‹ Histoire du Cotentin et de ses îles (volume 2)Chapitre 19 sur 64 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Progrès de Tautoriié des ducs de Normandie dans le Cotentin. — Les évoques de Coulances à Saint-Lo. — niohard II 9Cherhom% — LeDoêalilium de Richard III. — Le domaine ducal dans le Cotentin^ — Robert échoue dans son projet do desccnie en Angleterre. — La lempôte l'oblige à se réfugier dans une des îles du Cotentin. — Il attaque la Brclagae. — Il part pour la Terre Sainte. — Sa mort.

Le Cotentin , môle de plus en plus aux événements généraux de l'époque , sortait, par cela même , de risoiement où il s'était renfermé sous les deux premiers ducs. Il entrait dansjecourantsuiviparlesautrespartiesdela Province. Sous Richard II , il n'y était plus question de la langue norse ; le rofnan y était adopté partout; la /édoalité française s'était étendue sur toute la Presqu'île et ses dépendances. Les ducs, par de persévérants efforts , avaient réussi à y feire reconnaître leur droit de propriété sur de nombreux domaines , dont les seigneurs n'avaient pu , sans doute ,

prendre possession effective (1). Or la propriété terrienne entraînait avec elle tous les droits : — justice, administration civile, militaire et religieuse. — L'homme sans la terre, n'était rien ; avec elle, il était tout.

Les évèques de Coutances appartenaient à la plus haute aristocratie normande , quelques-uns même à la famille souveraine ; ils résidaient presque constamment dans un palais qu'ils possédaient à Rouen , où leurs prédécesseurs s'étaient réfugiés avec une partie du clergé pour échapper aux invasions danoises (2). - Vers 1024, Herbert II revint s'établir à Saint-Lo (3). Cette circonstance a une signification sur laquelle il serait oiseux d'insister. L'autorité épiscopale n'avait plus rien à craindre du paganisme; il n'en restait aucune trace. Les donations aux églises et aux établissements religieux devinrent très-fréquentes sous l'influence de la terreur inspirée , dans tout le monde chrétien , par la date réputée fatale de Tan 1000. Bientôt nous pourrons citer les chartes qui nous feront connaître ce grand mouvement auquel la propriété ecclésiastique dut un rapide accroissement.

Nous avons meritionné plus haut l'acte de douaire souscrit par Richard II ; nous y trouvons la preuve que les ducs exerçaient désormais leur action sur la Presqu'île. Ils y résidèrent aussi plus fréquemment dans les domaines qu'ils y possédaient. Ainsi Richard II, seigneur du château de Cherbourg, y était avec sa coui", lorsque Bernard-le-Lom-

(I) Hisl. des évéq. de Coût, par l'abbé Lecanu, p. 115.

(-2) HUt, de l'église Calhéd. de Rouen, par dom Pommera yc, p. 10 ci suiv. (édit. de 478iî, Kouen). L^glise de Sdint-Lô, de Rouon, fut donnée aux cvêques de Coulances qui obtinrent en même temps certains privilèges, entre autres celui de marcher dans les processions entre les chanoines et les chantres (id. eod. loc.)

(3) Hist. des évéques de Coût. p. 109. .

bard lui demanda la faveur d'avoir sa sépulture sous les dalles de la chapelle qui s'élevait dans son enceinte (1).

Le dotalitium de Richard III , en faveur de sa femnip, Adèle de France , daté de 1026 (2), complète les renseigne-* nients précieux que fournit l'acte analogue dont nous venons de parler, sur les possessions personnelles que la couronne ducale avait dans le Cotentin. Il résulte de l'examen de ces deux documents que les princes normands , outre la Hague avec les ports qu'elle renferme , possédaient tous les lieux oii , avant la conquête et sous les rois francs de la première race , il y avait des fiscs royaux. Le douaire de la nouvelle duchesse comprenait , en effet , la cité de Coutances avec le comté — cum comitatu (3) , — les châteaux de Cherbourg — Carusburc (4), du Hommel (5) et de Brix (6) , l'abbaye de

(1) Rom. de Rou, t. 1, p. Î^SO cl suiv. — Benoît, t. ÏI, p. 473 et suiv. Chron* de Norm., édit. Mégissier, p 5i>, verso. — Les auteurs placent la légende de Bcrnard-lc- Lombard avant la guerre contre Hugues de Châlons qui éclata en 102G.

(•2) Spicilegium de dom Luc d'Achcry, t. VII, p. '203 et suiv.

(5) Cette mention ferait supposer qu'à celte époque le titre de comté du Coleniin était réservé par le duc lui-même, et que par conséquent, le seigneur de Saint- Sauveur n'avait droit qu'au titre de vicomte. Ce ne serait donc pas à la révolte de Néel contre Guillaume-le-Bàtaril, qu'on devrait attribuer ce changement.

(4) On voit (ju'on ne songeait pas encore au XI* siècle, à faire de Cherbourg Cœsarisburgus.

(j5) Probablcmenl le lieu nommé aujourd'hui Vile-Marie.

(0) Bruotum, aliàs Brucium. Xous avons déjà eu l'occasion de parler de celle localité dont l'origine remonte aux premiers temps de notre histoire (sup. p. 74) ; elle est un exemple de la persisiance de notoriété qui entoure parfois certains lieux et qui ne quitta Brix qu'à la révolution de 1780. — En 1771, le Roi échangea ce fief, qui dépendait de sa couronne, avec le duc de la Vrillière. — Le droit de haute justice y était attaché. — En 17715, le baillagc en fut éiabli à Valognes par des Icitros patentes qui le firent ressortir

f|6 ROLL ET LBS HtSMifiRS DUCS

Porâail (l)ave€ le poi't , •*- les pays du Beauptois et d'Orglandes , le Vaihde-Saire et la Hague avec leurs ports, c'està-*dife, BarAeur, Oamon ville , etc., et enfin les Cours — • GKftec 1 -> é^ Yor , d» Gérances , d*Agon , de Valognes (3), de Peroj et de Noyon (3) Daqs le comté du Bessin, l'acte ne cweédi^it que la petite ville de Caeii — villa quœ dicUar C,^tiÊm y^ wx le fleuve d*Orne, avec ses églises, ses vignes , 9et pfés , 9efi moulins , sou port et toutes ses appartenances TTv f ( ^n0iff appmiiÊm suis.

1^ domaiue ducal «'étendait plus loin ; il avait franchi

directemeul du parlement de Rouen. U rcsalla de celte innovation un grave préjudice |K)ur le produit des charges des cinq conseillers du baillage de Valognes. Ils réclamèrent et démontrèrent qu'ils ne retiraient même pas l'intérêt des 6,000 livres, valeur de l«ur office. Il fut fait droit à cette réclamation et \ai finance de chaque office fut réduite à 4,000 livres, par arrêt du coQseil du IBnpvembre I7S!>. — Uegistres de la compagnie des officiers d%f baillQ4ie,. — (Arçh. du tribunal civil de Valognes.) C'est à cette époque que furent défrichées, sauf 3,30(i arpents, les forêts qui couvraient le pays depuis Valognes jusqu'à Cherbourg.

(I) Qette abbaye n'existait plus depuis longtemps ; les Normands l'avaient détn^ite, et elle up fut jamais relevée.

(i) « .... Curte^n quse appel^atur Valangias. » Nous ne connaissons pas d'autre liei\ auquel, ce i^om puisse plus exactement s'appliquer. Les ducs avaient toujours possédé des domaines à Valognes. La femme de Richard T' Gonpoi;, y avait dé|^ une partie de son douaire ; elle avait donné trois manses in Valloniis pour aider a la construction de la cathédrale de Coulauccs; et plus tard, en lOSG, Guill.-le-Conq. avait donné, dans la nicmc ville, â l'évêque du diocèse, un domaine qui fut nommé le Manoir de Vévêque (Toust. de Billy, p. 2Î7).

(o) Quelques paroisses comprises dans le douaire de la feinmc de Richard II furent données par ce prince après la mort de Judith à diverses abbayes. — Marmoutier eut Tréauville cl Helleville ; Saini -Pierre de Charlrcs eut Thcville, elc. (Voy. Les anciennes divis. terril, par Aug. Le Prévost {Mém des Anliq. t. XI, p. Al.)

la mer ; une partie des Iles du Gotentin en dépendaient. La moitié de Guernesey avait été confisquée sur Rioulf après sa révolte et sa défaite. Dans les premières années de son règne, vers 1028 ou 1030, le successeur de Richard III, qui éprouvait, peut-être, le besoin d'une expiation, donna à l'abbaye du Mont-Saint-Michel, cette partie .de l'île qu'il possédait par droit héréditaire — jure hcreditaùo (1). Quanta l'autre moitié appartenant au fidèle Néel de Saint-Sauveur, 11 en concédait, au même monastère, }es droits et u^ges féodaux dont il avait la réserve. Ces droits étaient assez nombreux ; nous aurons plus tard l'occasion de les énumérer. La charte de Robert désigne spécialement celui de métage — melagium ou me/aium, — qui était un infipôt payable en nature et proportionnel à la superficie delà terre cultivée par les tenanciers (2).

Les lies de Serk et d'Aurigny appartenaient aussi au duc. Nous rapprenons par une charte de Guillaume-le-Bàlard portant la date de 1042, et dont nous pai-lerons plus loin.

A Jersey , Richard II, confirmant des donations antérieures, faites par ses prédécesseurs, avait aumône , au Mont-Saint-Michel, une terre dite de Picrre-le-Mome , —

(I) Documents inédits relatifs aux lies du Cotentin, (Brochure de 16 pages, édilée à Valogncs, en \848, par M. deGervilIe). Voy. pièces jus Ufica- Uves, n° 1. — Nous avons cru ulilc de donner une copie des chartes contenues dans cet opuscule dcvenuforl rare. Quanta la date que nous lui allribuons, elle nous paraît résulter (iu titre de Filius Magni Richardi que se donne Robert. Cette mention, en effet, ne se remarque ordinairement qu'au commencement de chaque règne, et comme pour constater la filiation et le droit du nouveau souverain.

(i) Gloss. de Ducange, V Melagium. — Extenta insufœ Getnerye, etc., MSS. Le mélage était tantôt de 8 deneaux par bouvée, tantôt de l». etc , selon les [)aroisses.

terram Peiri tnofULcM qu» eH in insula Gersoi (1).

Il serait , du reste , fort difficile de suivre méthodiquement les fréquentes mutations que subit la propriété féodale dans rarchipel , tant il y avait d'incertitude sur son assiette et de circonstances qui pouvaient la faire passer du vassal au suzerain , celui-ci , en principe, étant seul propriétaire de la terre. Nous nous bornerons donc à signaler ces changements, toutes les fois que nous les rencontrerons sur notre roule , et sans es^yer de les soumettre à un classement chronologique , qui présenterait peu d'intérêt, si on l'isolait des événements qui en sont l'explication.

Aucun des ducs, cependant, n'avait visité cette partie reculée du territoire normand. Ils y étaient représentés par des agents fiscaux qui percevaient les coutumes que,de temps immémorial, le pouvoir souverain, quel qu'il fût, y avait conservé. Quant à l'administration proprement dite, elle y reposait aussi sur les traditions ; ses éléments devaient être des plus simples et fort analogues, sinon identiques, avec ceux que nous y retrouverons dans les siècles suivants.

Ce fut Robert qui, le premier, descendit sur l'une des îles du Cotentîn, où la tempête le poussa.

Comme ses prédécesseurs, il suivait avec une attention constante les événements de l'Angleterre , toujours agitée. A la mort d'Ethelred , dont le long règne fut fatal à son pays, ses deux fils avaient été renvoyés en Normandie et accueillis à la cour de Richard II, leur oncle, qui les traita avec une paternelle affection. Richard III et son successeur imitèrent leur père; les jeunes princes anglais reçurent une éducation toute, normande qui donni , sans doute, à Robert la pensée de leur rendre le trône dont ils avaient clé

(1) Charte citée par M. l'abbé Desroches, dans ses Annales de VAvranehin [Mém. des Anl. t. XVIÏ, p. 36.)

dépouillés , et de s'en faire ainsi d'utiles alliés (1). Il ne prévoyait pas, assurément, les conséquences politiques d'une bien autre importance que son fils saurait tirer de ce dessein.

11 rassembla donc, vers 1029 ou 1030 (2), une flotte considérable et une armée nombreuse ; il se mit à la tèle de Texpédition, partit du port de Fécamp, et se dirigea sur l'Angleterre. Arrivé en vue des côtes de Sussex , une violente tempête rassaillit et le jeta, à travers mille périls , sur Tune des îles normandes. On ne sait si cette île était Jersey ou Guernesey;et la question, fort peu importante en elle-même, est assez difficile à résoudre.

Les historiens jersiais (3) invoquent le texte de Guillaume de Jumiège , de Wace , de la Chronique de Saint-Denis et de la Chronique de Mêgissier , qui désignent positivement Gersus, Cersij et Gersui, « qui est près de Costentin (4).» On pourrait ajouter , que du récit du Boivan de Bou{^)/\\ paraît résulter que les vaisseaux de Robert essayèrent vainement d'aborder sur un joint quelconque de la Presqu'île,

(1) Telle est la version de Guill. de Jumiège suivie par Wace et par Benoît (Guill. de Jum. liv. VI, chap. X) ; il y en a une aulre qui ijoute à celleci, sans pourtant, la contredire. — D'après celte autre version, Robert aurait épo'isé, puis répudié la sœur de Kanut, et aurait voulu satisfaire sa haine, en renversant ce roi danois {IHst. des Gaules, t. X, p. 51 et t. XI, p. "l^Vo. Spicil t. III, p. '-z'ôi.)

(2) Chron. de Benoît, l. II, p 6oî5, not. i.

(5) Fallc's Hist. of Jersey. — De la (]roix. Jersey et ses antiquilés, etc.

(4) (îuill. <lc Juin. liv. VI, cliap. X. — Wace, l. I, p. o93. (o) t Ne porent à terre venir » Ne en Normandie revertir » K ne pur quant si prez se tinrent. »

(loc. sup cit.)

en s'approchant le plus qu'ils purent de la côte du Gotentin, ce qui ferait supposer qu'ils passèrent par le Raz-Blanchart et furent portés , par le courant, vers Jersey.

Les historiens de Guernescy (i), de leur côté , revendiquant, pour leur tle, Thonneur du hasard qui y fit descendre le prince souverain , citent la C/^ront^wc de Benoît, VInveniûire de l'histoire de Normandie (2) et ÏHistoire de Dumoulin , qui écrivent Gérésy et Grené^nj (3) Ils tirent , en outre, un argument de la tradition constanle, conservée dans le pays , d'après laquelle, la flotte de Robert, sur le point d'être brisée sur les récifs, dont cette partie de la Manche est remplie , appela à son secours les hardis et habiles pilotes de Guernesey ; et ceux-ci , après d'énergiques efforts , réussirent à lui fiaii'e jeter l'ancre dans une baîe qui, à partir de ce moment, reçut le nom de baie de YAncresse. On raconte encore que Robert , en reconnaissance du service auquel il devait sa vie et celle de ses hommes, chargea ses ingénieurs d'achever la conslruclion du château du Vale et d'élever sur d'autres points de l'île des ouvrages de défense capables de protéger les jiabitanls contre les attaques du dehors. On fait aussi remonter à ce temps, la fondation des châteaux des Marais , dont on voit encore les ruines, et de y^rôowr^ , aujourd'hui complètement disparu , quoique, d'après un document de \M%, il n'ait été achevé que trois cents ans plus lard, sous 'le règne d'Edouard III (4).

(!) Diincan's Hisl. of Guernesey, p. 4. — lilocU-Tupi'cr's Hisl. of Guernesey, p. 7>o,

(2) Ce dernier ouvrage a pour auteur Kuslache si(îUP «l'AnnevilIo.

(3) Chron. de Benoît, t. Il, p oo\. — Invent de l'hist.j etc. (Houen. 104*5), p. 60, etc.

(4) Rymeri Fœdera, t. II, p. 0H3 et 9(î9.

Quelle que soit , au surplus , l'île qui servit de refuge au duc Robert , il est constant que le séjour ne lui en parut pas agréable. Après quinze longs jours, les vents du nord continuaient de souffler avec une telle violence qu'on ne pouvait songer à reprendre la mer. Robert fatigué de cette inaction forcée et accablé d'un « grant ennui (i) » renonça, à son expédition contre l'Angleterre ; mais il voulut utiliser l'armée qu'il n'avait réunie qu'avec de grands efforts et de grandes dépenses. L'ennemi était désigné d'avan«:e. La Bretagne n'était-elle pas toujours là! — Objet permanent de la haine des fils de Rolt , vassale toujours insoumise , tenace dans sa résistance et protestant le lendemain contre la défaite de la veille , jamais un prétexte ne manquait pour lancer sur elle les vaUlanz du Cotentin.

Peu de temps avant la tentative infructueuse dont nous venons de parler , le duc de Normandie , irrité du refus que le comte breton Allain, son parent, lui faisait de lui rendre l'hommage féodal auquel il prétendait avoir droit, avait élevé à Pontorson un château qui , de sa situation au milieu des champs labourés , reçut le nom de Carresc, Carroc ou Caruel — ad carucas {^),^ée\ de Saint-Sauveur en avait le commandement, et son lieutenant était un célèbre chevalier, Auvrai le géant (3). Robert avait fait une chevauchée jusqu'à Dol , brûlé la ville et ravagé le pays. — Mais à peine était-il rentré en Normandie , que le fier Breton avait franchi la rivière qui formait la frontière des deux provinces, et

(t) Rom. de MoUj t. I, p. S94.

(2) Roman de Rou, t. 1, p. 386. — Chron. de Benoît, t. II, p. 3S1. — Guill. de Jum. liv. VI,chap. VII. Aujourd'hui Chéruel à Sacey {Lesanc. châl. de la Manche (ap. Mém. des Anliq. t. II, p. 130) et Notice sar l'ancien chat, de Charruel, par M. de Guiton {Mém. des Ant. t. XI, p. "272.

(3) Auvray se lit moine à Gerisy (Rom> de Rou, t. Il, p, 17).

était entré dans TAvranchin. Néel cl Auvrai s'étaient jetés à sa rencontre. Les deux troupes s'étaient heurtées aux cris de Dex aïe et de Maslon-Maslon ; et quoique « depuis le temps » de Gharlemagne , la vieille Armorique n'eût pas été com- » mandée par un sire de tant de vertus , » Alain avait été vaincu, et on avait fait de ses hommes un si grand carnage, qu'on les avait vus tous étendus comme des moutons , dans la plaine et sur les rives du Couesnon (1).

Cette victoire , cependant , n'avait pas , paraît-il , été décisive , puisque Robert pendant ses loisirs dans Tîle où les vents contraires le retenaient, résolut d'envahir de nouveau la Bretagne. Il fit deux divisions de sa flotte ; avec l'une, il se dirigea de sa personne vers le Mont-Saint-Michel, et débarqua au fond de la baie ; pendant qu'à la tôte de l'autre , Rabel de Tancarville menaça la côte ennemie à la hauteur de Dol. Cette démonstration suffit pour réduire le roihret (2) à l'obéissance. — L'archevêque de Rouen intervint et rétablit la concorde entre les deux parents.

Kanut effrayé du danger dont l'avait menacé le projet de descente en Angleterre, suivit l'exemple du prince breton. 11 se sentait d'ailleurs atteint d'une maladie mortelle. 11 envoya en Normandie des députés qui offrirent aux fils d'Ethelred la moitié de son royaume Le duc accepta ; il croyait la paix désormais assurée. L'histoire nous dit par quelles terribles vicissitudes devaient encore . passer les jeunes princes , avant que l'un d'eux recouvrât sa couronne.

Robert partit pour la Terre-Sainte , en laissant le duché à

un enfant de huit ans (3) qui rendit glorieux le surnom de bâtard. On était en 1035 (4). Les souvenirs du Gotentin le

(i) Guill de Jum. liv. VI, chap. VIII.

(i) c E Rei Bret pur ceo l'appelèrent » {Rom. de RoUt t. t, p. 387.)

(3) Roman de Rou, t. II, p 1.

(4) La date de la naissance de Guillaume n'a pu èlrc rigoureusement fixée;

suivirent jusque dans son lointain voyage. Un pèlerin, originaire de Pirou, village voisin de Coutances (1), le rencontra en Syrie, sur la route de -Jérusalem, porté dans une litière, par des Sarrazins; car , déjà, il était frappé de la maladie qui , avec le poison , termina sa vie à Nicée. Le pèlerin lui demanda quelle nouvelle il désirait qu'il donnât de lui en Normandie. « Dis à mes amis et à tous les gens » du pays , répondit-il , que tu m'as vu porter en paradis » par les diables. » — Ce fut aussi un cotentinais , Drogon , de la célèbre famille de Hauteville (2), qui , en buvant le même breuvage que son suzerain, l'accompagna dans la mort. — Ce fut , enfin, à un vicomte d'Avranches, à Tostaiii (3), que le prince mourant confia les reliques qu'il avait obtenues à Jérusalem , pour les remettre aux moines de Tabbaye qu'il avait fondée à Gerisy , « entre Costentin et » Baieues (4). »

mais au moment de sa moi l, sept. 108T, ce prince étant presque sexagénaire, d'après Ord. Vital, on doit placer sa naissance à la fin de 1027 ou au commencement de 1028 {Rom. de Rou, t. I, p. 398, note 7 et p. 403, note 7.)

(i) Eovus atant un pèlerin Né de Pirou en Costentin Ki de Jérusalem veneit

El al Sépulcre esté aveit {Rom, de Rou, t. 1, p. 410). Tous les détails du voyage de Robert en Palestine ne sont rapportés que par Wace. C'est grâce à eux évidemment que la légende s'est emparée de Ce prince et en a fait Robert-leMagniiique, puis Roberi-le-Diable.

(^) Rom. de Rou, t. 1, p. 413. — Chron. de Benoit, t. III, p. IBS.

(3) Ce Tostain était peut-être celui qui, à son retour de TOrient, refusa de reconnaître comme suzerain, le jeune bâtard Guillaume , et dont le fils Richard, loin de suivre l'exemple paternel, devint le serviteur dévoué du Conquérant et l'auteur des comtes de Chester (Guill. dcJum. liv. VII, chap. VI. — Chron. de Benoît, t. III, p. 23, note i.

(4) Rom: de Rou, t. 1, p. 414.

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