‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 73 sur 186 · LIVRE XXXII. — OCTOB · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. — OCTOB

un délai dans son accomplissement, qui rendit possible le commencement des négociations à Londres, t

Après de fréquents pourparlers, Xnpoléon gagna quelque chose sur l’impatience d'Alexandre, et s’eu rapporta à AL de Champagny pour gagner quelque chose également sur celle de AI. de Komanzoff. Cependant il voulait que son jeune allié fut content, car il comptait faire reposer toute sa politique actuelle, non-seulement sur la réalité, mais encore sur l’évidence de l’alliance russe, pour la paix comme pour la guerre. Aussi, malgré le besoin qu’il avait d’argent, ne refusa-t-il pas d’accorder une nouvelle réduction des charges imposées à la Prusse. On avait stipulé par la convention du 8 septembre l’évacuation définitive du territoire prussien, sauf trois places de sûreté, Stettin, Custrin, Glogau, et moyennant 140 millions payables en deux ans. Le roi de Prusse, en signant avec empressement cette convention, qui lui valait la délivrance de son territoire, avait dit qu’il ne renonçait pas néanmoins à implorer de la générosité de son vainqueur l’allégement d’une charge que son pays était dans l'impossibilité de supporter. Lui et la reine avaient supplié Alexandre de profiter de son entrevue avec Napoléon, pour leur faire obtenir encore un soulagement. Alexandre, dont le cœur était oublieux , mais bon , avait promis ce qu’on souhaitait, et il lui en eut coûté de ne pas réussir. Le don des bouches du Danube aurait perdu à scs yeux quelque chose de son prix, si en retournant vers le Nord il avait dû retrouver des reproches écrits au front de ses malheureux alliés. Il avait demandé à Napoléon une réduction de 40 millions sur 1 40, et la substitution d’un délai de plusieurs années à celui de deux ans pour l’acquittement de la somme totale. Il avait même rédigé de sa main la lettre par laquelle Napoléon devait lui annoncer cette concession, en l'attribuant & son intervention personnelle et pressante. Napoléon savait que c’était l’une des manières les plus sensibles d’obliger l’empereur Alexandre, et, après avoir opposé autant de résistance qu’il le fallait pour faire apprécier le sacrifice qu’il accordait, sacrifice réel dans l’état de ses ressources financières, il consentit à une réduction de 20 millions sur la somme, et à une prolongation d'une année pour le terme du payement. Ainsi, ait lieu de 140 millions en deux ans, la Prusse ne dut payer que 120 millions en trois ans, moitié eu argent, moitié eu lettres foncières. La lettre rédigée par Alexandre, remaniée par Napoléon, fut écrite à peu près comme elle avait été proposée.

Les deux souverains, cherchant ainsi à se plaire l'un à l'autre, et chaque jour plus satisfaits de l’accord de leurs vues , sauf quelques difficultés de détail, avaient cependant une dernière ouverture à se faire, dont Napoléon ne voulait pas prendre l’initiative. Il s’agissait d’une alliance de famille qui aurait rendu leur alliance politique, sinon plus solide, au moins plus éclatante, d'un mariage enfin qui aurait uui à Napoléon une sœur de l’empe-

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reur Alexandre. Napoléon avait songé plus d’une fois à répudier Joséphine, pour épouser une .princesse qui put lui donner un héritier, et il avait toujours été arrêté dans ce dessein par l'affection qui l'attachait à la compagne de sa jeunesse, et par l’embarras de se fixer sur un choix. Toutefois il revenait sans cesse à ce projet, et c’était le cas plus que jamais de s’en occuper, puisqu’il avait auprès de lui le souverain sur l’alliance duquel il voulait fonder sa politique, souverain qui était presque de son ûgc, et qui avait des sœurs à marier dont on vantait les qualités. Si Napoléon en arrivait à une pareille union, se disait-il à lui-même, on le croirait définitivement maître de la cour de Russie, on tremblerait, et on ferait la paix. Cependant, quoiqu'il vécût soir et matin à coté d'Alexandre, et qu’ils en fussent venus aux confidences les plus intimes, jamais Alexandre n’avait abordé un sujet qui l’intéressait si vivement. Napoléon, dans sa grandeur, croyant honorer tous ceux auxquels il s’allierait, était trop fier pour faire la première ouverture sans être assuré de réussir. Chaque jour lui et Alexandre s’entretenaient de leur union* que rien, disaient-ils, ne saurait troubler, car leurs intérêts étaient les mêmes, car leur puissance ne devait donner d’ombrage qu’à l'Angleterre qu’ils pressaient l’un et l’autre sur mer, ou à l’Autriche qu’ils pressaient, l’un sur l’Isonzo, l’autre sur le Danube, et ils ne pouvaient trouver d’ennemi que dans l’une des deux, on toutes deux. Us avaient donc toutes les raisons politiques d’être intimement unis. Us avaient des raisons personnelles aussi , puisqu’ils s’étaient vus, appréciés, qu’ils étaient devenus chers l’un à l’autre, qu’ils se convenaient de tous points, par les vues et par les goûts, qu’ils étaient jeunes, qu’ils avaient encore un immense avenir devant eux, et que les projets même qu’ils ajournaient sur l’Orient, ils auraient le temps d’y mettre la main un jour! — Romanzoff est vieux, disait Napoléon à Alexandre, il est impatient de jouir. Mais vous êtes jeune, vous pouvez attendre! — ■ Romanzotf est un Russe du temps passé, répondait Alexandre; il a des passions que je n’ai point. Je veux civiliser mon empire bien plus que l’agrandir. Je désire les provinces du Danube pour ma nation beaucoup plus que pour moi. Je saurai attendre les autres arrangements territoriaux nécessaires à mon empire. Mais vous, ajoutait-il à Napoléon, il faut aussi que vous jouissiez des grandes choses que vous avez accomplies; que vous cessiez enfin d’exposer votre tête précieuse aux boulets. N’avez-vous pas assez de gloire, assez de puissance? Alexandre, César en curent-ils davantage? Jouissez, soyez heureux, et remettons à l’avenir le reste de nos projets. — A ces professions de désintéressement, Napoléon répondait par des protestations d’amour pour la paix et le repos. Alexandre semblait ne plus aimer Constantinople, et Napoléon semblait avoir pris en dégoût la guerre, les batailles, les conquêtes. Les deux princes, se promenant seuls autour d’Lrfurt, à quelque distance de leurs officiers, se livraient ainsi à

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