‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 80 sur 186 · LIVRE XXXII. — OCTOB · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII. — OCTOB

mité jusqu'à l'autre, il ue l'était pas tellement qu’elle n'introduisit encore, lant parie Nord que parle Midi, et surtout par Trieste, beaucoup de marchandises. Puis les derniers événements de l'Espagne lui promettaient d'immenses avantages commerciaux, en lui ouvrant les ports de la Péninsule, et en lui assurant l'exploitation exclusive des colonies espagnoles, qui toutes s'étaient mises en insurrection contre la royauté de Joseph. L'Angleterre trouvait là subitement un vaste débouche, et l'occasion ou de prendre, ou de pousser à l'indépendance les magnifiques colonies espagnoles, brillante revanche de l'insurrection des Etats-Unis; de manière qu'en résultat Napoléon, depuis la guerre d'Espagne, en forçant la Russie à se déclarer contre l'Angleterre, n'avait pas créé un nouvel ennemi à celle-ci, et, en lui fermant mal les ports du Xord, lui avait ouvert ceux du Midi , ainsi que tous ceux de l'Amérique du Sud. I)e plus, l'insurrection espagnole venait de faire surgir sur le continent un allié pour l’Angleterre, le seul depuis 1802 qui eût remporté des avantages Bur les troupes françaises. 11 n'y a pas de peuple qui s'engoue plus facilement que le grave peuple de la Grande-Bretagne, et il était alors épais dns insurgés espagnols, comme nous l'avons vu de nos jours s'éprendre des insurgés de tous les pays. Il admirait leur généreux dévouement, leur incomparable courage, et, ne considérant dans la victoire de Baylcn que le résultat matériel sans en rechercher la cause, il était tout près de les déclarer les égaux des Français au moins. L’Autriche, bien qu'ayant rompu en apparence ses relations avec le gouvernement britannique, lui donnait sourdement des signes d'intelligence, armait sans relâche, et probablement allait recommencer la guerre contre la France. Les espérances d’une nouvelle lutte, peut-être heureuse, renaissaient donc de toutes parts, nu jugement des Anglais, et ce n'était pas le moment de songer à une paix, dont la première condition eut été pour eux de laisser définitivement soumise à Napoléon la seconde des puissances maritimes du continent, c'est-à-dire l'Espagne. Enfin un accident, un pur accident, échauffait toutes les têtes à celte époque. La convention de Cintra avait semblé de. la part des généraux britanniques une indigne faiblesse. Comparant cette convention à celle de Baylcn, jaloux de n'avoir pas obtenu snr les Français un avantage aussi complet que celui qu'avaient obtenu les Espagnols, soutenant que le général Junot, après la journée de Vimeiro, était aussi mal placé que le général Dupont après celle de Baylcn , ce qui était faux , les Anglais étaient indignés de ce qu'on eût accordé à l’armée du général Junot des conditions cent fois plus avantageuses qu'à celle du général Dupont, et ils regrettaient vivement le plaisir dont on les avait privés, plaisir pour eux sans égal, celui de voir défiler sur les bords de la Tamise une armée française prisonnière.

L'irritation contre le ministère était sur ce sujet poussée jusqu'à la dé-

mente, et on avait exigé la formation d'une liaute cour pour juger les généraux anglais victorieux. Sir Arthur H'cllcsley lui-même était compromis avec sir Heu Dalrymple dans cette affaire, bien qu’on louât scs opérations militaires. Certes, lorsque, au lieu de blâmer comme autrefois l'acharnement contre les Français, l’opiniun publique blâmait une complaisance extrême k leur égard, le moment était mal choisi pour une ouverture de paix. Le ministère Canning-Casllereagh, imitateur outré ile la politique de U. Pitt, eût craint d’être accusé bien plus violemment encore s’il avait dans ces circonstances donné suite à des propositions pacifiques. Ainsi , tantôt par une cause, tantôt par une autre , toutes les occasions de rapprochement avec la Grande-Bretagne étaient successivement manquées : celle de lord Lauderdale en 18(10, parce que la France voulait poursuivre et achever la conquête du continent; celle de 1807 après Tilsit, celle de 1808 après Krfurt , parce que l’Angleterre voulait poursuivre et achever lu conquête des mers. Toutefois, bien que l'Angleterre fût actuellement peu disposée à traiter, le cabinet britannique n’eôt pas osé refuser péremptoirement à la face de l’Europe et de sa nation d’écouler des paroles de paix. En conséquence, quelqnes jours après, le 28 octobre, il répondit à MM. de Champagny et de Komansoff par un message que porta à Paris un courrier anglais.

Ce message disait que l’Angleterre , quoiqu’elle ont souvent reçu des propositions pacifiques qu’elle avait de fortes raisons de ne pas croire sérieuses, ne refuserait jamais de prêter l’oreille à des propositions de ce genre, mais qu’il fallait qu’elles fussent honorables pour elle. Et celte fois, renonçant k argumenter sur la base des négociations, celle de Yuli potnidetis, qui laissait pen de prise à la critique, puisque c’était celle que le gouvernement britannique avait posée â toutes les époques antérieures, le message faisait consister l’honneur et le devoir pour l’Angleterre à exiger que tous ses alliés fussent compris dans la négociation , les insurgés espagnols comme les autres , bien qn’aucun acte formel ne liât l’Angleterre & eux. Mais à défaut d’un semblable lien , un intérêt commun, un sentiment de générosité, de nombreuses relations déjà établies, ne permettaient pas de les abandonner. A celte condition M. Canning se disait prêt à nommer des plénipotentiaires, et à les envoyer oii l’on voudrait.

I.e cabinet britannique se doutait bien qu’en demandant l’admission des insurgés espagnols aux conférences qui seraient ouvertes pour traiter de la paix, toute négociation deviendrait impossible; car, entre les rois Joseph et Ferdinand VII, il n’y avait pas de transaction imaginable. C’était tout ou rien, Madrid ou Valcnçay, pour l’un comme pour l’autre.-

Lorsque M. de Romanzoff et M. de Champagny reçurent cette réponse, qui était accompagnée d’excuses à M. de Romanzoff de ce qu’on ne répondait pas directement aux souverains eux-mêmes, mais à leurs ministres,

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