CHAPITRE II
Soulèvement du pays<]e Gaux. — Défaite du roi de France. — Prédilection de GuHlaume pour la Normandie occidentale. — L'archevêque Mauger et son exil à Guernesey. — Sa mort. — Des pirates attaquent Gueraesey -^ Cause probable de leur incursion. — Samson d'ÂnnevilIe envoyé au secours de File. — Le fief d'Anne ville.
La victoire du Val-des- Dunes rendit le Cotentin à Guillaume; elle ne lui donna pas le repos. Vers 1053 (1), il se trouvait encore à Valognes,
t Quant un messagier vint errant > A grand anguisse esperunant (i), >
(1) Dans une note sur le Moman 4fi Biou (t. II, p. U). M. A. Le Prévost établit que cette date est la seule exacte, et que Wace , trompé par <»on guide ordinaire, GuiII. de Jum., commet un grave anachronisme ,çn plaçant la révolte de Guill. d'Arqués ,aya^t celje de Gui de 3rioQ9£, quand il est certain qu'elle eut lieu peu de temps avant la bataille dé Mortemer.
(i) AOfii. de Rou, t. II, p. 14.
rinformer que son oncle, Guillaume d'Arqués (1), soulevait tout le pays de Caux^ et, se vantait, oubliant sa propre origine , de lui faire rendre le duché qu'un bâtard ne pouvait tenir qu'à faux titre (3). Guillaume demanda « son a bon cheval , » et , suivi de quelques fidèles chevaliers , se . mil en route , sans autre précaution. Il traversa le gué de Saint-Clément , passa par Bayeux et Caen , arriva à Pont- Audemer, en paraissant se diriger sur Rouen, et là, tournant brusquement vers Gaudebec , il franchit la Seine près des Bans-le-Gomte , et se présenta devant Arques. La rapidité de sa course avait été telle que tous les chevaux de son escorte, à l'exception de six, tombèrent épuisés en chemin , et que , parti de Yalognes le jeudi à midi, il touchait au but le vendredi soir (3).
Cette merveilleuse activité , qui est le privilège et la force des hommes d'élite, lui assura la victoire , non seulement sur le baron révolté, mais aussi sur le roi de France qui, ayant cru l'occasion bonne de renverser un vassal plus puissant que lui, s'était joint à Guillaume d'Arqués, et ne recueillit que la honteuse défaite de Mortemer (4). Le temps était passé où l'on pouvait songer à arrêter, dans son essor, la fortune du chef normand. Toutes les tentatives que fit jusqu'à sa mort, arrivée en 1060, le vieux Henri de France, éclairé trop tard sur le danger dont la monarchie était menacée , et qui serait devenu très réel si l'ambition du Bâtard n'avait pris une autre direction , n'aboutirent qu'à des
(1) II était fils de Richard II et de Papie. — Le trop fameux Mauger, archevêque de Roueo, était son frère germain.
(^) Chron. de Mégissier, folio 69, verso.
(ô) Guill. de Poitiers, p, 34(>. — Rom. de Rou, t. II, p. iS. ^ Benoit a omis ces détails.
(4) Guill. de Poitiers, p. 333.
échecs. Le dernier fut subi à Varaville, sur la Dives, témoin déjà de la défaite et de la capture d'un autre roi de de France qui . lui aussi , il y avait environ un siècle , avait voulu profiter de la minorité de Richard P', pour confisquer le duché.
La dynastie de RoU avait, désormais, des racines profondes dans Tesprit des populations qu'elle gouvernait. Sous l'impulsion énergique et habile de son représentant actuel , la nationalité normande s'était nettement accusée en face de l'hostilité croissante et de la Jalousie de l'aristocratie et de la royauté françaises (1). Le duc, certain maintenant de l'appui de la Basse-Normandie , n^avait plus rien à craindre des ennemis du dehors. Il avait, depuis longtemps, compris que c'était derrière la double ligne dé la Dives et de l'Orne que résidait l'élément vrai de son indépendance. Répudiant, sous ce rapport, les habitudes des premiers princes de sa race , il resta normand, et donna principalement ses soins à la partie occidentale de ses états. Caen , sa ville de prédilection et à laquelle « il a laissé la marque de sa forte main (2), » lui dut son importance stratégique, son mur d'enceinte (3), son château « si durement grand et plantureux , » dit Froissa rd , ses grandes abbayes et son hôpital (4). Ce fut à Caen aussi qu'il convoqua, après les victoires du Val-des-Dunes et de Varavilli;, les conciles provinciaux de 1047 et 4064, dans lesquels on proclama la trêve de Dieu , et on établit le couvre-feu (5). Bayeux et Cherbourg
(1) Guill. de Poitiers, p. 3S1 et suiv.
(•2) Caen, précis de son histoire, par G. S. Trebutien, l'éininent éditeur de Maurice et d'Eugénie de Guérin, et noire digne et savant ami.
{ù) Rob. de Monte append. p. 7SI. « Murum circà burgiim ita ut a Guillelmo pâtre suo factus fuerat. y
(4) Origines de Caen, par Huei, p. 58. — Rom. de Rou, t. H, p. Ou.
(5) Aymales de la ville de Caen, par l'abbé de La Rue, p. 36 et 49. —
furent, à ces mêmes époques , Tobjét de ses libéralités.
Il n'abandonnait pas, cependant, sa résidence du Gotentin. Il était à Yalognes , en 4054, quand il confirma une charte de donation de la terre de Laperelle , en Guernesey, accordée à l'abbaye du Mont Saint-Michel (1), et il ne s'en éloigna probablementpasl'année suivante, pendant qu'une question des plus importantes s'agitait dans le concile réuni à Lisieux > à l'occasion de l'archevêque de Rouen , Mauger (2).
Tous les historiens s'accordent pour reconnaître que ce prélat était indigne des hautes fonctions qu'il exerçait et qu'il devait exclusivement à sa naissance. A cela, se joignirent des motifs d'une autre nature ; car Tépiscopat, recruté parmi les membres de l'aristocratie féodale , était loin de donner l'exemple des vertus chrétiennes (3). Ces motifs étaient politiques ; et Ordéric Vital fait expliquer l'un d'eux par Guillaume lui-même , dans un discours qu'il lui attribue au moment de sa mort. Mauger était le frère de Guillaume d'Arqués ; il l'avait assisté dans sa révolte , et avait, comme lui, traité de bâtard le fils de son frère aîné, — ^me velnt nathum cnntempsemnt, 9 Or, le fils de Robert qui, par orgueil , prenait cette qualification , ne pardonna jamais à ceux qui la lui donnèrent. Le comte d'Arqués avait été proscrit; il ne revint jamais en Normandie. Mauger était aussi coupable; il avait, de plus, blessé son neveu , dans
Dom Bessio. Pars t, p. 39. La trêve de Dieu existait ailleurs depuis plus de 6S aos ; la Normandie fut la dernière à Tadopter.
(1) Archives du département de la Manche, fonds du Mont Saint-Michel. Pièces just. n" 2 (bis).
(î) Cantil. Roth. par D Bessin, part. !'•, p. 46.
(3) Concil. Roth. part, l"*, p. 47. On y fait un tableau des mœurs du clergé au XI*"* Biècle. On sait^ d'ailleurs que Rome avait constammeot refusé le PalHum à Mauger.
ses sentiments les plus intimes, en flétrissant , comme incestueuse , son alliance avec Matbilde , et en refusant d'admettre les dispenses accordées par le pape (1). Il ne pouvait donc davantage espérer l'oubli et le pardon. Il fut solennellement déposé; et il prit le chemin de l'exil; — le même que, déjà, avait suivi l'un de ses prédécesseurs , mais dans des circonstances aussi différentes que l'étaient les deux hommes. Au VP siècle, le pieux et courageux Prétextai avait , par sa parole et son exemple , répandu les lumières de l'Évangile dans l'île de Jersey et y avait laissé les plus nobles souvenirs. Le prélat du XP siècle alla porter dans l'île voisine , à Guernesey , les scandales de sa vie et le spectacle d'une àme abaissée jusqu'à ne plus se connaître elle-même.
Manger, d'après une tradition locale, s'établit dans le village de Saint , situé au fond de la baie de ce nom , dans la paroisse Saint-Martin (2). Il y vécut avec une noWe dame,
(1) La question de ]a validité du mariage de Guillaume avec Mathilde est une des plus obscures de notre histoirf^ ; Guill. de Poitiers lui-même n'en parle qu'avec une exlrôme réserve, t Les avis, dit-il, étaieni partagés. » D'après M. Stapleton, cité par M. Parker dans son livre The Abbey churches at Caen, Mathilde aurait été mariée à Gerbold, avoué Je Saint-Bertin, lorsqu'elle rencontra Guillaume à Eu. Ce dernier fut séduit par sa beauté, et, selon les mœurs du temps et de sa famille J'emmena sans attendre que le divorce fut prononcé. Le pape résista pendant quelques années et ne céda qu'aux conditions mentionnées par l'histoire. Cette version a le mérite d'expliquer les faits qui autrement ne peuvent l'être; car il est reconnu que la parenté ou l'aflinité des deux époux n'était qu'un prétexte sans fondement. — La Chronique de Tours fait un tout autre récit trop invraisemblable pour être discuté. (Voy Analyse architecturale de l'abb. de Saint-Etienne de Caen, par G. Bouet, p. l(i. — Essais de l'abbé de La Rue, t. Il, p. 172. — Chron. de Benoit, t. III, p 42, à la note.)
[V) History of Guernesey], by Broock Tuppor, p. 40.
appelée Gille, dont il eut plusieurs enfants (1). Atteint d'une sorte de démence, Il avait, abandonné les croyances chrétiennes et il était tombé dans les pratiques les plus grossières de la démonologie. Il s'imaginait être en rapport direct avec un dyahle privé qu'il nommait Toret et qui répondait, comme un des esprits évoqués par le spiritisme contemporain , à toutes les demandes qu'il lui adressait.
Les chroniques ne disent pas quelle fut la durée du séjour de l'ancien archevêque à Gucrnesey ; mais elles racontent que ce finablement, il estoit une fois en une nef en la mer » près de Vasseaulx en Costentin (2); si va dire au maître de » la nef : Pour moi, dist-il, l'ung de nous se va aujourd'hui » noiez , mets-nous à terre. Le maronnier n'en tint compte » et singla toujours et tant qu'il fut assez près d'arriver. Si D avoit Maugier ses brayes sur ses genoulx et n'avoit nulles » chausses, car il faisait trop chauid, et si comme Maugier » se leva et voult monter ses brayes pour yssir , le battel ») branla ; si fut Maugier si fort empeschîé de ses brayes, » qu'il ne se peut tenir et cheit en la mer et ainsi se noya » que oncques l'en ne le peut sauver. Toutes voies il fut » trouvé entre deux roches et mis hors de l'eau ses brayes » entre ses pietz et fut porté à Césarbourg en l'église où il » fut enterré (3). »
Telle fut, d'après des traditions d'ailleurs peu certaines, la triste fin de l'oncle de Guillaume qui, comme cela est arrivé souvent à d'autres princes, trouva dans sa famille ses
(1) L'un de ces eofants cooou sous le nom de Michel de Bayeux devint un vaillant homme de guerre II alla combattre avec Boëmond, prince d'Autriche, et revint mourir en Angleterre, à la cour de Henri. {Chron. de Normandie et Ord. Vital (ap. dom Bouquet, t. XI, p. 24.^ et 23S). Ci) Saint- Vaast-la-Hougue (Chron. de Mégissier, folio 79, verso.) (3) Chronique de Normandie (ap. dom. Bouquet, t. XI, p. 24î>). — Rom. de Rou, t. II, p. 60.
ennemis les plus constants et les plus dangereux , et eut toute sa vie à déjouer leurs complots et à punir leurs trahisons.
Jusque là , les attaques .dirigées contre la Normandie avaient eu lieu par ses frontières conlineutales, — le Vexin, le Perche ou la Bretagne. Le Clos du Cotentin était ainsi , sauf en 1035 , toujours resté en dehors du théâtre des luttes que provoquaient tantôt le roi de France, tantôt le comte d'Anjou. On n'avait pas encore vu , ainsi qu'on en fit plus tard la fatale expérience, qu'en l'attaquant parles côtes maritimes de la presqu'île , on employait le moyen le plus efficace, sinon pour s'emparer delà piovince, du moinspour l'inquiéter. En 1061, alors que Guillaume séjournait à Valognes, après avoir assisté au concile tenu à Gaen, les Iles furent l'objet d'une tentative qui semblait indiquer l'intention de réaliser ce plan stratégique. Les chroniqueurs n'en font aucune mention; c'est seulement dans une tradition recueillie par les historiens de Guernesey que nous la trouvons sommairement et confusément indiquée. Dans le cours de l'année 1061 , apprenons-nous, des pirates, venus de la Baie de Biacaye , descendirent dans cette île et s'en rendirent maîtres sans résistance sérieuse (1). Qu'étaient ces pirates, d'où venaient-ils et quel était leur but ? A ces questions nous ne pouvons répondre que par des conjectures.
Après la clôture du concile de Caen , Guillaume passa en Angleterre , dans le but manifeste de préparer le grand événement qui s'accomplit cinq ans plus tard. Wace est le seul
{\) \ymcm's Histùry of Guem. \). îi. — hvock Tupper's jH<«I. p 40. — Anciens ehàteatix y eic.j nar ^. de CicrviWe {Mém. des Antiq 1H24, p. 3S1). Ce dernier auteur fait remonter cette invasion jusques avant 1050, mais sans indiquer les sources où il a puisé. Les historiens de Guernesey précisent la date de 10(!i. — Duncan ne dit pas d'où veinaient les pirates.
auteur qui parle de ce voyage ; et il ajoute que le duc ne resta pas longtemps à la cour d'Edouard , malgré le brillant accueil qu'il y reçut, parce que les Bretons menaçaient de nouveau la Normandie (1). Il est évident que , si la date qui ressort implicitement du texte de Wace est exacte, il y a coïncidence parfaite avec celle de l'incursion des prétendus pirates gascons (2). Seulement, dans cette hypothèse, il faudrait pour faire concorder les deux récits, admettre que les pirates venaient , non pas de la baie de Biscaye , mais bien des côtes de Bretagne ; ce qui, en tous cas, nous paraîtrait vraisemblable. Vers cette époque , en effet, la Bretagne était agitée par la querelle d'Alain et d'Yves qui se disputaient Dol et Saint-Malo ; et Guillaume dut intervenir en personne pour ramener la paix entre les combattants (3). Maintenant, si 'on adopte la date de lOSi que M. A. Le Prévost et M. de Gerville assignent, le premier, au voyage de Guillaume , et le second , à l'invasion de Guernesey, il se présente une autre conjecture qui expliquerait comment; au fond de la baie de Biscaye , il a pu s'organiser , contre les îles du Cotenlin, une expédition d'une certaine importance, mais dont le véritable objectif aurait été la Normandie ellemême. On sait que l'ennemi le plus ardent de Guillaume était le comte d'Anjou , Geoffroy Martel , et qu'à l'époque
(0 Rom. de Rou, i. II, p. 100.
Li dus guaires ni dcruora Kn Normandie rcpaira ; Very H Bretons aveil à fure Ki li esteint à cuntrairc.
(2) Le savant annotateur de Wace (loc. sup. cit ) assigne au voyage de Guillaume la date de 103 1 sans citer l'auloritc sur ia(|uc]lc il s'appuie, mais qui est certainement Vffisloire d'Ingulfe, moine de Croyland (ap. Rer. angl. script, t I, p. (>S. éd. Gale). (S) Chron. de Mégissier, folio 91, recto.
BT SES FILS. 2S3
dont nous parlons, ce puissant seigneur, qui ne songeait pas encore à se faire moine , et qui ne prévoyait pas que sa race occuperait un jour le te-ône d'Angleterre , avait réussi à former contre le duc normand une vaste coalition dont le centre était le Maine, et qui s'étendait jusqu'à Bordeaux (1). Il n'est donc pas impossible de supposer qu'il eût essayé de feire une diversion contre son antagoniste , en attaquant ses états, pour ainsi dire, à revers, et par lés frontières maritimes plus exposées et moins surveillées que les frontières de terre , et qu'il eût profité de l'absence de Guillaume,dont le voyage se fit , d'après la chronique du moine deCroyIand, avec un grand apparat 2).
Quoi qu'il en soit des circonstances qui avaient amené les pirates dans l'île , le duc prit immédiatement des mesures pour les en chasser. Il chargea un de ses barons, qui avait son domaine dans le voisinage de Valognes , du commandement des troupes qui s'embarquèrent à Barfleur. Samson résidait à Anneville-en-Saire ; son fief était considérable , et il fut un des principaux seigneurs qui accompagnèrent le Conquérant en Angleterre (3). 11 fit voile vers Guernesey , et débarqua au havre de Sairit-Samson. Les habitants et les moines qui s'étaient réfugiée dans le château du Vale, lui prêtèrent un concours énergique , et l'aidèrent à s'emparer des fortifications dont l'ennemi s'était entouré, et à le jeter hors de l'île (4).
(1) Guill. de Poitiers,'p. 38Î.
(^) « Gum multo militum comitatu ad civitateB et castella regia cir'
> cumduxit. » {Hist. Jngulf. loc. sup. cit.)
(3) Son nom est le second sur la liste de Brompton ; son fief s'étendak snr Le Vicel, Kéville, Montfarville, Barfleur, Sainte-Geneviève, Valcanville et Saint-Floxel {Ane. ehât.y etc. Jlf^. ae$ Ani. 18^4, p. 350).
(S) Duncan's Mist» p. 5 et Brock Tupper's BiH. p. 4L
Samson d'Anneviile fut généreusement récompensé de son succès. Le duc lui concéda en flef-ferme le quart de rile, dans la partie qui avait été précédemment donnée au Mont-Saint-Michel. Ce; fief prit le nom du donataire ; il passa, dans la suite , en diverses mains et se fractionna. Il résulte d'une enquête de quo warranta (1), reçue en 1597, par six commissaires royaux envoyés dans les Iles , qu'un extrait des rôles de l'Echiquier de Rouen , de 1061 (3), fut produit par le gentilhomme , nommé Thomas Fachion , qui réclamait le fief , et que la donation primitive fut ainsi constatée par cette production d'une pièce authentique. Le fief d'Anneviile existe encore , et a pour possesseur la famille Andros (3), C'est la plus noble tenure de l'Ile. Un de ses démembrements qui a conservé la dénomination de Fief-au- Comte , parce qu'il fut cédé , en 1143, par Henri d'Anjou au comte de Mortain (4), est entre les mains d'une famille Lemarcband qui descend des Chesney, — de Quercubus (5).
On ignore si Guillaume visita jamais les Iles ; les histo-
(1) Les enquêtes ou Plaeila de quo warranta étaient ainsi désignées, parce que, ayant pour objet de vérifier si des empiétements n'avaient point élé commis sur le domaine de la couronne, on appelait les feudataires devant les commissaires royaux, et que là on leur demandait sur quel titre, quo warrantOf reposait leur possession. Nous aurons plus d'une occasion de revenir sur cette institution particulière à TAngleterre et encore en vigueur.
{i) U ne devait pas y avoir de rôle de l'Echiquier de Fannée S 061 ; cette date est donc plus que douteuse, ou la mention de l'enquête renferme une erreur de chiffres.
(3) Brock Tupper's Histor. of Guem. p. 41.
(4) La branche des d'Anneviile s'éteignit en ti43 ; du comte de Mortain le fief passa aux Chesney, dont un, du nom d'Edmond, fut bailli des fies en 1306 ; vinrent ensuite les Willoughby, puis, sous Henri VII, les Fachion. (Duncan et Brock Tupper. — Hist. of Guem. (loc. sup. cit.)
(5) Voy. le numéro 4 et ^0 des pièces justificatives.
riens locaux , sans invoquer la moindre preuve directe, le supposent, en se fondant sur ce que le prince y possédait de très-importants domaines, dont il fit de nombreuses concessions en faveur de quelques-uns de ses barons et de plusieurs abbayes (1). Il paraît probable, en effet, que, dès cette époque , plusieurs familles originaires du Cotentin , entre autres les Carteret et les Sausmarez, eurent leurs seigneuries à Jersey et à Guernesey ; et il est constant qu'on leur imposa des devoirs féodaux qui ne pouvaient recevoir d'accomplissement que si le duc en personne descendait sur les Iles. Ainsi, Je seigneur d'AnnevUle devait lui tenir rétrier , et le châtelain de Jerbourg lui servir d'échanson ou de bouteillier (2). Mais ces circonstances de détail , auxquelles on pourrait ajouter la facilité des communications et la fréquence des séjours de Guillaume à Valognes , ne surtisent pas pour suppléer au silence absolu des chroniques et des traditions. Tout ce qu'on peut induire de ces circonstances, c'est que Guillaume ne négligea pas cette partie reculée de son domaine, et qu'il s'en servit pour récompenser ses vassaux fidèles et encourager les dévouements dont il allait bientôt avoir besoin.
(1) Voy. enlre aulres, les donalions faites dans les Iles, à la Collégiale fondée par Guillaume et Malbilde dans le château de Cherbourg et constatées par une charte publiée par la société académique de cette ville {Mém. vol 18S2,— p 1B5.)
(i) Brock Tupper's Hist. p. 42.