‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 88 sur 186 · LIVRE XXXIII. — XOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — XOV

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nno troupe en Europe qui en eût trouvé le secret. Ainsi, sans aucune chance de tourner les Français, on leur laissait la faculté de déboucher de Vitloria comme d'un centre, pour se jeter en masse, soit à droite, soit h gauche, sur l'une ou l'autre des armées espagnoles, qui étaient séparées par de grandes distances, qui ne pouraient so secourir, et de leur infliger de la sorte à elles-mêmes le désastre qu'elles voulaient faire subir à l'armée française. Mais il n'était pas donné aux généraux inexpérimentés de l'Espagne de saisir ces aperçus si simples. Envelopper une armée française, la prendre, était depuis Baylen un procédé militaire entouré d'un prestige irrésistible. Ec plan en question prévalut donc dans ce conseil , où c’éjpii un prodige que quelque chose prévalût, tant les contradictions y étaient nombreuses et véhémentes. En conséquence il fut convenu qu’on s’avancerait à la fois par les montagnes de la Biscaye et de la Navarre, sur Bilbao d'un cûté, sur I’ampclunc de l'autre, pour couper Joseph de Vittoria, et le traiter de la même manière qu'on avait traité le général Dupont. Puis on fit la distribution des forces dont on disposait, et qui dans les espérances des Espagnols avaient dû être au moins de 400 mille hommes.

Il fut formé, quatre corps d'armée, un de gauche d'abord sous le général lllake, comprenant une masse considérable de troupes de ligue, celles de la division Taranco, de l'arrondissement maritime du Ferrol, du marquis de Ea Humana, et avec ces troupes de ligne les volontaires de la Galice, de Eéon, de Castille, des Asturies, parmi lesquels on voyait surtout des étudiants de Salamanque et des montagnards des Asturies. On pouvait évaluer cette armée do gauche à 36 mille hommes, indépendamment de la division de Ea Humana ; à quarante-cinq avec cette division, dont la cavalerie revenue du Nord sans chevaux était à pied, et incapable de servir. E'armèc du général lllake dut s'avancer le long du revers méridional des montagnes des Asturies, de Eéon à Yillarcayo, essayer ensuite de passer ces montagnes à Espinosa pour pénétrer dans la vallée de la Biscaye, et descendre sur Bilbao. (Voir la carte n* 43.) En communication avec cette année de gauche, dut sc former une armée du centre sous le général Castaûos, qui comprendrait les trou|ies de Castille organisées parla Cuesta, et conduites par Pignatolli, les troupes d’Estrémadure commandées par Galuno et le jeune marquis de Belvcder, les deux divisions d'Andalousie placées sous les ordres de la Pefla , et enfin les troupes de Valence et de Murcie que Elamas avait amenées à Madrid. Ces troupes, en défalquant celles d'Estrémadure encore en arrière, ponvaieut s'élever à environ 30 mille hommes. Elles durent border i'Khre de Logroâo à Calahorra. Celles d'Estrémadure durent venir occuper Burgos, avec les restes des gardes wallones et espagnoles, troupes les meilleures d’Espagne, an nombre de 12 mille hommes. L'armée de droite formée en Aragon sens Palafox, composée de Valenciens, do quelques troupes de Grenade, des

SOMO-SIERRâ.

Aragonais, forte à peu près de 18 mille hommes, dut passer l’Ébre à Tudela, et, longeant la rivière d'Aragon, se porter par Sanguesa sur Pampeluuc. L’armée du centre sous Castanos devait se joindre à l’armée de droite, afin d’agir en masse sur Sanguesa quand s'exécuterait définitivement le projet d'envelopper l’armée française. Derrière ces trois armées on résolut d’en former une quatrième, destinée à jouer le rôle de réserve, et composée d’Aragonais, de Valenciens, d’Andalous, qui ne parurent jamais en ligne, et d’un effectif tout à fait inconnu. Enfin, à l'extrême droite, c'est-à-dire en Catalogne, se trouvaient en dehors du plan général, sans évaluation possible de nombre, et isolées comme cette province ellemême , des troupes de miqnelets qui , avec des régiments venus des Baléares, des soldats espagnols ramenés de Lisbonne, se chargeaient de disputer cette partie de l'Espagne au général Duhesme, en le bloquant dans Barcelone. Mais, si l’on se borne à l’énumèratiOn des forces agissant sur le véritable théâtre de la guerre, celles de gauche sous Blake, celles du centre sous Castanos (y compris la division d’Estrémadure), celles enfin d’Aragon sous Palafox, on ne trouve guère que le nombre total de cent mille hommes, renfermant presque tout ce que l'Espagne comptait de soldats disciplinés et de volontaires ardents, présentant un mélange confus de troupes de ligne assez instruites pour sentir la défectuosité de leur organisation et en être découragées, do paysans, d'étudiants dépourvus d'instruction, sans aucune idée de la guerre , prêts à s’enfuir à la première rencontre sérieuse, le tout mal équipé, mal armé, mal nourri, conduit par des généraux , ou incapables , ou suspects parce qu'ils étaient sages , jaloux les uns des autres, et profondément divisés. I<c grand courage de la nation espagnole ne pouvait suppléer à tant d'insuffisance; et si le climat, une armée étrangère, les circonstances générales de l'Europe, les fautes politiques de Napoléon , ne venaient pas en aide à l'ancienne dynastie , ce n’était pas des défenseurs armés pour elle qu’elle devait attendre son rétablissement.

Toutefois , le principal des moyens de salut se préparait pour l'Espagne : c'était l’assistance de l'Angleterre. Celle-ci, après avoir délivré le Portugal de ht présence des français , ne voulait pas s'en tenir à ce premier effort Assaillie d'agents espagnols envoyés par les juntes, apercevant dans le soulèvement de la Péninsule uue diversion puissante qui absorberait una partie des forces françaises , ne désespérant pas de faire renaître une coalition sur le continent, et de' la jeter sur les bras de Napoléon affaibli , cHe était résolue à fournir aux Espagnols tons les secours possibles. Elle avait expédié à Santander, à la Corogne, et dans les autres ports de la Péninsule, des armes, des munitions, des vivres de guerre, et elle préparait même Un envoi d'argent. Ne négligeant pas pins ses intérêts commerciaux que ses intérêts politiques, elle avait en outre inondé la Péninsule de ses mar-

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