‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 86 sur 186 · LIVRE XXXttl. — VOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXttl. — VOV

Toutes ces juntes finirent par s'entendre au moyen d'envoyés, et elles convinrent de députer à un lieu indiqué, Ciudad-Rcal, Aranjucz ou Madrid, deux représentants par junte, afin de composer une junte centrale de gouvernement. Cet accord fut accepté , et les deux représentants nommés, après beaucoup d'agitations, se rendirent, les uns à Madrid, les autres à Aranjuez. Ceux de Séville, toujours plus jaloux, parce qu'ils étaient les plus ambitieux, ne voulurent pas dépasser Aranjucz, et finirent pas attirer tous les autres à eux. Il plaisait d'ailleurs il l'orgueil de ces suppléants de la royauté absente de s'établir dans son ancienne résidence, et d'en usurper jusqu'aux dehors.

Constituée à Aranjucz sous la présidence de M. de Florida-Blanea, l'ancien ministre de Charles III, homme illustre, éclairé, habile, mais malheureusement vieux et étranger au temps présent, la junte centrale se déclara investie de toute l'autorité royale, s'attribua le titre de majesté, décerna relui d'altesse h son président, d'excellence & ses membres, avec 120 mille réauX de traitement pour chacun d'eux. S'élevant dans le commencement à vingt-quatre membres, elle fut portée bientôt & trente-cinq, et pour premier acte elle enjoignit au conseil de Castille ainsi qu'à toules les autorités espagnoles dé reconnaître son pouvoir suprême. Le conseil de Castille, qui ne trouvait pas de son goilt la création d'une pareille autorité, songea d'abord à résister. Il objecta par une déclaration formelle que, d'après les lois du royaume, la junte, à titre de conseil de régence, était trop nombreuse, et à titre d'assemblée nationale ne pouvait en rien remplacer les cortès. En conséquence , il demanda la convocation des cortès elles-mêmes. Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer que dans ce soulèvement de l'Espagne pour la royauté, il y avait explosion de tous les sentiments démocratiques, et qu'au nom de Ferdinand VII on ne faisait en réalité que se livrer aux passions de 1793. Aussi rien ne sonnait-il mieux aux oreilles espagnoles que le mot de cortès. Niais du conseil de Castille tout était mal pris. On vit uniquement dans ce qu'il proposait un piège pour annuler la junte et se substituer à elle, et, sans renoncer aux cortès, on ne répondit à sa déclaration que par une rumeur universelle de haine et de mépris. L’appui des généraux était alors la seule force efficace. Or, tous appartenaient à cette junte centrale, composée des juntes provinciales, auprès desquelles ils s'étaient élevés, avec lesquelles ils s'étaient entendus , et ils adhérèrent à la junte, sauf Un seul, le vieux Gregorio de la Cuesla, toujours chagrin, toujours insociable, détestant les autorités insurrectionnelles et tumultueuses qui venaient de se former, et préférant de beaucoup le conseil de Castille, qu'il avait jadis présidé. 11 songeft même un moment à s'entendre avec Caslanos, et à s’attribuer à eux deux le gouvernement militaire, en abandonnant le gouvernement civil an conseil de Castille. Les événements prouvèrent bientôt qu'une pareille combinaison aurait mieux

SOMO-SIKRBA.

valu; mais Caslanos h'élait pas asseï entreprenant pour accepter lus offres Je son collègue, cl d’ailleurs, élevé par la junte de Séville, il était du parti des juntes. Don Gregorio de la Cuesta fut donc obligé de se soumettre , et le conseil de Castille, dénué de tout appui, se trouva réduit à suivre cet exemple.

La junte centrale d’Arnnjucz , en plein exercice du pouvoir dès les premiers jours de septembre , se mit à gouverner , il sa manière , la malheureuse Espagne.

Son premier, son unique soin aurait dû être de s'occuper de la levée des troupes, de leur organisation , de leur direction. Mais, dans un pays où il n'y avait jamais eu que fort peu d'administration, où une révolution subite venait de détruire le peu qu’il y en avait, le gouvernement central ne pouvait rien ou presque rien sur la partie essentielle, c’est-à-dire sur l’organisation des forces, et pouvait tout au plus quelque chose sur leur direction générale. L’enthousiasme était assurément très-bruyant en Espagne, aussi bruyant qu’on le puisse imaginer, et on va voircombien l'enthousiasme est une faible ressource effective, combien il est inférieur en résultats à une loi régulière, qui prend tous les citoyens, et les appelle bon gré mal gré-à servir le pays. L'Espagne, qui aurait pu et dû donner en de telles circonstances quatre ou cinq cent mille hommes, très-courageux par nature, en donna à peine cent mille, mal équipés, encore plus mal disciplinés, incapables de tenir tète, même dans la proportion de quatre contre un, à nos troupes les plus médiocres. Après beaucoup de bruit, d’agitation, tout ce qui s’enrôla fut la jeunesse des universités, quelques paysans poussés par les moines, et un très-petit nombre seulement des exaltés des villes. Dans certaines provinces, ces enrôlés allèrent grossir les rangs de la troupe de ligne; dans d'autres, ils formèrent sons le nom de Tcrcios, vieux nom emprunté aux anciennes armées espagnoles, des bataillons spéciaux servant à côté de la troupe de ligne. L’Andaloosie, si Gère de ses succès, eut son armée forte de quatre divisions, sous les ordres des généraux Caslanos, la Pe6a, Coupigny, etc. Grenade eut la sienne sous le major de Reding. Valence et Murcie expédièrent sous Hamas une partie des volontaires qui avaient résisté au maréchal Moncey. L’Estrémadure, qui n’avait pas encore figuré dans les rangs de l’insurrection armée, forma sous le général Galuzxo et le jeune marquis de Belreder une division dans laquelle entrèrent, avec des volontaires, beaucoup de déserteurs des troupes espagnoles de Portugal. A celle division se joignirent les enrôlés do la Manche et dé la Nouvelle-Castille. La Catalogne continua à lever des bandes de miquelels qui serraient de près le général Duhesmc dans Barcelone. L’Aragon, répondant à la voix de Palafox, et encouragé par la résistance de Saragosse, organisa une armée assez régulière, composée de troupes de ligne et de paysans aragonais, les plus beaux hommes, les plus hardis de l’Espagne.

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