‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 87 sur 186 · LIVRE XXXIII. — NOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — NOV

Les provinces duTnord, la Galice, Léon, la Vieille-Castille, les Asturies, profilant d’un noyau considérable de troupes de ligne, Ica unes revenues du Portugal, les autres de garnison au Ferrol, se rallièrent sous les généraux Blake et Gregorio de la Cuesta dédommagés de leur défaite de Rio- Seco par les succès de l’insurrection dans le reste de la Péninsule. Kilos reçurent aussi un renfort inattendu, c’était celui des troupes du marquis de La Romana , échappé avec son corps des rives de la Baltique , par une sorte de miracle qui mérite d’ét e rapporté.

On se souvient que les troupes espagnoles envoyées à Xapoléon pour concourir à la garde des rivages de la Baltique, avaient été répandues dans les provinces danoises, où elles devaient tenir tèie aux Anglais et aux Suédois. Ces troupes, sommées de prêter serment à Joseph, commencèrent à murmurer. Celles qui étaient dans l’ile de Seeland, autour de Copenhague, s'insurgèrent, cherchèrent à tuer le général Fririon qui les commandait, lie purent atteindre que son aide de camp qu’elles égorgèrent, et déclarèrent ne point vouloir d’une royauté usurpatrice. Le roi de Danemark les fit désarmer. Mais la plus grande partie du corps espagnol était dans l’ile de Fionie et dans le Jutland. Les troupes qui se trouvaient dans ces deux localités, travaillées depuis longtemps par des agents espagnols venus sur des bâtiments anglais, avaient résolu d’échapper au dominateur du continent', et pour cela de se porter à l'improviste suf un point du rivage, où les flottes anglaises s'empresseraient de les recueillir. Le marquis de La Romana, esprit ardent et singulier, tout plein de la lecture des auteurs anciens, instruit mais peu sensé, plus bouillant qu’énergique, était à la tète de ce noble complot. A un signal donné, tous les détachements espagnols coururent au port de Xyborg, où l’on s'embarque pour passer le grand Belt, y trouvèrent une centaine de petits bâtiments dont ils s'emparèrent, et se rendirent dans File de Langeland. Là, sous la protection des flottes. anglaises , ils n’avaient rien à craindre. Les autres détachements épars dans lç Jutland coururent, de leur côté, à Frédcricia, passèrent le petit Belt dans des barques enlevées par eux, traversèrent l’ile de Fionie pour se rendre à Xyborg, et de Xyborg gagnèrent File de Langeland, reniiez- voua commun de ces fugitifs. La cavalerie, abandonnant ses chevaux dans les campagnes, suivit l'infanterie à pied, et arriva avec elle au rendez-vous général. Les Anglais avertis, ayant rassemblé le nombre de bâtiments nécessaires pour une courte traversée, eurent bientôt transporté les fugitifs sur la côte de Suède pour les mettre hors d’atteinte, et, tous les moyens ayant enfin été réunis, les ramenèrent de Suède en Espagne dans les premiers jours d’octobre, après trois mois d’aventures merveilleuses. Sur les 14 mille Espagnols placés au bord de la Baltique, 9 à 10 mille étaient revenus en Espagne, 4 à 5 mille étaient restés en Danemark, désarmés et prisonniers.

Dans un moment où les Espagnols prenaient le moindre succès pour un triomphe, le moindre signe de courage ou d'intelligence pour des preuves certaines d'héroïsme et de génie, le marquis de La Romana devait leur apparaître comme un héros accompli, un grand homme digne de Plutarque. Mais s'ils étaient si prompts en fait d'admiration , ils 11e l'étaient pas moins en fait de jalousie, et Castanos, par exemple, qui, bien que souvent irrésolu , était cependant le plus intelligent et le plus sage d’entre leurs généraux, ot aurait dû par ce motif être chargé de la direction générale de la guerre, n’obtint point ce commandement. Chaque junte avait son héros, qu'elle ne voulait pas soumettre au héros de la junte voisine; on se borna donc à former un conseil de guerre, placé à côté de la junte d’Aranjuez, et composé des principaux généraux, ou de leurs représentants. Tout ce qui fut proposé de plans ridicules dans ce conseil ne saurait se dire. Mais le plan qu’on préféra, comme une imitation de Baylcn, fut celui qui consistait à envelopper l’armée française retirée sur l’Ebre, et concentrée autour de Vittoria, en débordant ses deux ailes par Bilbao d'un côté, par Pampelune de l’autre. (Voir la carte n° 43.) Il est vrai que, par suite de cette configuration ordinairement bizarre des vallées, qui dans les grandes montagnes s'entrelacent les unes dans les autres, l’armée française tenant la* route de Bayonne à Vittoria, laquelle passe par Tolosa etMondragon, avait sur sa droite la vallée dont Bilbao occupe le centre, et qu’on appelle la Biscaye; sur sa gauche, la vallée dont la place forte de Pampelune occupe l’entrée, et qu’on appelle la Navarre. De Bilbao par Durango on peut tomber à Mondragon, sur les derrières de Vittoria, et couper la grande route qui formait la principale communication de l'armée française. De Pampelune on peut aussi tomber sur Tolosa, et couper la route de France, ou même déboucher sur Bayonne par Saint-Jcan-Picdde-Port. Moyennant qu’on rencontrât des troupes françaises assez lâches pour reculer devant des bandes indisciplinées, conduites par des généraux incapables, il est certain qu’on avait l’espérance fondée d’envelopper l'armée française, de prendre Joseph, sa cour, les cinquante à soixante mille hommes qui lui restaient sur l’Èbre, et de conduire prisonnier à Madrid le frère de Napoléon 1 La vengeance eut été éclatante assurément, effort légitime, puisque Ferdinand VU était à Valençay. Mais le hasard ne se répète pas, et Baylcn était un hasard qui ne devait pas se reproduite, car les armées espagnoles toutes réunies ne seraient pas venues à bout des soldats otdes généraux retirés sur l'Èbre, encore moins des soldats que Napoléon amenait avec lui. Pour forcer les passages de Bilbao à Mondragon, de Pampelune à Tolosa, il fallait passer, d’un côté sur le corps des maréchaux Victor et Lefebvre, de l’autre sur celui des maréchaux Ne y et Lannes, des généraux Mouton, Lasaîle et Lefebvre-Dcsnoettcs, marchant & la tète des vieux soldats de la grande armée, et il n’y avait pas

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