‹ Histoire du Cotentin et de ses îles (volume 2)Chapitre 26 sur 64 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

HeQri conduit une année de Cotentinais au secours de Boberl. — Sédition et soumission des bourgeois de Rouen. — Guillauine-Ie-Roux et Robert se liguent contre Henri. — Siège du Mont-Sainl-Michel. — Henri est chassé du Cotentin. — Robert part pour la Croisade. — Le Colentin est de nouveau cédé à Henri. — Mort de Guillaume-le-Roux. — Henri « roi d'An^eterre. — Retour de Robert. — Le Cotentin administré par le sire de Saint-Sauveur. — Henri descend à Rarfleur. — Bataille de Tinchebray. — Henri !•% maître de tous les États de son père.

Les populations du Cotentin virent passer rapidement l'ère relativement heureuse que leur donna le gouvernement éclairé de Henri. Une année à peine s'était écoulée depuis sa délivrance de la prison de Bayeux , que le duc se laissait entraîner dans les fatales querelles qui renaissaient incessafoment dans la Haute-Normandie. Au mois de novembre 1090, suivi d'une troupe nombreuse de Cotentinais, il marchait sur Rouen , au secours de Robert , et c'était grâce à ses hommes que la sédition de cette ville , excitée par

l'argent et les manœuvres du roi d'Angleterre, était étouffée dans le sang des bourgeois et de leur chef Conan , fils de Gislebert Pilet (1). Henri avait pris la direction souveraine de cette guerre civile , à défaut de son faible frère qui s'était enfui au delà de la Seine ; il avait fait jusqu'à l'office de bourreau, en précipitant le malheureux Conan par une des fenêtres de l'une des tours de la citadelle (2). Il ne tarda pas, et avec lui , le Cotentin , à subir les conséquences des actes déplorables dont il avait accepté la responsabilité.

Dès le mois de janvier suivant , Guillaume-le-Roux., accompagné d'une grande flotte, descendit sur la côte normande, et fut immédiatement entouré à Eu, où il s'arrêta » de tous les seigneurs normands , même de ceux qui venaient d'écraser les insurgés de Rouen, ses complices. Robert, suivant sa coutume, s'empressa d'oublier ses griefs et de faire alliance avec le nouveau venu, contre celui qui lui avait conservé sa capitale.

Au mois de mars , les deux frères aînés , redevenus amis , envahirent la Presqu'île, s'emparèrent de Coutances et des autres places fortes que leur remirent, sans combat, les barons auxquels elles avaient été confiées, et assiégèrent, dans le Mont-Saint-Michel, leur jeune frèie qui s'y était enfermé avec une troupe de Bretons qu'il avait prise à sa solde. Tous ses partisans l'avaient abandonné, puisqu'il avait cessé d'être le plus fort (3). Il se réfugia dans le Vexin français , où il vécut pendant deux années , faisant le dur

(1) Ord. Vit. liv. VIII, p. 508 et suiv.

{V, On appela cette fenêtre le saut de Gonan, Conani saltus. (Rob. de Mont. Âppend. ad. sig. p. 751 )

(3) Ord. Vit. liv. VIII, p. 53S et suiv. Le récit de ces événements est trèsconfus dans les autres chroniqueurs ; celui d'Orderic Vital seul présente un ordrs naturel et précis.

apprentissage de l'exil et de l'indigence , qui pourrait être récole salutaire des vertus monarchiques.

Le Gotentin changea donc encore de maître, ou plutôt retomba , pour quatre années environ , sous le gouvernement nominal de Robert, c'est-à-dire , dans la plus complète anarchie. Guillaume possédait plus de vingt places dans le Talou, le pays de Caux et le Vexin (i). Henri réussit, vers ^092, à s'emparer de Domfront, à se faire une petite souveraineté en s'étendant autour de ce point puissamment fortifié et à ne plus obéir à personne (2). Le duc était de plus en plus resserré par ses frères dans ce qu'ils voulaient bien lui laisser de son patrimoine.

En i 094, Guillaume, sous le prétexte, reconnu faux par dés arbitres- — juratores , — que Robert manquait à ses serments , revint en Normandie , par le Gotentin , avec une troupe amenée d'Angleterre, et s'empara du château de Bur, résidence chère aux ducs Noi*mands à cause de son voisinage de la forêt de Gerisy (3). — Robert, dans un accès passager d'énergie , se jeta, à son tour, dans la Presqu'île , et s'empara du château du Hommet qu'il avait donné à Roger de Reviers, et que, sans doute , le roi d'Angleterre avait gardé (4). Philippe de France vint au secours du duc ; mais une somme d'argent offerte à propos l'arrêta à la frontière et le renvoya satisfait. Guillaume , par un revirement

(i) En 1090, il s'empara des châteaux de Saint-Vallery, Aumale, Eu et Fécamp. (Rob. de Mont. Access, ad. Sig. p. 730.)

(2) Ord. Vit. liv. IX, p. 419.

(3) Rob. de Mont. Access, ad Sig. p. 731. — Notice sur une maison de plaisance des Ducs, etc., par M. Pluquet (ap. Mém. des Antiq. t. 1,

(4) Rob. de ifonl. (loc. sup. cit). — Anciens châteaux, etc , par M.

de Gerville (ap. Mém. des Ant. t. V, p. 274.)

34M GUILLAUME i.E COliQUÉRANT

nouveau , se décida alors à trausmettre toins ses pouvoirs à Henri (1); celui-ci se préparait à en user, lorsque Robert en 1096, ne trouva rien de mieux à Êiire que de s'en aller , en compagnie de son oncle, Tévêque de Bayeux (2), coiirir les aventures en Palestine , et rofupre des lances avec les Sarrasins. Il mit une seconde fois son duché en gage, moyennant dix mille marcs d'argent , entre les mains de Guillaume qui , pour fournir cette grosse somme, destinée à conquérir le Saint-Sépulcre , dépouilla les églises d'Angleterre de leurs ornements et de leurs objets précieux (3).

La Normandie ne gagna rien à ce changement de maître ; elle fut pendant les cinq ans que dura encore Ta vie du roi , durement foulée. Le Cotentin , d'après le récit de Robert-dii- Mont , fut plus heureux ; il fut concédé tout entier — ex integro — à Henri , avec le Bessin et Caen (4).

L'Église , qui seule avait la force et le courage de protester, faisait de vains efforts pour adoucir les calamités qui pesaient sur les faibles ; un concile provincial s'était réuni à Rouen au mois de février 1096 (5). Avant son départ, Robert y avait assisté. Les évoques y proclamèrent de nouveau la trêve de Dieu qui ne fut pas mieux observée qu'auparavant. ^ On ne demandait pourtant à ces seigneurs dont les instincts n'avaient rien pei'du de leur barbarie originelle, que de ne pas frapper ceux qui ne pouvaient se défendre ,

(1) Rolf. de MorU- (loc. sup. cit ) Ord. Vil. ne donne pas ces derniers détails. — Normanniœ, Nov. chx'on. ad. ano. i0$«6 (ap. Mém- des ani. t. xvni, p. 8).

{%) Odpn n'aUeigQÎl pas la Palestine; il mourut à Palerine (Qrd. Vit. liv. IX, p. 419,)

(3) Ord. Vit. Ht. X,p. 12.

(4) Roh. de Jffmt, Àçcej^. a^d. sig p. T31. (3) Doin Bessin. — Concii Rolom. p. 77.

**- lês clercs, les moines, les femmes, les voyageurs, les laboureurs , les bœufs et les chevattx traînant la charrue -^ (Art. H.) — On s'efforçait d'arracher çtfelques débris de droits à ce réseau féodal qtti couvrait et étouffart tdtrte idée de jusfice et de liberté. — I! devait s'écouler encore dcf longs jours, avant que rintelligence humaine sortît dé son sommeil.

Qnelques seigneurs des Iles suivirent le duc à la CroîSâdiô. Dumoulin cite parmi eux , Renauld de Cârteref; on doit y ajouter Rodolphe Lemprière et plusieurs chevaliers de la famille des Paisnel (1).

Ce fat aussi à celte époque (1096), — que Guillâtrme-le-Roux faisant acte de souveraineté sur ces Iles, concéda à Raoul de Saint-Hélier le manoir de Saumarez , situé dans la paroisse de Saint-Clément de Jersey , moyennant foi et hommage et le paiement de vingt-quatre livres « de monetet eurrente t» inmld (2). »

Les quatre dernières années du XP siècle furent remplies par d'innombrables expéditions , tantôt contre les barons révoltés du Perche et du Vexin, tantôt contre les ' invasions qui menaçaient l'île bretonne. La guerre était à peine terminée d'un côté du détroit, qu'elle éclatait de l'autre. Le belliqueux monarque , obligé , à chaque instant , de traverser la mer, usait ses forces dans un labeur sans fin.

(1) Falle's Hist. of Jersey. — Jersey et ses anliquUéSj par Delacroix, t. Il, p. 75. — Nous ne garantissoBs pas le iafii, car la prétendue liste de croisés publiée par Dumoulin est simplement un armoriai normand de la fin du XP siècle. Le caractère et la date de ce document sont maintenant hors de doute. (Note de Hif. L. Delisle).

{%) De la Croix, t. II, p. 9S, donne une traduction en français de cette charte de concession, mais sans faire connaître, ni le texte latin ni la source où il a puisé, double omission regrettable. La ddte paraît précise, maigre sa formule inusitée et dès-lors très-suspecte : — [l'an 29« depuis ta ewiqUéte.

Au milieu de ces agitations stériles , le Cotentin , tout en partageant, dans une certaine mesure , le sort commun , était plus tranquille. Henri, de son donjon de Domfront, se tenait prêt à profiter des occasions que, toujours,. la fortune amène tôt ou tard aux ambitieux, quand ils sont habiles et qu'ils ont peu do scrupules. Le plus souvent , on se battait non loin de sa résidence , sur les confins du Maine. Il proposa son aide , en même temps que celle de Hugues d*Avranches; Guillaume l'accepta ; et Henri, depuis quelque temps son hôte en Angleterre, chassait ave»: lui , le 2 août 1100, dans la Forêt-Neuve, lorsque la flèche de Gaultier Tyrrel vint réaliser la vision du moine de Glocester(l). La prophétie de Guillaume-le-Gonquérant s'accomplit du même coup ; son jeune fils , à partir de ce moment, réunissait tout entier, dans sa main, le patrimoine qu'il avait laissé. Le dimanche qui suivit la mort, ou plus exactement , l'assassinat du roi , Henri se fit couronner à Westminster.

Quant à Robert-Gourte-Heuze, il arriva en Normandie, six semaines enviion trop tard. Il avait mis plus d'un an à revenir de Palestine; il s'était marié en route. Il débarqua , probablement, dans l'un des ports du Cotentin. 11 se rendit immédiatement au Mont-Saint-Michel et v célébra ses noces (2). Nul ne fit obstacle à ce qu'il reprit le gouvernement du duché, — chacun des barons restant maîtreabsolu dans son château , et ne reconnaissant d'autre loi que sa volonté.

Cette nouvelle période de misères dura six ans. L'un des symptômes les plus frappants de l'altération profonde qu'elle produisit dans les esprits est l'absence complète.

(1) Ord. Vit. liv. X, p. 67 el suiv.

(2) Ord. Vit. liv. X, p. 78.

pendant sa durée , de fondations religieuses de quelque importance. De 1090 à iH2 , il n'y eut pas, efi Normandie, un seul monastère créé (I); et les libéralités aux anciens établissements subirent un temps d'arrêt qui se prolongea jusqu'à ce que Henri-Beau-Clerc eût rendu au pays un peu de la sécurité dont il avait un si grand besoin.

Les sires de Saint-Sauveur, malgré la disgrâce passagère que la révolte de 1047 leur avait value, étaient restés vicomtes du Cotentin. Us en avaient, du moins, gardé le titre ; même pendant que d'autres , Eudes-au-Ghapel, et Robert Bertran , seigneur de Bricquebec, en exerçaient les fonctions sous Guillaume-le-Conquérant (2). Ils rentrèrent dans cette charge , attachée à leur seigneurie , à une époque que nous ne pouvons préciser; mais, vers 1090, on voit figurer dans la charte que nous avons citée plus haut, un Néel qui doit être le tils du vaincu du Val-des-Dunes; et , en 1104, un Eudes qui est son petit-fils. Pour les populations, c'était une garantie d'ordre que la conservation, dans une même famille , du pouvoir administratif, lorsque cette famille avait une grande fortune , une grande influence et des habitudes de modération, inconnues dans d'autres parties de la province , et dont la maison de Saint-Sauveur ne paraît pas s'être écartée.

L'aristocratie de la Presqu'île était, du reste , moins turbulente que celle qui remplissait de bruits de batailles et de pillages, les marches de la Haute-Normandie. Elle n'avait pas autant d'occasions de sortir de ses châteaux ; à la distance où elle résidait du théâtre ordinaire des hostilités, elle était moins entraînée à y entrer ; on ne voit pas , non plus, qu'il éclatât souvent, entre ses membres, de ces

{{) Neustria pia, passim.

(2) Hist. des sires de Saint^Sauveur, p. 24.

â04 GUILLAUME LE CONQUÉRANT

giïcrres- privées qtri éfaietit permanentes sur^ ïes ièttes <ïes barons de Breteuil , de Bellème et de tant d'autres anxcfnels l'histoire a donné vm si triste renom. Dans les premières années du XII* siècle , les quelques seignetrrs cotentînais qui figurent comme témoins au bas des documents qui notts sont parvenus , ne semblent pas s'être mêlés d'une manière active el principale aux luttes que sotïtint !e duc, soit côitfre son frère, soit contre ses feudataires. Ainsi, nom pouvons citer, d'après une charte de H04 (1), outre le vicoUïfe Eudes de Saint-Sauveur, Roger de Magneviîle , Née! de Plamanville, Néelde Hauteville, Richard d'Angerville , Onfroy de Percy, Richard de Tourville, Guillaume d'Aubighy, etc., tous noms qui auront plus tard, leur illustration, et parmi lesquels, nous en retrouverons plus d'un, lorsque lés Iles normandes joueront un rôle plus important et plus distinct dans !es événetnents.

Le Cotentin formait toujours une partie séparée de fait du reste du duché. Nous l'avons vu, à diverses reprises, constituer une sorte d'apanage au profit , tantôt de l'un , tantôt de l'autre. On doit nécessairement supposer que pendant les deux premières années qui ^ivirent sott avénemeiït au trôtîe , Henri en avait conservé l'administration , avec le titre de comte, qui était attaché, depuis le milieu du siècle précédent , à la bardnnie de Jfortain. Il résulte , en effet , du récit d'Orderic Vital (2), que par la convention arrêtée entre les deux frères, en 1102, alors que Robert, cédant autconseils du comte de Belléme , fit sa pretnière expédition ëfr Aftgletérre , Hentî lui abaf «donna « tout le? Cotefttin y et fe^ autre» plïkîes qu'il possédait M Normandie, à Fetceptton (fe

|1) Voy. les pièces justifie, àe^ffist. des sires 4e Saint- Sauveur ^ p. 6s. (î) Liv. -X, p. 9Î.

DoDifront (1), et s'engagea, de plus, à lui payer une pension de trois mille livres sterling.

Le roi d'Angleterre connaissait assez son aîné, pour être certain d'avance qu'un avenir prochain lui rendrait ce qu'il venait d'abandonner. Il avait laissé d'ailleurs , dans la Presqu'île , des souvenirs qui ne s'étaient pas effacés ; et les principaux seigneurs qui y possédaient leurs fiefs lui étaient attachés. Richard de Reviers , entée autres , propriétaire du couvent de Montebourg et de domaines importants dans les Iles, lui avait donné des preuves récentes d'un dévouement absolu (2). Ce n'était point Robert, à coup sûr, qui pouvait faire oublier un gouvernement sage et intelligent ; il était devenu de plus en plus incapable d'en organiser et d'en diriger un pareil. Avec lui , le régime féodal devait s'étendre et se fortifier sans obstacles. Sa chevaleresque et brillante campagne en Orient ne l'avait rendu ni plus énergique , ni plus prévoyant , ni plus chaste. Il ne tenait au pouvoir que pour satisfaire impunément ses goûts dépravés; il ne demandait plus que le repos (3). 11 était descendu à un tel degré d'affaiblissement moral qu'il était le jouet des gens qui l'entouraient. Il lui arriva plusieurs fois, raconte notre véridique chroniqueur (4), de manquer de pain, malgré les revenus considérables du duché; souvent, il ne sortait de son lit qu'à la sixième heure (midi), parce que

(1) Henri avait promis, dit notre historien, aiin: gens de Domfront de ne céder cette seigneurie à personne et de ne jamais changer Ipurs lois ni leurs eaulumes (loc. sup. cil.) (^ela ferait supposer que cette ville était sinon organisée en commune, du moins régie par certaines coutumes locales reconnues; et il est probable qu'en fait, il e^ était ainsi dans la plupart des agglomérations d'une certaine importance.

(i) Ord. Vital, liv. X, p. 88.

(3) Ord. Vit. liv. X, p. 80.

(4) Ord. Vit. eod. p. 84.

ses courtisans et ses compagnons de débauches lui dérobaient ses culottes , ses caleçons et ses autres vêtements. Sa jeune femme, ayant essayé de l'enlever à ces honteuses influences , mourut empoisonnée en 1102.

Les choses en arrivèrent au point que raristocratie de la Haute-Normandie elle-même, au milieu de laquelle Robert vivait le plus ordinairement, ne voulut plus avoir à sa tête un chef couvert du méprîB général , et dont l'incurie livrait le pays tout entier à un effroyable désordre. Elle fit appel au roi d'Angleterre qui n'attendait qu'un signal ou un prétexte.

Henri équipa une flotte , et au printemps de 1105 , il descendit à Barfleur avec une troupe d'anglo-normands, qui ne tarda pas à se grossir des nombreux partisans qui l'attendaient dans le Gotentin. Il marcha immédiatement vers les gués de la Vire, les franchit, et le samedi de Pâques, s'arrêta à Carentan où il prit ses logements (1). La Presqu'île lui était restée dévouée; la faction , conduite, sous le nom du duc, par ses indignes favoris , Gunhier d'Aunai, Hugues de Nouant , Guillaume de Gonversano et Renault de Varenne, n'y avait aucune racine. G'était sur les confins du Bessin que commençait l'anarchie (2). Garentan avait ouvert ses portes aux malheureux paysans des environs, qui fuyaient les bandes de pillards recrutées de tous côtés et dont rien

(1) Ord. Vit liv. XI, p. 179.

(a) On devrait admettre, si l'on s'en rapportait â Wace (t. II, p. 37!î), que Robert fit ravager le Goteudn :

c Greva li dus Gostentineiz * E cels de Domfront en Passey > ; mais le débarquement de Henri à Barfleur, sa marche et sa halte à Garentao, sans qu'il s'inquiète des places importantes laissées derrière lui, comme Valognes et Cherbourg, prouvent que les partisans du Duc n'avaient pas dépassé la Vire, ou que leurs expéditions au-delà de cette rivière n'avaient été que des courses, ayant le pillage pour objet.

n'arrêtait la rage de destruction. La ville était pleine de meubles et d'ustensiles aratoires ; l'église même en était remplie. Le pieux et illustre évêque de Séez, Serlon, chassé de son siège par le comte de Bellême ^ était venu , l'un des premiers, au devant du prince que la majeure partie des normands regardaient comme leur sauveur. Ce fut en présence de Ces témoins muets de la détresse de la province, qu'il adressa à Henri, assis, avec ses compagnons, sur des paniers do laboureurs, le discours que rapporte Orderic Vital , et à la suite duquel les longues chevelures des chevaliers tombèrent sous les ciseaux de l'éloquent prélat (i). On sait comment, après des incidents divers (2), la lutte

(1) Ord. Vit. liv. XI, p. UO et suiv. Le clergé prêcha, à cette époque, une véritable croisade contre la barbe et les cheveux longs, les souliers à la poulaine et les vêtements qui traînaient jusqu'à terre (Ord. Vit. liv. VII, p. 381. — Guill. de Malm. liv. V). Un siècle auparavant, c'étaient les cheveux courts et la barbe rasée qui avaient clé anathématisés, en haine des hommes du Midi {Hist. de Fr. de It. Martin, t. III, p 33. Voy. aussi l'opuscule do M. Ganel, — HUi. de la barbe et des cheveux en Normandie, Rouen, 1859.) — Nous avons déjà cité un passage de Richer, (lib. III, cap. V), qui nous montre que, dès la fîn du' \* siècle, ces signes extérieurs d'une dépravation très réelle étaient déjà signalés et proscrits par l'Eglise. En 97^, l'abbé de Saint-Remy ne craignait pas de reprocher aux moines de ressembler c arlalis elunibus et protensis nalibus poliùs merelriculis quam » manachis a lergo. > (Rich. lib. III, § ^7.)

(2) En nos, prise et incendie de Bayeux, ravage des plaines du Dessin, —

c Entre Baieues é Caëm

> No poet remaindrè nus hoem. > {Rom. de Rou, vers 16,i42.) — bataille sous Secqueville, soumission de Caen, siège de Falaise, abandonné par suite de la désertion du comte du Maine, et enfin, en 1106, siège et bataille de Tinchebray. (Ord. Vit. liv. XI, p. Wf^i et suiv. — Robert de Monte, App. ad Sig. p. 744. — Gomp. Rom. de Rou, t. II,p. 404,note 1). G'est à cette date que s'arrête la chronique du trouvère jersiais. Nous reviendrons, dans le livre suivant, sur l'auteur et sur le livre qui nous intéressent à tous les titres.

308 GUILLAUME LB GORQUÉRANT

efitre lek deux frètes se termîM, le £8 septembre 1406 « par là bataille dt Tinchebray ; et comment Robert , envoyé pri^ sonnier en Angleterre , et privé dé la vue , suivant une versioii (1), comblé de délicdâ, suivant une autre {%), disparut , pour toujours , de la scène politique. -- Les Étais du conquérant furent de nouveau réunis sous tin seul et même sceptre.

(1) « El fulgenti obslaculo oculorum luoe clam privât ur, salvis lamen orbi- » culis eorumdem. > {Spelm, codex diû ann. 1107). (i) Ord. Vit. llv. Xt, p. 207.

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