‹ Histoire du Cotentin et de ses îles (volume 2)Chapitre 30 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Soumission des Iles. — Mission de Kaoul de Valmont à Guerncsey. — Continuation du mouvement religieux. — Mathilde rétablit Tabbayc de Notre-Dame-du-Vœu à Cherbourg. — Fondation de Souleuvre. — Résistance de quelques barons contre le parti angevin. — Henri , fils aine de Mathilde , duc de Normandie. — Il épouse Aliénor d'Aquitaine. — Il passe en Angleterre. — Fin de la guerre de succession.

Il n'est pas admissible , en présence de cet état général des esprits, que les Ues du Gotentin soient restas fidèles, ainsi que le prétendent les historiens locaux (1), au parti contre lequel protestait le reste de la province. Tout indique que^ dès le débuts elles embrassèrent la cause du roi Etienne. D'une part, en effet, les clercs et les moines étaient favorables à cette cause, nous venons de le voir; or, le clergé fort nombreux dans l'archipel n'y avait aucun motif pour se séparer , sur ce point , de son évêque et des

(1) Duncan, p. 12. — Brock Tupper, p. 56. — Delacroix, t. II, p. 18^.

établissements religieux du continent , auxquels la plupart de ses membres appartenaient. D'un autre côté, les seigneurs qui y possédaient des fiefs, c'est-à-dire, les propriétaires à peu près exclusifs du sol et les maîtres des tenanciers qui cultivaient la terre , comme les barons de Saint- Sauveur, de la Haye , de Bricquebec, etc., avaient presque tous pris les armes contre les Angevins. 11 serait donc trèsextraordinaire que Geoffroi qui, avant d'entrer à Clierbourg , n'avait pas de flotte à sa disposition , eût soumis les Iles, quand il n'était maître ni de la côte continentale voisine, ni de la côte d'Angleterre. On sait qu'en 1139, lorsque Mathilde , accompagnée de son frère Robert , passa le détroit , sur l'invitation de Guillaume d'Aubigny, le seul port d'Arundel lui était ouvert, et que le comte de Glocester n'avait pu amener avec lui que dix chevaliers et dix archers (1).

Mais ce qui prouve , selon nous, d'une manière catégorique, que si les Iles ne prirent pas une part active à la guerre, — ce qui est probable, — elles ne furent pas, du moins, considérées comme acquises au parti angevin; c'est un fait indiqué par les mêmes historiens et qui contredit leur assertion.

En 1145, Geoffroi agissant comme régent, songea à se faire rendre compte de l'état de l'archipel du Cotentin. Son importance stratégique devenait évidente et considérable , du moment que les deux parties de la monarchie normande n'étaient plus dans la même main. Les derniers événements de guerre avaient montré que la mer n'offrirait plus aucune sûreté, si les navires ennemis, ou les pirates bretons qui rôdaient sans cesse, avaient un refuge assuré à quelques lieues du littoral , ou si les seigneurs hostiles , ou malveil-

(1 Rob, de Mont, Append. \). 760

lants, pouvaient organiser de nouvelles entreprises dans leurs domaines insulaires. Geoffroi envoya donc, dans les Iles, un chevalier désigné par les auteurs que nous venons de citer , sous le nom de Raoul de Yalmont , sans autre explication , et , selon leur habitude , sans faire connaître la source d'où ils tirent ce renseignement. Ce nom ne nous rappelle que l'abbaye fondée, vers H69, à quelques lieues de Fécamp(l), etla châtellenie que nous voyons mentionnée dans les Registres mémoriaux de la chambre des comptes de Normandie (2) ; il ne suffit pas pour établir l'identité du personnage dont il est question. Nous croyons que Raoul de Valmont devait appartenir à une famille considérable ; car sa mission militaire , en même temps que civile , était fort importante. 11 était non-seulement chargé de soumettre le pays, mais aussi d'en réorganiser l'administration et de dresser la liste des fiefs qui y existaient et des droits qui y appartenaient au duc (3). Or à cette époque, la seigneurie de Valmont faisait partie des immenses domaines des d'Estoute ville. L'abbaye du môme nom fut fondée par un membre de cette famille qui était l'une des plus illustres du pays de Caux, etqui s'était toujours montrée hostile au parti cotentinais. En H06 , son chef Robert !•' avait été l'un des adversaires acharnés du roi d'Angleterre , et avait été fait prisonnier à la bataille de Tinchebray; il était mort sans avoir pu recouvrer sa liberté (4). — Un autre d'Estoute ville, fils d'un abbé intrus de Saint-Pierre-sur-Dives , avait été pris dans le piège que son père, aidé de quelques seigneurs de la Haute - Normandie et du Perche, avait, quelque

(1) Neuslriapia, p. 869.

(i) Mém. de la Soc. des Ànliq., t. XVIII, p. 386.

(3) Brock Tupper's Hist. of, Guern. p. 56.

(4) Ord. Vit. Uv. XI, (t. IV, p. 200 et 203.)

3S$ HEMRI I''

temps avant ,| tendu au aiëme prince , devant le monastère qui fut livré aax flammes (1). Ënfm , à la mort de Henri , le représentant de cette maison s'était rangé du côté des Angevins et avait été le conseiller intime de Matbilde ; et^ plus tard , Tun de ses descendants y en s'alliant aux Paisnel , était devenu l'un des plus riches et des plus puissants barons du Gotentin (2).

11 nous parait probable , en nous appuyant sur les observations qui précèdent» que le commissaire envoyé dans les Iles fut précisément celui des d'£stouteville-de-Valmont que l'histoire désigne comme ayant été l'un des partisans les plus dévoués et l'un des conseillers de la duchesse d'Anjou. Quoi qu'il en soit , Raoul de Yalmont, d'après les traditions locales, construisit le château Cornet, qui s'élève sur un rocher isolé, à quelque distance de Saint-Pierre-Port, la ville principale de Guernesey , et la tour de Beauregard qui commande cette même ville (3). Il dispensa les habitants du service militaire , sauf dans le cas où le duc jugerait convenable d'aller en personne ressaisir la couronne d'Angleterre, moyennant le paiement d'un impôt qui fut appelé aide ou ferme du roi. Il arrêta, aussi, avec l'abbé du Mont-Saint- Michel , une convention en vertu de laquelle le monastère s'obligea au service du droit de tnelage — melagium ; et il aliéna, enfin, les terrains incultes de l'île dont le prix fut

(l)Ord. vu. eodloc. (p. IPS )

(i) Neusi. pia, p. 8GÎ> Golliû's Peerage v° Slutevilla. — Bank's

Extinct peerage, t. 1, p. i74. — Ane. chat. t. i, p. 250. — Recherches historiques sur les sires d'Estouteville, par le vicomte R. d'Estaiotot. Jdém, des Antiq, t. XXIV, p. 403). Quelques inexactitudes pourraient être signalées dans ce dernier opuscule.

(3) BrockTuppeesHi^l. p. S4>. C'est sous Ëdouaid UI seulement, et dans une charte de 1376, qu'on rencontre la pfcmièfe œeftttoB anthenticfuc du château et de la tour dont nous parlons.

ET SA SUCCESSION. â57

converti en rentes, au profit du souverain . De Vaimont fut ainsi le premier, signalé par l'histoire, de ces commissaires enquêteurs qui, de nos jours encore^ à de longs intervalles, sont envoyés, par le pouvoir central, pour tenir des assisessolcnnelles devant lesquelles se constatent les coutumes, se révèlent les abus, se préparent les réformes et s'exerce, en un mot, l'action directe du gouvernement , sous la seule forme que le respectde l'indépendance des Iles lui permette d'employer (1).

Le procès- verbal de l'enquête de 1145, si jamais il fut rédigé, ne nous est pas parvenu; il est naturel de supposer que la mission du commissaire s'étendit sur tout l'archipel, et que les travaux de défense furent entrepris ou complétés sur les deux principales îles. On remarque qu'à Jersey, certaines parties du vieux château de Gorey , qui reçut le nom de Monlorgueil , après le prétendu échec subi par Bertrand Duguesclin devant ses murailles, ont été construites au XIP siècle ; l'opinion populaire attribue la restauration de la forteresse à Henri I" ou à Etienne.

L'année môme où les Iles se rangeaient sous l'autorité du comte d'Anjou, était marquée par des événements d'une telle importance que les faits de détail du genre de celui que nous venons de rappeler passaient inaperçus. — Saint Bernard prêchait la seconde Croisade , et à son appel , Louis VI[ de France, l'empereur Conrad, le duc de Souabe, et une multitude de Français , de Normands , d'Anglais et d'Allemands, de chevaliers et de soldats, d'évêques, de clercs et de moines prenaient la croix et se préparaient à partir pour Jérusalem (2).

(i) Ou attribue à Henri II Torganlsatiou i-égulière des Justiciers ilinérants, en ii7ê. — En Normandie le sénéchal remplissait cette mission et avait succédé aux Misêi d&minici des deux premières races des rois de France (Spelman codex ad. ann il7r>. Le Grand Constumier. chap. 10. Math. Pai'is, ad. ann. 117C, p. 30 )

(2) Rob. de Mont. Append. p. 7CS.

Le mouvement religieux monastique suivait cette impulsion et s'accélérait. Dans le Gotentin, près de la Haye- Pesnel, Aïeul du Subligny donnait^ en il 43, sa terre de la Luzerne à des prémontrés venus d'Ardennes près Caen. En il4S, Guillaume Paisnel fondait , non loin de son château, à Hambye, une abbaye de Bénédictins avec l'avis et le consentement de ses quatre fils et en présence de plusieurs barons (1). A Cherbourg, dans le courant de la même année ^ l'impératrice Mathilde, en accomplissement d*un vœu, appelait, de Sainte-Barbe en Auge, des chanoines réguliers , afin de remplacer , sans toutefois la supprimer, la collégiale , tombée en décadence, qui y existait depuis Guillaume-Ie-Gonquérant (2). Mais cette restauration se fit aux dépens de l'abbaye de Saint-Hélier. Ce fut l'abbé de cette maison qui reçut la mission d'introduire la règle d'Aroaise (3) à Cherbourg ; quelques années plus tard , ainsi que nous le verrons, ce premier rapprochement en amena un autre beaucoup plus complet. Enfin, dans un sauvage vallon du doyenné de Montbray , sur le bord d'une petite, rivière appelée la Souleuvre , un frère de saint Bernard amenait douze moines, et, en 1146^ fondait la première et unique abbaye de la réforme de Clairvaux que la Normandie ait renfermée (4). Ses principaux bienfaiteui's

(i) Neuslria pia^ p. 8il .

(2) Hist. des évéq. de Coût., p. 148. — Recherches sur les Abbayes, clc {9Iém. des Anliq. 18215, p. 27.) — Neuslria pia, p 813. Une IcUrc de Richard, évêque de Goutaoces, adressée à Mathilde, et conservée, en original, dans les Arch. départ, de la Manche {Inverti série H, n» 10,^3), prouve qu'avant la fondation faite par cette princesse, il existait à Cherbourg un lieu désigné sous le nom de P^ 66. du Vasu. (Voy. aussi pièces just. iC* {^].

(3) Aroaise était une foret de TArtois, près de Bapaume, dans laquelle trois ermites fondèrent une abbaye de chanoines réguliers. (Dict. de Lamartînière, hoc verb. — Gallia christ. Sammarihanor, t. IV, p. Qo),

(4) Gall. Christ, t. XI, Instr. eccl. baj. p. 80. Neust. pia, p. 8'i5. —

furent Algare , évéque de Goutances , et GaiUaume Sylvain, fils ou parent du chevalier qui , maître du château de Saint- Pair, s*élait si énergiquement prononcé pour le comte d'Anjou, et avait, ainsi que nous Tavons dit, payé ses prouesses de sa vie.

Etienne et Geoffroi ne s'engagèrent pas pour la Croisade ; leur lutte que douze années de calamités n'avaient pas apaisée, les occupait exclusivement. En Angleterre, aussi bien qu'en Normandie, il y avait toujours des dissidents parmi les barons. Rcnouf de Ghester défendait à outrance le parti de Mathilde contre le roi en personne (i); tandis que, sur le continent, Robert Bertran , seigneur de Bricquebec , le fils de celui qui, dix ans auparavant, avait été tué, pour la même cause, devant les murs de Gaen, persistait à repousser les Angevins, et laissait, en H48, assiéger, prendre et raser son château de Faugueroon , en Lieuvin (2). A l'entrée du Golentin , une autre forteresse , .et des plus importantes, -celle de Torigny, refusait aussi de se soumettre. Elle appartenait , cependant , à l'un des fils du plus puissant auxiliaire de Geoffroi , à Robert, comte de Glocester ; mais Robert venait de mourir (H48) ; son héritage s'était partagé entre ses trois fils, Guillaume, Philippe et Richard. Gc

Hisl. ecclés. de Norm. t. IV, p. 2o9. — Le monastère fut, un an après sa fondation, transféré au Val Richer, près Lisieux. La tradition a conserve le souvenir de son premier établissement. La route de Bény-Bocage à Torigny passe dans le vallon de Soleuvre, et à quelque distance d'un petit bâtiment qui servit, dit-on, de chapelle aux moines de Saint-Bernard. (Voy. l'étude historique que nous avons publiée en 1806, smVÀbb. du Val-Richer,)

(1) JRob. de Mont. Append. p. 76 i.

{!) Rob. de Monl. Append. li. 76C. Ce Robert Bertran, troisième du nom, avait épousé la fille de Jourdain Tesson et de Lœticie de Coslenlin, ou de Saint Sauveur. — Du chef de sa femme, il avait de grands biens dans le Lieuvin cl spécialement à Ilonfleur, dont il avait la seigneurie. — {Bist. générale et Chron. etc., parle P. Anselme, t. !, p. 514, édil. de 1712 )

dernier avait eu Torigny , et n'avait point suivi l'exemple paternel (1). Le comte d'Anjou investit la place en 1150.11 brûla les maisons qui Tentouraient et le petit château qui précédait le donjon. Il dut s'arrêter. Le roi de France, revenu de Jérusalem depuis le mois d'août de l'année précédente , irrité de ses infortunes conjugales et inquiet des succès de son vassal, avait envahi la Haute*Normandie, a^ec Eustache, fl]s d'Etienne. Le fils aîné de Geoffroi, Henri, auquel son père avait remis le duché depuis qu'il était majeur (2), faisait ses premières armes. Ses troupes, composées de Normands, de Bretons et d'Angevins, étaient nombreuses et fortes. Louis VII , atteint d'une fièvre violente , fut obligé de retourner à Paris. Une trêve s'en suivit; les seigneurs et les prélats de l'un et de l'autre côté, en profitèrent pour amener une réconciliation. Henri lit hommage à son suzerain , et la paix fut conclue ; elle ne dura guère.

Le nouveau duc ^ élevé à l'école énergique de son père, € homme d'une grande loyauté et d'une haute ' intelligence (3), > n'entendait pas renoncer à la couronne d'Angleterre. En revenant d'une expédition qu'il avait faite en Anjou (4), il convoqua h Lisieux les barons et les prélats

(1) Rob. de Mont. App, p. 7(»7 et 77Î. — • Nom. essais de Pabbc De La Rue, t. II, p. 150. — Ce dernier historien aUribue la baronnie de GreuUy à Ricbard ; mais Robert du Mont le désigne positivement comme seigneur de Torigny.

{V) En 1 149; c'était le roi d'Ecosse David qui l'avait armé chevalier {Bob. de Mont. p. 7G6.)

(3) c Vir magufe probitatis et industriœ. i (Rob. de Mont. p. 767.) Voy. l'éloge pompeux de Geoffroi dans une citation de son historien Jean, moioe de Noirmoutier (ap. Peir. Blesens opéra, p. 702, et Spicihgium, t. % p. îUi9.)

(4) Après avoir soumis L'Aigle et brûlé Bonmoulins, sur les marches du Perche. Henri était allé en Anjou, et avait forcé son fK*re à faire la paix, (tlSO)

pour délibérer en commun sur ce qu'il voulait entreprendre au-delà de la mer. La mort de Geoffroi, arrivée dans le château du Loir, au mois de septembre lloO (1), lui fit suspendre son projet. 11 devenait comte d'Anjou, et un autre événement allait encore agrandir ses états et accroître considérablement sa puissance.

Louis YII, en époux susceptible et dévot, plutôt qu'en politique tiabile , avait fait annuler , par l'Église , son mariage avec Aliéner d'Aquitaine. Les prétendants à sa succession matrimoniale ne manquèrent pas. Henri Plantagenet fut le plus heureux. Dans l'année môme où le divorce fut prononcé (llSl), il épousa l'ex-reine qui, à défaut de vertus, apportait en dot la Gascogne, la Saintonge et le Poitou .

L'assemblée de Lisieux s'était, cependant, réunie; et après la fête de Saint-Jean , une armée considérable attendait à Barfleur le vent qui devait la mener en Angleterre. Une fois encore il fallut remettre le départ.

Le roi de France , dans sa naïveté excessive, s'imaginait que la femme légère qu'il chassait de son lit, se ferait un scrupule d'enlever à ses deux filles leur opulent patrimoine. Réprouva une vive déception en apprenant qu'elle s'était consolée si tôt avec un nouveau mari. Il forma une coalition avec Eustache , fils du roi Etienne , Robert, comte du Perche, Henri, comte de Champagne, et Geoffroi, frère de son adversaire , et envahit le Vexin (2). Henri dut quitter le Gotenlin en toute hâte et se transporter, avec 'quelques troupes d'élite , à l'autre extrémité du duché. Il donna , à ce moment . la garde des châteaux de Barfleur et de Vire à Renouf de Ghester (3). — L'importante place de Neufmarché,

(1) Il mourut cl*uDG fièvre contractée par un bain pris imprudemment dans le Loir. {Pelri Blesensis opéra, p. 702, col. 2. ii\ Rob. de Mont. Àppend. p. 768.

(5) Nouveaux essais de l'abbé De La Rue, t. II, p. 153.

que son but principal était de secourir, ayant été prise, grâce à la trahison de ses défenseurs, il se borna à faire surveiller le pays, pendant qu'il entrait de nouveau en Anjou , et obligeait son frère à abandonner ses alliés. — Louis VII consentit alors, sans difficulté, à une suspension d'armes , dont le duc profita pour regagner Barfleur et reprendre son expédition déjà deux fois interrompue.

Dans les premiers jours de janvier 1452 , Henri descendit sur la côte d'Angleterre avec un nouveau cortège de chevaliers que transportèrent trente-six vaisseaux (1). Son audace lui donna le succès; la mort du flls unique de son adversaire arrivée au mois d'août, le servit mieux encore. Etienne n'ayant plus d'autre héritier que Henri lui-même, les seigneurs et les évêques Normands amenèrent facilement un accord entre les deux compétiteurs. Le roi conserva la jouissance viagère de sa couronne ; et , le 7 novembre 1153, le duc fut reconnu, dans une assemblée solennelle tenue à Wallingford , comme le seul maître des vastes états qu'il tenait de sa mère et de sa femme. La guerre de la succession de Henri P' était finie ; elle avait duré dix-sept ans. Les événements qui proclamaient le droit de la descendance féminine consacraient, en fait, le privilège de l'autre sexe, puisque Mathilde ne prit jamais le titre ni de reine , ni de duchesse, et se contenta du triple honneur, qu'un poëte célébra dans un distique latin , d'avoir été fille , épouse et mère de trois Henri (2).

(1) Rob. de Mont. p. 770. — Malb. Paris, aJ. ann. U52.

{T) Or tu magna viro major, sed maxima parlu, Hic jacct Hcnrici filia, sponsa, mater.

Le célèbre cvêque de Lisieux, Arnould, fit aussi une épitaplie qui fut gravée sur la tombe de Tlmpératrice, dans l'abbaye du Bec, cl qui, sous une autre forme, exprimait la même idée {Kist. d'Angleterre, par Ducbesnc, p. 474.)

Page 1