur l’empereur de Russie, pour obtenir de lui l’admission dans le traité d’une précaution qui était jugée indispensable.
Les deux empereurs, avec toute leur suite de rois et de princes, s’étaient
1 Voici comment M. do Champagny s’ en explique avec l’Empereur :
■ Erfurt. 6 octobre 1808.
i Traitant cette question avec toute la bonne foi possible, bien persuadé que le délai demandé, celui qui subordonne toute démarche pour l’obtention des deux provinces à l’issue de la négociation avec F Angleterre, est autant dans les intérêts de la Russie qün dans ceux de la France, j’espérais éteindre le sentiment de défiance qu’annonçait la réponse de M. de Romanzoff ; mais je .n'ai pu l'ébranler. Celui qui est prêt & saisir une proio qu’il a longtemps convoitée, est sourd à toutes les raisons qui peuvent retarder sa jouissance. Il y a trente ans que M. de Romanzoff a rêvé cette acquisition ; c’est le triomphe de son système; là est sa réputation et son honneur. Tout autre intérêt lui paraîtra faible auprès de celui-là. L’empereur Alexandre, qu’aucun motif personnel ne pousse, et à qui tous* les intérêts de son empire sont également chers, doit être beaucoup plus accessible à la force des raisons qui, pour son intérêt^ lui prescrivent dè retarder, non pas une jouissance, mais une simple prise do possession d’nnc province qui ne peut lui échapper. Je ne suis donc convenu de rien avec XI. de Romanzoff; quand même j’y aurais été autorisé, je n étais pas plus disposé que lui à céder, et je regarde comme inutile de lui en parler encore avant l'arrivée de Votre Majesté. Sur le reste nous sommes à peu près d’accord.
i Signé Chaupacw. •
Sim,
• Erfort. le 8 octobre 1808.
• Deux heures de conférence avec M. le comte de Romanxoff n’ont amené aucun résultat. Son système parait irrévocablement arrêté ; il veut les provinces turques ; il les veut à tont prix, il les veut adjourd'lyii plutôt que demain. Ses objections sont moins contre l’article VI , dont Votre Majesté veut maintenir la rédaction , que contre l'addition quelle propose à l’article VII du contre-projet, et qui consiste en ces mots :
< Il ne sera donné aucun éveil à la Porte sur les intentions de la Rassie qu'on n'ait > connu l’efTet des propositions faites par les deux puissances à l'Angleterre. »
* Ces mots effarouchent beaucoup M. de Romanzoff. Aucun delai ne lui parait admis-
tom* tv.