‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 76 sur 186 · LIVRE XXXII. — OCTOR · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. — OCTOR

qu'on n’agît pas trop brusquement 4 Constantinople , nu point de rendre impossibles dès leur début les négociations qu'on allait entreprendre & Londres.

A peine M. de Romanzotf avait-il arraché des mains du ministre français cette proie si désirée, qu’il voulut s’en assurer la possession définitive en obtenant les signatures à l'instant même. Cependant il fallait transcrire deux copies do ce nouveau traité secret : il n’eut pas la patience d’attendre qu'on les eût transcrites à la chancellerie de M. de Champagny, cl, pour plus de célérité, on en exécuta une chez lui. Aussitôt ces copies achevées, il vint en toute hâte dans l'après-midi les faire signer 4 M. de Champagny, et courut ivre de joie les porter à sou maître.

L’entrevuo d’Erfurt avait atteint son but; les deux empereurs étaient d’accord, et surtout paraissaient l'être. Alexandre croyait tenir enfin la Valachie et la Moldavie; Napoléon croyait tenir le jeune empereur, assez du moins pour qu'aucune coalition ne fut possible, assez pour n’avoir rien à craindre de l’Autriche jusqu’au printemps prochain. 11 espérait même que la paix pourrait nailre de celle élroite alliance puhliquementproclamée entre les deux plus grandes puissances de l’univers. Aux fâcheux récits Se llaylen , il avait substitué , dans les entretiens de l'Europe , le récit merveilleux de l'assemblée de rois tenue à Krfurt. l«cs deux monarques étaient parfaitement coutcnts l’un de l'autre ; une plus doure union semblait devoir s'ajouter un jour 4 l’union toute politique qui les liait désormais. Il fut décidé qu’on donnerait encore le 13 4 l’intimité, le M 4 la séparation, cl qu’on emploierait ces dernières journées à multiplier les témoignages, et 4 combler de présents les serviteurs de l'une et l'autre cour. Voyant bien que M. deTolstoy avait trop à Paris l'attitude d'un soldat, Alexandre était convenu de le remplacer par le vieux prince KouraVin, courtisan obséquieux, Incapable de brouiller son maître avec Napoléon, cl actuellement ambassadeur 4 Vienne. Mais il fut convenu aussi que, pour suivre de plus près les négociations avec l’Angleterre, et ne retarder que le moins possible les démarches auprès de la Porte, M. de RomanzotT se rendrait luimême 4 Paris afin de recevoir les réponses , faire les répliques , sans autre délai que le temps nécessaire pour aller de Londres à Paris. Napoléon rédigea même 4 Erfurt, de sa propre main, la lettre commune au roi d'Angleterre qui devait être signée des deux empereurs, et les notes 4 l'appui, de façon 4 prévenir toute longueur.

M. de Tolsfoy était 4 Erfurt. Napoléon voulut y recevoir ses lettres de recréanco, et lui donner des marques de faveur, qui ôtassent 4 sa révocation toute apparence de disgrâce. Il lui fit cadeau des porcelaines rie Sèvres et des tapisseries des Gobolins qui avaient orné son habitation 4 Erfurt. U combla de présents et dé décorations tout l’entourage d'Alexandre. Alexandre ne se montra pas moius magnifique, conféra le cordon de Saint-

André aux principaux personnages de la cour do Napoléon, cl prodigua les portraits, les tabatières et les diamants.

I,e seul personnage étranger à toutes ces distinctions était le représentant de l' Autriche, M. de Vincent. Malgré des efforts inouïs pour découvrir le secret de ce qu’on avait fait & Erfurt, il n'avait pu le pénétrer. Il savait qu’on avait échangé des témoignages de tout genre, qu'on avait posé dans une convention formelle les principes de l’alliance; niais le secret véritable des acquisitions qu’on s’était concédées les uns aux autres, des négociations qu’on allait entreprendre, il l'ignorait, et il supposait même beaucoup plus qu’il n'y avait. L'Empereur lui accorda son audience de congé, en lui renouvelant ses remontrances, et lui répéta que l’Autriche serait pour toujours laissée en dehors des affaires européennes, tant qu’elle paraîtrait vouloir recourir aux armes. Il le chargea pour l'empereur de la lettre suivante, qui contenait toute sa pensée :

* Erfurt, le 1 V ortubre 1808.

» Monsieur mon frère, je remercie Votre Majesté Impériale de ln lettre » quelle a bien voulu m’écrire, et que M. le baron do Vincent m'a remise. v Je n’ai jamais douté des intrnlions droites de Votre Majesté; mais je n'en

- ai pas moins craint un moment de voir les hostilités se renouveler enfro ■■ nous. 11 est à Vienne une faction qui affecte la peur pour précipiter votre s cabinet dans des mesures violentes, qui seraient l’origine de malheurs r plus grands que ceux qui ont précédé. J’ai été le maître de démembrer » la monarchie de Votre Majesté, ou du moins de la laisser moins puisn santé; je ne l'ai pas voulu. Ce qu'elle est, elle l’est de mon aveui C'est la » plus évidente preuve que nos comptes sont soldés, et que je ne veux rien » d’elle. Je suis toujours prêt à garantir l’intégrité de sa monnrehie. Je ne < ferai jamais rien contre les principaux intérêts de ses Etats , niais Votre « Majesté ne doit pas remettre en discussion ce que quinte ans de guerro -s ont terminé. Elle doit défendre toute proclamation ou démarche provo- » quant 1a guerre. La dernière levée en masse aurait produit la guerre, si » j’avais pu craindre que cette levée et ces préparatifs fussent combinés n avec la ltussie. Je viens de licencier les camps de la Confédération. Cent s mille hommes de mes troupes vont à Boulogne pour renouveler mes s projets contre l’Angleterre. Quo Voire Majesté s’abstienne de tout armon ment qui puisse me donner de l'inquiétude et faire une diversion en fa- » veut de l’Angleterre. J’ai dû croire, lorsque j'ai eu le bonheur de voir « Votre Majesté et que j'ai conclu le traité de l’resbourg, que nos affaires

- étaient terminées pour toujours, et que je pouvais me livrer & la guerro » maritime sans être inquiété ni distrait. Que Votre Majesté se méfie de n ceux qui lui parlent des dangers de sa monarchie, troublent ainsi son » bonheur, celui de sa famille et de ses peuples. Ceux-là seuls sont dange-

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