LIVRE XXXII. — OCTOB
rcudufl à Weimar pour y rosier pendant les journées du (J et du 7 octobre, et revenir le 8 à leurs importantes affaires. Entre Ërfurt et Weimar se trouve la forêt d'Elleraburg. Le grand-duc de Weimar y avait fait préparer une ligne de pavillons élégants pour tous ses visiteurs couronnés. Celui des empereurs et des rois, placé au centre, était magnifique. Devant ces pavillons devait passer une masse immense de gibier, cerfs, daims, Jièvres, retenus dan3 des filets, et obligés pour s'eufuir d'essuyer le feu des hôtes conviés à cette fête. Alexandre n’avait jamais tiré un coup de fusil , tant était douce la natdre de ses goûts. Il abattit cependant un cerf, et il en tomba une multitude d’autres sous les coups de cette illustre compagnie de chasseurs. Une réception somptueuse attendait à Weimar les deux empereurs. Après un repas splendide, un bal féuuit la plus hriilanto société allemande. Goethe et Wicland s’y trouvaient. Napoléon laissa cette société pour aller dans le coin d’un salon converser longuement avec les deux célèbres écrivains de l'Allemagne. Il leur parla du christianisme, de Tacite, de cet historien, l’effroi des tyrans, dont il prononçait le nom sans peur, disait-il en souriant; soutint que Tacite avait chargé un peu le sombre tableau de son temps, et qu’il n’était pas un peintre assez simple pour être tout à fait vrai. Puis il passa à la littérature moderne, la compara à l’ancienne , se montra toujours le même, en fait d’art comme en fait de politique, partisan de la règle, de la beauté ordonnée, et, à propos du drame
Bible, cl surtout lin delai indéterminé. — Quand, comment connailra-t-on , dit-il, l'effet de ce» propositions ? tu premier résultat ne mct(ra*t-il pas dans le cas d’en attendre un second, celui-ci un troisième, et notre arrangement avec la Turquie ne sera-t-il pas continuellement ajourné? Il appliquait ce raisonnement à tout. Si je lui parlais des ménagements dus aux Français établis dans le Levant, il me demandait : Mais voulox-voua attendre qu’ils soient revenus en France? Quand pourront-ils y revenir? La paix avec l'Angleterre lui parait difficile, et c’est pour cela qu'il ne veut pas y subordonner la paix avec la Turquie. Il m’a parlé aussi de la nécessité de frapper 1 opinion des Russes par la certitude de cette importante acquisition, et m’a paru avoir quelques craintes si tel n’était pas le résultat du voyage de l’empereur Alexandre. Ou m’a plutôt laissé deviner ces craintes qu'on ne me les a montrées ; mais le sentiment qui perçait à chaque mol était celui do la défiance, défiance des événements, deliauer aussi de nos intentions. C'est d'après cela qu’il mettait moins d’importance à l’article VI. Peu lui importe, en effet, de quelle manière cet article prononce le consentement de la France aux acquisitions de lu Russie, si l’article suivant permet à celle-ci d’agir cl de marcher à son but C’est encore pour cela qu’un délai indéterminé l'effraie davantage : il craint d’exposer A des .chances un avantage qui lui paraît presque acquis dans ce moment. Il consentirait plutôt à un délai dont je terme serait fixé. Il veut que tout soit précis. « Le va, que des articles de t Tilsit, dit-il, nous a fait trop do mal t une année a été perdue, ci tel est encore l’unique « résultat de notre alliance avec vdus. if
« Cette obstination de M. de Romanioff n’est pas le produit du moment. Elle tient k de longues réflexions qui n’ont eu qu’un but, à une attente impatiemment supportée, enfin À l’opinion que dans le moment actuel rieii ne peut s’opposer à l’exécution des vues de la Russie. Je désespère de la vaincre.
» Je suis avec respect, etc.
* Signé ChamI'aCnv. «
KRPl'RT.
imité de Shakespeare, qui mêle la tragédie à la comédie, le lerriblo au burlesque , il dit à Goethe : Je suis étonné qu’un grand esprit comme vous n'aime /tas les genres tranchés ! — Mot profond , que bien peu de critiques de nos jours sont capables de comprendre!
Après ce long entretien, où il déploya mie grâce infinie, et où il laissa voir à ces deux hommes de lettres éminents qu'il leur avait sacrifié la plus noble compagnie, Napoléon les quitta flattés comme ils devaient l’étre d’une si haute marque d’attention. C'est à l’entrevue d'Erfurt qu’ils durent d'itro décorés de l’ordre de la Légion d'honneur, distinction qu'ils méritaient à tous les litres, et qui, accordée a de tels personnages, ne perdait rien de son éclat.
Le lendemain, une nouvelle fêle lui fut olferte sur le champ même de la bataille d’iéna, entre Erfurt et léna. Il y avait un tel désir de plaire à Napoléon, que peut-être oubliait-on sa propre dignité en s’appliquant a rappeler soi-même une des plus terribles batailles gagnées par la fiance sur l’ Allemagne. Un pavillon était dressé sur ce mont du Laudgrafenberg , où Napoléon avait bivouaqué dans la nuit du 13 au 14 octobre, deux ans auparavant, çar on touchait presque à l’anniversaire de la mémorable bataille d'Iéna. Un plan de cette bataille était placé dans le pavillon qui devait recevoir Napoléon. Un repas du mutin y était servi , et, après mille souvenirs consacrés à cette journée par la foule des assistants qui y avaient pris part, et des propos pleins de convenance de. Napoléon envers scs hôtes allemands, on se rendit à droite, dans celle plaine d'Apoldau, située entre le champ de bataille d'Iéna et celui d'Ancrstaedt, plaine fameuse par l'inaction du maréchal Ilernadoltc. Une seconde chasse y était préparée, et occupa quelques heures de la matinée. On repartit ensuite pour Erfurt. Avant de quitter ces hauteurs d'où l’on domine la ville d'Iéna, Napoléon voulut luisscr un souvenir de bienfaisance, qui pût venir s’inscrire, à coté des souvenirs terribles qu’il avait déjà laissés en ces lieux. Le feu avait été mis à cette malheureuse cité par les obus. Napoléon donna une somme do trois cent mille francs pour indemniser ceux qui à cette époque avaient souffert do sa présence.
Revenu à Erfurt, il fallait le lendemain qu’il s'occupât de nouveau des graves affaires qui l'avaient amené eu Allemagne , et qui avaient attiré si loin lu souverain de la Russie. Il en parla à l’empereur Alexandre, mais il confia surtout à M. de Cliampagny le soin d'insister opiniâtrement pour qu’il fût apporté quelque prudence dans les communications à faire à Constantinople, et que dès le début des négociations on ne fournit pas à l'Angleterre des alliances qui la disposassent à persévérer dans la guerre. En ce qui concernait l'acquisition des provinces danubiennes, il autorisa Al. de Cliampagny à chercher la rédaction la plus positive, la plus rassurante, quant à la certitude même do cette acquisition, moyennant toutefois