LIVRE XXXIII. — MOV
venait d'assurer sa droite par la position qu’il faisait prendre au maréchal Lefebvre. Au même instant la garde, arrivée au nombre de dix mille hommes, «'échelonnait entre Bayonne et Vittoria.
Ces dispositions intempestives amenèrent un nouvel engagement imprévu sur la droite, entre le général Blake et le maréchal Lefebvre, comme il y en avait eu un sur la gauche, entre Pignatelli et les maréchaux \ey et Monccy. la* général Blake, ainsi que nous l'avons dit, après avoir passé les montagnes des Asturies à Espinosa, et occupé Bilbao, s'était porté en avant de Zornoza sur des hauteurs qui font face à Dùrango. iVayant pas encore été rejoint par la division de La Romana, il était là avec environ 20 ou 22,000 hommes , moitié troupes de ligne , moitié paysans et étudiants. Il avait laissé en arrière, sur sa droite, environ 15,000 hommes dans les vallées adjacentes, entre Villaro, Orozco, Amurrio , Balmaseda (voir la carte n° 43) , pour garder les débouchés qui communiquaient avec les plaines do Vittoria , et par où auraient pu paraître d'autres colonnes françaises.
Parvenu en présence du corps du maréchal Lefebvre, non loin de Durango, sur la route de Mondragon, et se trouvant ainsi prés du but qu’il était chargé d’atteindre pour tourner l’armée française, il hésitait comme on hésite au moment décisif, quand on a entrepris une tâche au-dessus de ses forces.
Plus audacieux que lui parce qu'ils étaient plus ignorants, scs soldats montraient une assurance que lui-même n'avait pas, et du haut de leur position poussaient des Cris, insultaient nos troupes, les menaçaient da geste. L'impatience de nos soldats, peu habitués à souffrir l'insulte de l’ennemi, portée au comble, avait excité celle du vieux Lefebvre, qui n'était pas fâché, dans sa grossière finesse, de faire quelque bon coup de main sur l’armée espagnole avant l’arrivée de l’Empereur. Le maréchal - avait avec lui la division Séhastiani , composée de quatre vieux régiments d’infanterie (les 32”, 58', 28”, 75” de ligne) et d’un régiment de dragons, formant un effectif d’environ 6,000 hommes ; la division Levai , composée, de 7,000 Hessois, Badois, Hollandais, et enfin, seulement comme auxiliaire, la division Villalte, forte de quatre vieux régiments d’un effectif d’à peu près 8,000 mille hommes , des meilleurs de l’armée française. C’était plus qu’il n’en fallait pour battre l’armée espagnole, quoiqu'une partie des hommes, à la suite d'une longue marche, n’eût pas encore rejoint.
Les Espagnols étaient en avant de Durango sur une ligne de hauteurs , dont la droite moins fortement appuyée pouvait être tournée. Le maréchal Lefebvre plaça au centre de sa ligne la division Séhastiani, et à ses deux ailes les Allemands mêlés avec la division Villalte, pour leur donner l’exemple. Il fit commencer l'attaque par sa gauche, afin de tourner la droite des Espagnols, qui était, comme nous venons de le dire, moins so-
lidcmcnt établie. Le 31 octobre au matin , par un brouillard épais, le général Villattc avec deux de ses régiments, les 9A* et 95" de ligne, et une portion des Allemands, se porta si vigoureusement sur la position, que les Espagnols surpris tinrent à peine. Bien qu'ils eussent beaucoup d'obstacles de terrain à opposer aux Français, ils se laissèrent culbuter de poste en poste, dans le fond de la vallée, lin feu allumé par le général Villattc devait servir de signal au centre et à la droite , qui ne marchèrent pas avec moins de vigueur que la gauche, line grêle d'obus lancés à travers le brouillard avait déjà fort ébranlé les Espagnols. Qn les aborda ensuite vivement, et on les refoula si promptement sur le revers des hauteurs qu'ils occupaient, qu'on eut à peine le temps de les joindre. Leur manière de combattre consistait à faire feu sur nos colonnes en marche , puis à se jeter à la débandade dans le fond des vallées. En plaine, la cavalerie les aurait sabrés par milliers. Tout ce que pouvait notre infanterie dans ces montagnes escarpées, c’était de les fusiller dans leur fuite, en ajustant ses coups beaucoup mieux qu'ils ne savaient ajuster les leurs. On leur blessa ou tua ainsi 15 ou 1,800 hommes, pour 200 qu'ils mirent hors de combat de notre côté. Mais plusieurs milliers d'entre eux saisis de terreur se dispersèrent à celte première rencontre, commençant à comprendre., et à moins aimer la guerre avec les Français. Ce n'était pas le courage naturel qui leur manquait assurément; mais, privés de la discipline, les hommes ne conservent jamais dans le danger la tenue qui convient , et sans laquelle tonte opération de guerre est impossible.
Le maréchal Lefebvre poursuivant sa victoire entra le lendemain dans Bilbao, oii les Espagnols n’essayèrent pas de tenir, et où l’on prit quelques soldats ennemis, quelques blessés, beaucoup de matériel apporté par les Anglais. Les habitants tremblants s'étaient enfuis, les uns dans les montagnes, les autres sur des bâtiments de toute sorte qui stationnaient dans les eaux de Bilbao. Le maréchal Lefebvre, poussant ensuite jusqu'à liai— rnaseda , n'osa pas aller plus loin, car au delà se trouvait le col qui conduit par Espinosa dans les plaines de Castille ; et ayant déjà combattu sans ordre , c’eut été trop qne d’étendre encore davantage ses opérations, il établit à Balmaseda la division Villattc, qui n'était pas à lui, mais au maréchal Victor, et se replia avec son corps sur Bilbao pour y chercher dés vivres, qui n'abpndaient pas dans ces montagnes, où l’on vit* de mais et de laitage. •
Telle était la situation des choses au moment de l’arrivée de Napoléon. Ses intentions avaient été entièrement méconnues, puisqu'il aurait voulu qn’on se laissât presque tourner par la droite et par la gauche, afin d'étre plus sâr, en débouchant de Vitloria, de prendre à revers les deux principales armées espagnoles. (Voir la carto n" A3.) Le mouvement exécuté par les maréchaux Xcy et Moncey sur l’ÉbrS avait en en effet pour résultat