‹ Histoire du Cotentin et de ses îles (volume 2)Chapitre 34 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Richard proclame duc de Normandie et roi d'Angleterre. — Son frère Jean , comte de Mortàin, et, à ce litre, chef du Cotentin. — Richard part pour la Croisade — Barons du Cotentin qui l'accompagnent. — Jean conspire en Angleterre et avec Philippe- Auguste. — Retour de Richard. — Les baillis dans le Cotentin. — Donation du lieu de Saint-Magloirc, dans l'île de Serk, au monastère d»^ Montebourg. — Mort do Richard.

A peine Henri II était-il descendu dans le tombeau , où ses restes reposent encore , que Théritier de son vaste empire, Richard, accourut à Rouen, se fit proclamer duc par les évoques, comtes, barons et chevaliers de Normandie, et arriva dans le Cotentin. Il s'arrêta au château deBrix;le 14 août, il s'embarqua à Barfleur ; le lendemain, il touchait le sol anglais à Portsmouth ; et , le 3 septembre , il était couronné dans l'église de Westminster , avec le cérémonial

imité du Bas-Empire., et* avec le massacre des Juifs , pour réjouissances (1).

Il confirma son frère Jean, surnommé Sans-Terre, dans les immenses domaines que le roi défunt lui avait donnés en Angleterre, en Irlande et en Normandie. Jean était depuis son âge de huit ans (H75), comte de Mortain. Ce litre , on le sait , le rendait chef du Gotentin (2).

Quel que fût ce chef , le Gotentin ne pouvait manquer d*être mal administré , car les deux frères réunissaient Tun et Tautre tous les défauts des princes de leur famille , sans en avoir les qualités. Ghez l'aîné , on retrouvait l'insatiable rapacité, la luxure effrénée et l'orgueil démesuré de son père, joints à une témérité aventureuse et fanfaronne que Ton décorait du nom de chevaleresque, et qui dissimulait, à peine, l'incapacité politique la plus absolue et l'imprévoyance la plus folle. Malgré cela, il eut des panégyristes , et son nom , aujourd'hui encore , est entouré d'une sorte de popularité légendaire. Il est le type et le héros de la chevalerie.. Un chroniqueuf contemporain , Richard, chanoine de Sainte-Trinité de Londres , le compare à Hector, à Achille, à Titus, à Nestor et à Ulysse, pour le courage , la générosité, la bienfaisance, l'éloquence et la sagesse; — l'auteur eût pu ajouter, — à un troubadour, pour la verve poétique (3). Il eut , au point de vue féodal, un seul mérite , celui d'être le dernier rempart de l'indépendance des grands vassaux contre les agrandissements de

(1) Math. Paris, ad ann. 1189. — C/ifo». Nicol. Trivel. p. 498. - Ânc^ chat. (ap. Mém. des Ani. t. 1, p. ^237.)

(^) Math. Paris, loc. sup. cil, (t. II, p. 116). Ane, chat. (1827-1828, p. 182.)

(3) Chronic, Nicol. Triv. p. 498.

la monarchie française. Il fut, selon l'expression dé Mably , a le tribun des flefs en France (1). t>

Quant à Jean son frère , le dernier né de Henri II , il dépassa tous les siens par le nombre et la bassesse de ses vices. 11 est, peut-être, le seul prince qui n*ait pas trouvé de louangeur; et, pour quiconque a mesuré la profondeur de la servilité humaine , ceci vaut un portrait.

Le départ presque immédiat de Richard pour la Palestine laissa la Normandie sans gouvernement, à la merci des seigneurs , barons et justiciers, qui s'efforcèrent, par leurs exactions, de combler les vides que l'expédition nouvelle avait faits dans leurs fortunes. Le roi leur avait donné l'exemple. 11 avait trafiqué de tout , et mis aux enchères : comtés, vicomtes , évêchés, bénéfices, châteaux, villages, forêts et jusqu'à la dignité de grand justicier d'Angleterre (2).

Richard , suivant l'habitude fréquente qu'en avait son père, vint passer les fêtes de Noël 1190, au château de Bur. Il y tint une cour plénière avec les barons du. pays , dont un grand nombre avait pris la Croix (3). Nous n'avons pas, ou plutôt, nous ne connaissons *pas de liste complète de ces derniers. Parmi ceux du Cotentin , nous voyons Bertran de Verdun, qui assista à la prise de Saint- Jean-d'Acre (4), Néel de Montbray,qui mourut

(1) Observ. sur VHisi, de France, liv. III, chap. VI. Un historien local, auteur d'un volume iatilulé : Discours sur le pays compris dans le déparlement de la Manche^ etc., et imprime à Gaen, chez Poisson, en 1825, — appelle Richard un ange armé de la milice céleste, p. 207. L'ouvrage entier est écrit dans cet esprit et nous montre ce qu'était la critique historique à une époque encore si rapprochée de nous.

(2) Math. Paris, t. II. p. lit».

p) Math. Paris, t II, p. 153.

(4) Ànc. chàl. du dép. de la Manche (Mém. dfsÀnl. an, f 82T, p. I7i.)

en Palestine (<) , Guillaame de Préaux , qui sauva la vie du roi, dans une embuscade que les Sarrasins lui avaient tendue (2) . Guillaume Sylvain , l'un des justiciers de la flotte (3), Richard du Hommet, Vigan de Cherbourg et Robert de la Londe (4). Le vicomte de Saint- Sauveur, Raoul Tesson , s'était croisé en H88, en même temps que Henri II, ainsi que nous l'apprenons par une charte portant cette date ; on ignore s'il accomplit son vœu (5).

Nous ignorons également dans quelle proportion les ports du Gotentin contribuèrent à la formation de là flotte de cent huit vaisseaux qui partirent des côtes d'Angleterre, chargés d'armes et de provisions de toutes sortes et se dirigèrent, en luttant contre les tempêtes, vers Marseille où le roi les avait attendus en vain avec son armée (6). Ce qui est certain, c'est qu'une des divisions de cette flotte avait été armée en Normandie (7).

Pendant que Richard faisait la guerre aux Sarrasins , on sait avec quels procédés et avec quel succès, l'Angleterre était pillée par son chancelier , Guillaume de Longcbarap , évèque d'Ely , et la Normandie abandormée. Jean ne s'occupait guère de son comté du Cotentin. Il lui semblait de peu d'importance en comparaison de ce qu'il convoitait et des immenses domaines qu'il possédait, soit personnellement,

(1) Âne. chat, etc , ad an. 18i9, p. t09..Math. Paris, cite parmi les seigneurs étrangers au Gotentin, Raoul de Fougères, le comte du P(*rcbc et de Ferriéres qui furent tués devant Saint-Jean>d'Acrc. — Hisl. des sires de Saini- Sauveur, p. 81 des pièces justif.

(2) Chrome. Nie. Triv., p. oU".

(5) Math. Paris, t II, p. \H et 149.

(4) Hisl. de Norm. de Masseville, t. II, p. 103.

(Il) Chron Nie. Triv. p. 499 cl BOI. — Math. Paris, t. II, p. 147 et M9.

(6) La (lotie ne rejoignit l'armée qu'à Messine.

(7) Math. Paris, t. II, p. 14Î.

soit au nom de sa femme Hawise, héritière de l'opulente maison.de Glocester (1). Il se mil donc à conspirer contre révêque ; et comme il y était aidé par la haine générale que toutes les classes portaient au chancelier, il parvint, en 1191, à le faire excommunier par les évêques réunis à Reading sous la présidence des archevêques de Rouen et d'York, et à s'emparer du pouvoir et de l'argent déposé à l'Échiquier, tout en jurant fidélité au roi absent (2). Son administration > dans le Cotentin, a donc laissé peu de traces. Nous ne pouvons signaler, pour cette période, qu'une charte de 1192, portant concession à l'abbaye de Blanchelande, avec confirmation par l'évéque de Cou tances, Guillaume de Tournebu , de l'église de Saint • Laurent de Jersey (3).

La captivité de Richard , connue vers la fin de cette môme année, encouragea les projets d'usurpation de Jean, jusque là dissimulés sous les apparences du dévouement ; il tenla de se faire couronner ; mais il rencontra une si forte opposition, qu'il dut chercher hors de l'Angleterre le moyen de réussir (4). Il se rendit sur le continent, et s'entendit avec Philippe-Auguste, qui, sans retard, entra en Normandie, occupa le Vexin et le pays de Caux , et prit la ville d'Evreux, qu'il remit à la garde de son complice. — (1193).

Malheureusement pour les deux alliés, la reine. Aliénor et l'archevêque de Rouen avaient réussi , en épuisant le royaume et le duché , à recueillir la somme considérable

(1) Son apanage seul comprenait en Angleterre : les comtés de Cornwall, Somraerset, Dorset, Lancaster et Noltingham. — Par sa femme, il était, en Normandie, seigneur d'Evrecy et de Torigny.

(l) Chrmic. Nie. Trivelii, p. 314.

(5) Joh. Columbi opmcula'varia, p. 551 (édit* 16G8.)

(1) Spelman. codex p. 325, (ap. Anciennes his, etc., par Houard, t. lî).

414 HENRI n

exigée par l'empereur d'Allemagne pour la rançon de Richard (1). Le roi, délivré de sa longue détention, arriva à Sandwich le 17 mars 1194 (2). Dès le mois de mai , il passa la mer avec cent gros vaisseaux et débarqua à Barfleur (3). Son frère l'y attendait, et confessa sa trahison. Richard lui pardonna; il ne lui rendit, cependant, son comté de Mortain et ses comtés d'Angleterre que dans le courant de l'année suivante. L'odieux massacre de la garnison française d'Evreux fut , probablement , considéré comme un gage suffisant de son retour à la fidélité.

La guerre recommença, en 1196, après une courte trêve; elle sévit dans la Haute-Normandie , le Beauvaisis et le midi de la France , et remplit de ses incidents confus les dernières années du règne de Richard.

Le Cotehtin , pendant ce temps , resta dans un état, sinon de prospérité , au moins de calme qu'aucun événement ne paraît avoir troublé. Son chef guerroyait en France , en compagnie des routiers provençaux , engagés au service du roi son frère ; — dignes associés de tels princes qui se faisaient un jeu du meurtre , du pillage et de l'incendie (4).

Nous retrouvons en 1195 et 1198 quelques-uns des baillis dont les noms étaient déjà mentionnés dans les rôles de l'Échiquier de 118Ô. Guillaume de Saint-Jeanet Guillaume

(t) Cette somme d'après Math. Paris (t. II, p. 30(»), s'élevait à 180,000 marcs d'argent, poids de Cologne. Le clergé normand fournit à lui seul 30,000 marcs (à peu près 1,6^0,000 francs de notre monnaie). Les auteurs ne son pas d'accord sur le chiffre de la rançon; Nie. Trivet le porte à 200,000 marcs (p. B'îS). L'imptNt perça fut du quart du revenu {Spelman codex j p. ZH.)

(2) Nie, Trivet, chron. p. Sî6.

(3) Rog. de Hoveden, p. 421 (édit. Saviie.)

(4) Math. Paris nous donne les noms des chefs de ces bandes qui se signaèrent par leurs cruautés; c'étaient Markade, Algues et Lupescar. t. (II, p. 243. 1

ET I^ëS derniers DUCS DE NORMANDIE. 415

du Pont représentent toujours les baillie et vicomte de Goutances (1).

Guernesey a, pour administrateur de sa ferme, Robert de Sainte-Mère-Église , qui rend compte , en même temps, des terres d'Empète-Raie et du Marais-d'Orgueil, et de VEsperguérie, ou ferme de la pêche (2), que le comte de Mortain , seigneur des Iles, avait concédée à Vital de Willes.

Le bailli du Cotentin n'était plus Osbert de la Heuze, qui était mort depuis dix ans ; le titulaire était alors Robert de Trégoz qui avait succédé à Guillaume du flommet et à Guillaume Paisnel (3). Deux autres comptables, Godefroid Sirehome et Thomas de Brikeville , figurent dans ces mêmes rôles pour certains droits et revenus du môme baillage (4).

Les donations pieuses , autre symptôme , devenaient moins fréquentes. Les abbayes du Cotentin ne virent plus leurs richesses s'accroître ; trop heureuses quand elles les conservaient intactes. Quelques prieurés destinés à recevoir deux ou trois moines furent, à peu près, les seules manifestations de la générosité des seigneurs de la fin du XIP siècle (5).

\i] ^ag. rot. p. «7 et 69.

(2) Esperkeria, — terme tout spécial employé dans les Iles , au moyenâge, pour désigner le droit de pêche. — On lui donne pour étymologie les perches sur lesquelles on plaçait le poisson, afin de le sécher.

Ç^) Hétnoire sur les baillis du Cotenlin, par M. L. Dellsle, ap Mém. des Ânliq, t. XIX, p. t>6. — Voy. le t. XVI des mômes mémoires, p. 70 et passim.

(4) Grands rôles, publiés dans le t. XVI des Hém* des Ânliq. p. 44. Celte nouvelle publication reproduit les rôles dePédit. de i84B, mais donne des textes plus complets. Ainsi, dans le r6!e relatif à Guernesey, les mots per Cartam régis ont été remplacés par Camit. Morelony variante qui indique que Jean, en sa qualité de comte de Mortain, avait la seigneurie des Iles.

(o) Le prieuré de la Bloutière fondé, en 1199, par Richard de Roilos et

416 HËRNI II

L'abbaye de Montebourg obtint, cependant, la confirmation d'une libéralité de ce genre, qui lui avait été faite quelques années auparavant, et qui nous offre un intérêt tout spécial.

Nous avons vu , dans le premier livre de celte Etude , comment , au W siècle , les colonies monastiques s'étaient établies sur l'archipel normand et en avaient occupé les plus petites îles , et comment, parmi ces dernières, Serk avait été choisie par saint Magloirc, pour y fonder un monastère (1).

Depuis cette époque éloignée , les incursions des pirates, les guerres du continent, les changements divei's que le temps amène dans l'ordre matériel comme dansTordre moral, avaient fait disparaître le monastère, mais n en avaient effacé ni la mémoire , ni les traces. L'île avait toujours conservé un certain nombre d'habitants, qui en cultivaient le sol très-fertile, et en tiraient des produits plus que suffisants pour leurs besoins. [Des travaux relativement importants avaient été exécutés, sous la direction de saint Magloire ou de ses successeurs, autour de leur établissement. Dans le Clos du couvent , s'élevaient la chapelle et les bâtiments d'habitation. Un ruisseau coulait non loin de là ; on en avait amassé les eaux dans un étang, et, à l'aide d'écluses , on les avait amenées sur la roue d'un moulin. Six siècles avaient fait des ruines de tout cela ; toutefois, ces ruines existaient et rappelaient au seigneur féodal qui les possédait au XÏP siècle, leur destination première. Ce seigneur était de la puissante famille de Vernon qui avait succédé aux Reviers , et dont la suzeraineté s'étendait aussi sur l'île de Wight et sur des fiefs considérables dans les comtés de Devon et de

teiui de Serk furent les seuls établis à celte époque dans le Colenlin. Il) Sup. p. S4 ei suiv.

Dorset en Angleterre. L'un d'eux , Guillaume , père du comte actuel , avait été^ après le seigneur du château des Biars , Âvenel , dont il avait épousé l'héritière , sénéchal du comté de Mortain (1).

Par une charte de H96 (2), souscrite dans l'île de Serk même , Richard de Vernon , assisté de Pierre d'Orglandes , son parent (3), et de Richard d'Ozouville, confirma aux moines de Montebourg le lieu de Saint-Magloire qui comprenait le clos tout entier du couvent , remplacement où s'élevait le moulin, au temps du sainte et les écluses. La chapelle était desservie par un seul moine auquel le prévôt, ou obschar (4) , devait remettre , chaque année , à la fête Saint-Christophe, trente sols, monnaie d'Anjou , à prendre sur les quatre-vingts livres de revenu que le donateur possédait dans l'île, dix sols pour le luminaire de Saint-Eustache et, en outre, la paille ou étrain — stramen — de blé ou d'avoine nécessaire pour le chauffage du religieux (5).

Cette charte n'était que la reproduction d'une charte antérieure, dont la date n'est pas mentionnée, ainsi que cela arrive fréquemment dans les documents des XP et XIP siècles, et qui était délivrée à l'abbaye de Montebourg par Guillaume de Vernon (0). L'acte primitif est, sur certains

(\) MSS. de M. de Gerville. — Les anc. chàL etc. (année 1827 des Jlfem. des Ântiq. p. 158.) Avant IISO, la charge de sénéchal appartenait aux de la Haye.

(î) Pièces justif. n* 39.

(3) Au XII* siècle, les Vernon étaient seigneurs d'Orglandes. — Anc. chàL (année 1824, Mém. des Anliq. p. 503.)

(4) Vobschar était Thomme chargé de porter les récoltes dans les granges du seigneur. — (Gloss. de Duc, h. verb. )

(5) l\ semble résulter de ce détail que l'usage du varecjh comme combustible n'existait pas encore dans les nés.

(6) Nous avons vu ce nom au bas de la charte de 1 170 citée ci-dessus.

points, plus explicite que celui qui le confirme. Ainsi , il en ressort : d'une part, que le prieuré comprenait, non-seulement le clos et la chapelle de Saint-Magloire , mais aussi les hôtes qui y demeuraient, deux acres de terre situés en dehors du clos, enfin, le droit de pâturage sur toute l'étendue de l'île; et, d'autre part, que le moulin dont il estqueslion, était complcleraent ruiné, puisque les donataires sont autorisés à le construire où ils le jugeront convenahle jusqu'au bord de la mer. — « Sedem molendini quod fuit sancti Maglorii ubi » illud ponere voluerunt super aqvam vsque ad mare (i).

Robert de Barneville, qui se fit moine à Montebourg, ajouta aux libéralités qui précèdent vingt sols à prendre sur les cent que lui payait annuellement la famille de Veruon dans la même île — in Serco insula in feudum , — et une saline à Bévelande sur les Veys (2).

C'est , à coup sûr , une chose digne de remarque que cette vitalité des souvenirs laissés par les premiers établissements chrétiens ; elle se ranime après un intervalle de temps de près de six siècles, et donne à un simple îlot une individualité qui permettrait d'écrire son histoire. Nous retrouverons plus d'une fois encore la petite île de Serk ; elle jouera aussi son rôle au milieu des événements que nous raconterons dans la seconde partie de cette Étude, et qui sont, en général, peu connus, quoiqu'ils se rattachent aux efforts que fit la France pour reconquérir les dernières épaves de la nationalité normande.

Le 5 avril 1199, Richard-Cœur-de-Lion mourut dans le

II) Pièces juslificalives, numéro 40.

(2) Pièces juslif. numéro 41. CeUe pièce et les deux précédcnles onl élé insérées par extrait dans une petite brochure de M. de Gerville, intitulée . Recherches sur lies du CotenHn en général^ etc. Valognes, 1846.

château de Chalnz (1), à la suite d'une blessure qu'il avait reçue douze jours plus tôt , en assiégeant cette forteresse, et que ses excès d'incontinence rendirent incurable. Sa mort était digne de sa vie. Les poètes la célébrèrent néanmoins ; Tnn d'eux , Godefroi de Winsalf , en accusa Vénus :

O Veneris lacrymosa (lies , ô sidus amarum ; Illa dies tua nox fuit , et Venus illa venenum (2).

Ce prince eût été , malgré son surnom sonore , qui , après tout, ne lui donnait que les vertus d'une bête fauve, le plus médiocre des ducs de Normandie, si le comte du Gotentin , l'un dé ces hommes nés pour perdre les empires , ne lui eût succédé.

(i) Maih. Paris, t. II, p. 501.

(2) Chronic. Nicol. Trivel. p. S33.

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