‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 8 sur 186 · LIVRE XXIX. — XOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX. — XOV

lais convenaient à Napoléon, qui aurait voulu ralentir la marche du temps, tant il lui en coûtait de prendre des résolutions relativement à l'Espagne, partagé qu’il était entre le désir de détrôner partout les Bourbons, et l’appréhension des moyens violents et odieux qu’il lui faudrait employer pour y réussir.

Parti le 16 novembre de Paris, Napoléon était arrivé le 21 à Milan, après avoir déjà visité plusieurs points intéressants. Il avait même surpris son fils Eugène Beauharnais, qui n’avait pas eu le temps d'accourir à sa rencontre. Se montrant le matin de son arrivée à la cathédrale de Milan pour y entendre un Te Deutn, l’après-midi au palais de Monza pour y visiter la vice-reine sa fille, le soir au théâtre de la Scala pour s’y faire voir aux Italiens, il avait, dans les intervalles, entretenu les fonctionnaires chargés des services les plus importants. 11 employa le 23, le 2i, le 25, à expédier un grand nombre d’alfaires, et à donner une foule d’ordres. Frappé en traversant la nouvelle route du Mont-Cenis, qui était son ouvrage, du dénument de secours auquel se trouvaient exposés les voyageurs, fauta de population sur ces hauteurs couvertes de neiges, il ordonna la création d'une commune, divisée en trois hameaux, un au bas de la montée, un au sommet, un sur le revers. Le hameau situé au sommet devait être le chef-lieu de la commune. Il prescrivit la construction d’une église, d’une maison commune, d’un hôpital, d’une caserne. Il accorda une dispense d'impôts pour tous les paysans qui viendraient s’établir dans la nouvelle commune, et en commença la population par l'établissement d'un certain nombre de cantonniers, chargés d’entretenir la route en temps ordinaire, et de se réunir en cas d’accident sur les points oii leur secours serait nécessaire. Après avoir arrêté le budget du royaume d’Italie, donné une sérieuse attention à l’armée italienne, convoqué les trois collèges des Possidenti, des Dotti et des Commercianli pour le moment de son retour à Milan, c’est-à-dire pour le 10 décembre, il partit afin de se rendre à Venise, en suivant la route de Brescia, Vérone, Padouc, accueilli sur son passage par les acclamations d’un peuple enthousiaste. Toujours occupé utilement, même au milieu des fêtes, il avait rectifié en passant le tracé des fortifications de Peschiera, se réservant d’arrêter au retour celles de Mantoue. Chemin faisant, il avait recueilli une partie de sa parenté, le roi et la reine de Bavière, dont Eugène avait épousé la fille; sa sœur Klisa , princesse de Lucques et bientôt gouvernante de Toscane; enfin son frère Joseph, qu’il n’avait pas vu depuis qu’il l'avait nommé roi de Naples, et qu’il chérissait tendrement, malgré de nombreux reproches sur sa molle façon de gouverner. A Fusine, petit port sur les lagunes, où l’on s’embarque pour se rendre à Venise, les autorités et la population l’attendaient dans des gondoles richement pavoisées, afin do le conduire au séjour de l’ancienne reine des mers. Ce peuple vénitien, qui se consolait de ne plus

former une république indépendante par la satisfaction d'avoir échappé à des lois tyranniques, par l'espérance d’appartenir bientôt à un vaste royaume qui comprendrait l’Italie tout entière, par la promesse enfin de grands travaux destinés à rendre ses eaux navigables, avait déployé pour recevoir Napoléon tout le luxe qu’il étalait autrefois quand son doge épousait la mer. D'innombrables gondoles brillant de mille couleurs, retentissant du son des instruments, escortaient les canots qui portaient, avec le maître du monde, le vice-roi et la vice-reine d'Italie, le roi et la reine de Bavière, la princesse de Lucqucs, le roi de Naples, le grand-duc de Berg, le prince de Xeufchàtel, et la plupart des généraux de l'ancienne armée d’Italie. Après avoir donné aux réceptions le temps nécessaire, Napoléon employa les jours suivants à parcourir les établissements publics, les chantiers, l’arsenal, les canaux, accompagné partout de MM. Decrès, Proni, Sganzin. I/examen des lieux terminé, il rendit un décret en douze titres qui embrassait tous les besoins de Venise régénérée. Il commença, en vertu de ce décret, par rétablir une quantité de perceptions abolies depuis la chute de la république, mais justifiées par une longue expérience, peu onéreuses en elles-mêmes, et indispensables pour suffire aux dépenses d’une existence tout artificielle, car Venise comme la Hollande est une œuvre de l'art plus que de la nature. Les moyens assurés, il songea h leur emploi. Il organisa d'abord une administration pour l’entretien des canaux et le creusement des lagunes, décréta ensuite un grand canal pour conduire les bâtiments de l’arsenal à la passe de Malaraoeco, un bassin pour des vaisseaux de soixante-quatorze, des travaux hydrauliques tant sur la Brcnta qui amène les eaux dans les lagunes, que sur les diverses issues par lesquelles elles se jettent dans l'Adriatique. U institua en ontre un port franc, où le commerce pouvait introduire les marchandises avant l’acquittement des droits de douanes. Il pourvut h la santé publique en transportant les sépultures des églises dans une île destinée à cet usage ; il s’occupa des plaisirs du peuple en réparant et faisant éclairer la place de Saint-Marc, éternel objet de l'orgueil et des souvenirs des Vénitiens; il assura enfin l'existence des marins par la réorganisation de tons les anciens établissements de bienfaisance. Après avoir répandu ces bienfaits, et reçu en retour mille acclamations, Napoléon partit pour visiter le Frioul , pour voir les fortifications de Palma-Xova et d’Osoppo, qu’il ne cessait de diriger de loin, et qu’il regardait avec Mantoue et Alexandrie comme les gages de la possession de l’Italie. Osoppo et Palma-Nova sur l’Isonzo , Pescbiera et Mantoue sur le Mincio, Alexandrie surleTnnaro, étaient à ses yeux les échelons d’une résistance presque invincjhlc contre les Allemands, si les Italiens mettaient quelque énergie à se défendre. Il était venu par Porto-Legnago à Mantoue, où il devait revoir son frère Lucien, pour essayer d’un rapprochement dont il avait le plus vif désir, mais qu’il ne

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