‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 90 sur 186 · LIVRE XXXIII. — NOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — NOV

laisser débarqner, autorisation qui fut enfin accordée sur les instances de sir Stuart et de lord William lientinck.

Mais tandis que les Anglais avaient peine à faire recevoir à terre les troupes qu'on leur avait demandées, tandis que les généraux espagnols, en intrigue avec la junte ou contre elle, en rivalité les uns avec les autres, opposaient encore des difficultés d'exécution à un plan qui avait été adopté d'entrainement , et consumaient le temps dans une incroyable confusion , une lettre de l'état-major français, interceptée par les nombreux coureurs qui infestaient les routes, leur apprit que d'octobre à novembre il entrerait en Espagne cent mille hommes de renfort, sans compter ce qui était arrivé déjà, et qu'en s'agitant ainsi sans agir, ils laissaient échapper l'occasion de surprendre l'armée française, (elle qu'ils se la figuraient, épuisée, décimée, abattue par Baylen. Dans ce gouvernement, qui ne marchait que par secousses, comme marchent tous les gouvernements tumultueux et faibles, une révélation pareille devait donner une impulsion d'un moment. On cessa de disputer, on fit partir les généraux, accordés entre eux ou non ; on envoya Castaiios sur l’Ebre; on pressa l'arrivée sur Madrid, et de Madrid sur Burgos, des gens de l'Esfrémadure ; enfin on mit en mouvement tout ce qu'on put, et comme on put.

C’était lo cas de ne plus perdre de temps; cependant on en perdit encore beaucoup, et On ne fut en état d’agir sérieusement qu’à la fin d'octobre. Le général Blake, bien qu'il n'eût pas réuni toutes ses forces, avait été le premier en ligne ; ayant longé le pied des montagnes des Asturies sans y pénétrer, il les avait franchies à Espinosa, et avait fait sur Bilbao plusieurs démonstrations. (Voir la carte n” 43.) Les Castillans , sous Pignatelli , tenaient les bords de l’Ébre aux environs de Logroùo. Les Murciens, les Valenciens sous Llamas , les deux divisions d'Andalousie sons la Pena , s’étendaient le long du fleuve, de Tolosa à Calahorra et Alfaro. Les Aragonais, les Valenciens de Palafox, portés au delà de l'Ebrc, et bordant la petite rivière d'Aragon, avaient leur quartier général à Caparroso.

D'après le plan, convenu , il fallait que Castaiios et Palafox se concertas-! sent pour se réunir sur l'extrême gauche des Français, vers Pampelune ; et il y avait urgence, car le général Blake, déjà fort engagé sur leur droite ; pouvait être compromis si on ne se hâtait d’occuper une partie des forces ennemies. Mais entre Castaiios et Palafox l'accord n'était pas facile, chacun des deux voulant attirer l'autre à lui. CastaAos craignait de trop dégarnir l'Èbre; Palafox voulait qu'on le mit en mesure d'envahir la Navarre avec des forces supérieures. Enfin, faisant un mouvement en avant , ils avaientpassè l'Ebre et la rivière d’Aragon, et s'étaient établis à Logroiio d'un côté, à Lerin de l'autre.

Mais il était trop tard : les Français, avant d'ètre renforcés, n’auraient pas souffert plus longtemps l'audace fort irréfléchie de leurs adversaires.

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bien moins encore depuis que les plus belles troupes du monde tenaient les rejoindre chaquejoar. On se souvient que, même avant la mise en mouvement de quatre corps de la Grande Armée, Napoléon avait successivement détaché de France et d'Allemagne une suite de vieux régiments, et qu'avec les derniers arrivés on avait composé d'abord la division Godinot, puis la division Dessales, qui devait être la troisième du corps du maréchal Ney. C'est avec .celle-ci que se trouvait l'intrépide maréchal surl'Ehre, en attendant l'arrivée de son corps d'armée.

Quoiqoe Napoléon eût interdit toute opération avant qu'il fut présent , dans le désir qu'il avait de laisser les Espagnols gagner du terrain sur ses ailes, et s'engager au point de ne pouvoir revenir en arrière, l'état-major de Joseph, ne tenant pas au spectacle de leurs mouvements, avait voulu les repousser, il avait donc ordonné aux maréchaux Ney et Monccy de reprendra la ligne de l’Ebre et de l’Aragon. En conséquence, le 25 octobre, Ney avait marché sur Logrofio, et, y entrant à la baïonnette, avait chassé devant lui les Castillans de Pignatelli. Il avait même passé l'Ehre, et forcé les insurgés à se replier jusqu'à Nalda, au pied des montagnes qui séparent le pays de Logroüo de celui de Soria. (Voir la carte n" A3.) Le maréchal Moncey, de son côté, avait envoyé sur Lcrin les généraux U'athier et Maurice-Mathieu avec un régiment de la Vistule et le iV de ligne. Ces généraux avaient refoulé les Espagnols, d'ahord dans la ville et le château de Lerin; puis, en les isolant de tout secours, les avaient faits prisonniers au nombre d'un millier d'hommes. Partout les Espagnols avaient été culbutés avec une vigueur, une promptitude, qui prouvaient que devant l’armée française, conduite comme elle avait l’habitude de l'étre, les levées insurrectionnelles de l'Espagne ne pouvaient opposer de résistance sérieuse.

Dans ce même moment arrivaient le 1*' corps, sous le maréchal Victor, le 4*, sous le maréchal Lefebvre, et le G*, destiné au maréchal Ney, comprenant scs deux divisions Bisson et Marchand , avec lesquelles il s'était tant signalé en tout pays.

Joseph venait à peine de passer en revue la belle division Séhasliani , du corps de I-efebvre, dans les plaines do Vittoria, qu’oubliant les instructions de son frère, il l'avait acheminée sur sa droite, par la route de l)urango, dans la vallée de la Biscaye, afin de contenir le général Blake, qui lui donnait des inquiétudes du côté de Bilbao. 11 ne s'en tint pas là, Croyant snr parole les paysans espagnols, qui, lorsqu'il y avait vingt mille hommes, en annonçaient quatre-vingt millo par forfanterie ou par crédulité, il n'avait pas jugé que ce fût assez du corps de Lefebvre, et, pour mieux garder ses derrières, il avait envoyé par Mondragon sur Durango l'une des divisions du maréchal Victor, celle du général Villatte. Enfin, la tête du Cc corps ayant paru à Bayonne, il s’élait hélé de diriger la division llisson par Snint-Jean-I'ied-do-Port sur l’ampcliinc, afin d'assurer sa gauche comme il

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