LIVRE XXXIII. — KOV
liaient et exécutaient si mal ses conceptions'. 11 leur lit adresser par le major général Berlhier une réprimande sévère, ordonna au maréchal Lefebvre de revenir sur Balmaseda, au maréchal Victor de rebrousser chemin vers la Biscaye, et de pousser Blake avec la plus grande vigueur, de l’accabler même si on en trouvait l’occasion. Malgré son projet de percer le centre de la ligue ennemie avant d'agir contre ses extrémités, il ne voulait pas se mettre en mouvement sans être assuré qu'une faute sur scs ailes ne viendrait pas compromettre la hase de ses opérations.
En recevant ces remontrances de l'Empereur, et en apprenant le danger du général Villatte, le maréchal Lefebvre se bâta de marcher sur Balmaseda. 11 employa la journée du t> à rallier les détachements envoyés aux environs de Bilbao pour chasser les Anglais du littoral, et le 7 au matin il se dirigea sur Balmascda par Sodupe et GueSes, avec les divisions Villatte, Séhastiani et Levai, les deux premières françaises, la troisième allemande, présentant à elles trois une masse d’environ 18 mille hommes, presque
1 Jh cite de* dépêches qui expliquent clairement la lituation , et prouvant ce que pensa de la conduite de cet deux maréchaux un juge infaillible, Napoléon lui-méme, qui ordinairement avait plutôt de la faiblesse que de la sévérité pour les deux licutcuautx dont U s’agit ici.
Le nM j or général au maréchal Lefebvre.
» Vittoria, 6 novembre 1808, 4 midi.
» L'Empereur est très-fâché du faux mouvement de retraite de Bilbao. Sa Majesté ne s’attendait pas à cette faute capitale de la part cfun maréchal aussi *élé pour son service. Sa Majesté ne doute pas que si vous eussiez placé votre quartier général à Balmascda et campé avec vos trois divisions pour agir suivant les circonstances, vous n’eussiez déjà fait plus de huit à dix mille prisonniers à l'ennemi , mais que la conduite tenue dernièrement est d’autant plus extraordinaire qu’en parlant des grands inconvénients des mouvements rétrogrades, vous en, aves commencé un de cinq lieues.
» L'Empereur ordonne que vous vous réunissiez à la division VillaÜc afin de pousser vivement l’ennemi. Si le Ui , monsieur le maréchal, vous n’aviez pas attaqué, et aviez laissé le temps de faire les dispositions nécessaires, la campagne d’Espagne aujourd'hui serait bien avancée. L’Empereur trouve dans Votre conduite que trop de zèle vous a fait manquer aux règlements militaires en attaquant sans ordres, mais Sa Majesté ne conçoit pas que l’ennemi puisse rester entier quand on a obtenu sur lui un succès. L’Empereur peut avoir besoin de ses troupes , et quand elles sont engagées on ne peut laisser une division isolée deraat l’ennemi, quand d’un autre cdté on fait un mouvement rétrograde. Sa Majesté trouve que -c'est avec de pareilles dispositions que Tou perd l'avantage de sca succès. L’Empereur pense que , pendant le temps où les troupes des généraux Villatte , Labruyère et Ruffin sont devant l'ennemi , et manœuvrent pour le couper, ce n’était pas celui de vous retirer, et dans une pareille circonstance Sa Majesté trouve déplacé que lea troupes du 4r corps restent inactives à Bilbao.
» Le maréchal Soull marche demain sur Burgos, d’où il se portera sur Rcinosa et San* tander. Marchez donc vivement, monsieur le maréchal. Le but de l’Empereur est qu’il u y ait pas un moment de repos jusqu’à ce qu’on ait détruit le corps de Blake et qu’il soit repoussé dans les Asturies.
» L ennemi s’étant rotiré par Balmaseda , l’illurcayo et Sautandcr, vous devez le talonner sur les corps qui vont le barrer à Rcinosa.
* Auuiml f
SOMO-SIKRRA.
sans artillerie ni cavalerie, car on ne pouvait en conduire dans ces vallées étroites, où l'on trouvait à peine des transports pour les munitions de l'infanterie.
La route suivait le fond de la vallée. Le maréchal Lefebvre s’avança ayant la division Villatte h gauche de cette route, la division Levai sur la route elle-même, la division Sébastiani à droite, celle-ci un peu en avant des deux autres. La division Sébastiani força d’abord le village de Sodupé, puis, se portant au delà, rencontra sur les hauteurs de Guenes Blake avec vingt et quelques mille hommes et trois pièces de canon. Les troupes de la division Sébastiani gravirent sur-le-champ ces hauteurs , malgré le feu très-peu inquiétant des Espagnols , qui tiraient de loin pour s’enfuir plus vite. Arrivées au sommet, elles ne parent faire de prisonniers; car les Espagnols , bien autrement agiles que nos soldats , quoique ceux-ci le fussent extrêmement , couraient à toutes jambes sur le revers, de leurs montagnes. Pendant qu’on enlevait ainsi ces positions de droite, on renversait
La major général au maréchal Victor.
• Vil ton*, 6 novembre 1808, à minait.
> J'ai mis sous les yeuiT de l'Empereur votre lettre du 6, que votre aide de camp a dit avoir été «*014(0 à midi. Sa Majesté a été très-mécontente de ce qu'au lieu d'avoir soutenu le général Villatte, vous l'ayez laissé aux prises avec l’ennemi; faute d’autant plus grave, que vous savez que le maréchal Lefebvre a commis celle de laisser exposée une divisiou de votre corps d'armée en reployant scs deux autres divisions sur Bilbao. Vous saviez que cette division était exposée à Balmascda, puisque le général Labrnyère avait communiqué avec elle le 5 au matin. Comment, au lieu de vous porter en personne à la tête de vos troupes, pour secourir une de vos divisions, avez-vous laissé cette operation importante à un général de brigade, qui n'avait pas votre confiance, et qui n’avait avec lui que le tiers de vos force»? Comment, après que Vous avez eu 1a nouvelle qne, pendant' la journée du 5, la division Villatte se fusillait avec les Espagnols, avez-vous pu, au lieu de marcher à son secours, supposer gratuilemeut que ce général était victorieux? Sa Majesté demande depuis quand la fusillade et l’attaque est une preuve de la retraite de l'ennemi? Cependant les instructions dn maréchal Jourdan étaient précise» de ne tous porter sur Miranda qae quand vous seriez assuré que l’ennemi était en retraite; et an lieu de cela, monsieur le maréchal, vous êtes parti lorsque vous aviez la preuve certaine que l’ennemi se battait. Vous savez que le premier principe de la guerre veut que dans le doute du succès on se porte an secours cTan de scs corps attaqué , puisque de là peut dépendre son salut. Dans l'autre supposition, votre mouvement ne pouvait avoir d’inconvénient, puisque votre instruction de vous porter sur Miranda n'était qu'bypethétique , et qu’ainsi sa non-exécution ne pouvait influer sur aucuns projets du général en chef.
* Voici ce qui est arrivé , monsieur le maréchal : la colonne devant laquelle In général Labrayère s’est ployé a trouvé le général Villatte, qui, attaqué de front et en queue, n’a^ dû son salut qu'à son intrépidité, et après avoir fait un grand carnage de l'ennemi; de son côté il a peu perdu, et s’est retiré sur Bilbao deux lieues eu avant de cette ville le 5 an sofr.
» La volonté de f Empereur est qne vous partiez tans délai pour vous porter sur Or^ duia, que Vous marchiez à la tète de vos troupes, que vous teniez votre corps réuni, et que vous mantpuvrlcs pour vous mettre en communication avec le maréchal Lefebvre, qui doit être à Bilbao. .