‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 89 sur 186 · LIVRE XXXIII. — MOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — MOV

chandiscs. Une dernière raison, si toutes celles que nous venons d'énumérer n'avaient pas été assez décisives, aurait suffi pour la déterminer à agir énergiquement : c’était l'éclat produit par la convention de Cintra, objet en ce moment de toutes les colères du public britannique. Aussi, bien que l'expédition du Portugal, telle quelle, fût l'une des expéditions les mieux conduites et les plus heureuses que l'Angleterre eût encore exér cutées sur la terre ferme, il fallait néanmoins en réparer l’effet, comme il aurait fallu réparer celui d’un désastre. Soit cette nécessité, soit l'enthousiasme des Anglais pour la cause espagnole, le cabinet britannique était donc obligé de déployer les plus grands efforts. En conséquence il résolut d'envoyer une armée considérable en Espagne. Le midi de la Péninsule, comme plus sûr, plus éloigné des Français, plus voisin du Portugal, lui aurait fort convenu pour théâtre de ses entreprises militaires. Mais lorsque le rendez-vous général était sur l’Ebre, lorsqu’on se flattait d’accabler définitivement aux portes même de France les armées découragées, détruites, disait-on , du roi Joseph , c’eût été une nouvelle honte , pire que celle de Cintra, que de descendre timidement à Cadix, ou de s'avancer de Lisbonne par Elvas sur Scville. La réunion d'une armée anglaise dans la Vieille- Castille fut, par ces motifs, décidée en principe. On s’y prit pour la former de la manière suivante.

Il était resté autour de Lisbonne à peu près 18 mille hommes de l’expé* dition de Portugal terminée à Vimeiro. Sir John Moore, venu du Nord avec 10 mille hommes, après une inutile tentative pour les employer en Suède, avait débarqué à Lisbonne quelques jours après la convention de Gntra, et porté à environ 28 mille les forces britanniques en Portugal. C’était un officier sage, clairvoyant, irrésolu dans le conseil, quoique très-brave sur le champ de bataille ; plein de loyauté et d'honneur, fort digne de commander à une armée anglaise. Etranger à la gloire de la dernière expédition , mais aussi aux préventions qu'elle avait soulevées , puisqu'il était venu après que tout était fini, il fut chargé du commandement en chef, qu’ assurément il méritait plus qu’aucun autre, si les Anglais n’avaient eu sir Artlrur Wellesley à leur disposition. Mais celui-ci avait en quelque sorte des comptes à vider avec l’opinion publique, et son rôle en Espagne fut différé. John Moore eut donc le commandement. Vingt mille hommes, sur les vingt-huit déjà rassemblés en Portugal, durent concourir à la nouvelle expédition vers le nord de l’Espagne. Douze ou quinze mille, dont une partie en cavalerie, durent être déposés à la Corognc, sous David Baird, vieil officier de l’armée des Indes. Cette réunion allait former un total de 35 à 36 mille hommes de troupos excellentes, valant à elles seules toutes les forces que l'Espagne avait sur pied. On mit aux ordres de John Moore une immense flotte de transport, poursuivre le mouvement de ses troupes, les porter au lieu du rendez-vous s’il préférait la voie de mer, et leur

SOMO-SIF.RRA.

fournir, quelque route qu’il adoptât , «les vivres, des munitions, des chevaux d’artillerie et de cavalerie. On laissa h sa sagesse le soin de se conduire comme il voudrait, pourvu qu'il agit dans le nord de la Péninsule, et se concertât avec les généraux espagnols pour le plus grand succès de la campagne.

Sir Stuart et lord William Bcntinck avaient été envoyés à Madrid pour faire entendre quelques bons conseils à la junte d’Aranjuei, et amener un peu d'ensemble dans les opérations militaires des deux nations.

Sir John Moore, demeuré libre dans son action, pouvait transporter par iner, de Lisbonne à la Corognc, les 20 mille hommes qu'il devait tirer do l'armée de Portugal, et les joindre dans ce port aux 15 mille hommes de sir David Baird ; il pouvait aussi traverser le Portugal tout entier par les chemins que les Français avaient suivis pour s'y rendre. Après de sages réflexions, il se décida à prendre ce dernier parti. D'une part, presque tous les bâtiments de la flotte étaient consacrés en ce moment à ramener en France l'armée de Junot; de l'autre, un nouvel embarquement ne pouvait manquer de nuire beaucoup à l'organisation de l'armée anglaise. La route de la Corogne â Léon était d'ailleurs épuisée par l'armée de Biake, et devait tout an plus suffire & la division de sir David Baird. En partant avant la saison des pluies, en s’avançant lentement, par petits détachements, sir John Moore espérait arriver en bon état dans la Vieille-Castille, et donner à ses troupes, par ce trajet, ce qui manque aux troupes anglaises, la patience et la force de marcher. En conséquence, il résolut d'acheminer son infanterie par les deux routes montagneuses qui débouchent sur Salamanque, celle de Coimbre à Almeida, celle d’Abrantès à Alcantara, et son artillerie avec sa cavalerie par le plat pays de Lisbonne à Elvas , d'Elvas k Badajoz, de Badajoz à Talavera, de Talavcra à Valladolid. (Voir la carte n* 43.) II se flattait ainsi d'avoir réuni, dans le courant d'octobre, son infanterie et sa cavalerie au centre de la Vieille-Castille. Le corps de sir David Baird , qui était plus considérable en cavalerie , devait débarquer à la Corognc, de la Corogne se porter par Lugo à Astorga, et venir se joindre par le Duero à l'armée principale. Ce plan arrêté, sir John Moore se mit en marche à la fin de septembre , et sir David Baird , partant des côtes d’Angleterre, fit voile vers la Corogne.

Il faut rendre cette justice aux Espagnols que, soit présomption, soit patriotisme, et probablement l'un et l'autre de ces sentiments & k foi», ils traitaient fièrement avec les Anglais, n'acceptant leurs secours que sous certaines réserves, et à la condition de ne pas leur livrer leurs grands établissements maritimes. Jamais ils n’avaient voulu admettre à Cadix les cinq mille hommes que leur offrait sir Hew Dalrymple; et quand le corps de sir David Baird parut devant la Corogne , ils lui refusèrent l'entrée do ce grand port. 11 fallut écrire à Madrid pour avoir l'autorisation de le

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