PREMIERE PARTIE
Le Cotentin comprenait, non-seulement la presqu'île que la Vire et de vastes marais ferment vers le midi, mais aussi l'archipel des îles qui en sont les annexes naturelles et qui sont appelées aujourd'hui, en France, les Hes Anglo- Normandes, et en Angleterre, les Hes du Canal— Channeh Islands.
Ces deux parties d'un pays dont la nature a si nettement tracé les contours, et qui, malgré les changements produits par le temps , a conservé une physionomie spéciale , ont passé par les mêmes vicissitudes historiques , jusqu'à l'époque où les événements ont amené entre elles une séparation profonde.
Le souvenir de leurs origines primitives se perd dans les brumes lointaines deThistoire. D'après Ammien Marcellin^
les Druides enseignaient que nos ancêtres , chassés par des guerres sanglantes et les soulèvements de TOcéan , étaient venus des îles de Textréme Nord et des régions transrhénanes s'établir sur nos côtes (1). Toute vague que soit cette notion, nous nous en contenterons, puisque la critique moderne n'en a pas donné de plus rigoureusement vraie.
Quelques pierres encore debout cà et là attestent seules , à nos yeux , que naguère une race antique a vécu sur le Finistère normand; qu'elle y a joui d'un état de civilisation relativement assez avancé, et que les îles voisines ont rempli un rôle plus important que ne paraissaient le comporter l'exiguité de leur territoire et leur isolement.
Ces grossiers monuments étaient , en effet , le signe d'une organisation sociale et d'un sentiment religieux qui n'existent que chez les peuples sortis depuis longtemps de l'état barbare. La religion des anciens Celtes consistait, au moins extérieurement, dans l'adoration des forces de la nature. Le dogme pouvait avoir puisé ses éléments aux sources de la métaphysique la plus élevée (2) ; le culte était loin d'avoir le même caractère ; la terreur en était le principal moyen d'action (3). A ce culte qui ne montrait qu'un Dieu impitoyable et avide de sacrifices , il fallait la solitude et le mystère ; un corps sacerdotal puissant l'exerçait , et avait établi dans les îles disséminées le long des côtes armoricaines, depuis l'embouchure de la Loire jusqu'à la Presqu'île
(i) Amm, Marcel, res gesu^ lib. XV, cap. IV.
(2) a iDter Los Druidse iûgenîis celsiores , ut aactoritas Pylhagorae B decreTit, sodaliciis adstricti consortiis, quasstioDibus oecultarum reram » altarumque erecti sunt, et despectantes hamana pronantiarunt animas » immortales. » [Amm, Marcel, res gest. lib. XV, cap. IX.)
(3) 0 Et quibus immitis placatur sanguine diro
» Teutates, horrensque feris altaribus Hesus. »
(Lucan, cant. 1, yers, àh5.)
du Colentin et sur cette presqu'île elle-même (1), ses sanctuaires préférés.
Jersey, Guernesey,Aurigny, Serk et Hermfurent,poiir notre contrée,ceque Sein était pour rArmorique,et Mona (Anglesey) pour la grande île bretonne. Les nombreux monumenlsdruidiquesquis'y élevaient, etdont quelqiies-unsse voient encore, en sont la preuve irrécusable. Dans les Iles, on les désigne sous le nom de Pouqvelayes (2), nom que nous n'avons rencontré nnlle part ailleurs. A Jersey, on en comptait près de cinquante. Nous indiquerons très-rapidement les plus importants.
A peu de distance de Saint-Hélier , sur une colline appelée le Die, se dressaient, à côté Tcine de l'autre, trois de ces tables de pierre qu'entourait le cercle symbolique, le Crom lekii, indiqué par quatre hauts fragments de rochers aujourd'hui couchés sur le sol (3).
Non loin de là, à l'endroit où le gouvernement anglais construisait la citadelle, on découvrit, en 1783, le monument de ce genre le plus complet peut-être qui ait été décrit. On supposa qu'à l'époque de la conquête romaine, les indigènes l'avaient enfoui sous une épaisse couche de terre pour le garantir des profanations de l'ennemi. Le maréchal Gonvray,
(t) Od sait que la confédération armoricaine s'étendait sur tout le Colentin ^ et que le mot celtique armorick était synonyme de maritime.
(l) Duncan, dans son Histoire de Guemesey, p. ^7i, donne pour étymologie à cette dénomination les deux mots celtiques pwca fée et lies lieu ou place, et on nomme souvent, en effet, en Normandie, les pierras druidiques, Creux, Trou, Chambre aux fées. Peut-être Pouqueiaye dérive-t-il simplement de poug, trou, excavation et de lekh pierre; c'est-àdire littéralement pierre percée, expression très-souvent employée pour désigner ces mêmes monuments. (Voy. le Diction, breton de d. Louis Lepelletier, his verb.)
(3) Sur la carte de Laurie, ils sont figurés avec la mention 4 ê(cn«$ pillars.
gouverneur de Tlle , 1«; fit transporter à grands frais dans son parc du Berkshire dont il embellit maintenant le paysage (1).
Il existait deux autres Poî/7w<?/âfy<?.?, Tuue dans la mi^iue paroisse de Saint-Hélier, sur la hauteur du Rouge-BoitiLlon^ et Taulre, la plu*^ considérable et la mieux conservée, auprès du château de Montorgueil.
Enfin, près du havre de Rosel, sur la colline du Couperon, on voit, au milieu de vingt pierres symétriquement rangées, un double cercle de piliers supportant trois larges dalles horizontales qui se touchent et forment, par leur réunion, une table longue de dix-huit pieds.
Guernesey n'était pas moins riche que Jersey. Il s'y trouvait à peu près autant de ces ruines dont la majeure partie a disparu. On cite encore : le Cromlech de l'Ancresse^ la Roque-Balan^ la Hougue-Pattis, les Roeques-Brayes^ V Autelde-Dus^ldi Chahe-du-Prétre, les Pierres-Barrées, etc. Aurigny, SorketHermen possèdent dans une égale proportion; et dans la Presqu'île on retrouve les traces d*un grand nombre, principalement à son extrémité, entre Saint-Pierro-Église et Cherbourg (5).
Jusqu'à l'époque de la conquête des Gaules, l'histoire ne l'ait pas la moindre mention de l'archipel du Cotentin. L'auteur de la Chroniqtic des Iles raconte que César, a apercevant
(1) Plec's Bi$toryof Jersey, p. 135. — Falle's HtW. of Jersey, p. 176.
(2) Ceux lie nos lecteurs qui désireraient étudier ce point de rtiistoirc locale pourront consulter les ouvrages suivants : Hist of Jersey by Phil. Falle. — Hist* of Guernesey by Duncan. — Hist of Guernesey by Brock Tupper. — Les Tableaux historiques de la civilisaiion à Jersey par John Patriarche Ahier. — Jersey el ses antiquités, par Delacroix ; et, pour le Cotentin, l'opuscule de M. de Gerville, inséré dans les Aichives de la Normandie, t. 1, p. 1S7, sous le titre de Notice sur les monuments druidiques du département de la Manche.
» Jersey de la côte la plus voisine de Coutances, y passa » dans une barque d*osier et se fit accompagner par douze » chevaliers qu'il laissa dans l'île, pour en surveiller les » habitants et y assurer sa domination (i). »
Nous n'avons pas besoin de dire que cette prétendue tradition ne repose absolument sur aucun document sérieux , quoique l'auteur invoque l'autorité du Livre noir de Coûtâmes (2); que les Commentaires de César n'y font aucune aHusion,etqu*on ne doit,dèslors,y attacher aucune confiance. Seulement, si les détails du récit sont imaginaires , il est certain que , au fond , il énonce un fait vrai, c'est-à-dire, la prise de possession par les Romains d'un archipel qu'ils ne devaient pas laisser à la disposition de Tennemi , à une aussi faible distance d'un pays toujours prêt à secouer le joug .
César avait appris, par une dure et déjà longue expérience, que c'était dans les îles, à l'extrémité des langues de terré, sur les promontoires et dans les lieux protégés par les hautes marées de l'océan (3), que la nationalité gauloiise avait son dernier refuge, et que vî\ait encore, dans sa sauvage énergie, l'esprit dont sa dévorante activité — horribilis diligentia — put seule étoufler les protestations.
En l'année 56 avant l'ère chrétienne, toutes les tribus armoricaines qui occupaient les contrées désignées pliis tard sous les noms de Bretagne et de Basse-Normandie (4),
[\) Chronique des Isles âe Jersey, Qic, par George Syvret. (Guernesey 18ôî) p. 118,
(î) Le Liiyre noir de Coutances ne parle nullement de César, ni de son passage à Jersey. (Voy. Hist de Fr. cont. de dom Bouquet, t. XXIH, p. 403.)
(Z) Comm. de Bell, gall. bib. llï § XII « Extremis lingulis promontoriis- 1 que etc. »
(4) César appelle cette partie de la Gaule Civitates mariUniœ et Ora maritima. {Comm. llb. III § XXXI V et Vllï).
honteuses de s'être récemment soumises sans combat à ruîiique légion que César avait détachée de son armée , s'étaient levées en masse. Les centres de résistance étaient , pour TArmorique proprement dite, sur la flotte des Venètes ; et, pour notre presqu'île, sur les terres des Unelles , aujourd'hui le pays de Coutances. César s'était réservé les Venètes, et on sait par quels moyens il termina cette nouvelle guerre (1). Quant aux Unelles , auxquels s'étaient joints les Curiosolites, les Lexoves, les Eburoviques et les Aulerques, et qui avaient pour chef Viridovix, il en avait chargé son lieutenant Quintus Titurius Sabinus qui, dans une seule bataille , termina la campagne. Toutes les villes des deux presqu'îles Armoricaines — totim orœ maridmœ — se soumirent, a Car, dit le vainqueur lui-même, si l'esprit » des Gaulois est ardent et prompt à déclarer la guerre , » leur âme est molle et sans énergie pour en supporter les » revers (2). »
Le camp de Sabinus était établi au cœur même du pays insurgé, sur un haut monticule d'où la vue s'étend sur un immense et splendide horizon, et qui a conservé le nom de Mont'Castre (B). Il était à une distance d'environ une lieue
(1) « Seualu omui necalo, reliques su^oroua vendidit.» [Comm. debeil. gailic. lil'. III § XVI.) On sait que les esclaves mis en vente portaient une couronne de houx. (Aul. gell. Noct. allie, lib. VII. cap. ÏV )
(2) Cmnment. lib. III § XIX.
(3) Plusieurs mémoires ont, à diverses époques, discuté cette question d'histoire locale. M. de Gerville, dans deux articîes publiés , l'un dans le Journal de Valognes du 1" mars 1839, et l'autre dans le Moniteur du mois de mars 1814, a résumé les preuves qui paraissent établir que le camp de Sabinus était établi sur le Mont-Castre, et non à Gharoprepus ou au Mesnil-Villeman, ainsi que le prétendaient M. Bohon et l'abbé Lefranc. Le dernier opuscule sur ce sujet a i»aru en 'i86î>, cl a pour auteur M. de Marigues, capitaine d'élat-major.
et demie de la mer et à peu près au point de jonction des cantons actuels de Périers, de Lessay et de la iïaye-du-Puits ; il couvrait un espace de plus de quarante hectares. De sa tente , le général romain pouvait promener son regard , à Test, sur les côtes du Bessin , à Touest, sur le rivage qui s'étend de Granville à Carteret , et apercevoir , dans le lointain, les collines de File gauloise qui ne devait pas plus échapper à Tatlention de Thon j me de guerre qu'à l'œil prévoyant du politique.
César, après avoir abattu les Venètes , s'était transporté entre la Meuse et l'Escaut où il avait étouffé un soulèvement des Mprins et des Ménapes. Il revint prendre ses quartiers d'hiver chez les Unelles et les autres tribus voisines qui lui inspiraient encore quelque défiance (1). Ce fut, selon toute probabilité, à ce moment qu'il fit occuper les îles du Cotentiu ; car, avant le combat naval livré aux Venètes, il nous apprend que les Romains manquaient de marine et ne connaissaient ni les rades, ni les ports, ni les îles du littoral armoricain (2).
Jersey reçut dans les actes officiels le nom de Cœsarea , sous lequel elle figure dans V Itinéraire (VAnionin (3). Des
(i) Comment, lib. II), g \XIV, — La li^'ue armoricaine \w fut jamais oomplèiement «lissouie. (Voy. Commeni, de bell. galL lib. V g XLVIIIl
{1) Ctymm^ de bell. galL lib. 111 g IX.
(5) yeteira romanorum ilmeraria, sive Anionii Augusli ilinerariuSy elc. Cnrante Pclro VVesselingio — (Amsterdam, 1735; p. H08ct IïU9.)-- On a voulu, et avec le même fondement, faire dériver Jersey de Cœsarea, comme; ,Cherhourg de Cœsarùburgus. Il esladmis aujourd'hui que Jersey est le non» celtique de nie, qu'elle n'en a jamais eu d'autre et qu'il en est de même pour les divers îles et îlol s de l'archipel. Nous avions entrepris quelques recherches sur ce point; mais, d'après le conseil d'un savant ami, nous avons reconnu qu'il valait mieux laisser cette partie de notre travail en porte-fc uille. On a trop abusé de la science des étymologies, pour qïi'elle n'aii pas un peu vieilli.
Stations militaires y furent établies; les vesti{,^es de trois d'entre elles se sont conservées jusqu'à nos jours , sinon sur le sol même , du moins dans les souvenirs du pays. L'une était placée sur l'éminence où, plus lard, fut construit le château de Montorgueil ; quelques anciens pans de murailles restés debout y portent la dénomination de Fort de César, Un peu plus loin , vers le nord , dans les cantons de Rozel, un retranchement assez remarquable est appelé la Petiie-Césarée ; et, enfin , près du marais de Dilament , les traces d'un camp romain sont faciles à reconnaître.
Guernesey ne renferme aucun indice qui puisse attester que les Romains y aient séjourné. On signale, il est, vrai, une longue excavation qui coupe le promontoire de Jerbourg à quelque^distance de son extrémité ; mais ce travail, tout-à-fait analogue au Hague Dick, doit être attribué à une époque très postérieure , c'est-à-dire à celle des invasions normandes.
Jusqu'au VP siècle, le silence le plus profond entoure le Gotenlin et ses Iles. L'histoire n'est remplie, dans cet intervalle que du bruit des événements qui changèrent si profondément les destinées du monde ; car aucun temps ne vit de telles révolutions : la décadence de l'empire romain démoralisé par le césarisme, les invasions barbares, les luttes sanglantes , l'affaissement de l'esprit huojain et l'avènement du Christianisme.
Les premières invasions barbares qui commencèrent moins de trois siècles après la conquête de César, ne se tirent qu'indirectement sentir dans la Gaule maritime ; elles amenèrent entre Rome et les parties les plus éloignées du centre de l'Empire un relâchement considérable, si ce n'est même une rupture complète, des liens de dépendance qui avaient été , dans le principe , une conséquence de la conquête.
Les Armoriques , c'esl-à-dire les deux grandes presqu'îles
occidentales comprises dans la seconde et la troisième Lyonnaise, finirent par chasser les gouverneurs romains; elles se constituèrent en une sorte de république fédérative vers le commencement du V* siècle, et « se donnèrent un » gouvernement à leur convenance (1). » Il est certain , quoique l'histoire ne nous ait transmis, sur ce fait important, que des renseignements très-vagues, que ce mouvement national eut une extrême gravité , puisque quarante ans plus tard, vers 443 , Aetius , désespérant de Tétouffer, chargea un de ces chefs barbares qui menaient leurs hoi*des à la curée de l'Empire, Ëokarik, roi des Alains, de marcher sur les contrées rebelles et de les écraser sous sa cavalerie couverte de fer, — eques ferratus (2).
L'intervention de Saint-Germain sauva"* des ravages de l'invasion dont les avait menacés le vainqueur d'Attila , les descendants de ces anciens Gaulois qui jamais n'avaient accepté le joug de Rome. A la chute de l'Empire, ils étaient encore indépendants. On comprend donc que , protégées par leur isolement et par cette indépendance même qui dut s'étendre d'une manière aussi absolue que pour l'Armorique proprement dite, sur tout le littoral de la baie du Mont- Saint'Michel , les Iles dé la Manche auraient pu jouir d'un calme relativement assez grand, alors que le continent subissait des désastres inouïs et était agité jusque dans ses fondements, si le fléaun'avait pris une autre voie pour les atteindre.
Les barbares n'étaient pas venus seulement des forêts de la Germanie et des steppes de la Tartarie ; d'autres non moins redoutables, et qui échappaient à toute poursuite,
(i) Hist des Gaules, t. i. p. 387. Ce soulèvement s'étendit sur d'autres parties !e la Gaule, ce fut la Bagaudie, mais il ne réussit que dans l'Armorique, ailleurs il fut étouffé.
(2) Papir. Mass. hist. calamit* galL (ap Ouchesne), Hist. franc, p. 100 et HiO, Vita sancH Germani.)
caryOcéaii leur prêtait sa mobilité, et leur donnait la protection de ses tempêtes, étaient partis des côtes septentrionales de l'Europe, et venaient, à leur tour, ravager les contrées que leur éloignement ou leur situation insulaire avait mis, jusqu'à un certain point, à l'abri des grandes invasions.. Dès la fin du IIP siècle, ils avaient été signalés (1). Vers 287 , une flotille montée par des Saxons et des Francs menaçait les rivages de la Belgique et de TArmorique. Ce n'était pas la première fois. Le Gaulois Carausius , devenu célèbre malgré la bassesse de son origine , — vilissime naius, — fut chargé d'organiser une flotte à Boulogne pour reconquérir la liberté de la mer. Déjà les ennemis de Rome trouvaient des complices jusque parmi ses défenseurs ; Carausius fut accusé de ménager les pirates afin de prendre sa part de butin. Il ne les arrêta et ne les battit qu'à leur retour, c'est-à-dire après qu'ils eurent ravagé lelittoral et chargé leurs barques des dépouilles des Armoriques.
Dès cette époque, les îles et les côtes occidentales qui étaient sur le chemin des nouveaux barbares furent plus exposées à leurs attaques que les parties continentales ellesmêmes. Elles leur servirent de points de relâche et de refuge (2) ; ils y étaient mieux à l'abri que partout ailleurs , s'y dérobaient facilement aux poursuites et n'y rencontraient, enfin, que des populations peu nombreuses et hors d'état d'apporter le moindre obstacle à leur débarquement et à leur établissement temporaire. Ce nouvel état de choses eut pour conséquence la ruine à peu près complète des Iles et la perte ou la dispersion d'une par le de leurs habi-
(ï)Eutrop. brevrhisL r<m (liv. IX, g -ïl).
(-2) « Haec clades, siculi primitiis, ilà acerbiùs, in imulis^seu territoriis » ocddentalilms, ac mari conHguis desœvU. » [Hisl. norm. script. ap. Duchesoe, p. ^1)
tants Aussi, ne doit-on pas s'étonner que des siècles passent sans que l'histoire s'en occupe. On peut affirmer que chacune des invasions maritimes , dont le souvenir et la date nous ont été transmis, et, à coup sûr, beaucoup ont été oubliées, laissa sa trace sur ces humbles rochers où le silence régnait en d'autres temps, et que leur situation même, loin de protéger, exposait maintenant les premiers aux désastres qui, pendant de longues années, allaient désoler l'occident de l'Europe. .
Les incursions des pirates du Nord sont signalées pour la première fois depuis la fin du III® ^siècle, d'une manière précise, en SU (d), dans Tannée même où Clovis mourait, et où la Gaule, cessant définitivement d'être une province romaine, devenait un nouvel empire et marchait vers de nouvelles destinées ; on les désignait alors sous le nom de Danois. Pendant ce laps de deux siècles cessèrent-ils leurs expéditions; renoncèrent-ils à des habitudes dont l'origine remontait probablement au-delà des temps historiques ? On ne saurait l'admettre ; et la permanence de ces expéditions , à des intervalles plus ou moins rapprochés, nous paraît être un fait hors de tout débat (2). Seulement, dans l'im-
I) Grég. de Tours, liv. III, chap. III. — Ge$ia rerwn franc, cap. XIX. — Fredégaire, chap. XXXII. — Grégoire de Tours parle (livre II? chap-. 10), d'une guene qui eut lieu, vers 480, entre les Romains, aidés par les Francs et les Armoricains^ et les Saxons qui étaient entrés par la Loire et avaient pris Angers. Ce récit très-obscur, et qui ne se trouve que dans cet historien, dcjnontre la permanence des incursions maritimes, fait général que nous énonçons. Un passacre de la Chronique de Prosper d'Aquitaine (dom Bouquet, t. l, p. *î3i) indique même que les Armoricains révoltés s'aih'èrenl aux pirates saxons en 437 contre les romains. (Stapleton's Observations on tke Exchequer etc. ;
(i) Nous citerons, entre autres, un passage d'Ammien Marcellin (lih. XXVII) dans lequel les incursions des Francs et des Saîcmxs sur les côtes
12 «VROMXITKm.
mense désordre qui précéékt et accompagna la décadence et la chute de la civilisation romaine , ce qui se passait sur les bords loîfitams de l'Océan échappait aux regards et n'était plus, d'ailleurs, que d'une impoi*tance secondaire auprès des révolutions qui bouleversaient le continent.
Mais, du milieu de ce désordre même et à travers ces troubles, se dégagaient deux forces qui allaient grandir rapidement et rendre à la contrée dont l'histoire nous occupe, une vie distincte que les événements antérieurs ne font, pour ainsi dire, que préparer. La nationalité française naissait avec Clovis; et le Christianisme s'emparait de l'héritage tetssé par la race gauloise à la race germanique.
gauloise les plus voisines de l« Grande-Bretague sont menUonnées vers ZS7, sous le régne de Vateotiaien.