CHAPITRE m
Henri le Jeune tient une cour plénière à Bur. — Guerre en Bretagne. — Prise de Dol. — Raoul de la Haye. — Réconciliation du roi et de son flls. — Henri le Jeune duc de Normandie. — Sa mort. — Réunion de Tabbaye de Saiat-Héllef à l'abbaye de Gberbourg. — Donations dans les Iles aux monastères du Goteilln. — Mort de Henri II.
En 1173, le premier signal delà guerre fut donné. Les classes populaires du Cotentin y restèrentassez indifférentes. Les motifs de la querelle ne les Intéressaient pas ; elles trouvaient plus de garantie et plus de sécurité dans le goa?emement ferme de Henri II , que dans les agitations séditieuses d'un fils révolté et d'une aristocratie toujoui's indocile (1). — • D*ailleurs^ le roi avait fini par recruter son armée à peu
(I) f Urbioai dastellohin^é etmimmhnes qui ejus se coiisilio tué^ * bantur et virtutc. » {Normcm. nwa ehroniea, p. 13, ap. Mém, 4H Ant. t. XVHI.)
près exclusivement parmi les Brabançons et les Routiers (1), noms collectifs appliqués aux mercenaires étrangers ou indigènes qui formèrent, dès cette époque, ces compagnies dont la royauté française eut tant de peine , plus tard , à se débarrasser.
Henri le Jeune avait , aux fêtes de Noël de Tannée précédente , réuni dans le château de Bur tous les évêques, abbés, comtes et barons du pays. Guillaume de Saint-Jean (2), sénéchal de Normandie (3) et Guillaume, fils llamon, sénéchal de Bretagne , ce dernier accompagnant le nouveau duc, Gcoffroi , se trouvèrent à l'assemblée et lui donnèrent un earactère tout-à-fait officiel. G^était la première cour plénière que le roi couronné sans royaume tenait en Normandie (4). 11 en profita pour faire reconnaître et proclamer son titre par ceux dont il espérait déjà obtenir Tappui. Son espérance , toutefois, ne fut pas complètement réalisée. Peu de seigneurs du Cotentiu suivirent ouvertement son parti. Guillaume de Magneville et Jourdain Tesson , entre autres, refusèrent de s'y rallier; le clergé les imita (5). Nous ne voyons prendre part à la révolte que Raoul , troisième du nom , comte de Ghester , héritier des seigneurs d'Avranches, et Raoul de la Haye, le même qui, vingt-cinq ans aupa-
(1) Brebenzones,— Hictarii (Rob. de Mont^p, 71»4. — Nicol. Trivét. Chron. ap. Spieil. t. VIII, p. 46o.)
(î) Saint-Jean-de-Thomas, sur le bord des grèves du Mont-Saiul-Micbel, entre Avranches et Granville. Une. c/^d^eauâ?, etc., ap. Mém. des AnL t. 1827, p 94.)
(r») f Procurator Normanniœ [Rob. de Mont, p. 792.) Roger de Hovéden, p. I>44, emploie ce mot dans le même sens.
(4) C'est dans cette occasion que cent seigneurs portant tous le nom de Guillaume s'assirent à la même table (Aod. de MotU, p. 79%).
(o) lYorman. nov. chronic. (ap. Mém. des Ant. t. XVIII, p. iî.)
ravant , avait défendu Cherbourg contre Geoffroi d'Anjou (1). L'un et l'autre s'unirent à Raoul de Fougères qui avait soulevé les populations bretonnes de ses domaines , exterminé une bande de Brabançons envoyée pour ravager la contrée , assiégé et brûlé les châteaux de Saint-James et du Teilieul. Les représailles ne se firent pas attendre. De nouvelles troupe^ , secondées par le peuple de l'Avranchin — plèbe Abrineantind , — amvèrent et battirent les rebelles. Le roi ayant appris à Rouen qu'un grand nombre de partisans de son fils s'étaient renfermés dans le château de Dol, accourut en personne avec sa célérité habituelle , et acheva leur défaite. Soixante d'entre eux furent faits prisonniers (2). Raoul de la Haye trouva le moyen de fuir (3) ; il se jeta dans les bois , et continua la guerre de partisan , sur la frontière du Gotentin, jusqu'au printemps de H74. A ce moment , il alla rejoindre le comte de Flandre à Wissant ; il devait l'accompagner dans l'expédition contre l'Angleterre qui avait été résolue à Paris par les nombreux ennemis de Henri (4). Ce fut lui qui prit le commandement de l'armée après les revers qu'elle subit, et qui la ramena en Flandre, sans être inquiété. Roger de Montbray, fidèle aux traditions de sa famille, avait aussi passé du côté des mécontents (5).
(i) Les complices do Henri le Jeune désignés par Robert du Mont, appartiennent tous au Vexin, au Perche et au pays de Caux : Bernard de la Ferté, Gosselin Crespin, Gilbert de Tillières, Robert de Monlfort, Raoul de Fay, etc., etc.; p. 793.
(i) Math. Paris, ad ann. H 73.
(3) Matb. Paris (loc. sup cit.) comprend Raoul parmi les prisonniers; mais Robert du Mont, mieux placé pour connaître les détails, adopte l'autre version, p. 79J. (Toustain de Billy, MSS. p. U.)
(A) Math. Paris, ad ann. 1174.
(5) Math Paris, eod. ann. (t. II, p. ÎS).
Le roi aâsaiili de toutes parts, avait compris que, malgré les succès obtenus par ses armes, sa situation était grave , et qu'il était urgent de faire à l'opinion populaire le sacrifice de son orgueil. Averti du débarquement des Flamands à Arewell , au mois de juillet, il se rendit à Barileur, accompagné des deux reines, de ses deux plus jeunes enfants, Jean et Jeanne, et de quelques-uns de ses prisonniers. Il s'embarqua, avec sa suite , sur un certain nombre de vaisseaux réunis à la hâte. Il n'avait avec lui que ses Brabançons ; aucun baron normand n'était venu le rejoindre (1). Le ciel parut se liguer aussi contre lui. Une violente tempête éclata pendant la traversée, et la mer, racontent les chroniqueurs , ne s'apaisa qu'après que l'infortuné monarque eut fait le vœu d'aller [prier sur le tombeau du martyr de Cantorbéry. Sa pénitence eut le résultat qu'il en espérait et qu'en attendait l'Église.
La tentative des Flamands échoua ; le roi de France, &tigué des dépenses énormes en hommes et en argent qu'il avait faites, abandonna Henri le Jeune. Au mois d'août 1175, le prince vint à Bur se jeter aux pieds de son père et obtint son pardon (2).
Sept années de calme succédèrent à cette crise violente. Le roi, selon son usage, ordonna la destruction des châteaux que les barons rebelles s'étaient hâtés de fortifier pendant les troubles, sur les confins de la Normandie, et fit occuper par ses troupes ceux qui importaient à la défense du pays. Dans la Presqu'île, cette mesure n'était pas nécessaire ; les principaux châteaux n'ayant pas cessé d'être au pouvoir de
(i) Malh. Paris, ad ann. 1174. t. it, p. 2l. — Rob. dettont, p. 19^. — Pficol. Trivet. Chronic. p. 460.
(î) Malh. Paris, ad. ann. il7B. D'après Robert du Mont Tcntrevue aurait eu lieu à Gisors, p. 796.)
Henri et rétablissement, en 1171 , d'une forteresse considérable à Osmonville (1), lui ayant assuré la possession de Tembouchure de la Vire et du passage à gué dont il faisait \m si fréquent usage pour sortir du Cotentin , ou retourner à Barfleur.
En 1181 , il aba^ndonna à son fils aîné le gouvernement de la Normandie (2). Il le pouvait sans danger. Henri le Jeune, d'un caractère faible et léger, n'avait aucmie initiative ; sa mère , sa plus dangereuse conseillère, subissait, depuis un an, une dure captivité, et Louis VII , son plus solide appui, venait de mourir (3).
Le nouveau duc ne jouit pas longtemps du pouvoir ; il mourut au mois de juin de l'année suivante (1182), au moment où la discorde renaissait entre son père et ses frères. Il n'avait pas vingt-huit ans.
Le vieux roi reprit avec empressem^t le fardeau qu'il n'avait déposé qu'avec regret. Il eut à s'occuper, vers ce temps, d'une affaire qui intéressait à un haut degré la principale île du Cotentin.
L'abbaye de Saint-Hélier, à Jersey, avait prospéré; elle était riche par les donations nombreuses dont elle avait été l'objet ; l'exactitude, avec laqueUe la règle y était observée pouvait servir d'exemple aux autres maisons de son ordre (4).
Nous avons vu que l'impératrice Mathilde , voulant restaurer l'abbaye de Cherbourg, avait chargé dé ce soin Robert , abbé de Saint-Hélier. Deux branches de Tordre des
(1) « In villa qudc dicitur Amandivilla super Virée fluvium. i' (Rob. delHonl* p. 780.)
(2) Matti. Paris, ad. ann. 1181.
(3) Philippe-Auguste, âgé de {$ ans, se mit sous la protection du roi d'Angleterre.
(4) Hist. eccles, de Norm. t. IV, p. îîîG.
chanoines de Saint-Âugustin se disputaient alors la prééminence, — Saint-Victor de Paris et Aroaise, en Artois. — Saint-Hélier appartenait à cette dernière congrégation; il était donc tout naturel que son abbé soumît le monastère qui lui était confié à la règle qu'il suivait lui-même. Les Viclorins qui, déjà, à l'autre extrémité de la Normandie , dans l'abbaye de Notre-Dame d'Eu, avaient réussi à se substituer à leurs concurrents, les virent avec mécontentement s'établir dans une nouvelle maison. Ils parvinrent, par des moyens dont l'histoire n'a pas livré le secret , à faire donner, pour successeur à Robert, un abbé qui leur appartenait. Cet abbé se nommait Jonas. Il ne tarda pas à sentir les difticultés de la situation. Les chanoines l'avaient accueilli avec défiance , et Cherbourg lui sembla une terre d'exil. Il se plaignit amèrement de la tristesse de ce séjour, du sol stérile , de la mer orageuse , du caractère dissimulé des habitants , de la pauvreté du monastère , de l'indocilité de ses administrés et, enfin, du souverahi dont la faveur même était à redouter (1). L'archevêque de Rouen , Rotrou, informé de ces réclamations, y fit droit, en chargeant, une seconde fois, l'abbé de Saint-Hélier , Benjamin , de la direction de l'abbaye , dont un homme atteint de nostalgie avait seul pu tracer un tableau aussi sombre. La pensée de réunir les deux maisons vint, dès lors, à l'esprit du prélat ; l'impératrice Mathilde et. Henri II s'y associèrent. Et , comme ils avaient une prédilection particulière pour celle'qu'ils avaient réorganisée et, pour ainsi dire fondée, ils lui sacrifièrent l'autre. La mort de l'abbé Benjamin étant survenue , l'archevêque envoya, à sa place, son propre chapelain, Richard Martin, qui était chanoine de Saint-Victor , et qui soumit
(i) Celle dernière phrase éuit évjdemmeDl une allusion à la mort de Thomas Becket. La lellre de Jonas a étc insérée par les Bénédictins dans le GaU. Christ, t. XI, p. 941.
définitivement les deux abbayes à la règle de cette congrégation.
Les moines de Saint-Hélier résistèrent de toutes leurs forces à cette expropriation de leurs biens et de leur filiation religieuse. Ils étaient trois fois plus riches, en Normandie et en Angleterre, que leurs frères de Cherbourg, et leur présence était , pour Jersey, un élément de vie et de prospérité. Tout fut inutile ; il fallut se résigner. Une charte de Henri II intervint en 1184 (1),* et prononça la réunion, en la fondant sur ce double motif que chacune des maisons ne pouvait suffire séparément à son entretien, et que le principal siège de la congrégation serait mieux placé à Cherbourg que dans un lieu retiré et isolé par la mer. L'observance de Saint-Victor de Paris fut imposée. Cinq moines, au moins, durent résider à Jersev.
I/abbaye de Saint-Hélier ne fut plus désormais que le prieuré de Tlslet , tandis que son heureuse rivale , qui s'enrichissait à ses dépens (2), recevait de nouvelles faveurs.
(i) Robert, de Hont, ad an. liS4. C'est à celte aDDée que s'arrête la précieuse chronique de Tabbé du Moot-St-Micbel qui mourut en il8G; elle fut continuée jusqu'en 1210 et a été imprimée dans VHist. Christ, de Laurent de ja Barre (in-folio 1585, p. 476). — La meilleure édition de Robert du Mont est celle de Betbmann dans la collection de Pertz ; la Société de l'histoire de Normandie', récemment fondée à Rouen, en va publier une nouvelle, sous la direction de M. L. Delisle.
(t) Pièces just. n<* 56. Les bulles d'Alexandre III et d'Urbain IV (22 mai 1187) , confirmant la réunion des deux abbayes , énumèrent les possessions de celle de JcrseV , qui comprenaient : l'église de Saint- Hélier et ses appartenances , l'église de Saiote-Trinilé , avec les moulins de la ville, la moute et le service des hommes, le marais de Saint-Hélier, les moulins de la falaise, la croûte de Grapoudoit — cuiturade Caproducto, — la charmée de Jourdain de Barne ville avec le moulin, le chastelet de rére Ascher, l'île de Herm et son église ; — en Normandie : le prieuré de la Taille, avec la cellule et la chapelle, Téglise Saint-Paul, a Pierreville, les
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Osbert de la Heuze, le connétable de Cherbourg, y fil construire des bâtiments importants , lui donna trente-deux marcs d'or , cent livres de monnaie du Mans , cinquante marcs de vaisselle et de vases d'argent, et rinit par y mourir sous l'habit monastique.
Cette mesure fâcheuse, qui resta sans compensation , montrait combien le gouvernement ducal négligeait , au point de vue politique, les îles du Cotentin^ et quel rôle effacé leur était réservé, si lès circonstances ne leur avaient pas , en les séparant de la Normandie continentale , créé une individualité et une histoire. Cette remarque explique la facilité avec laquelle leurs habitants accueillirent l'événement qui donna à leur pays une indépendance inespérée, et la résistance qu'ils opposèrent à toutes les attaques entreprises pour la leur enlever. Leur histoire , en effet , ainsi qu'on l'a vu , depuis que l'Église catholique s'y était établie , n'est guère que l'énumération des donations pieuses qui en avaient partagé les revenus fonciers aux divers monastères de la Basse-Normandie et, en particulier, du Cotentin.
églises de Sainte-Marie-dii-Bois et du Rosel el ia ierre achelée auprès du châ(elct de la Taille ; — eu Angleterre : la ville et l'cglise de Hag et les éfUses de Hustone, de Recbt^orne et de Blolendone ; — eu Ecosse : l'église Sainl-C^ubert-d'AUath avec toutes ses apparlenauces. — {Jnnentaire-iommaire des Ârch, dép. de la Manche, par M. Dubosc, archiviste, -^ série H, numéros i974 et 1975. ) On nous permettra de signaler ici cette publication, qui rappelle les Cakndars of Haie papers, édités à Londres, par le Public record office, comme une des plus remarquables , a tous les points de vue, qui ait paru dans les départements. — Tous ceux qui connaissent l'auteur ne s'en étonneront pas ; ils souhaiteront seulement que ce tri^vaii aoit priç pour modèle partout où il y a des archives précieuses à tirer de l'oubli.
(I) Roà. deMoni' ap. Hieloria christ, de Robert de La Barre, p. 476, verso.
Henri K , à Tépoque où il fit pro(^er au recensement général des terres du duché (1), délivra des chartes de confirmation awx abbayes qui en réclamèrent.
En 1170, il était constaté que Saint^Sauveur possédait à Jersey : l'église de Saint-Brelade (3), le cinquième de la dîme et les terres qui en dépendaient; Téglise de Saint- Pierre du Dései't , avec la moitié de la dîme et les aumônes ; dans la même paroisse , une terre d'une carruée donnée paf Simon de la Haye et une autre terre donnée par le prêtre Ranulplie ou Renouf , l'église dé Saint-Hélier avec la moitié de la dîme, etc.; l'église Saint-Clément, avec le cinquième de la dîme, etc.; et dans la même paroisse, du don de Guillaume des Hasnière , un minot de froment , l'église de Saint-Jean des Chênes, avec la chapelle de Bonne-Nuit, et les terres xlépéndant des dites églises et chapelle ; dans la même pa^ roisse, une terre d'une carruée aumônée par Eudes de Sottevast; et, enfin, dans les autres paroisses, la sixième partie des gerbes. Cette charte fut souscrite à Cherbourg , par Richard , évêque de Coutances, Jourdain Tesson , Guillaume de Vernon , Richard de la Haye , Enjuger de Bohon et Osbert de la Heuze, ce dernier gouverneur ou bailli du Cotentin (3).
En 1180, la veuve de Jourdain Tesson , dame de Saint* Sauveur , confirma les moines de ce lieu , dans la donation que leur avait faite Robert Bouteiller, de la terre de la
(I) Rob. de Mont. Append. p. 791.
(i) Saint-Brelade avait été donné antérieurement par Edouard ou Edgar de Magneville (Voy. pièces just if. n" 57.)
(3) Pièces justificatives de VHisi. des Sires de Smini-Sauveur, p. 74. Henri II était revenu en Normandie, au mois d'août de cette année 1170, aprèë avoir fait couronner son fiis aîné à Westmiastor. (Ho^. di Kowf. ad h. an.)
Vieille-Grange à Guernesey (1) ; ils reçurent aussi de Richard Wait ou Wace , les revenus dépendant de son fief que son vavasseur, Guillaume Soen , leur avait précédemment aumônes dans la paroisse Saint-Jean des Chênes. Ces revenus s'élevaient à deux sous et demi, monnaie d* Anjou (2).
Les évêques de Coutances possédaient aussi des dîmes dans les Iles. Guillaume de Tournebu afferma , vers ce temps, celles qu'il percevait sur les paroisses de Saint-Sauveur, de Sainte-Trinité et de Saint-Martin-le-Vieux , à Jersey , à l'archidiacre du Val-de-Vire , Richard de Polet , à Renouf, clerc de ce dernier et à Robert Fleury, prêtre (3). Les archidiacres menaient, alors , si grand train dans leurs tournées, que les pauvres curés se plaignirent de la charge écrasante que leur imposaient les domestiques et les chevaux dé ces hauts dignitaires. L'évoque voulut , sans doute, en augmentant leurs revenus , les empêcher' d'abuser de l'hospitalité qu'ils recelaient dans les presbytères. Mais cette mesure ne remédia pas au mal ; car ce même évêque , dans un concile tenu à Rouen en 1189, provoqua un arrêté qui autorisait les curés à se concert0r entre eux , pour faire face, en commun , aux dépenses de ce genre , ou à donner chacun trois sous d'Anjou à l'archidiacre qui les visitait (4).
L'abbaye de Lessay obtint de Jourdain de Barneville , en 1173 , la confirmation du don d'un homme (o) nommé Base,
(1) Pièces justif. de VHist. des Sires de Saint-Sauveur, p. 79.
(2) Pièces justif. infrà n*» 13.
(3) Pièces juslif. n* 38.
(4) Hist. des év» de Coutances, p. 160. — Dom Bessin, p. 96, art. XH. (o) Celte expression n'indique pas un serf ; il n'y en eut plus dès le XI*
siècle, mais un paysan cultivateur, un vassal, bordier ou bète (Gloss. de Pue. his verbis.)
habitant Jersey et dont la redevance s'élevait à trois quartiers de froment (i).
Enfin, Renauld de Garteret concéda au Mont-Saint-Michel, en H85 , le patronage de l'église de Saint-Ouen (2).
Cette progression de la richesse ecclésiastique, dont nous n'indiquons ici que quelques éléments de détail (3), coïncidait avec les préparatifs de la troisième Croisade, entreprise pour reconquérir Jérusalem tombée au pouvoir de Taventurier kurde Saladin (H87). Henri II et le roi de France ne se décidèrent pas d'abord à prendre la Croix; ils avaient assez de besogne chez eux ; mais un grand nombre de seigneurs s'engagèrent avant même que l'on connût en Europe toute l'étendue du désastre que les chrétiens avaient subi. En 1188, cependant, les deux rois durent obéir à l'entraînement 'général et prononcer le serment des Croisés (4); ce qui ne les empêcha pas de recommencer la guerre, avec une ardeur nouvelle, et de ravager mutuellement leurs états.
Richard , selon les traditions de sa race , se ligua contre son père , et partagea avec son ennemi , le triste honneur de faire subir au vieux roi sa dernière défaite , — défaite à laquelle il ne put survivre.
Henri II mourut à Ghinon, le 6 juillet 1189, en mau-
(l) Pièces jusl if. n** .^5.
(î) Pièces juslif. n» 31.
(3) Pendant les vingt dernières années du XII* siècle, 15 abbayes et un grand nombre de prieurés furent fondés en Normandie. — Un qouvel ordre monastique, celui des Chartreux, s'introduisit dans la province voisine. Rotrou, comte du Perche, fonda, en 1180, dans sa forêt de Réno, un couvent de moines de Saint-Bruno. Au moment où nous écrivons ces lignes, les Chartreux de Grenoble ont acheté les ruines et le domaine qui les entoure, et vont restaurer Tancien monastère.
(4) Math. Paris, adann. 1186, 1187 et 1188.
dissant , disent les chroniqueurs , le jour où il était né et en maudissant ses flls (3). 11 avait soixante ans et régnait en Normandie depuis trente -neuf. Son corps fut traité comme l'avait été celui de son aïeul Guillaume-le-Conquérant. Ses serviteurs le dépouillèrent et le laissèrent nu , après avoir volé ce qu'il y avait de précieux dans la chambre où il gisait. On eut peine à trouver quelqu'un pour l'ensevelir et des chevaux pour le transporter à Fonlevrault. Les Anglo-saxons virent dans cette mort, précédée de celle de tant de princes de la même lamille, victimes de catastrophes si diverses, un châtiment du ciel contre d'impitoyables oppresseurs, une expiation des longues misères souffertes par un peuple tout entier. La Normandie aussi paya chèrement la gloire de ses conquêtes. La date de H89, date qui, involontairement, rappelle un autre souvenir, commence l'ère rapide que devait clore la chute de sa nationalité.
(1) Malb. Paris, ad aiin (l. II, p. 111.)