‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 92 sur 186 · LIVRE XXXIII. — NOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — NOV

d'éloigner un peu Castaûos et Palafox , et de rendre k ceux-ci le service de le* dégager. Le mouvement que s’était permis le maréchal Lefebvre, en repliant Blake de Bilbao sur Balmaseda , tirait le général espagnol d'une situation d'où il ne serait jamais sorti si on lui avait donné le temps de s'y engager complètement. De plus, les troupes françaises étaient disséminées dans différentes directions, qui n’étaient pas les mieux choisies. Les 1** et 6* corps, que Napoléon aurait voulu avoir sous sa main dans les plaines de Vittoria , étaient dispersés dans plusieurs endroits fort distants les uns des autres. Le 1" corps avait une de ses trois divisions, celle du général Villatle, en Biscaye. Le G* avait la division Bisson à Pampelune, et une autre, la division Marchand, sur la roule de Vittoria avec toute son artillerie.

Napoléon, arrivé à Vittoria le 5 novembre, après avoir exprimé, là comme à Bayonne, son déplaisir d’étre si mal obéi, donna le 6 tous les ordres nécessaires pour réparer les fautes commises en son absence. S'il n’avait pas été contrarié dans l'exécution de ses plans par des opérations intempestives, il aurait opposé au général Blake, seulement pour le contenir, le corps du maréchal Lefebvre (4* corps) ; il aurait opposé k Palafox et Castaûos, toujours et uniquement pour les contenir, le corps du maréchal IMoncey (3* corps) ; puis , réunissant sous sa main le corps du maréchal Soult, autrefois Bessières (2* corps), celui du maréchal Victor (1" corps), celui du maréchal Xey (6* corps) , la garde impériale, les quatorie mille dragons, et débouchant avec quatre-vingt mille hommes sur Burgos, il eût coupé par le centre les armées espagnoles, se serait ensuite rabattu sur elles, et les eut alternativement prises à revers, enveloppées et détruites. Malheureusement , ce plan , sans être compromis , ne pouvait plus s'exécuter d'une manière aussi certaine et aussi complète , d'abord , parce que l'action commencée trop tôt avait un peu arrêté les généraux espagnols, et les avait empêchés de s'engager à fond, les uns en Biscaye, les autres eu Navarre; secondement, parce que les divers corps de l'armée française, employés au moment même de leur arrivée, se trouvaient fort disséminés.

. Cependant, ni Blake retiré en arriére de Balmaseda, ni Castaûos et Palafox ramenés sur l'Ebre ne comprenaient jusqu'ici le danger de leur position , et ils ne faisaient rien pour en sortir. Le plan de Xapoléon était encore exécutable. J1 fil donc ses dispositions d'après le même principe, de couper par le cenlro la ligne espagnole eh deux portions, afin de se rabattre ensuite sur l'une et sur l'autre. Il ordonna au maréchal Victor (1" corps) , dont une division, celle du général Villalte, avait déjà été détournée de sa route pour renforcer lo maréchal Lefebvre , d'appuyer celui-ci , s'il en avait besoin , par la roule de Vittoria k Orduüa, et de revenir ensuite par Orduüa ii Vittoria rallier le ccutre de l'armée française. On débitait dans le pays de telles choses sur la force dos Espagnols, que Napoléon ne croyait

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pas trop faire en opposant deux corps (le 1" et le *•) à l’armée de Blake , portée par les moindres évaluations k cinquante mille hommes, et par les plus fortes k soixante-dix. Ces deux maréchaux toutefois, d'après le plan de Napoléon, devaient platôt contenir Blake que le repousser, jusqu’au moment où partirait du centre de l'armée le signal de se jeter sur lui.

Après avoir réglé ainsi les opérations de sa droite, Napoléon, s'occupant de sa gauche , prescrivit au maréchal Moneey de se tenir prêt k agir quand il en recevrait l'ordre; mais jusque-lk de se borner k couvrir l’Ehre, de Logroflo k Calahorra. Il lui rendit la division Morlot , un instant détachée de son corps; il y ajouta un renfort de dragons : et enfin l’une des deux divisions du 6* corps (maréchal Ney), la division Bisson , ayant par un faux mouvement pris la roule de Pampelunc, il ordonna de la laisser reposer dans cette place , puis de la diriger sur Logrono , pour y appuyer la droite du maréchal Moneey, et y rester provisoirement. Cette division changea de commandant, et s’appela division Lagrange, du nom de son nouveau chef. Elle devait rejoindre plus tard le maréchal Ney , et contribuer en attendant k tenir en échec les Espagnols sur l'Ehre.

Sa droite et sa gauche étant ainsi assurées, mais sans être portées en avant, Napoléon résolut do déboucher par le centre, avec les corps des maréchaux Soult et Ney (2* et 6*), avec la garde impériale et la plus grande partie des dragons. Le corps du maréchal Soult, ancien corps de Bessièrcs, s'il comptait beaucoup de jeunes soldais, renfermait aussi la division Mouton, composée de quatre vieux régiments, auxquels rien ne pouvait résister en Espagne : ils l'avaient prouvé k Itio-Scco. Le corps de Ney, quoique privé de la division Bisson, dirigée mal k propos sur Pampelune, et placée passagèrement sur l'Ébre, contenait cependant la division Marchand, qui lui avait toujours appartenu, et la division Dessoles, . qui venait d'étre formée d'anciens régiments appelés successivement en Espagne. Ces troupes n’avaient pas leurs pareilles au monde. Avec ces deux corps , avec la garde et la réserve de cavalerie, Napoléon avait environ cinquante mille hommes k pousser sur Burgos. C’était plus qu'il n’en fallait pour écraser le centre de l’armée espagnole.

Ses dispositions, arrêtées dans les journées du G et du 7 novembre, furent encore suspendues par un nouvel incident. Les généraux espagnols, quoique, fort déconcertés par la vigueur des attaques qu’ils avaient essuyées, les uns k Zoruoia, les autres k Logrono et k Lerin, ne renonçaient pas k leur plan ; mais ils disputaient plus que jamais sur l'exécution do ce plan, et se demandaient du renfort les uns aux autres. Blake surtout, le plus rudement abordé, voyant sur ses Bancs les corps de Lefebvre et de Victor, avait invoqué l'appui du centre et de la droite. Mais il y avait un détour de cinquante k soixante lieues k faire pour communiquer d'un bout k l'autre de la ligne espagnole, et, après avoir tenu conseil de guerre il

Tudcla, Caslafios cl Palafox avaient répondu qu’il leur était impossible d'aller au secours de l’armée des Asturies, et s'étaient bornés à prescrire au corps de l’Estrémadnrc de hâter son arrivée en ligne, pour qu’il vint couvrir la droite de Blake en prenant position à Prias. Ils avaient promis aussi d’enlrcr en action le plus tôt qu’ils pourraient, afin d’attirer à eux une partie des forces des Français.

Blake, en attendant, repoussé de Bilbao et de Balmaseda vers les gorges qui forment l’entrée de la Biscaye, s’y était arrêté, et avait été rejoint par les douze ou quinze mille hommes placés à Villaro et Orozco, pendant qu’il combattait à Zornoza, et par le corps de La Romana. Avec ce qu’il avait perdu en morts et blessés, surtout en hommes dispersés, perte qui montait à si* ou sept mille hommes, il lui restait environ trente-six millo hommes à mettre en ligne. Il se reporta donc en avant, dans la journée du 5 novembre, sur Balmaseda, oii le maréchal Lefebvre avait laissé la division Villatlc , pour se replier lui-méme sur Bilbao , afin d’y vivre plus à son aise.

Après la faute de s’être porté trop tôt en avant, le maréchal Lefebvro n'en pouvait pas commettre une plus grave que de rétrograder tout & coup sur Bilbao, laissant la division Villatte seule â Balmaseda. Il fallait des soldats aussi fermes que les nôtres, et un ennemi aussi peu redoutable quo les insurgés espagnols, pour qu'il ne résultât pas quelque malheur de si fausses dispositions.

De. son côté , le maréchal Victor n'avait pas fait mieux. Envoyé par Orduîïa à Amurrio , afin de flanquer le maréchal Lefebvre , il avait expédié vers Oqucndo le général Labruyère avec une brigade, et l'avait retenu dans cette position, sans que l'idée lui vint de s'y rendre lui-même pour le diriger. Le général Labruyère, au milieu de ces montagnes escarpées, où l’on avait peine à se reconnaître , où le* brouillards de l’hiver ajoutaient à l’obscurité des lieux, privé de toute direction, ne sachant ce qu'il pouvait avoir d’ennemis en sa présence, n'avait pas voulu s'engager, et avait laissé passer devant lui les corps qui flanquaient Blake pendant le combat de Zornoza, n’osant rien faire pour arrêter leur retraite. Les jours suivants il était resté en position, voyant Balmaseda de loin, apercevant la division Villatte sans songer à la rejoindre, apercevant aussi la division Séhasliani qui de Bilbao exécotaiTdes reconnaissances sur la route d’Orduna; de manière que nos troupes, au lieu de se réunir pour accabler Blake, seule opération qui fut raisonnable dès qu’on avait eu le tort de combattre avant les ordres do quartier général, étaient dispersées entre Bilbao, Balmaseda et Oquendo, exposées dans leur isolement à de graves échecs.

Le maréchal Victor n’avait pas borné là ses fautes. Pressé de rejoindre le quartier général afin de servir sous les yeux même de l’Empereur , et trouvant dans ses instructions qu’il pourrait reprendre la roùte de Vittoria

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di s que sa présence ne serait pins nécessaire en Biscaye, il avait rappelé le général Labruyère à lui , pour repasser les montagnes et redescendre dans la plaine de Viltoria , abandonnant la division Villallc, qui restait toute seule à Balmaseda. Ainsi commençait cette suite de fautes dues à l'égoïsme, à la rivalité de nos généraux, et qui, en perdant la cause de la< France en Espagne, l'ont perdue dans l'Europe entière.

Tandis que le maréchal Victor exécutait ce mouvement rétrograde, le général Blake, renforcé, comme nous l'avons dit, par les troupes de sa gauche et par celles de La Romana, avait résolu de se porter en avant , et de disputer Balmaseda à la division Villatte, qu’il savait y être toute seule. Le séjour du maréchal Lefebvre h Bilbao, la retraite du maréchal Victor sur Viltoria, lui offraient toute facilité pour une tentative de cette nature. Le 5 novembre, en effet, il s'avança & la tête de trente et quelques mille hommes, couronna les hauteurs autour de Balmaseda, pour envelopper la ville avant de l’attaquer, et y faire prisonniers les Français qui la gardaient. Mais le général Villatte, à la tète d'une superbe division de quatre vieux régiments , avait vu d’autres ennemis et d'autres dangers que ceux qui le menaçaient en Biscaye. 11 avait autant de sang-froid que d’intelligence. Voulant s’assurer des hauteurs de Gueîies, qui sont en arrière de Balmaseda et qui commandent la communication avec Bilbao, il y échelonna trois de scs régiments, puis il laissa le 27* léger dans Balmaseda même, pour disputer la ville le plus longtemps possible. Ces dispositions prises, il laissa approcher les Espagnols, et les reçut avec un feu auquel iis n'étaient guère habitués. Ceux qui tentèrent d’aborder Balmaseda furent horriblement maltraités par le 27’, et couvrirent les environs de la ville de morts et de blessés. Cependant les hauteurs environnantes se couronnant d’ennemis, et le maréchal Lefebvre n'arrivant pas de Bilbao, le général Villatte crut devoir se retirer. Il ramena le 27* de Balmaseda sur les hanteurs de Gucncs, et se replia en masse avec ses quatre régiments bien entiers sur la route de Bilbao. Les Espagnols qui voulurent approcher de lui furent vigoureusement accueillis, et payèrent chèrement leur imprudente hardiesse. La division Villatte eut cependant deux cents hommes hors de combat, après en avoir abattu sept ou huit cents à l’ennemi. Si le maréchal Lefebvre avait été à sa portée, et -si le maréchal Victor, au lieu de retirer la brigade Labruyère de la position qu’elle occupait, et d’où elle aurait pu fondre sur Balmaseda, avait agi avec tout son corps sur ce point, l’armée de Blake pouvait être enveloppée et prise dans cette même journée.

L'affaire de Balmaseda, qui n’avait d'autre importance que celle d'un danger inutilement couru, transmise de proche en proche an quartier général, avec l'ordinaire exagération des rapports ainsi communiqués, causa & Napoléon un redoublement d'humeur contre des généraux qui compre-

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