CHAPITRE V
Effets des incursions normandes sur l'étal des Iles — Attaques des Bretons contre le Cotentin. — Le Gotentin est eédc par Charles-Ie-Chauvc au chef breton Salomon. — Ravages des Normands dans la Presqu'île. — Le culte des reliques. — Le monastère de Saint Maglolre détruit par les Normands. — La Chronique de Saint Magloire et les moines de Lelion. — Les reliques de Saint Magloire.
Il serait difficile de fixer les dates précises des invasions qui eurent les lies pour théâtre ; car ces îles étaient sur la route que suivaient les flottilles danoises pour se rendre , soit sur les c(Mes septentrionales de TEinpire , soit en Neustrie , soit en Bretagne-Armoriqne ou en Aquitaine. Elles pouvaient n'y toucher que pour se reposer, se ravitailler ou chercher un refuge pendant les mauvais temps. Ce ne fut , nous le croyons, que vers l'année 841 , qu'elles prirent un caractère tout-a-fait hostile et redoutable , au point de provoquer rémigration d'une partie des insulaires sur le continent et d'amener ainsi un changement profond dans les éléments de la population.
Jusqa'à cette époque, nous l'avons déjà indiqué , le sang breton dominait dans toute cette région , malgré les modifications que Faction des missionnaires saxons du Bessin, le voisinage des évèques de Coutances, le séjour de Prétextât et d'autres causes accessoires avaient pu apporter. L'antagonisme des races avait persisté et fut encouragé par l'abandon que les rois francs firent du pays. Les anciens Celtes retranchés dans la gi-ande péninsule armoricaine prétendaient toujours à la possession de celle qui parait en être une sorte de reproduction symétrique et parallèle , et qui comptait , encore , dans les villes, et suHout dans les campagnes, une quantité considérable d'individus de même origine. Charlemagne lui-même avait été forcé d'envoyer deux fois, en 786 et en 811 , une armée jusqu'au cœur de la Bretagne, afin de réduire, sans la soumettre, cette dernière terre gauloise, qui fut toujours plus fidèle et plus tenace dans la mauvaise fortune que dans la bonne dont elle ne sait point user. A la dissolution de l'Empire, les faibles liens qui subsistaient se brisèrent , et les Francs-Saxons établis le long du littoral , au nord du Cotenlin , rencontièrent des obstacles de plus en plus grands à leur expansion vers l'intérieur de la Presqu'île et vers les Iles. Ce point de l'histoire locale est établi par des textes précis.
Les Normands aggravèrent la situation. Il arriva que, souvent, ils servirent d'auxiliaires aux Bretons et qu'ils s'en servirent eux-mêmes, tout en ne les ménageant pas, quand Toccasion s'offrait de se réunir à leurs ennemis (1). Ceci
(1) Ainsi l'incursion de 869 qui se fit par la Loire el qui eut pour bul le pillage du Mans, fut faite par des Normands m^'^lés à des Bretons. — Northmanni verè commMi Britonnibus (Chron. de Norlh. geslis, ap. Duchesne, t. II, p. S26.) On sait qu'en 847, Noménoé avait lui-même appelé les Normands en Bretairne. L'abbaye du Mont-Saint-Rnchel fut pillée et l'église détruite.
explique très-bien les rapides et constants succès de ces aventuriers et la terreur qu'ils inspiraient. A côté , ou plutôt au-dessousd'un clergé, qui déjà avait plus de richesses que de vertus, et d'une aristocratie devenue d'autant plus oppressive qu'aucun pouvoir central ne lui faisait contre-poids, une masse populaire s'étendait , variée dans sa composition , mais unie dans un sentiment de haine contre ses maîtres et un désir violent dé vengeance contre ceux auxquels elle attribuait sa servitude et ses misères. Confuse, hétérogène, à demi sauvage, elle était l'alliée naturelle des étrangers qui s'attaquaient aux châteaux, aux abbayes, aux églises remplies de trésors, et n'avaient rien à deme^nder aux faibles et aux opprimés. Ce n'était pas là un fait nouveau dans l'histoire ; il s'était déjà révélé aux époques antérieures et devait se reproduire jusque dans les temps moderncF, et toutes ies fois que des circonstances favorables font éclore c«is germes permanents qui fermentent au fond des entrailles sociales et d'où sortent les révolutions. Il suffit de rappeler les Bagaudes des IV** et ¥• siècles , les Vilains de Normandie du X^ , les Pastoureaux du XIII* , les Jacques du XIV® et les Nu-Pieds du XVIP. Or , au IX® siècle , le Cotentin avait aussi ses bandes de révoltés , non contre un gouvernement qu'on connaissait à peine , mais contre les classes qui possédaient exclusivement le sol ; et elles étaient appuyées par les princes qui administraient la Bretagne et qui profitaient du désordre où était plongé l'empire franc , pour proclamer leur indépendance et s'emparer de la province voisine.
Ainsi, dès 847, les Bretons paraissaient maîtres du pays jusqu'à Bayeux (i). Vingt ans plus tard, Charles-le-Ghauve désespérant, sans doute, d'y rétablir son autorité, donnait le Comté de Goutances avec tous les fiscs royaux , abbayes et
(1) Bùlland. Sancius Regnoherius (mois de mai), l. III, p. CiiS.
ilO LES ROIS FRANCS
autres dépendances, 5a?i/"/'er^c^^, au duc ou roi Armoricain, Salomon^ représenté par son neveu Paswiten (i).
Ce fait singulier et peu remarqué en éclaire plusieurs autres qui auraient pu d'abord sembler obscurs. En 859 , par exemple, les Normands, après avoir passé TEscautet ravagé le nord de la France, étaient arrivés jusqu'à la Seine ; ils y rencontrèrent une troupe recrutée parmi les populations du Cotentin et de la Bretagne qui s'étaient soulevées spontanément. Les seigneurs francs redoutant , non sans raison, peut-être, ce peuple mêlé — vulgus promiscnuw , — plus encore que les envahisseurs du dehors , l'attaquèrent et l'exterminèrent faci-cment (2).
Une contrée , en proie à une pareille anarchie et hostile, ou , en tous cas , suspecte aux autres parties de la monarchie , était ouverte à toutes les attaques de quelque part qu'elles vinssent. Les Normands en visitèrent toutes les côtes sans rencontrer de résistance sérieuse. Ils n'en trouvèrent pas davantage dans les Iles qu'ils menacèrent et occupèrent plusieurs fois , notamment en 857 , Tannée même du sac de Paris et des basiliques de Saint-Pierre et de Sainte- Geneviève.
Les établissements de Saint Marcouf et de Saint Magloire eurent le sort commun. Nous l'apprenons par les récits de translations de reliques , événement très-important dans les historiens légendaires et qu'ils notent avec le plus grand soin.
(\) Annal. Saneli Berlini, (2^n 8G7.) cGaroIus... Paswiten Salomonis
> legalum Kalendis Augusti in Gompendio suscipit et ei... ComiUiium Cons- 9 lanlinuffi cum omnibus fiscis et aliis regiîs et]abbatiis ac rébus ubicumque ad
> se pertinenlibus excepta episcopalu donat. >
(2) c Sed quia incautè sumpta est corum conjuratk) à potentioribus nos- B tris facile interficiuntur. > {Chronic. de Northm gest. ap. Duch. t. II, p. Si5.)
Depuis les premiers temps de TÉglise, les reliques jouaient, en effet , un grand rôle qui touchait au cult^et au doga>e. C'était la conséquence logique des idées que le catholicisme professait sur la double nature de l'homme et sur la part de responsabilité qu'on attribuait au corps (1). Le corps devait ressusciter. « Il recelait, selon l'expression » d'un savant auteur , un germe mystérieux de cette glo- » rieuse résurrection qui doit réunir un jour l'âme à l'en- » veloppe primitive de la vie (2). » Aussi les restes des Saints , objets d'une vénération profonde, produisaient-ils des miracles , et étaient-ils regardés comme un ti'ésor précieux sur lequel chaque église , ou chaque monastère , veillait avec une sollicitude extrême qui créa un danger permanent. Les pirates Danois, ne pouvant comprendre le mobile de ce sentiment , crurent que les lourds cercueils de pierre qu'on déposait sous les dalles des sanctuaires, ou les reliquaires dont on ornait les autels, renfermaient des richesses qu'on se hâtait de dérober à leurs yeux. Ils les recherchèrent avec d'autant plus d'avidité, et ils les brisèrent avec d'autant plus d'acharnement , quand ils furent déçus dans leurs espérances.
Le corps de Saint Magloire avait été déposé dans le couvent qu'il avait fondé à Serk. L'île fut envahie par les Païens qui tentèrent de violer son tombeau , ainsi que nous le lisons dans la Chronique de Saint Magloire de Geoffroy de Nés (3):
(i) Voy. Terluliien dans ses Traités de l'âme et de la Résurreelion de la Chair, % XVII ; et Saint Augustin, Cité de Dieu, passiro et notamment liv. XXII.
(2) Des origines de la Charité catholique, par M. l'abbé Tollemer, (î« édit. Paris, 1863), p. HO et suiv.
(3) V i>S du MSS de la bibliothèque de l'Arsenal, c Gomment li païens > violèrent le serkeu Monseigneur Saint Magloire et comment ils aveu- » gièrenl. »
lis LES ROIS FRANC»
Sarge et le lieu fut envaïs k De païens et mau le menèrent
Et cruelment le degaslèrent
Au mou lier Sainl-Magloire vindrent A grant crix et grant braierie Pour refaire la robe rie Et com par divers leus allassent Pour qu'or et argent trouvassent.
Adonc Guidèrent et pensèrent Que grarU or et argent eust Ou tombel et plein en fust.
G*était ce que ces pillards cherchaient avant tout. Le Saint, heureusement, cédant aux supplications des moines, sauva lui-même ses reliques, en aveuglant les sept normands qui avaient , à grands efforts , ]>risé son cercueil, et en faisant perdre si bien l'esprit aux neuf cents hommes qui les accompagnaient, qu'ils « s'entretuèrent ensemble. »
Saint Magloire telle vertu a Fait et (ist en sauvant rÉglisc Si come l'estoire le devise .
La date de l'invasion de Serk n'est pas déterminée ; elle peut remonter à plusieurs années au-delà de celle de la translation des reliques, en Bretagne; elle ne doit pas, cependant , être très éloignée d'un premier transport à Jersey, qui sans doute , offrait un abri plus sûr contre les entrejp^iaas des NariDiinds qu'un îlot habité par quelques moines. Il est difficilement supposable que ces derniers eussent laissé le saint cors exposé au péril qu'il avait^couru et qu'il avait miraculeusement évité.
Quelle quesoitla probabilité d'une première translation de Serk à Jersey , elle peut être contestée ; car , si elle est mentionnée par plusieure documents originaux en termes
ET LES INVASIONS NORHANDES. il8
positifs (1), elle est en contradiction formelleavec la CArom'yMe de Saint Magloire. D'après la version adoptée par son auteur, qui traduisait au XIIP siècle la légende latine du X% les reliques auraient été directement portées de Serk au couvent de Lehon , sur Tordre du roi breton Noménoé, et dans des circonstances tout-à-fait étrangères aux invasions normandes.
Ce roi a de grande nobilité » et qui avait conquis «c maintes provinces, » chassait un jour dans les environs de Dinan, accompagné de chevaliers et de chiens courants « sans nombre, » lorsqu'il rencontm six moines « pâlies et maigres, » qui défrichaient, au pied d'une montagne, une terre couverte de ronces et d'épines. Il leur demanda pourquoi ils avaient choisi pour demeure un lieu aussi désert et aussi sauvage ; ils répondirent qu'ils y étaient venus « mener vie de moine , » c'est-à-dire :
t A Dieu servir ordener
> Des ores mes jusqu'à la fin ,
» El Dieu prier qui u ciel règne
1 Pour le roy et pour tout son règne
B Et pour tous ceux qui sont leenz
» Au roy , au reyne et au royaux. »
Mais , ajoutèrent-ils , avec l'à-propos de courtisans consommés ,
c Pour ce que puissions faire
> Plus légièrement, sans mesftire,
(1) Act, ord. Sancti Bened. t. I, p. 329 et suiv. Vies des Saints de Bretagne, p. 826, etc. — Dom Lobineau, dans ses preuves, donne le titre de la relation de ce transport de Serk à Jersey; mais la bibliothèque impériale ne possède que ce titre ; le récit lui-même est perdu ou enfoui dans quelques archives de Bretagne (Note MSS. de M. de Gerville, p. 20S de son Dictionnaire MSS. des fies).
LES KOIS FRANCS
» Souplions que de sa largesse
> Terre arable, de fruit garnie
1 Nous ostroit pour la nostre vie. i
Noménoé, très-disposé à être généreux, voulut d'abord savoir à quel saint s'adresserait son offrande et à quelles reliques il pourrait, au besoin, se recommander. Les moines furent obligés de reconnaître qu'ils ne possédaient encore ni saint, ni reliques, puisqu'ils n'avaient pas même d'église. Le roi se contenta alors de leur donner de l'argent, « mes pécune » leur a donné, » eu leur promettant de la terre quand ils auraient trouvé ce qui leur manquait. Ils le cherchèrent immédiatement et n'imaginèrent rien de mieux que d'aller à Serk et d'y demander, au nom du roi , le corps de Saint Magloire. Deux délégués s'embarquèrent et se présentèrent comme des pèlerins aux gardiens des reliques qu'ils essayèrent de séduire. Ils leur parlèrent de la puissance du roi , de ses conquêtes , de ses nombreux péchés commis à la guerre et de son désir de les expier en offrant à Saint Magloire :
Un lieu ( que ) sus touz a esleu ;
Car phntureux Ta veu
Et gracieux pour la rivière
Qui l'arrose avant et arrière ;
D'autre part la mer l'avirone
Qui tous poissons li abandonne.
Et de montagne et hautesce
Li est deffensse et fortresce.
Ue vignes et de prés abonde
Et si contient à sa ronde
Les bois plains d'arbres délit abies
El des herbes médicinales.
Poiriers , pommit.rs , non pas sauvages,
Puis chênes et biaux courtillages »
Ce séduisant tableau ne laissa pas indifférents les moines de Serk qui promirent de se conformer à la volonté du roi ^
ET LES INVASIONS NORMANDES. ii8
mais qui ne parurent , cependant , pas disposés à livrer leur pieux trésor sans conditions et sans garanties.
Les messagers revinrent en Bretagne ; et Tun d'eux nommé Coudan, qui « assez de lettres savait, » était « prcu- » dôme et de grand abstinence , » Tit adopter par ses compagnons un moyen simple et expéditif d'obtenir les reliques. Il retourna à Serk accompagné d'un petit .nombre de moines; il y fut accueilli avec le même empressement que la première fois, et, pendant six jours, il y reçut l'hospitalité la plus généreuse. Le septième jour , il déclara qu'il lui fallait continuer son voyage que le mauvais temps avait interrompu, et quitter l'île oii il avait abordé sans le vouloir. — Il réclama seulement la faveur, pour lui et ses frères, de passer la nuit en prières auprès du tombeau de Saint Magloire dont il voulait obtenir fia protection. La demande fut accordée.
Et lors ceux avecques la garde Qui le cors saint ilecques garde Jusqu'au piemier somme veillèrent ; Et quant virent ot esprouvorent Que ceux qui en l'isle habitaient i)e vin et de sommeil estoient Enseveliz et assommé , Lors cil qui fut Coudan nommé Le couvercle du trombel a Saint Magloire tourné delà, Sans avoir aide humainne Que sis très fors homes à peine Poisent de terre lever.
Quant donc le leva sans grever , Ghascun puet bien dire en apert Que là miracle fit api^rt Saint Magloire sans fiction A la sene translation. *
Le navire attendait ; la troupe bretonne y courut avec ce que le chroniqueur appelle son « larcin loial; » dressa la voile., et partit à la hâte.
A leur réveil, les moines de Serk , en trouvant le tombeau ouvert et vide , furent consternés. Les gens du pays attirés par leurs lamentations et leurs cris partagèrent leur indignation ; ils s'élancèrent sur une barque, et se mirent, avec leurs « granz avirons, » à la poursuite des voleurs sacrilèges qui , bientôt, furent prêts d'être atteints. Un nouveau miracle les sauva. Le saint était, apparemment, décidé à changer de résidence. Un violent orage enveloppa «d'une » nuit d'hiver, » les deux nefs; l'une fut repoussèe sur l'île qu'elle venait de quitter, et l'autre aborda tout droit en Bretagne. Et ce fut ainsi que les reliques de Saint Magloire furent transférées au prieuré de Lehon.
Cette légende est difficilement acceptable , moins encore à cause de l'invraisemblance des détails , que parce qu'elle est en contradiction avec les récits des auteurs primitifs et certains faits historiques qu'elle rappelle.
Il paraît certain , d'abord , que l'auteur , Geoffroy de Nés , trouvère du XIH^ siècle , a ajouté les deux chapitres qui terminent son poëme , ou que , du moins , il les a copiés sur des documents très-postérieurs au X® siècle. lia pu aussi confondre Serk avec Jersey à laquelle on appliqua souvent le nom de Sargia. D'un autre côté , la date de 857 acceptée généralement pour la translation des reliques de JcTsey à Lehon, ne peut se concilier avec la désignation de Noménoé, comme roi ou comte de Bretagne, à cette époque ; puisque ce prince mourut en 850. Enfin , le fait qui nous occupe, était trop fréquent , trop ordinaire dans ce temps , pour que la cause n'en fût pas toujours la même. On s'efforçait de dérober aux profanations des païens du Nord les ossements sacrés qui étaient pour les églises et les couvents un objet de vénération et, aussi, une source précieuse d'influence et
de revenus. Pendant près d'an siècle , on les vit transportés de sanctuaire en sanctuaire , selon que les invasions se faisaient craindre ici ou là.
Les reliques de Saint Magloire furent donc enlevées soit de Serk , soit de Jersey, parce que ces îles étaient ou pouvaient être , à chaque instant, envahies par les Normands ; mais il faut remarquer qu'elles furent portées en Bretagne, et non pas en Neustrie ou en France. Nous en avons indiqué le motif. Les chefs bretons avaient profité de l'impuissance des rois francs pour étendre leur domination sur la presqu'île du Cotentin et sur l'archipel [voisin. Charles-le-Chauve n'avait eu qu'à sanctionner, par une prétendue cession , un fait accompli depuis longtemps et dont les conséquences se firent sentir mênje après l'établissement définitif des Normands ; car il fut le germe de l'antagonisme si ardent et d'une si longue durée qui régna entre la Bretagne et la Normandie.
Cette cession , d'ailleurs , ne modifia en rien l'organisation ecclésiastique qui fut au contraire réservée par une clause formelle , — exrepto epùcopatu. L'évêché de Coutances continua d'appartenir à la province de Rouen (1); et, njalgré l'induction qu'on pourrait tirer de la translation des reliques de Saint Magloire à Lehon , rien ne permet de supposer que les Iles du Cotentin aient jamais été considérées comme une dépendance de l'un des évêchés de la Bretagne (2). Les raisons en sont faciles à donner. Les évèques
(l) L'archevêque de Rouen Francon assistail, en OH, à la convention de Saint'CIair-sur-Epte dont il étail, on le sait^ le principal instigateur, et transmit à Roll les droits qui lui appartenaient sur le territoire cédé. — c llico > Robertus et Franco episeopus renuntiaverunt omnia Rolloni et adduxe- 1 rant illuio.... Karolo régi. > (Dudo iib. II, g 2K.)
(i) L'abbé Piton-Desprez dans ses Ephémérides, p. 49. (Elrenneê CouiançaiseSj 1830), fait dépendre les Iles de l'évêché de Do), depuis Sïtint-
de Coutances n'auraient , à aucun prix, consenti à reconconnaître la suprématie d'un prélat breton, quel qu'eût été son titre, ou à lui abandonner une partie de leur diocèse. — Et leur autorité était trop haute et trop respectée pour qu'un comte ou un roi osât y porter atteinte. — D'un autre côté, la question des sièges épiscopaux en Armorique était précisément dans sa phase la plus vive. Noménoé et Hérispoé, devenus indépendants, avaient tenu à les soustraire à la juridiction métropolitaine de Tours ; et , pour cela , ils s'étaient efforcés de faire admettre leur archevêque de Dol , si constamment repoussé par les conciles de la province depuis le VI' siècle. Ce n'est pas, à coup sûr, dans de pareilles circonstances que les évoques du Gotentin et de TAvranchin auraient subi un changement de situation, dont le résultat eût été de les lier à un pays qui , ennemi hier, allait le redevenir demain. On pouvait même se demander quelles étaient la signification et la portée de la cession de Gharles-le-Chauve à Salomon , quand on voyait le successeur de ce dernier prince, rendre ou conférer au fils du donateur, qui, depuis, fut Louis-le-Bègue, le gouvernement de la Nevstrie; ce qui évidemment ne comprenait que le territoire primitivement cédé , c'est-à-dire , le Comté de Coutances (1).
Tout cela prouve surabondamment le désordre inouï où le pays était plongé. Les Danois vinrent y mettre le comble, en renversant ce qui restait encore debout. Il importe peu, dès-lors, que le maître nominal fût franc ou breton ; le vrai
Samson jusqu'à rétablissemeot des Normands en Neuslrie, mais sans donner la moindre preuve.
(1) Dom Bouquet, t. VIH, p. 366. — Rolland, t. III (mai), p. 618. (Translatio sancli Regnoberti.) — c Willamqnae vocatur Veleres damus M veniens... Britonum Helispogius princeps. . . Ludovico régis filio, Neus- » triœ regnum dédit. >
maître était le roi de fa mer, débarquant avec ses compagnons, et soutenu, plus ou moins ostensiblement, parce qu'il y avait do mauvaises passions, d'appétits brutaux, de souffrances et de désespoir dans une société aussi complètement désorganisée depuis des siècles.